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Marie-Madelaine - a sculptor I made in  2004

Ecce Homo

 

 

Comment peut-on faire pareil film ? Je me suis interrogé pendant toute la durée de la projection. Du sang, de la haine,... quelque chose approchant le degré zéro de la pensée ? Au contraire ! Rien de vu de plus calculé, chaque plan était l'occasion de donner à voir un peu plus l'horreur.

 

Ce n'est pas un peuple juif que nous voyons là, mais bel et bien une masse déchaînée. Des hommes sont ainsi réduits à ne plus être que des animaux. Ils n'en ont pas après le Christ. Ils en ont après le sang. Combien dans ce peuple luttaient vraiment pour une religion ? Ils semblaient plutôt suivre les grands prêtres que d'être véritablement scandalisés ! Le blasphème ? Qu'importe pourvu qu'il y ait du sang ! Est-ce vraiment là l'image à donner du peuple juif ? Après les camps, ne sont-ils pas encore une fois réduit à un état de non-humanité ? Est-ce tolérable ? Est-ce vraiment considéré par les temps qui courent ? Aujourd'hui alors que l'intégrisme prend un essor considérable, ce film est un véritable danger. Il fait renaître les vieux stéréotypes antisémites au nom d'un christianisme qui ne mérite pas cette qualification. Voilà le juif conspirateur qui nous revient. Voilà le peuple déicide. Alors que l'Eglise catholique même refuse cette conception à présent. Le christianisme est-il de montrer la haine ? Ne prêche t-elle pas au contraire le pardon ?

 

On pourrait peut-être penser que dans la catharsis se trouve la fonction du film. Qu'il vise à faire réfléchir et à faire réagir. Mais deux objections se posent.

Le film comporte trop de clichés, se laisse trop de fois aller à la violence gratuite et inutile. Où est le didactique ? Resort-on meilleur de cette macabre scéance ? Nous remet-elle en cause ?

C'est là où le plus horrible reste à voir. Les spectateurs sont ravis ! Ce ne sont que congratulations et même applaudissements là où on devrait entendre de l'indignation. Ne porte t-on pas encore une fois atteinte au peuple juif ? Le film est apprécié pour ses qualités de spectacle. Même certains qui admettent l'antisémitisme de ce film trouvent le film superbe. Où est la moral ? Où est l'éthique ? Sans doute le film est très bien fait techniquement et est grand spectacle. Il attire l'oeil, c'est certain. Mais nombre de spectateurs ne semble pas percevoir la portée de ce film. Qu'un film d'action, qui ne se veut porteur d'aucun message, certes. Cependant, n'oublions pas que ce film est hautement symbolique et traite d'un épisode  clef du christianisme. Ce n'est plus aussi simple. Si le réalisateur l'avait traité du point de vue athée, certes, mais il s'agit là d'un point de vue intégriste, un parti pris certain. La Passion de Mel Gibson est une arme de croisade. Les langues des dialogues, laissées en prétendues langues d'époque, donne au film des prétentions de vérité historique. Et celui-ci, par une lecture réactionnaire, tire le plus macabre des Evangiles.

 

Pourquoi enchaîner les scènes de cruauté pures ? Pourquoi ouvrir le film sur des images d'un Christ défiguré par la peur sur le Mont des Oliviers ? Pourquoi nous montrer une si longue scène de flagellation ? La violence prime alors sur le sens même du message biblique. Est-ce les responsables qui sont en cause dans les Evangiles ? Cherchons nous un coupable ? Est-ce un procès ?

Non, La Passion du Christ est une débauche de violence gratuite et sans fondement. Une exhortation à la violence, à la haine du peuple juif cristallisé dans la malédiction rapportée par Mattieu. Qui est ce démon aux traits androgynes ? Le Mal ? Pourquoi aller jusqu'à corrompre l'innocence des enfants, tranformés en démons pour l'occasion ? Pourquoi condamner jusqu'à la descendance ? Et voilà qu'en filigramme le film nous incite à condamner le peuple juif et ses enfants, tout y passe ! Une immense machine manichéenne et qui donne à penser des choses simples.

 

Qui est ce Jésus ? Oui, celui là. Ce morceau de chair en sang et qui n'est plus que souffrance. Le christianisme devient simple souffrance. Tout est souffrance dans ce film. Fils de Dieu ou Fils de l'Homme ? Surhumain en tous cas pour subir tant de blessures. Où est le sublime ? Où est la grandeur ? Quel est l'image du christianisme après la projection ?

 

Ce n'est pas juste un film. L'antisémitisme n'est pas admissible au nom de la simple liberté d'expression comme pour le procès d'un certain humoriste. Ce n'est plus une question de liberté d'expression mais de la responsabilité humaine ou du moins citoyenne. Il ne s'agit pas d'interdire. Simplement que chacun prenne conscience de ce qu'il peut. Simplement de ne plus entendre des applaudissements à la Haine et à la Mort. Est-ce l'Homme qui applaudit ainsi la barbarie ? Ecce Homo.

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