PAR DES CHEMINS IMPREVUS   

 

 

         Depuis1823 le st Siège et le gouvernement de la restauration procédaient à la réorganisation des diocèses de France. Le pouvoir centralisateur de Napoléon en avait supprimé un certain nombre. Monseigneur Claude Antoine de Chamon, évêque de St Claude avait reçu la consécration épiscopale à Issy-les-moulineaux le 23 juillet 1823, en même temps que Monseigneur de Bonald qui devait remplacer le cardinal Fesch à Lyon et Monseigneur Alexandre Raymond DEVIE promis au diocèse de Belley reconstitué . C’était une tâche immense de restauration.

            C’est dans cet affairement joyeux que Gabriel arrive à St Claude . Justement l’abbé Girod , secrétaire  à l’évêché est préoccupé de trouver un valet de chambre pour l’évêque. Gabriel est un jeune homme sérieux que l’on connaît bien , et qui sait prendre des initiatives. Il peut être très utile pense la sœur Désirée, supérieure de l’hôpital. Voilà la bonne occasion.

            La proposition de l’abbé Girod déconcerte Gabriel. Il est choqué et même scandalisé. Il n’est pas venu chercher du travail ! Une affaire autrement plus importante l’occupe . Valet de chambre !

            Réflexion faite , ne peut-il pas accepter  de rendre service à ses amis ? Juste quelques jours ;le temps de se retourner ? Son projet peut souffrir ce bref délai.

« je me rendis chez jacques Antoine de Chamon ou ce digne prélat voulait m’attacher à son service.

C’est là que Dieu ,sans que je m’en aperçusse , voulait me faire connaître qu’il m’appelait à jeter

Les fondations de l’institut de la Sainte Famille. Sa volonté me fut manifesté par le digne prélat qui m’encouragea et approuva mes projets »

L’ ordonnance royale de 1816 qui demandait aux communes de faire de faire donner l’instruction primaire aux enfants n’avait pas obtenus les résultats attendus. Une nouvelle ordonnance publiée en 1824 en confiait le soin aux évêques . Monseigneur de Chamon se souvient que son valet de chambre est justement instituteur et qu’il est impatient de suivre sa vocation . Faut-il aller chercher plus loin ce qu’il a sur place , ici, à st Claude? Une congrégation religieuse , ne pourrait-il pas en fonder une pour lui ? Il l’a vu à l’œuvre et lui reconnaît l’étoffe suffisante. Dès maintenant , il lui confie le soin d’ouvrir une école, rue de la Poyat. Les bon conseils et les sympathies ne lui feront pas défaut…

Gabriel se sent poussé par les évènements. Déjà 5 compagnons sont venus se joindre à lui. En plus de l’école ils auront aussi à sonner les cloches et à prendre soin de la cathédrale. De son côté, l’abbé Chavin, l’impétueux missionnaire, offre aux six jeunes gens de leur prêcher la retraite de prise d’habit dans sa paroisse, aux Bouchoux. Gabriel a vingt-cinq ans. Il est courageux. Mais il n’a que son expérience que est celle d’un simple instituteur d’une petite paroisse de montagne. La cérémonie de « prise d’habit » a lieu le dernier dimanche d’octobre. La foule venue y assister est telle qu’on doit dresser une estrade en dehors de l’église. La joie emplie le cœur du fondateur. Désormais, il s’appellera « Frère Gabriel », et la soutane qu’il a revêtue en ce jour, il ne la posera plus. La nouvelle communauté prend le nom de « Frère de Saint Joseph ».

La classe commence à la Toussaint. Quatre-vingt élèves sont inscrits. Les débuts sont heureux : Tout marche à la satisfaction générale. Quand ses occupations le lui permettent, l’abbé Girot donne des leçons aux nouveaux maîtres. Frère Gabriel, tout absorbé par la direction de l’école et le soin du matériel, trouve encore le temps d’initier ses disciples à la vie religieuse, tout en mettant au point les premières Règles avec le Chanoine Descrumeaux.

Mais l’inexpérience, l’aridité des études pour ces jeunes montagnards, Les ressources qui fondent rapidement, faisant place aux privations les plus rigoureuses, fissurent la fragile édifice. L’Evêque s’est aperçu qu’aucun des deux prêtres n’a réellement le temps d’aider efficacement le jeune supérieur surchargé. Pour tâcher d’y suppléer, il nomme son Vicaire Général, l’abbé Darbon, supérieur ecclésiastique. Peine perdue ; ce dernier est déjà trop occupé. Frère Gabriel sent que le découragement s’insinue. Il s’efforce de remonter le moral de ses compagnons. Enfin, le départ de quelques-uns entraîne celui des autres. Au début d’Avril, il reste seul, triste, mais non abattu. A l’occasion, du reste, ses compagnons viendraient le rejoindre en des jours meilleurs.

L’Evêque qui a vu Frère Gabriel à l’œuvre lui garde toute sa confiance. Il le charge d’une mission très délicate. Dans la vallée de la Bienne, à vingt kilomètres de Saint-Claude, un prêtre constitutionnel s’est implanté dans la petite paroisse de Jeurre. Le nouveau curé nommé par son Evêque ne parvient pas à gagner le cœur de ses paroissiens. En tant qu’instituteur, Frère Gabriel peut acquérir l’estime de la population, persuader les habitants d’accepter leur pasteur légitime et, peut-être, convaincre le prêtre « Jureur » de se retirer. Frère Gabriel arrive à Jeurre le Lundi de Pâques. Il met tant de zèle et de savoir-faire pour s’acquitter de sa mission, il fait preuve d’une telle délicatesse que bientôt la paix est rétablie. Cependant, autour de lui, plusieurs jeunes se groupent et vivent en communauté, créant dans le village une joyeuse animation. La maison qu’il habite est bientôt trop petite. Hélas, en essayant d’agrandir la construction vétuste, elle ne tarde pas à s’écrouler.

Monseigneur de Chamon ne perd pas de vue ces fragiles débuts. Il propose au fondateur le prieuré de courte fontaine près de Dole qu’on vient de lui léguer à condition d’y installer un communauté religieuse se vouant à l’enseignement. Le déménagement se fait le 15 Juin 1826. L’antique monastère est vaste et convenable et surtout, il possède une assez belle chapelle. L’abbé Roland, le curé de la paroisse est l’aumônier de la jeune communauté et même un peu son supérieur. Il lui témoigne un intérêt, une amitié et un dévouement extraordinaire. Malheureusement la maison est située en un lieu isolé où on peut difficilement trouver les ressources nécessaires pour faire vivre les six Frères et les deux postulants venus de Jeurre. L’Evêque avait bien promis une aide financière, mais les besoins d’un diocèse à reconstruire ne lui permettent de suffire à tout. Comble d’infortune ; au moment où la pénurie se fait cruellement sentir, l’abbé Roland est nommé supérieur du grand séminaire de Lons-le-Saulnier. La position à Courtefontaine n’est plus tenable.

Frère Gabriel va en causer avec Monseigneur de Chamon. Il envisage de rentrer dans son diocèse natal, celui de Belley. Une solution est entrevue : l’Evêque entre en relation avec le Père Bochard, ancien Vicaire Général de Lyon qui est en train de fonder une congrégation religieuse à Ménestruel, près de Poncin : les frères de la Croix de Jésus. Heureux de recruter des jeunes gens qui ont déjà reçus des rudiments d’instruction et des notions de vie religieuse, le Père Bochard accepte de recevoir la communauté des Frères de Saint Joseph. Ces derniers arrivent à Ménestruel le 15 Octobre 1826.

Dès l’abord, Frère Gabriel déclare très franchement qu’il n’a pas abandonner le projet de constituer une congrégation dont le but ne se limiterait pas à l’enseignement. Inutilement, son hôte lui offre de le placer parmi les dignitaires de sa communauté. Quelques jours plus tard, Frère Gabriel repart seul. Il va faire une pèlerinage à Fourvière pour confier à Notre-Dame son désarroi et son espérance.       

             

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