Pour que l'élection présidentielle du 16 décembre soit libre, juste et transparente, le KMF/CNOE, Justice et Paix et Andrimaso FFKM ont décidé d'unir leurs expériences et leurs ressources et de coordonner leurs actions pour assurer au mieux l'observation du scrutin. Les actions ne devaient pas se limiter à la seule observation le jour du scrutin, mais comporter un travail de sensibilisation des citoyens ainsi que la formation de superviseurs et d'observateurs.
Un groupe de bailleurs de fonds a estimé devoir apporter son appui à cette initiative qui vise à renforcer les avancées démocratiques dans le pays. On peut dire que le travail du Consortium a contribué à une élévation de la conscience civique et à une remobilisation du corps électoral. Cependant la contestation des résultats officiels a plongé le pays dans une crise grave.
Le Consortium a invité ses bailleurs de fonds à une séance de travail en présence de représentants de la presse tant nationale qu'internationale.
Il a consigné ses observations dans un rapport provisoire adressé au Conseil National Electoral le 21 janvier 2002, diffusé auprès de diverses instances ainsi qu'auprès de ses bailleurs de fonds. Ce rapport a été remis aux journalistes présents à la conférence de presse.
Le Consortium détient les procès-verbaux de 12 212 bureaux de vote et a réitéré sa disponibilité à confronter ces documents avec ceux dont disposeraient les autres parties prenantes.
Il a procédé à une comparaison des résultats affichés par la Haute Cour Constitutionnelle sur le site web de cette institution d'une part, et d'autre part des résultats affichés par lui-même sur son propre site web.
Les codifications de la Haute Cour Constitutionnelle (HCC) étant différentes de celles du Ministère de l'Intérieur alors que le Consortium a retenu les codifications de ce Ministère, le rapprochement des résultats a été fastidieux. Mais il a pu être remis aux participants à la conférence de presse un rapport faisant le point à la date du 09 février 2002. Ce rapport fait ressortir des discordances et des incohérences, mais pour ce qui est des chiffres, les écarts de voix ne sont pas énormes.
C’est pourquoi, considérant qu’il n’a que les procès-verbaux d’environ 75 % des bureaux de vote (soit 83 % des inscrits), le Consortium insiste pour que les Comités de soutien de tous les candidats, mais plus particulièrement des deux candidats favoris, pour qu’ils procèdent à ce travail de comparaison avec la HCC à partir de leurs propres chiffres. Ce serait déjà une première approche pour se faire une opinion sur le scrutin du 16 décembre et aussi pour éclairer le public.
En tout cas les constats du Consortium à ce jour confirment la nécessité d’une confrontation des procès-verbaux. Quitte à procéder par exception. Mais à cet égard il est indispensable que toutes les parties prenantes s’accordent sur la méthode de travail à appliquer.
Après examen de la situation et échanges de vues avec ses bailleurs de fonds, ainsi qu'avec autres composantes de la société civile (SEFAFI, UNA-Civils), le Consortium lance l'appel ci-après aux deux candidats arrivés en tête à l'élection du 16 décembre 2002 :
_ L'intérêt supérieur de la Nation doit l'emporter sur toute autre considération, personnelle, partisane, particulière, quelle qu'elle soit. Nous en appelons à votre sens de l'Etat pour qu'on n'en arrive pas à une situation ingérable qui conduirait Madagascar au chaos. Le peuple malgache vous observe, et dans une certaine mesure le monde entier. Il ne faudrait pas que vous manquiez ce rendez-vous avec l'Histoire.
_ Une analyse strictement légaliste de la situation ferait abstraction de réalités qu'on ne peut ignorer et limiterait la recherche de solutions. Aujourd'hui le problème n'est plus seulement juridique, il est surtout politique.
_ Or une solution politique exige qu'un dialogue soit engagé d'urgence entre les deux protagonistes que vous êtes.
_ Apprenant ce jour que le Président et néanmoins candidat Didier RATSIRAKA a déclaré au Secrétaire Général de l'OUA venu en médiateur qu'il ne serait pas opposé à un report du second tour, nous saluons ce geste de nature à amorcer le dialogue.
_ Déjà le 09 février 2002 le Consortium déclarait sur les ondes de RFI que dans l'éventualité d'un second tour, les conditions susceptibles de garantir la régularité, la transparence et la sérénité d'un nouveau scrutin n'étaient pas remplies si ce second tour était fixé au 24 février 2002
_ Le Consortium des observateurs nationaux étudie, à partir de ses constats sur le scrutin du 16 décembre 2001, les dispositions à prendre pour fiabiliser un éventuel second tour.
_ La poursuite éventuelle du processus électoral est conditionnée par la mise en place et l'acceptation de dispositions qui garantissent la régularité et la sérénité du scrutin.
_ Pour sa part la communauté des bailleurs de fonds s'est déclarée prête à apporter sa contribution dans la mise en place de ces garanties, lesquelles sont également demandées par la communauté internationale.
_ Si le dialogue entre vous se concrétise et aboutit au dénouement de la crise actuelle, vous aurez démontré, et le peuple malgache avec vous, que le _fihavanana_ a un sens…_
Antananarivo, le 12 février 2002
Pour le Consortium,
André RASOLO, Coordinateur National
Madeleine RAMAHOLIMIHASO, Présidente du Comité d'Orientation