Lettres persanes

Synopsis de traitement de scénario


À Montréal, la communauté iranienne de la ville se révolte de plus en plus contre les stéréotypes de son pays. On décide de poser un geste positif. Une grande exposition, « l’Iran en exil », mettra en vedette les collections d’objets d’art privées des Iraniens réfugiés un peu partout au monde et racontera l’histoire de ce pays millénaire. Ali Mirza, riche prince sous le régime du Shah, s’occupera de la promotion et du financement de l’exposition. Il se rend donc à Montréal à partir de la Californie, accompagné de son fils Rashid.

Le fils, espiègle et révolté, décide de partir incognito afin de découvrir la ville. Par hasard, il rencontre Véronique, une Québécoise affectée à l’exposition. Il se garde bien de révéler son identité, se déclarant demandeur du statut de réfugié. Chemin faisant, il se lie d’amitié avec plusieurs vrais réfugiés de différentes régions et ethnies de l’Iran. L’un d’eux écrit souvent à sa sœur pour tenter de lui expliquer la société canadienne. C’est de ce stratagème que vient le titre ainsi que le parallèle avec l’œuvre de Montesquieu.

S’ensuivent une série d’incidents et de quiproquos, où société canadienne et culture iranienne s’entremêlent et se heurtent à l’ignorance dans le contexte de la campagne contre le terrorisme. Rashid et Véronique finiront ensemble après avoir passé par plusieurs doutes et épreuves, qui permettent de s’attaquer aux idées reçues et à de nombreuses questions de l’heure telles que la politique canadienne sur les réfugiés et les préjugés socio-économiques autant que culturels.

***

Lettres persanes : traitement de scénario

 

Depuis la prise en otage des Américains à Téhéran, et les nombreux incidents internationaux qui ont suivi au cours des années, la ville de Montréal est au diapason du terrorisme et de l’anti-iranité. La communauté iranienne de la ville se révolte de plus en plus contre les stéréotypes de son pays. Sous les traits de Hassan Mohseni, cadre au ministère des Affaires culturelles du Québec, elle décide d’intervenir. Le miel agit davantage que le vinaigre : « l’Iran en exil », une exposition parrainée par le ministère, mettra bientôt en vedette les collections d’objets d’art privées des Iraniens réfugiés un peu partout au monde et racontera l’histoire de ce pays millénaire. Ali Mirza, ami de Hassan, réside en Californie au sein d’une assez forte population iranienne et vient d’une famille princière. Il a beaucoup de contacts et s’occupe de la promotion et du financement de l’exposition. Il se rend donc à Montréal.

 

Rashid, son fils, l’accompagne; car son père veut lui enseigner un peu de responsabilité et lui donner l’occasion de diriger un projet intéressant. Cependant, afin de se promener librement dans la ville de Montréal, Rashid s’est glissé hors de portée de la surveillance des gardes du corps, Ahoura et Ahriman, embauchés par son père. (Dans leur interaction avec Rashid, avant sa fugue, ces deux gardes du corps sont « good cop (Ahoura), bad cop (Ahriman) » et l’équivalent de Rosencrantz et Guildenstern.)

 

Au courant de sa fugue, Rashid rencontre par hasard Véronique Lebel, employée du ministère des Affaires culturelles, lorsqu’il la tire d’embarras en chassant un voleur de sacs qui l’avait visée. Rashid ne veut pas lui révéler son identité. Il trouve Véronique très jolie, mais en plus d’être incognito pour éviter la publicité et l’attention de son père, il veut se faire aimer tel qu’il est, sans qu’elle sache qu’il est riche. Pour le remercier d’avoir repris son sac pour elle, Véronique l’invite prendre un café. Lorsque, intriguée, elle lui demande d’où vient son accent, il lui raconte qu’il est réfugié révolutionnaire persécuté en Iran, et qu’il cherche à rester au Canada.

 

Entretemps, son père (Ali Mirza) ne veut rien ébruiter de la disparition de son fils. Il craint une mauvaise publicité et ne veut pas attirer des kidnappeurs potentiel qui exigeraient une rançon. Il sait très bien que Rashid est parti de son propre chef, car il piaffait d’impatience et bougonnait dès le départ de Los Angèles.

 

Au ministère, Hassan est un homme très correct, très littéraire, qui surprend un peu ses collègues de par sa fougue soudaine qu’il n’a pas encore manifesté jusqu’à présent. Cependant, la cause le mobilise et son énergie atteint tout le service. De son côté, le directeur-général est bon vivant barbu et grisonnant, aime son Bordeaux et son Bourgogne et s’absente souvent toute la journée pour aller en « conférence ». La standardiste, elle, est « punk » presque adolescente, parle le joual et mâche de la gomme en répondant au téléphone.

 

Véronique se voit affectée à l’exposition sous la Direction du multiculturalisme et y travaille avec deux collègues, Marion et Françoise. Celles-ci rêvent de s’accrocher un riche Iranien en exil, surtout Ali Mirza, qui est veuf et n’a pas d’attaches. Leurs simagrées et petits complots, tirés tout droit de livres américains comme The Rules, ne font que semer la confusion chez Ali, qui est candide et prend tout au pied de la lettre.

 

De son côté, Rashid est jeune révolté et fréquente des membres du Tudeh (parti communiste iranien) dont n’approuve évidemment pas son père. Le jeune homme est rêveur, poète et nationaliste. Il ressent une grande ambivalence, car il aime beaucoup son pays mais est également très occidentalisé.

 

Au début, Véronique le remercie de l’avoir aidée mais se méfie un peu de cet étranger qu’elle a rencontré dans la rue. Cependant, elle est attirée vers lui car il est très beau et cultivé. Il lui parle longuement de la culture et de l’histoire persanes, et lui récite quelques poèmes du grand mystique Hafez.

 

Rashid sent bien qu’elle est gênée, et lui glisse la carte d’un restaurant où travaillent comme plongeurs quelques amis qu’il a rencontrés depuis son arrivée à Montréal. Ceux-ci sont de vrais réfugiés : Amir, Mohammed, Ahmed et Nehroz. Amir est un grand timide qui rougit très facilement; Mohammed est bedonnant, gourmand, assez docile, d’un fatalisme peu soucieux, très sympathique; Ahmed est grand et maigre, farceur, intelligent, un peu cynique; enfin, Nehroz est kurde, très enjoué et farceur aussi mais beaucoup plus idéaliste qu’Ahmed.

 

Amir est bah’ai et a été torturé par les intégristes. C’est lui qui écrira, à sa mère, les lettres persanes du titre, qui décrivent la société canadienne et ses efforts d’intégration. Mohammed, un Azeri du Nord, est parti pour aider sa femme Saïdeh qui refusait de porter le chador et a été battue par la police. (Scène : Saïdeh devant un tribunal d’appel canadien pour le statut de réfugiés. On lui demande sa documentation pour prouver qu’elle a été persécutée. D’un geste dramatique, elle déchire son chandail pour montrer les cicatrices des coups de fouet qu’elle a sur le dos. « Vous voulez mes documents ? Les voilà, mes documents ! ») On se moque de Mohammed à cause de son accent turc lorsqu’il parle Farsi, mais il ne s’en fait pas pour autant. Ahmed est venu avec ses parents, qui appartenaient au Tudeh et ont participé à la révolution pour se voir complètement trahir par les intégristes. Ahmed est désaffecté et ne partage pas les convictions de ses parents. Il les aide avec son travail. Nehroz est danseur et chanteur nationaliste qui a été emprisonné pour avoir donné des concerts incitant à l’indépendance du Kurdistan.

 

Ils attendent tous toujours de passer par le système d’immigration canadienne et, entretemps, travaillent clandestinement (sauf Ahmed) dans les restaurants. Amir, découragé, ouvre un jour le journal pour y lire qu’on a donné asile sans conditions à un groupe de danseurs cubains. Il s’ensuit toute une discussion où figurent les critères pour les réfugiés et les motivations politiques du système canadien.

 

***

 

(Scènes de lettres. Amir écrit à sa sœur, le soir :

 

« Chère Faisah;

Tu me manques beaucoup. Maman aussi, et les petits.

Ici, je me sens très seul et je ne comprends toujours pas les coutumes. Mon français s’améliore un peu mais je suis trop timide pour parler aux gens.

Ahmed m’a dit que je devrais me marier pour devenir Canadien. Mais c’est un choix très difficile. Il m’a dit que les femmes canadiennes sont faciles à aborder. Ce n’est pas vrai. Je l’ai vu essayer, et il ne réussit pas très souvent. À ce que j’ai compris, lorsqu’on s’intéresse à une femme, il faut faire semblant de ne pas la remarquer. Puis, si une femme qui nous plaît sort avec nous, il faut attendre trois ou quatre jours avant de lui parler et ne pas avoir l’air intéressé. Je ne comprends pas tout à fait comment cela réussit, mais on m’a juré qu’il fallait agir de la sorte. Moi, je crois que ça ne marche pas, parce qu’il y a beaucoup de gens seuls à Montréal.

Ici, les hommes et les femmes sont presque en guerre. On dirait qu’ils se détestent. Je ne comprends pas pourquoi ils ont tellement de chansons d’amour. Les hommes traitent les femmes sans respect, mais se plaignent de ne pas les attirer... Ils se moquent d’elles et leur sifflent dans la rue pour qu’elles viennent les trouver, comme des chiens. Mais les femmes vont tout droit, et parfois elles se fâchent. Alors, les hommes se demandent pourquoi et sont en colère contre elles. C’est bizarre.

Ici, les gens se marient quand ils veulent et à n’importe qui. Pourtant, beaucoup de couples se séparent; je crois que le taux de divorce est de 45 pour cent. J’ai demandé à un homme pourquoi il avait quitté sa femme. Il m’a répondu : parce que je ne l’aimais plus. Pour être aimé, à ce qu’il paraît, il faut être beau, riche, très intelligent ou très drôle. Sinon, on se trouve tout seul. C’est un peu comme passer des examens tout le temps. Les gens sont très nerveux. C’est difficile. Je crois que je ne pourrai pas me marier, ou que je ne pourrai pas garder ma femme très longtemps.

Peut-être qu’un jour, je vais comprendre les Canadiens. Alors, ça sera plus facile... »

 

« Chère Faisah;

Ici, on peut lire n’importe quoi, comme on veut. L’éducation est gratuite ou subventionnée, et il y a des bibliothèques à chaque coin de rue. Cependant, très peu de gens aiment lire. La plupart d’entre eux préfèrent les bandes dessinées, les revues sur la maison, la mode ou la musique, ou les romans populaires. Tout le monde écoute la télévision et, malgré cela, les gens se plaignent souvent qu’il n’y a rien d’intéressant à voir, même avec 100 canaux différents.... »)

 

***

 

Rashid rencontre bientôt sa sœur, Nouredineh. Celle-ci vient d’arriver de la Californie et va par hasard manger au restaurant tout juste alors que son frère y rencontre ses copains. Élégante et raffinée, elle est stupéfaite de le revoir et lui reproche sa tenue négligée, ses amis « incultes » et ses tendances communistes. C’est un vieil argument entre les deux. Fâché, il lui rappelle que ni le Shah, ni l’Ayatollah n’ont vraiment amélioré le sort des pauvres en Iran et que les deux sont coupables d’atrocités envers les dissidents et les minorités. Nouredineh soupire et hoche la tête, le déclarant le portrait de leur mère, poète et féministe. Ils se réconcilient cependant et il la supplie de ne rien dire à son père (cette scène sert à situer l’idéalisme de Rashid et sa fugue à l’improviste). Entretemps, Nouredineh apprend à connaître les nouveaux amis de Rashid et se sent tout de suite attirée vers Nehroz.

 

Au début, Véronique de son côté veut bien oublier tout l’incident du sac, qu’elle raconte brièvement à ses collègues. Celles-ci estiment qu’elle a déjà assez fait et qu’il est mieux de ne pas fréquenter les étrangers et surtout les Iraniens qui cherchent à rester au Canada (malgré leur espoir d’en trouver un riche et leur enthousiasme pour le projet culturel). Les collègues jouent ici le rôle des sœurs de Psyché, ou encore, des sœurs jalouses dans la Belle et la bête.

 

Cependant, Véronique est idéaliste et romantique ainsi que très curieuse de nature. Récemment arrivée à Montréal de la campagne, elle n’a comme parente qu’une vieille tante veuve qui l’appelle assez souvent et qu’elle promet de voir sans y aller. Véronique pense souvent à Rashid et finit par aller au restaurant. Rashid a averti ses amis : il a expliqué à Véronique qu’elle doit venir le trouver à la fin de la journée, car c’est à ce moment qu’il va chercher ses amis pour causer et sortir.

 

Rashid est très heureux de la voir et la présente à ses amis. Au début, Véronique se sent un peu déconcerté et hors de son milieu. Elle se sent mal à l’aise car ils parlent tous très fort en Farsi et Mohammed et Ahmed ne cachent pas leur enthousiasme pour les jolies filles qui passent près du café ou ils attendent d’entrer. Cependant, les amis de Rashid se révèlent très accueillants envers elle et lui témoignent du respect (car elle est avec Rashid). Ils racontent chacun leur histoire et Rashid sert d’interprète pour Amir et Mohammed, qui parlent mal le français. Lorsqu’ils apprennent qu’elle travaille au ministère des Affaires culturelles et qu’elle a été à l’Université jusqu’à la maîtrise, ils sont très impressionnés. Rashid, la puce à l’oreille, lui demand si elle connaît bien Ali Mirza qui organise l’exposition. Véronique est surprise de voir qu’il en est au courant et lui répond qu’elle y travaille mais n’a pas rencontré Mirza. Rashid est soulagé. Il lui donne enfin son numéro de téléphone et son adresse : il reste pour le moment avec Ahmed et Nehroz dans un appartement du centre-ville de Montréal.

 

Véronique retourne au travail et raconte son aventure à ses collègues. Celles-ci sont horrifiées de savoir qu’elle sort avec le réfugié; elles la mettent en garde de ne pas se laisser prendre et le marier pour lui donner la citoyenneté canadienne et racontent tout genre d’histoires d’horreur à ce sujet. De plus, les hommes Iraniens ne sont évidemment pas très libérés et considèrent les femmes occidentales de vraies putains. De son côté, Marion est assez traditionnelle et se déclare incrédule devant le choix de Véronique. Françoise est nationaliste et reproche à Véronique de côtoyer les allophones qui ne privilégient pas le français. Marion est grassette et un peu « mère poule » : elle prétend veiller sur Véronique assez souvent, en lui donnant toutes sortes de conseils. Françoise est un peu maigre et sèche et se plaint souvent de l’état de la société, des services sociaux, etc. Les deux s’adonnent aux commérages, surtout vu la situation de Véronique.

 

Celle-ci est un peu déçue de la réaction de ses collègues et réagit visiblement à la suggestion que Rashid chercherait peut-être à la marier et ne s’intéresse pas à elle plus que ça. On voit qu’elle a des doutes à ce sujet. Elle ne se croit pas si belle que ça et voit bien que Rashid est un réel Adonis. Cependant, Rashid l’attire de plus en plus et après avoir beaucoup hésité, elle l’appelle. Rashid l’invite à un souper chez lui, en compagnie de ses amis.

 

Lors de la fête, on l’accueille chaleureusement et on lui fait goûter des plats iraniens qu’ont préparés Nehroz et Rashid. Puis, on fait jouer une cassette de musique iranienne et Ahmed fait le bouffon en se mettant un mouchoir sur le visage et des cymbales aux doigts pour faire une parodie de la danse du ventre. Puisqu’il est grand et maigre, l’effet en est d’autant plus comique. Ensuite, Nehroz fait jouer de la musique kurde et exécute une danse traditionnelle. Tous font la queue derrière lui et même Véronique se met au jeu. On rit, on danse, on chante, on bat des mains. Véronique s’amuse malgré sa réticence du début. Elle apprécie beaucoup ces amitiés nouvelles, surtout qu’elle est encore assez seule à Montréal. Rashid l’entraîne dans la cuisine et lui chante une chanson romantique populaire de l’Iran d’avant la révolution, puis lui récite encore un poème : cette fois, le sien. Véronique en est enchantée. Puis, elle retourne chez elle et Rashid la laisse à la porte de son édifice. Il lui baise la main et s’en va.

 

Rashid et Véronique se rencontrent à nouveau, mais cette fois Rashid veut la mettre encore plus à l’épreuve. Il est d’ailleurs porté à jouer des tours. Rashid fait part de son plan à ses amis, qui l’aident à faire le coup en l’habillant d’un costume supposément traditionnel. Il va retrouver Véronique pour aller danser à un club de la rue Bishop. Véronique est morte de honte : Rashid porte de très larges pantalons bleu ciel, un large voile de gauze dorée en guise de ceinture, un grand foulard multicolore autour du cou et une espèce de turban argenté avec une veste style boléro (fabriqué au Taïwan) qu’il a acheté dans un petit magasin marocain. Il porte aux pieds des pantoufles roses aux orteils retroussés. Cependant, Véronique se garde de dire ce qu’elle pense et lorsque Rashid lui suggère que peut-être elle aimerait couper court à la soirée, elle répond que non. Elle aime Rashid et le trouve très gentil malgré son « attricure ». Il l’accompagne à son apartement et elle l’invite à entrer. Rashid la taquine en la chatouillant. Puis, il se débarasse de son costume en faisant un strip-tease moqueur et les deux font l’amour.

 

Rashid la revoit le jour suivant et lui laisse un magnifique voile brodé de grosses perles, de grandes rubis et émeraudes et de paillettes d’or. Le foulard appartenait à sa mère et il l’a soutiré de la chambre d’hôtel de son père pour le donner à Véronique. Ali Mirza s’aperçoit du vol et, plutôt que d’en avertir les policiers auxquels il ne fait pas confiance, il lance ses gardes du corps, Ahriman et Ahoura, à la recherche du foulard précieux. Entretemps, Véronique le porte fièreement au travail, ne sachant pas sa grande valeur, car Rashid lui a dit que ce n’était que de la vitre, en s’excusant humblement de cette contrefaçon, pour ne pas éveiller ses soupçons. Les gardes du corps l’aperçoivent très rapidement.

 

Les collègues de Véronique déclarent le cadeau vulgaire et démodé, se moquant du zèle et de la fidélité de Véronique. Celle-ci leur répond que Rashid a bon cœur et qu’elle aime bien son cadeau. Lorsqu’elle passe dans la rue, les gardes du corps la suivent et en avertissent Ali Mirza. Celui-ci est intrigué et leur dit de bien talonner la jeune femme car elle pourrait les mener au voleur. (Tout au long de leur jeu, Ahriman et Ahoura font la routine du mauvais et du bon et agissent de façon maladroite). Rashid les repère aussitôt et se cache plutôt que d’aller rencontrer Véronique tel que prévu. Il lui explique qu’il se fait talonner par des contre-révolutionnaires dangereux et commence à porter une longue perruque blonde et une moustache assortie lorsqu’il va la voir.

 

Un jour, la vieille tante de Véronique vient en visite à l’improviste pendant que Véronique et Rashid font l’amour. Lorsque Véronique apprend que sa tante est à la porte et qu’elle a apporté du pain et des gâteaux, elle demande à Rashad, tout nu, de se glisser dans le garde-robe, car sa tante est catholique très dévouée et s’offusque facilement. Elle pourrait aussi faire un infarctus. Celle-ci entre et demande à Véronique ce qu’elle fait ces temps-ci. Véronique lui parle de l’exposition culturelle, et la tante déclare que « tous ces Iraniens-là sont des terroristes ». En parlant, elle fait l’inspection de l’apartement pour voir « comment s’arrange sa nièce qu’elle ne voit presque jamais ». La tante entre dans la chambre à coucher et ouvre le garde-robe. Rashid lève la tête, les mains lui cachant le sexe, lui sourit et dit : « Salaam aleikum ». La tante est sidérée. Elle ferme la porte, tourne la tête et lance à sa nièce : « T’as quelqu’un dans le garde-robe, Véronique. » Celle-ci est rouge d’embarras. Elle mène sa tante dans le salon et fait sortir Rashid, qui s’habille à la hâte.

 

Les trois commencent à causer de choses et d’autres, comme si de rien n’était. Rashid raconte à la tante qu’il est juif marocain et que le Maroc est une province de l’Iran. Celle-ci, visiblement mal à l’aise, ne sait pas mieux et dit « Ah, bon », hochant la tête à tout ce qu’il dit. Véronique lance des regards incrédules à Rashid, qui s’amuse à se payer la tête de la vieille dame.

 

Lorsque Rashid retrouve ses amis, il leur raconte l’incident et ceux-ci pouffent de rire à s’entendre qualifier de terroristes. Ils se déclarent « l’escadron de terroristes-plongeurs » et se mettent à faire semblant de planter des bombes dans le lavabo et des grenades dans les tabliers. Leurs lavettes deviennent des mitrailleuses dont ils menacent le propriétaire, qui se met dans le jeu et pousse de grands cris terrorisés. Un policier qui est dans la salle, averti, se précipite dans la cuisine pour voir ce qui se passe et le propriétaire doit tou faire pour le convaincre que c’est une blague. Le policier est furieux et les qualifie tous de « maudits immigrants » qui « dérangent tout le monde avec leurs histoires. » Puis, il part en claquant la porte.

 

Entretemps, au ministère des Affaires culturelles, un groupe de trois artistes marginaux est entré dans le bureau. L’un d’eux brandit un fusil, ainsi que des formulaires de demande de bourse de 15 000 $ (en six copies, dûment remplis) et exige de voir le directeur. Le groupe, composé d’un poète, d’un dramaturge, d’un chanteur et d’un artiste visuel, se croit persécuté parce qu’on leur a toujours refusé des subventions. Selon eux, c’est un complot bourgeois. Véronique en ce moment remplace la standardiste qui est allée manger et tâche d’expliquer au groupe que le directeur est absent et ne sera de retour que la semaine suivante. Furieux, le leader du groupe, le dramaturge, la prend en otage et l’emmène avec eux. Il déclare qu’il ne la relâcheront que si on diffuse leur manifeste à la télévision, qu’on leur donne chacun une bourse de 15 000 $ et qu’on les mette en exposition multimédia à la Salle Wilfrid-Pelletier.

 

On diffuse la nouvelle à la télévision, en avançant des hypothèses sur la possibilité d’un lien avec des terroristes iraniens, car Véronique a été vue en compagnie de Rashid. Rashid est désemparé de la nouvelle et choqué de la calomnie. Il veut immédiatement se lancer à la poursuite de Véronique et la sauver de l’emprise des artistes-kidnappeurs, même s’il est lui-même suspect et visé par les policiers sans aucune raison. Ses amis se portent volontaires pour l’aider sans hésitation.

 

Les kidnappeurs sont cachés dans un entrepôt abandonné du Vieux-Montréal et ont averti le ministère et les policiers de leurs exigences. Cependant, ils ne savent pas que Véronique a laissé sur son passage des pierres précieuses, des paillettes d’or et des perles pour qu’on puisse la retrouver. Elle ne se doute pas de leur valeur, et les piétons qui les retrouvent les laissent sur le pavé en se disant qu’il ne peut s’agir de vrais bijoux.

 

Rashid, explorant les alentours avec ses amis pour quelques traces, trouves ces indices, les récolte soigneusement, et réussit à repérer l’entrepôt où se cache le groupe d’artistes. Avec ses amis, il fonce l’édifice (parodie de séries et de films policiers). Ensemble, ils surprennent les terroristes en train de réciter une affreuse pièce supposément d’avant-garde (« Le train de nulle part », leur créaction collective, avec chants et décors visuels discordants), devant la pauvre Véronique qui, attachée, ne peut se boucher les oreilles. Elle se ferme les yeux et doit justifier le geste devant ses capteurs en prétendant être dépassée par les émotions que suscite la production.

 

Les membres du groupe sursautent à l’invasion et, puisqu’ils sont armés, prennent également Rashid et ses amis en otages. Les amis sont ligotés et questionnés par les artistes. Ceux-ci commencent à s’intéresser au groupe d’amis et trouvent très romantique l’histoire de Rashid et de Véronique. De plus, ils voient les amis comme solidaires de la lutte anti-impérialiste. Ils décident de composer un poème épique improvisé en leur honneur. Pour les arrêter, Nehroz sort de sa poche (tant bien que mal, car il est ligoté) une cassette de musique kurde et offre de leur montrer les danses nationales du Kurdistan. Les quatre artistes sont fascinés et se mettent d’accord. Ils enlèvent les liens aux amis et à Véronique. Ceux-ci se mettent à danser, à chanter et à battre des mains. Ils enseignent aux artistes comment danser et tout le monde s’amuse.

 

Finalement, en échange de la possession de la cassette, qu’ils croient leur donnera une inspiration dévastatrice leur garantirant des bourses et des applaudissements jusqu’à la fin des temps, le groupe se laisse persuader de relâcher Véronique et les amis et annonce aux policiers qu’il est prêt à libérer les otages si on leur offre l’immunité. Les policiers sont d’accord et Rashid et ses amis deviennent des héros populaires. Cependant, Rashid veut éviter la publicité et s’esquive rapidement. Il a sa perruque et sa moustache blondes dans la poche et les met à la hâte. On fait mention de l’incident des bijoux tirés du foulard et éparpillés sur le passage de Véronique. Ali Mirza en entend parler et ordonne à ses gardes du corps de suivre les amis de Rashad.

 

Entretemps, le ministère des Affaires culturelles se prépare pour l’événement « l’Iran en exil ». Pour fêter l’ouverture de l’exposition, on prépare un bal masqué. Marion et Françoise, les deux collègues de Véronique, sont toutes excitées et s’achètent des costumes des Mille et une nuits ainsi que des voiles pour « ressembler aux Iraniennes » et peut-être s’attirer de riches maris comme Ali Mirza. Entretemps, Véronique veut inviter Rashid. Celui-ci, en apprenant qu’il s’agit d’un bal masqué, trouve trop belle l’occasion et décide d’y aller en Zorro pour observer son père en cachette. Il annonce à Véronique qu’il ira en sheik et lui demande le billet à l’avance, en disant qu’il va la rencontrer là car ce sera beaucoup plus facile vu leurs horaires respectifs. Il fait partie du coup à sa sœur, Nouredineh. Celle-ci y va également et lui demande d’amener Nehroz. De son côté, Véronique projet d’y aller en chador, augmenté du voile que lui a donné Rashid.

 

Au bal, Ali Mirza est accompagné de Nourehdineh et se fait présenter à Véronique, qu’il voit habillée du voile précieux, que Rashid a pris soin de remettre à son état d’origine. Ali trouve Véronique jolie et cultivée et lui demande où elle a pris le foulard. Elle lui raconte son origine, ainsi que l’histoire de la prise en otage. Ali hoche la tête en cachant son horreur du traitement qu’a subi le voile de sa femme. Il devine bien que le Rashid dont parle Véronique est nul autre que son fils.

 

Entretemps, Rashid déguisé entre au bal accompagné de Nehroz, qui s’est habillé en sheik et va trouver Nourehdineh. Celle-ci, amoureuse de Nehroz, l’embrasse passionnément. Véronique s’en aperçoit et croit que c’est Rashid, car les deux portent un masque et Rashid avait vaguement parlé de trouver moyen de s’insérer dans la liste d’invités, déguisé en sheik, afin de protester le caractère bourgeois de toute l’affaire. Véronique est déçue de son comportement apparent et se sent trahie et très malheureuse. Elle se confie à ses collègues, Marion et Françoise, en se demandant comment Rashid a bien pu rencontrer la riche héritière. Les deux collègues lui disent qu’elles l’avaient bien avertie. Ali Mirza aussi se trompe, mais se ravise rapidement et demande à Nehroz ce qu’il fait avec sa fille. Nourehdineh s’empresse d’interrompre Nehroz et explique à son père que son amant est un exilé aux États-Unis et vient d’une riche famille. Elle ne le laisse pas parler, car elle sait que son accent kurde le trahira et qu’il trahira aussi Rashid sans le savoir. Elle le tire à l’écart pour lui expliquer. Nehroz en a les yeux écarquillés et croit que Mirza va le tuer. Nourehdineh le rassure et lui déclare qu’elle le protégera.

 

Rashid va vers Véronique, qui ne le reconnaît pas et soupire de tristesse. Rashid en est ravi et se donne un gros accent espagnol en la courtisant à outrance pour voir si elle lui restera fidèle. Véronique refuse ses avances et Rashid se fait insistant en la suivant partout. Il finit par bousculer son père par inadvertance. Son masque tombe, et Ali Mirza pousse un cri. Il engueule son fils et l’accuse de lui avoir causé beaucoup de cheveux blancs ; puis, il s’adoucit et le prend dans ses bras en l’appelant « mon fils prodigue » et remarque qu’il a du goût pour les femmes. Il lui pardonne le coup du foulard et l’offre à Véronique de sa part, en lui expliquant son origine.

 

Marion et Françoise sont bien dépitées d’attendre la tournure des événements. De son côté, Véronique est stupéfaite d’apprendre que son Rashid est fils de prince et qu’il s’est payé sa tête depuis si longtemps. Elle part en coup de vent. Rashid s’élance à sa poursuite avec Nehroz et va la retrouver chez elle. En passant, il va chercher Amir, Mohammed et Ahmed, qui apprennent eux aussi que leur ami est un Mirza. Bientôt le père arrive également avec tout son entourage. Véronique peut mal les détourner tous, et les fait entrer.

 

On fait venir un banquet et des musiciens. Véronique, persuadée par les amis et le bon cœur de Rashid ainsi que par l’ambiance de la fête, se réconcilie avec lui. Nourehdineh dévoile à son père les vraies origines de Nehroz et Ali Mirza commence à rire car il trouve comique que sa fille si hautaine se soit entichée d’un montagnard. Il s’en déclare très content et accueille Nehroz dans la famille à bras ouverts.

 

Entretemps, Marion et Françoise rencontrent Ahmed et Amir. Ahmed, farceur, raconte qu’ils sont tous les deux de riches héritiers oléagineux et Amir, qui ne comprend toujours pas grand français, hoche la tête en souriant. Les deux collègues sont ravies et invitent à danser les deux amis, en leur faisant multes simagrées supposément séduisantes...

 

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La fin





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