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L'ÉCONOMIE SOLIDAIRE, UNE ALTERNATIVE DE DÉVELOPPEMENT

Par M.Vicent Garcès
CERAI
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Pendant les trente dernières années plusieurs initiatives d'économie solidaire ont vu le jour à partir d’expériences qui ont déjà plus d'un siècle, dans les luttes et l'organisation des travailleurs. Ces actions collectives du passé et  du présent, en faisant face aux problèmes sociaux créés par le marché, montrent qu'on peut mettre en place un principe économique différent au service de la société. La solidarité vient de l'action réciproque entre des citoyens libres et constitue un principe économique opposé au principe libéral qui reconnaît seulement le marché et la compétitivité.

S’ajoutent à ces initiatives plusieurs dimensions et potentialités humaines, toutes basées sur l'idée que l'économie solidaire intègre des solutions qui vont du local au global, incorporant également, la capacité d'articuler constamment la dimension politique, sociale et économique avec la dimension environnementale.

  Les réseaux d'économie solidaire rejettent l'instrumentalisation de leurs pratiques par l'économie de marché, niant le mythe que toutes les relations humaines et l'économie elle-même se réduisent au marché. D'autre part, l'économie solidaire n'est pas définie par une position anti-marché ni anti-état, mais par la volonté de construire de nouvelles pratiques économiques et des relations de pouvoir différentes de celles qui existent actuellement.
 

1.  Quelques propositions pour promouvoir l'économie solidaire
 

  • Articuler les réseaux d'économie solidaire aux niveaux local, national, continental et international.
  •  Établir des alliances entre les organisations et les réseaux dans les différents segments de l'économie.
  •  Relier l'économie solidaire avec une nouvelle éducation : apprendre à éduquer, apprendre à partir des expériences, modifier les programmes et les méthodes de l'éducation académique en introduisant des pratiques coopératives et solidaires, etc.
  •  Prendre conscience de nos modes de consommation et du comment ils sont reliés aux modes de production, afin de comprendre la perspective de l'éthique de la solidarité et de la durabilité.
  •  Faire des alliances stratégiques avec des mouvements sociaux pour une  globalisation solidaire. Faire pression sur les acteurs du pouvoir et sur les institutions multilatérales pour qu'ils intègrent l'économie solidaire comme un élément indispensable de l'élaboration sociale et humaine durable et multidimensionnelle.
2. Alternatives pour le financement du développement 

L'idée que nous devons contrôler l'utilisation qui est faite de nos ressources fait son chemin. Le rôle de la citoyenneté dans les sociétés démocratiques se traduit par un comportement conscient et responsable. Les activités de nombreuses compagnies transnationales qui délocalisent leur production ont généralement, en termes environnementaux et d’emploi, des impacts négatifs importants. Si avec nos ressources, de manière directe ou indirecte, on finance ces activités, nous sommes, au moins par omission, responsables. De fait, il conviendrait de se demander si les institutions financières elles-mêmes sont recommandables comme dépositaires de nos fonds, compte tenu de certaines de leurs activités et de celles des entreprises où elles prennent part.

Quel développement alternatif propose-t-on ?  Un développement centré sur la satisfaction des nécessités des personnes et des collectivités, qui commence par la satisfaction des besoins élémentaires mais centré aussi sur le développement des capacités des hommes à prendre part activement dans la vie sociale, politique et culturelle. Mais surtout un développement qui prend en compte les groupes d'exclus et leur donnent les moyens nécessaires pour devenir un acteur principal dans ce développement.

Le développement par conséquent, a besoin, tant dans notre contexte que dans le cadre de la coopération internationale, de stratégies d'appui aux groupes créateurs d’associations, de coopératives, de micro-entreprises, etc.. Ces processus peuvent être renforcés par l'accès à des services financiers dans des conditions favorables en ce qui concerne les intérêts et les garanties.

L'appui aux groupes en situation d'exclusion peut être fait par la création d'institutions financières qui leur servent d'instrument pour la réalisation d’initiatives propres, mais aussi à partir de l’appui des institutions et des services financiers établis par le secteur financier privé ou public. C’est à partir de ce dernier cas que des expériences ont été mises en place en Europe, qui vont de la création d'institutions financières alternatives, connues sous l’appellation de « banques éthiques », jusqu'à la création de produits financiers à but pré-déterminé qui, n’étant pas vraiment nouveaux dans leur fonctionnement, ont été adaptés pour introduire des notions de solidarité et servir d’outil dans la lutte contre l'exclusion.

3. Propositions européennes de financement alternatif

Les expériences qui fonctionnent dans le cadre européen sont diverses selon leur localisation, leur origine, leur but, le type d'activités réalisées, etc. Par exemple :

FORME JURIDIQUE  NOM       PAYS 

Associations    Cigale      France
et fondations   Réseau Financement Alternatif         Belgique     Réseau d'Économie Alternative et  Espagne
    Solidaire 
EnClau      Espagne
Sociétés coopératives  Crédal      Belgique 
Alterfin      Belgique 
Coop 57      Espagne 
Sociétés d'investissement  S.I.D.I.      France 
 Oikocredit      Allemagne 
Banque éthique    Banque Morale     Italie 
 Triodes Bank     Belgique 
 Oköbank      Allemagne 
 Banque Alternative Suisse   Suisse 
Modalités européennes de financement alternatif

Les instruments les plus simples sont ceux constitués par des associations  temporairement unies aux établissements du secteur financier conventionnel et qui montrent une certaine sensibilité vers la problématique de l'exclusion, le plus souvent les caisses d'épargne régionales. C'est le cas, par exemple, du Réseau FA en Belgique, une plateforme d’organisations à but non lucratif qui fonctionnent dans des domaines comme l'exclusion sociale, la coopération  Nord-Sud ou l'éducation pour la Paix et les Droits de l'Homme.

Cette organisation maintient un accord avec la CGER (Caisse Générale d'Épargne et de Retraite), pour créer un compte d'épargne dont les intérêts sont destinés aux projets des organismes qui intègrent le réseau, et dont les fonds ne peuvent pas être investis dans des entreprises vouées à certains domaines, tels que l'armement, l'énergie nucléaire et  l'expérimentation sur les animaux. 

Le financement alternatif s'est également doté d'instruments ayant une longue tradition comme les coopératives de crédit.   En Catalogne, par exemple, Coop 57 finance  des projets pour la création d’emplois qui en plus favorisent l'autonomie de l'organisation et le fonctionnement démocratique.   De plus, elle offre des conseils techniques et financiers. 

Cependant, les expériences les plus significatives, par leur grandeur et leur caractère alternatif, se réfèrent à la création des banques dénommées éthiques.   Ces institutions rendent des services comparables à ceux de la banque conventionnelle, mais elles se distinguent par deux aspects:  d'une part, dans leur fonctionnement interne, en intégrant à la fois  des principes démocratiques et des assemblées d'actionnaires, et d’autre part par la destination qu'elles donnent aux passifs captés, déterminés par des directives de l'assemblée des actionnaires qui indiquent dans quels domaines ils  ne peuvent pas être investis.   C'est le cas de  la Banque Éthique Italienne, dans laquelle les fonctions de l'établissement sont complétées par deux organismes : ETIMOS et la Fondation Choros, la première consacrée à la concession des micro-crédits dans les pays du Sud et la seconde dédiée à la formation et la sensibilisation au financement éthique.

La trajectoire qui mène jusqu'à la création de la Banque Éthique est particulièrement significative, puisqu'elle met en évidence l'appui nécessaire pour la création de ce type d'institution.   Les lois italiennes exigent un capital de 12 milliards de Lires pour créer une organisation financière:  ce capital a été obtenu grâce à l'appui des CTM (Coopératives Tiers Monde), véritables initiateurs du processus, et qui sont consacrées principalement au commerce équitable.   La conjonction entre le CTM et les Mag (Mutuels de l'Autogestión), a permis d'atteindre la masse critique nécessaire pour créer une banque coopérative éthique.   Il a fallu, depuis le commencement du processus de la création de la banque, en 1995, jusqu'à sa matérialisation, quatre ans de travail intense. 

Par conséquent, nous pouvons différencier, selon leur statut juridique, les types d'institutions financières suivants :
 

  •  associations à but non lucratif et fondations.  Il existe de nombreux organismes français, comme les Cigale;  ou Belge comme le Réseau F.  A. ;  ou le Réseau R.  E.  A.  S.   en  Espagne, etc.
  •  les sociétés coopératives, considérées comme la forme la plus  appropriée pour l'accomplissement des objectifs, combinant  transparence et démocratisation des décisions.   Dans ce groupe nous pouvons souligner le Crédal et l’Alterfin en Belgique;  Coop-57 en Espagne, etc... 
  •  les sociétés d'investissement, qui opèrent aussi bien au niveau national qu'international et, parfois, sont financés par des contributions du secteur public ou du secteur privé.   Soulignons dans ce bloc la S.I.D.I. en France, créée par le Comité Catholique contre la Faim et pour le  Développement (C.C. F. D.).
  •  banque, avec une claire tendance à s’éloigner de la banque traditionnelle, soit par les types d'intérêt, ou par le système des garanties établies, ou par le type d'activités réalisées.    C'est la banque considérée "éthique", comme la Triodos Bank, la Okobank, la Banque Alternative Suisse ou la Grameen Bank. 


L'existence de ces institutions permet aux économies sociales du Nord et des pays en voie de développement du Sud d'accéder à des crédits dans des conditions beaucoup plus favorables que celles fournies par les institutions financières traditionnelles.   Le crédit ainsi accordé prend en compte le rendement social des investissements (pas seulement l’économique), et permet d'accéder aux ressources financières qui sont essentielles.   .
 

4.-  Une expérience espagnole de banque éthique

Le système financier espagnol actuel discrimine clairement une bonne partie de la population dans l'accès aux ressources qui peuvent lui faciliter  la création d'activités, de projets ou d'entreprises et qui lui garantissent un niveau de revenu correct.   Nous sommes devant un système qui pénalise radicalement ceux qui ne remplissent pas les conditions exigées par la banque. Un système qui poursuit la maximisation de la rentabilité financière sans aucune autre considération.

Nous vivons dans un système mercantile dans lequel l'argent constitue un but en soi. Au commencement conçu comme un instrument d'échange socialement admis, l'argent à l'heure actuelle se développe et se multiplie sans la médiation du travail ni de la production de biens matériels, selon une stratégie dominée par le secteur bancaire et le secteur financier. 

 Cependant, en Espagne mais aussi dans la Communauté de Valencia, se sont développées des  initiatives de financement alternatif.   Actuellement la plupart d'entre elles concernent le domaine de l'insertion sociale par le travail, et consistent en l'émission de bonus solidaires qui, à travers de petites contributions privées, permettent de financer des projets d'entreprise de petite taille.   Petit à petit, ces propositions ont été rassemblées dans des plateformes d'état, tel que le RUFAS (Réseau d’outils Financiers Alternatifs et Solidaires), et se sont ajoutées  à elles des initiatives venant des modèles européens vus précédemment. 

Ainsi, par exemple, dans la Communauté de Valencia fonctionne, depuis l'année 2000, une initiative de financement alternatif basée sur le modèle du réseau des organismes sociaux qui établit des accords avec une organisation financière régionale.   Le réseau EnClau, composé par quatre organisations qui travaillent dans le domaine de la coopération pour le développement et la lutte contre l'exclusion sociale,  a lancé avec la Caixa Popular un livret d’épargne solidaire et un dépôt solidaire, dont les intérêts se transforment en crédits pour des initiatives de développement de la production et/ou de la commercialisation. 

EnClau associe des organisations qui travaillent dans le domaine du développement, autant au Nord qu'au Sud, et qui s'occupent particulièrement de sensibilisation et d'éducation au développement.   Ces organisations partagent la préoccupation d'ouvrir de nouvelles voies d'appui financier pour le développement qui passent des moyens traditionnels, tel que la subvention à fonds perdus, vers de nouveaux moyens centrés sur le crédit. Également ils partagent la préoccupation d'augmenter la participation des citoyens aux processus du développement (au Nord et au Sud). 

Ces préoccupations sont reflétées dans la mise en place des outils financiers, qui peuvent être autonomes ou compter sur la collaboration de certains organismes de crédit.   Il serait plus intéressant d'explorer la première voie, puisqu'il s'agit de promouvoir des alternatives durables, celles-ci doivent être institutionnalisées et avoir leur propre entité.

Pour l’instant, les deux produits financiers  mis en place essayent d'être un premier passage vers l'accomplissement d'un plus grand engagement des citoyens et de sa canalisation pour le développement.   Dans les deux produits l'épargnant donne une partie des intérêts (50%) pour l'appui d'activités des organisations qui font parties du réseau EnClau.   Cette somme est augmentée par une contribution additionnelle de la Caixa Populaire de 25% du total des intérêts.   L'aspect le plus intéressant de ces produits financiers est sans aucun doute qu'il permet de diriger l'épargne responsable et solidaire vers le financement des activités productives des groupes traditionnellement exclus du crédit. 

Les lignes principales des activités futures sont: 

1) Unifier ressources, efforts et idées pour favoriser la création et le développement de nouvelles alternatives financières éthiques et solidaires qui permettent de générer des ressources pour le financement des projets et des programmes dans  les domaines suivants : 
 

  •  coopération internationale au développement 
  •  lutte contre l'exclusion sociale
  •  défense des droits des femmes 
  •  défense de l’environnement et développement rural


Jusqu'ici nous avons mis en place en collaboration avec une Caisse d'Épargne des produits financiers catalogués comme solidaires.  Nous savons que c'est une première étape et que notre objectif continue à être de rechercher les instruments alternatifs du financement. Alternatifs dans la captation, alternatifs dans la destination. 

2) Soutenir une ligne de sensibilisation sociale qui vise un changement culturel et des valeurs sur: 
 

  •  la nécessité de promouvoir l'utilisation de l'argent d'une façon plus sociale et solidaire.
  •  la nécessité d'un  contrôle citoyen, individuel et collectif, des ressources économiques. 
  •  la nécessité d’encourager le débat social sur la génération des ressources financières éthiques.


3) Inciter à la réalisation d’études et de recherches qui permettent  d'avancer sur la relation entre éthique et  financement, aussi bien dans la définition de nouveaux produits financiers éthiques et solidaires, économiques et socialement rentables. 
 

5.-   L'expérience du CERAI

L'expérience du CERAI dans le secteur de l'économie sociale est centrée principalement sur le financement alternatif. Le CERAI fait parti du réseau Enclau depuis sa création (cela fait une année et demi). Il intervient dans le Pays de Valencia et fait parti aussi du réseau d'état RUFA (Réseau d’Outils Financiers Alternatifs et Solidaires) ainsi que du réseau INESE qui est un réseau européen dont le siège est en France. Il a aussi des relations avec d'autres organismes européens et de l'Amérique latine. 

 EnClau est composé par quatre membres fondateurs:  IUNA, ISF, CERAI et ATELIER. Ils ont créé deux premiers produits d’épargne:  un livret et un dépôt, avec une organisation financière qui est la Caixa Popular. Sa rentabilité est de 1,5% et de 5% respectivement, réparti comme suit :  50% pour l'épargnant et 50% pour le fonctionnement du réseau.   EnClau a pu capter environ 300.000 euros en à peine une année, détectant une augmentation considérable dans le dernier trimestre.. 

D'autre part, le CERAI a participé à la réunion sur l'économie sociale alternative, qui a eu lieu le 15 mars dernier à Livorno (Italie) dans le cadre du programme REVES -MED de l’U.E.  Des contacts importants ont été faits avec des entreprises de l'économie sociale comme la CEPES, Confédération Espagnole d'Entreprises de l'Économie Sociale.   Un document appelé la Charte de Livorno a été élaboré pendant la réunion. 
 
 
 

              CERAI                        Valencia,  Espagne, 22-05-02
 

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