L'avis en rose Politique Dominique Millette

L'avis en rose - Économie et politique

Par: Dominique Millette

(1) Même sans aller nulle part, j'en ai mon voyage

(2) Où on peut les mettre, mes impôts...


Même sans aller nulle part, j'en ai mon voyage

Ouvrez vos portefeuilles, Mesdames et Messieurs! On vient tout juste d'imposer encore une surtaxe fédérale sur le transport aérien, celle-ci destinée à payer les coûts des mesures de sécurité récemment mises en place dans les aéroports canadiens.

Bon. J'avoue tout de suite que le 24 $ en cause ne m'affecte pas tant que ça, surtout que je n'ai pas l'intention de voyager par avion de sitôt. Cependant, ce que je trouve agaçant dans tout ça, ce sont les taxes cachées partout dans l'industrie du tourisme. Règle générale, on en n'apprend l'existence qu'après avoir consenti à l'achat et avoir planifié le budget de voyage de façon à n'avoir qu'environ 10 $ de jeu pour imprévus.

Je trouve qu'il y a de la supercherie dans cette façon de procéder. En effet, un billet d'avion de 300 $ a l'air d'une aubaine merveilleuse, si on omet de mentionner la taxe de 25 $ pour l'impression du billet, les frais de 40 $ pour la petite enveloppe qu'on utilise pour le mettre dedans, la taxe de 37,25 $ de l'aéroport pour la permission de marcher sur le sol, le 56 $ qu'on doit débourser pour payer le carburant (sans quoi on tombe du Ciel en plein vol, sans doute), le modeste 73 $ de taxes d'entretien du corridor aérien (qui permet de déblayer les nuages sauf en cas de tempête grave), le 15 $ de frais administratifs pour les douanes, etcetera, etcetera et j'en passe...

Si je voyageais souvent par avion, je commencerais nettement à en avoir assez. Même que je passerais une annonce dans les journaux sollicitant des agences de voyages qui citent le prix complet de leurs billets, y compris la TPS et la taxe provinciale. Ça serait beau si ça se faisait plus souvent, non? L'autre jour, je suis allée chez un opticien et je suis presque tombée à la renverse quand on m'a cité un prix et que les taxes étaient comprises. Je me sentais comme si j'avais gagné un mets ou même un repas complet gratuit chez McDo.

Ce n'est pas seulement dans le cas des billets d'avion qu'on m'a fait le coup des coûts cachés. Je me souviendrai toujours d'un hôtel à Boulogne-sur-Mer, en Normandie, où je suis restée un soir seulement. Le lendemain, j'ai appris que le prix de la chambre ne comptais pas l'utilisation de la douche, du lavabo, de la toilette, ou même des draps. J'ai commandé un petit déjeuner sans savoir que la crème et le sucre étaient en plus pour le café et qu'il fallait payer séparément l'utilisation des confitures et du beurre. Heureusement, la fenêtre, le plancher et l'ampoule électrique étaient gratuits. J'ai oublié de remercier pour ça.

Bref, vivement, qu'on nous fasse des prix tout compris! Au moins, de cette façon, on saura exactement à quel point on se fait rouler dès le départ – que ce soit pour la sécurité ou autre chose.


Où on peut les mettre, mes impôts...

Selon un sondage rapporté par la Presse canadienne, les trois quarts des Canadiens sont mécontents de l'usage fait de leurs impôts. La fulgurante conclusion que voilà vient d'un sondage Ipsos-Reid mené en avril 2002, juste avant la date limite pour l'envoi des formulaires de déclaration de revenus.

À lire ça, tout d'un coup, moi aussi je suis mécontente de l'usage qu'on fait de mes impôts: notamment, le fait de mener un sondage pareil auprès de la population canadienne!! Je gage n'importe quoi que le gouvernement a déboursé un bon petit million pour tirer ces informations-là des mille contribuables questionnés. Si on s'était donné la peine de me le demander, j'aurais éclairé nos politiciens gratuitement: en effet, oui, je crois qu'on gaspille notre argent.

S'il y avait le moindre doute sur la question, la perte d'un milliard de dollars et les scandales semblables nous ont bien désabusés, merci. Il faudrait vivre à cinq cents kilomètres au nord de Tuktuyaktuk, sans télé satellite ni téléphone, pour ne pas le savoir. Que peut-on répondre, dans ce cas, à une question dans un tel sondage? « Oui, ça va, je suis tout à fait contente de l'usage qu'on fait de mes impôts. Que le gouvernement ait égaré un milliard de dollars d'argent des contribuables, ça ne me dérange pas du tout. Ça peut bien arriver à n'importe qui. Même que j'ai parfois ce genre de petit accroc de mon côté. Mon nom? Madame Onassis. Pourquoi? »

Sans doute, en les accrochant de cette façon au téléphone, on voulait faire rager deux fois plus les contribuables déjà en train de s'arracher les cheveux à bien remplir la ligne 187 ou 243, en sachant très bien que le gouvernement leur enverrait une correction de huit pages environ trois mois plus tard, avec une facture pour deux fois le montant d'impôts déjà payé. Je me souviens de ce temps-là, d'avant ma décision d'utiliser un comptable. Si les enquêteurs ont cru le moment propice, ils n'ont pas beaucoup réfléchi à l'état d'esprit des gens qui répondaient à leurs questions. Ça ne prend pas la tête à Papineau pour se rendre compte qu'un sondage dans ces conditions manquerait d'objectivité.

Faut dire que le gouvernement actuel doit pas mal se moquer de nous comme de sa première chemise... Et nous lui donnons raison! Chaque fois qu'il y a des élections, nous remettons les mêmes politiciens au pouvoir. Faut pas chercher midi à quatorze heures avant de comprendre pourquoi il y a de quoi être mécontent de l'usage qu'on fait de nos impôts. Pour changer ça, malheureusement, il faudrait sans doute nous mettre des épingles à linge sur le nez comme les Socialistes français qui ont voté pour Chirac. Hmmm. Ça commence à sentir quelque chose...

(1) Même sans aller nulle part, j'ai mon voyage


(c) 2001 Dominique Millette, tous droits réservés


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