Dominique Millette : chroniques politques

Plus bas : je veux travailler en relations publiques pour le fédéral !

Don Cherry et... Dyane Adam?

(Le Métropolitain), 11 février 2004

Quiconque a pris quelques minutes pour cesser de réfléchir sur la question du sein de Janet Jackson aura peut-être entendu parler de la bavure de Don Cherry. Selon le notoire commentateur de la CBC, les francophones sont des peureux. Ces commentaires publics, faits le 24 janvier, font suite à une affirmation antérieure que les francophones sont les seuls à consommer de la drogue au hockey mineur.

Le commentateur a soulevé l’indignation à travers le pays. Par exemple, selon le directeur du Canadian Parents for French, ce n’est absolument pas vrai que les francophones sont des peureux. Après tout, a-t-il souligné en entrevue à Radio-Canada, Maurice Richard n’avait pas son égal pour taper sur la tête de ses adversaires, y compris les anglophones. Je le savais bien, moi, que les francophones étaient aussi baveux que les autres parleurs officiels. Nous savons également ronfler, cracher et se gratter le poil sur le derrière pareil comme les Anglais. J’espère bien que Don Cherry ne tentera jamais d’insinuer le contraire.

Non seulement le commentateur s’est attiré les foudres des médias et des groupes francophones, mais la Commissaire aux langues officielles, Dyane Adam, sort également ses gants de boxe. Elle veut enquêter sur l’incident. Après tout, la loi sur les langues officielles exige que la CBC, une société d’État, veille au respect des gens qui parlent le français et l’anglais.

Bon. Je crois que la rencontre de ces deux personnages de la vie canadienne risque d’être savoureuse. Don Cherry n’a sûrement pas l’habitude d’adresser la parole aux femmes de la trempe de madame Adam, c’est-à-dire des femmes qui sont a) vêtues c) intelligentes et, surtout, d) en position d’autorité. Je m’imagine leur entretien (en traduction libre imaginaire de l’anglais, bien entendu).

Dyane Adam : Monsieur Cherry, vous vous rendez compte, n’est-ce pas, que de faire des commentaires méprisants et globaux sur le dos de tout un groupe ethnique constitue un manque de respect profond, et une forme de discrimination illégale?

Don Cherry : Pardon? J’ai rien fait! C’est pas jusse! Tu m’opprimes! On m’empêche toujours de parler! T’es pareille à ma belle-sœur, qui me dit de pas fumer mes cigares dans la face de son bébé! Une vraie tannante!

Dyane Adam : Monsieur Cherry, vous traitez tous les francophones de poules mouillées. On ne peut pas faire ça, même pas pendant une partie de hockey.

Don Cherry : Essayez donc de me congédier, bande de pleurnichards. Personne ne touche à la Soirée du hockey au Canada ! J’suis trop populaire ! Na, na, na, na, na, na, na, na, hé, hé, bye, bye!

Dyane Adam : Je vois que nous aurons besoin d’un interprète. Un moment, SVP... Dominique?

Dominique Millette : Espèce de cave – tes vestons à carreaux vont pas te sauver la face, okay? Réveille, ou ben Martin Brodeur voudra pu être ton ami.

Don Cherry : Marty? Ah, c’est vrai – c’est un francophone ! Môsusse... okay, okay, j’vas me taire!

Dyane Adam : Ah, merci Dominique!


Moi, je veux la job de Françoise Ducros !

(Le Métropolitain, mercredi le 27 novembre 2002)

Lettre ouverte au premier ministre du Canada

Cher Monsieur Chrétien;

Je souhaite poser ma candidature à titre de directrice des communications pour le gouvernement du Canada.

J’estime que je suis tout à fait qualifiée. Moi aussi, je trouve que bien des gens sont des « morons », ou, comme on le dit si bien en français, des gros débiles. Je dis ça tout le temps ! Le président des États-Unis ? N’en parlons pas ! Non seulement je le trouve débile, mais le trouve aussi crétin, cocombre, colon, niaiseux, infect, arriéré, déficient, ignare, illettré, et quoi d’autre encore. Comme vous pouvez bien le constater, je suis en plein dans votre genre.

Je suis tellement contente d’enfin trouver un employeur comme vous qui soit si large d’esprit. Si seulement vous saviez comme c’est difficile d’insulter les gens ailleurs, surtout les gros bonnets comme les présidents américains, dans d’autres boîtes que la vôtre ! Je suis tout à fait d’accord que ce minuscule incident ne devrait pas du tout affecter nos relations avec les États-Unis. Des gens bornés comme ça, on ne devrait pas pouvoir les offenser facilement ! Surtout lorsqu’ils sont débiles, après tout.

En passant, parmi mes autres qualifications (hormi les déclarations spontanées devant les journalistes et la capacité de croire que ces derniers sont de bons amis qui respectent le caractère privé des opinions de représentants du gouvernement canadien au sein de conférences internationales comme celles de l’OTAN), j’aime aussi péter très fort pendant les dîners officiels et me promener toute nue à l’occasion des visites royales.

Puis, je promets de continuer la noble tradition de votre administration en oubliant complètement de vous informer des antécédents des leaders que vous allez côtoyer aux sommets de la Francophonie. Après tout, si les gens qui vous entourent pendant de telles occasions sympathisent avec les terroristes, qui veut le savoir ? Ce sont de piètres détails, nous le savons bien. Vous n’avez aucune responsabilité de ce côté et vous haussez si bien les épaules après toutes ces années, c’est presque théâtral.

En conclusion, mon très cher petit Monsieur Chrétien, moi, je suis ben ben ben élégante dans toutes mes communications, du moins selon les normes de votre gouvernement, et j’ai vraiment besoin d’une job, vu que mes ex-employeurs récents ne sont pas aussi compréhensifs que vous. Heureusement que vous êtes là, car sinon, il faudrait vous inventer ! (et surtout pour l’amour de toutes les plumes de comédiens du pays).


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