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Consortium des Observateurs des Elections

KMF/CNOE – Justice et Paix – Andrimaso FFKM
34, rue Andrianary RATIANARIVO, Ampasamadinika, 101-ANTANANARIVO

Sixième communiqué

Premières réactions post-électorales


Trois semaines après le scrutin du 16 décembre 2001, le Consortium estime le moment venu de porter à la connaissance de l'opinion ses premières réactions. Elles concernent aussi bien les Institutions que les candidats à l'élection.

1. Le Ministère de l'Intérieur

Depuis mars 1998, l'équipe actuelle a organisé cinq consultations populaires. Il est de notoriété publique qu'aucune de ces consultations n'a satisfait le corps électoral. Il n'est donc pas surprenant que les carences déjà dénoncées se soient retrouvées lors des dernières présidentielles.

On notera dabord le nombre des inscrits, soit 6 367 610, or aux présidentielles de 1996, il y avait déjà 6 667 100 électeurs inscrits. La population de Madagascar étant estimée à un peu plus de 15 millions, le nombre délecteurs devrait approcher les 7,5 millions. Cela signifie que près d'un million délecteurs n'ont pas été inscrits.

Se pose alors la question des listes électorales. La révision annuelle n'ayant pas été faite, la confection des listes pour l'élection du 16 décembre a été menée dans la précipitation sans que l'on sache si c'était une refonte ou une révision.

La même imprécision a été relevée dans l'établissement des bureaux de vote. Non seulement le nombre des bureaux de vote a varié au Ministère de l'Intérieur, mais la liste « définitive » publiée au journal officiel daté du 11 décembre 2001, mis en vente une semaine après l'élection comporte des erreurs.

La rapidité, pour ne pas dire la précipitation, avec lesquelles le Ministère a publié les résultats laisse planer le soupçon de manipulation. Cela d'autant plus qu'aucune rectification n'est intervenue par rapport à des résultats envoyés par téléphone ou BLU qui doivent être confirmés par les procès verbaux.

Lors des précédentes élections, le Ministère de lIntérieur avait promis de sanctionner ceux qui avaient contrevenu à la loi électorale, mais n'en a rien fait. Aujourd'hui, le Ministre qui a promis une élection « zéro erreur » ne devrait-il pas être effectivement sanctionné lui aussi ?

2. La Haute Cour Constitutionnelle

La HCC est seule habilitée à proclamer les résultats officiels. Ceci dit, il faut rappeler que Madagascar a ratifié le Protocole facultatif se rapportant au Pacte International relatif aux droits civils et politiques et que de ce fait les citoyens malgaches peuvent déposer des réclamations ou plaintes au Comité des droits de l'Homme (Office des Nations Unies) à Genève en cas de violation du droit de vote.
Le Consortium rappelle en outre que tous les observateurs ont demandé depuis dix ans que la HCC publie les résultats officiels par bureau de vote.

3. Où était le CNE ?

D'après l'article 113 du Code Electoral, le CNE est «garant de l'authenticité du scrutin et de la sincérité du vote». Il n'a apparemment rien fait pour que ces élections se déroulent normalement.

Trois faits notoires méritent dêtre signalés ici :

- le 14 décembre 2001, dernier jour de la campagne, les candidats avaient droit à 15 mn de parole sur les médias publics. Le candidat Didier Ratsiraka, s'est octroyé soixante dix minutes, sans que le CNE ne s'en émeuve

- le 16 décembre 2001, jour de l'élection, des propos de propagande tenus par le même candidat ont été diffusés à plusieurs reprises sur les médias publics. Toujours pas de réaction du CNE ;

- la neutralité de l'Administration a été ouvertement violée par la nomination des Gouverneurs des Provinces autonomes comme directeur de la campagne du candidat Ratsiraka. A Antananarivo, le Gouverneur a coordonné l'ensemble de la campagne du même candidat.

4. Les candidats

Un des points les plus important dans une campagne électorale est le principe d'égalité des chances pour chaque candidat. De ce point de vue, l'élection du 16 décembre représente un recul, notamment pour ce qui touche à l'origine et à l'utilisation du financement des campagnes électorales.

A ce jour, tous les pouvoirs ont refusé de légiférer sur cette question sensible du financement des partis et des campagnes électorales. En attendant une réglementation appropriée, on ne peut être que choqué par la grandeur des sommes dépensées pendant cette campagne électorale alors que le peuple vit dans la misère. Le Consortium demande encore aux candidats de justifier auprès des citoyens l'origine de l'argent qu'ils ont dépensé.

Le principe d'égalité des chances s'applique aussi à l'utilisation des moyens publics. Chacun aura pu constater que le candidat Président en exercice a bénéficié du soutien à peine voilé de l'appareil administratif.

Enfin, l'égalité des chances passe par l'utilisation égale des médias. On a pu constater la discrimination dont ont souffert cinq candidats sur six dans les médias publics. Les médias privés pour leur part ne sont pas non plus exempts de reproche en ce domaine.



Antananarivo, le 5 janvier 2002

Pour le Consortium des Observateurs





Madeleine RAMAHOLIMIHASO, Secrétaire générale KMF-CNOE
André RASOLO, Coordonnateur National Andrimaso FFKM
Gervais RAJERISON, Secrétaire général Justice et Paix


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