COEUR D'IBMER

IBM ET L'HOLOCAUSTE SOCIAL

Dès les premiers moments de son histoire, IBM ne s’est jamais encombré du moindre scrupule moral au seul et unique motif de dégager toujours plus de revenus.

 Déjà en 1934, en pleine campagne de stérilisation pour l’émergence et la mise en place de méthodes de purification en Europe, IBM, pour qui l’information était toujours plus d’argent, proposait à l’Allemagne des machines et des cartes perforées de grande précision pour calculer, classer, trier, analyser. A cette époque, ses profits atteignaient près d’un million de dollars, alors même que le boycott international mettait à rude épreuve l’ensemble de l’industrie allemande. Quelques années plus tard, l’alliance stratégique avec Hitler continuait à rapporter gros dans les villes et les ghettos. Mais c’était le long des voies ferrées et dans les camps de concentration que les machines IBM allaient donner la mesure de leur talent. Les juifs ne tarderaient pas à devenir des numéros Hollerith. (la machine Hollerith a servi au premier recensement racial de 1933. Les machines étaient la propriété d’IBM qui les louait à ses clients allemands).

 En 2005, alors qu’elle dégage 3 milliards d’euros de bénéfices, au prétexte que les actions perdraient 5 cents à l’unité, la compagnie entreprend des licenciements boursiers de 800 salariés sur 11000 en France. Il s’agit d’un premier train d’exclusion, d’autres suivront jusqu’à la liquidation quasi-totale des effectifs.

 Ces licenciements se font au profit de départs d’emplois vers les pays de l’est, l’Inde et la Chine.

 Dans un document confidentiel remis aux organisations syndicales qui ne doivent surtout pas en révéler l’existence ni le contenu, sous peine de sanctions disciplinaires1, la direction énumère, entre autres, les postes à supprimer et les pays qui les recueilleront.

 Par exemple en Biélorussie, à Minsk seront expédiés une dizaine de métiers avec des compétences : analyse, programmation.

 En Inde, à New Delhi et Bangalore, seront délocalisés environ 30 métiers en programmation.

En Chine, à Shangaï, seront déportés quelques 20 métiers ,analyses, tests…

 Dans le même temps de ces délocalisations, IBM vend sa division PC au plus grand fabricant chinois d’ordinateurs Lenovo pour un total de 1,75 milliards de dollars US. Quelques salariés français s’aventurent à demander l’application d’une clause de confiance vis-à-vis d’un état si peu respectueux des droits de l’homme, et vis-à-vis du Pdg de Lenovo, Yuanqing Yang, qui, occupant désormais la 3ème place dans le classement des grands fabricants de PC, apparaît comme un membre influent du gouvernement autoritaire chinois. En France, le rachat de Lenovo provoque une centaine de licenciements masqués par une filialisation rapidement improvisée.

 Comment la direction IBM procède à ce plan de destruction massive des emplois en France ?

 Son tour de force consiste à faire participer les organisations syndicales et leurs représentants à cette casse humaine, via les accords de méthode.

 «Les accords de méthode » font partie d’un ensemble de mesures imposées par le gouvernement actuel contre les salariés pour supplanter la « loi de modernisation sociale » qui donnait plus de pouvoirs aux salariés via les CE et CCE et qui obligeaient les patrons d’entreprise à justifier leurs projets, et à examiner les contre-propositions des salariés avec la possibilité de recours en justice, expertises, droits d’alerte et de suspensions nécessaires. Ces « accords de méthode » permettent de passer outre les obligations imposées par le Code du Travail et contribuent à sa suppression pure et simple.

 La direction IBM, ayant pris sa décision à l’avance de supprimer plus de 800 emplois pour juin prochain, fait plancher les syndicats sur des propositions d’accompagnement de ces suppressions, alors qu’elle n’a jamais annoncé en CCE ou en CE, ni la situation économique exacte de la compagnie, ni la cartographie des postes qu’elle entend supprimer. En somme, elle demande aux syndicats de la soutenir aveuglément dans ce vaste dégraissage. Elle entend donc trouver un ou des syndicats prompts à entériner des décisions dramatiques pour l’emploi et totalement injustifiées au vu des milliards de bénéfices engrangés.

 Malheureusement, trois syndicats – FO, CGC et CFTC – ont signé ces accords, approuvant les plans de licenciements, avant même d’en avoir appris les fondements et que soit commencé un semblant de négociation, malgré la bonne santé d’IBM et la qualité de ses résultats (IBM France : 209M€ en 2004 et IBM Corp : net income : 8,4 milliards de dollars en 2004).

 Ils ont ainsi contraint les organisations syndicales à un simulacre de négociations hâtives, des mesures pour les reconversions, les reclassements, les préretraites, les baisses de salaires, or ces mesures étaient déjà rédigées par la direction avant la signature des accords de méthode. Ils obligent les salariés à se décider sur les propositions de « volontariat » entre le 10 juin et le 9 août seulement, en pleine période de congés. Ils amènent l’annonce des licenciements à partir du 10 août.

Grâce à leur signature, il y aura re-négociation de l’adhésion de la compagnie à la convention collective de la métallurgie, avant la fin de l’année, dans le contexte de la loi Fillon qui permet de contourner le Code du travail.

 Enfin, ils interdisent aux non signataires (CGT-CFDT-UNSA) de veiller à l’application des engagements de la direction.

 Les syndicats « jaunes » justifient leur signature sous couvert de permettre de négocier des garanties avec des offres de départs financés pour des projets personnels, avec un plan de pré-retraite maison, des garanties de reclassements, des indemnités en cas de mobilité ou pour aménagement du temps de travail, mais à aucun moment ils ne font allusion aux licenciements. Sans la moindre pudeur, ils confirment que leur action est responsable, dépourvue de démagogie, en cherchant des solutions qui offrent des garanties négociées.

 Que deviennent les salariés dans l’annonce de cette destruction massive d’emploi ?

 Les plus qualifiés se plongent déjà dans leurs carnets d’adresses, et préparent des départs bien négociés, souvent âgés, ils espèrent encore pouvoir se recaser sans trop de difficultés. Quelques cadres considèrent qu’avec un peu de chance, ils sauveront leur peau et ne seront pas immédiatement touchés, quant aux autres, accablés de travail, ils n’ont guère l’opportunité de prévoir leur avenir proche, quand bien même ils y prêteraient une quelconque attention.

 Un grand nombre d’entre eux, tenaillés par la peur et par l’espoir d’échapper au premier train, évaluent leur chance de conserver leur emploi par un calcul de points qui circule sur intranet et qui semble entrer en ligne de compte pour déterminer l’ordre des licenciements une fois les mesures de reclassement proposées et dès lors que des licenciements sont inévitables.

 Par exemple, sur les 15 postes à supprimer sur un service de 40 personnes, seuls 12 ont été libérés par Préretraite, offres volontaires de départ et autres mesures de reclassement. Il resterait donc 3 postes à supprimer sur les 28 parmi les 28 salariés restants. Dans ce cas, on utiliserait ces critères pour calculer le nombre de poins de chacun de ces salariés. L’ordre des licenciements serait fixé en utilisant l’ensemble de ces critères et les licenciements correspondraient au nombre de points les plus faibles.

 Voilà comment se présente ce décompte :

                                                                                                                                   Nombre de points

 Ancienneté                                                                                                              ½ par année

 Charge de famille

                                                                       Célibataire + 1 enfant                                 3

                                                                       Célibataire + 2 enfants                               4

                                                           Célibataire + 3 enfants ou plus                              5

                                                                       Marié/Pacsé sans enfant                            1

                                                                       Marié/Pacsé + 1 enfant                              2

                                                                       Marié/Pacsé + 2 enfants                            3

                                                           Marié/Pacsé + 3 enfants ou plus                           4

 Selon Age                                                                            45 à 50 ans                             5

                                                                                               50 à 55 ans                           10

                                                                                              > 55 ans                                    0

 Evaluation individuelle  (2002, 2003 et 2004) – pour chacune des années

                                                                        Niveau 1(la meilleure note)                         8

                                                                       Niveau 2                                                        5

                                                                       Niveau 3                                                        2

                                                                       Niveau 4                                                        0

 Encadrement ou techicien(ne)                                                                                          10

 Salariés en retour d’un congé à l’initiative de l’entreprise                                            2

 Cette évaluation annuelle se fait lors d’un entretien avec le management 1ère ligne (supérieur hiérarchique direct) et qui définit par notation 1 et 2 une augmentation de salaire, en 4, une procédure de licenciement. En 2003-2004, les notations 4 ont donné lieu à 200 licenciements secs, qui, dans l’ensemble, n’ont suscité aucune réaction de la part d’un personnel, aveuglément persuadé de son incompétence professionnelle. On peut noter les caractères humains et objectifs du plan social, d’une part une notation soumises au bon vouloir de la hiérarchie, ensuite un maximum de points pour ceux qui ont entre 50 et 55 ans, dont le licenciement tombe sous le coup de la loi Delalande et coûterait ainsi très cher à la compagnie, alors que ceux de plus de 55 ans, dont le licenciement peut être accompagné d’un plan préretraite à moindre frais, héritent de zéro point.

 La compagnie ayant aussi décidé de rajeunir la pyramide des âges (eugénisme quand tu nous tiens !), l’idéal serait de ne plus avoir de salarié dont l’âge dépasse 40 ans, chacun, au-delà de l’âge fatidique a pris sa calculette pour connaître sa chance d’échapper au massacre et assiste avec assiduité aux différentes assemblées générales provoquées par les organisations syndicales signataires ou non signataires des accords.

 En province (à Nantes, à Marseille, à Strasbourg et à Toulouse notamment), certains salariés se sont mis en grève plutôt en fin de semaine pour bloquer toute intervention technique chez les clients dont les matériels et logiciels risquent de tomber en panne durant le week-end, sur Paris, des grèves commenceront à partir du 9 Mai.

 Malgré cette nouvelle liquidation annoncée, IBM, dans le monde, reste une figure phare du progrès, sa technologie gardant réponse à tout. Les managers qui auront piloté l’entreprise dans les eaux troubles du nazisme puis des délocalisations au pays des laogaïs resteront de véritables idoles aux yeux de cette entreprise internationale.

 Aujourd’hui que peuvent faire les IBM’ers, face à la recherche de la rentabilité maximale qui met au travail une main d’œuvre à bas salaires des pays sous-développés ou émergents. D’ici à 2015, 450 000 emplois américains de l’industrie informatique devraient être délocalisés

 Ces salariés, formés à l’excellence, peuvent s’inquiéter d’être dépassés par la Chine ou l’Inde qui diplôment davantage d’ingénieurs chaque année que notre vieux pays où les études scientifiques ne sont plus à la mode. Que peuvent-ils faire pour innover et garder une longueur d’avance technologique, à quoi bon accepter une formation tout au long d’une vie alors que tous les métiers de l’informatique auront progressivement disparu de notre pays ?

 Il leur faudra renoncer aux 35h, aux congés payés, à la sécurité sociale, au code du travail….à leurs salaires trop élevés ou trop moyens…. Alors, définitivement « africanisés », ils deviendront compétitifs et d’ici 100 à 150 ans, avec un peu de chance, la multinationale de retour au pays proposera à leurs enfants et petits enfants des emplois à valeur ajoutée.

 Dans peu de temps, le paupérisme nous aura tous frappés ! La voie est désormais ouverte par Métaleurop, Lu, Heineken, Carrefour, Bosch, STM Micro, Daewoo, Lustucru, Mark et Spencer et tant d’autres définitivement fermés, oubliés….

 
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