
1885-1934

Avec Bebe Daniels
dans Lawful Larceny
(1931)
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Né le 11 octobre 1885 (ou 1888) à San Francisco, Lowell Sherman descend d'une longue lignée d'acteurs et d'actrices réputés. Il fait ses débuts sur les planches alors qu'il est encore très jeune. Après quelques tournées à travers les Etats-Unis, c'est un "vieux pro" de 20 (ou de 17) ans qui devient célèbre à New York en 1905. Tout de suite, il étonne avec son talent immense qui lui permet d'incarner toutes sortes de personnages. De plus, il a une forte présence sur scène et possède une mémoire exceptionnelle qui lui permet de savoir parfaitement son texte dès la première représentation d'une nouvelle pièce. Au fil des années, il devient l'une des plus grandes stars du théâtre américain. Pourtant, ses débuts au cinéma, en 1914, sont plutôt modestes: second rôle masculin dans un film de Mary Pickford, Behind the Scenes. Il tourne dans quelques autres films au cours des années suivantes, mais c'est grâce à son rôle du mari bidon de Lillian Gish dans Way Down East de Griffith, en 1920, qu'il fait vraiment sa marque comme acteur de cinéma. D.W. Griffith avait longtemps cherché l'acteur idéal pour incarner le citadin qui séduit la petite campagnarde naïve, met en scène un faux mariage et abandonne la jeune femme quand elle devient enceinte. Il lui fallait un libertin sans cœur mais avec du charme et de la classe, et Sherman était alors le plus grand spécialiste de ce genre de personnages équivoques à Broadway... The rest, as they say, is history. Pendant son premier mariage (avec Evelyn Booth, la sœur d'un dramaturge), il est mêlé de très près au scandale de Roscoe "Fatty" Arbuckle. Pendant un week-end très arrosé dans un hôtel de San Francisco en 1921, une "resquilleuse" à la grande sauterie donnée par Arbuckle pour célébrer son nouveau contrat avec la Paramount commence à avoir une douleur atroce au ventre. Cette jeune femme est une starlette à la réputation assez équivoque du nom de Virginia Rappe. Elle meurt quatre jours plus tard d'une péritonite, conséquence tragique d'une rupture de la vessie, et Arbuckle est accusé de l'avoir violée et d'avoir provoqué son décès. Malgré son acquittement après trois procès, Arbuckle est "fini" en tant que comédien. Sherman, qui occupait l'une des trois chambres de la suite d'Arbuckle et s'était rendu à San Francisco en voiture avec lui, voit son contrat avec la Famous Players-Lasky annulé par la compagnie. Mais il continue tout de même sa carrière sans problème. Peut-être parce qu'il jouait le plus souvent des débauchés à l'écran et au théâtre, le public n'a pas été trop choqué qu'il ait participé à cette "orgie", alors que ce genre de comportement était inacceptable de la part du gentil "Fatty". L'art de jouer le parfait bourreau des cœurs selon Lowell Sherman: "Il faut être cruel, mais élégant. Levez un sourcil comme ça, tout en levant le bâton pour frapper. Soyez sans remords, encaissez leurs reproches avec un sourire glacial, agaçant. Quand vous les avez en votre pouvoir, il faut heurter leurs sentiments de façon continue en tout en restant suave, délicat, élégant. Jaugez-les minutieusement et dites-leur qu'elles paraissent souffrantes... en souriant. Parfois, il suffit de leur donner une gifle, mais il ne faut jamais vous énerver et garder toujours le sourire. Cela les rend complètement désemparées." Après six ou huit années (selon des sources différentes) de mariage, Evelyn Booth demande le divorce en 1922 en citant la "cruauté extrême" de Sherman et l'absence de soutien financier... Sherman continue de partager son temps entre la scène et le cinéma. Assez rapidement, ses rôles à l'écran deviennent de plus en plus variés, et il lui arrive même de jouer des personnages sympathiques! En 1924, Sherman partage la vedette avec une étoile montante, la Québécoise Pauline Garon, dans Spitfire. Environ un an plus tard, ils sont les stars du luxueux mélodrame Satan in Sables dans lequel un prince russe cynique et désabusé s'éprend d'une jeune orpheline belle et innocente. Le 15 février 1926, Lowell Sherman épouse Pauline Garon à la cour municipale de New York. Ils se séparent le 27 août, mais ne divorceront qu'en 1930, à la demande de Sherman qui raconte au juge que sa femme a abandonné le domicile conjugal. Il épouse alors la starlette Helene Costello, plus admirée pour sa beauté que pour son talent presque inexistant. Sa sœur est l'actrice Dolores Costello, qui est elle-même la femme de l'un des meilleurs amis de Sherman, John Barrymore. Par ses remarques sarcastiques sur l'alcoolisme de Barrymore, avec lequel il a pourtant vidé bien des bouteilles en trente ans d'amitié, Sherman finit par s'attirer la haine de son beau-frère. De toute façon, le mariage de Lowell et Helene ne durera pas plus de deux ans. Monsieur et madame Sherman font des demandes séparées de divorce. Les raisons invoquées: (Une coïncidence très triste: Helene Costello et Pauline Garon sont toutes les deux décédées au Patton State Hospital, un asile psychiatrique. Helene en 1957 des suites de la tuberculose et de l'alcoolisme, et Pauline en 1965 d'une "maladie du cerveau".) Sherman a fait la transition du muet au parlant sans problème, et son étoile est toujours aussi haute au firmament de Hollywood. Néanmoins, l'envie de relever de nouveaux défis le pousse à devenir réalisateur. Sa réussite derrière une caméra sera encore plus brillante que celle qu'il a connue devant, avec des succès comme Morning Glory avec Katharine Hepburn (gagnante de l'Oscar de la meilleure actrice grâce à ce film) et She Done Him Wrong avec Mae West, tous deux tournés en 1933. Katharine Hepburn chérira toujours la mémoire de Sherman, un homme qu'elle a trouvé drôle et tout à fait charmant, et qui donnait une atmosphère de légéreté au plateau malgré sa santé déclinante. Auparavant, il avait donné une chance à sa vieille amie Mae Murray de faire un retour au cinéma, même si elle était sur la liste noire des grands studios, en lui donnant un second rôle dans deux films: Bachelor Apartment et High Stakes. Malheureusement, ces deux productions médiocres ne suffisent pas à relancer la carrière de l'ancienne diva de la MGM. Pourtant, elle s'était tirée plutôt bien d'affaire grâce à sa voix agréable et à sa diction parfaite. Sherman aide aussi Pauline Garon à trouver du travail. Celle-ci, très populaire dans les rôles de flapper jusqu'en 1928, a vu sa carrière décliner à une vitesse folle dès l'avènement du parlant. Elle parle l'anglais sans accent canadien-français, mais les goûts du public sont en pleine mutation et plusieurs personnages types du muet disparaissent des écrans, comme par exemple la flapper insouciante et la vamp, pour laisser la place à des personnages plus réalistes. Après quelques courts métrages sans intérêt, quelques productions de série B et trois films en français tournés à Hollywood, Pauline Garon essaie de changer son image. Ses cheveux retrouvent leur châtain foncé naturel, elle maigrit et adopte une élégance sobre. La jeune fille délurée qui ne pensait qu'à s'amuser, que le public des années vingt a adoré, cède la place à une jeune femme magnifique et sérieuse, très glamour. Mais il est déjà trop tard pour sauver sa carrière et Pauline Garon assiste à l'ascension d'une compatriote plus jeune, Fifi d'Orsay, née Yvonne Lussier. En 1932, Sherman joue son avant-dernier rôle au cinéma: dans What Price Hollywood? de George Cukor, il incarne un cinéaste alcoolique et en plein déclin qui découvre une jeune comédienne (Constance Bennett) et la prend sous son aile. Ce film est l'un des premiers classiques du cinéma parlant. Sherman raconte aux journalistes qu'il s'est inspiré de la personnalité de John Barrymore pour "cerner" le personnage du réalisateur. Sherman, presque toujours tiré à quatre épingles à l'écran, aime avoir une tenue très décontractée quand il réalise un film. Il règne une chaleur torride dans les studios de l'époque à cause des puissants projecteurs Klieg, et Sherman ne porte habituellement que des shorts et une chemise de sport en partie déboutonnée. (On a même raconté qu'il restait souvent en pyjamas pendant toute la journée, mais je reste sceptique.) C'est peut-être en sortant du studio trop légèrement vêtu qu'il attrape une laryngite. Pendant la dernière année de sa vie, sa voix n'est plus qu'un murmure rauque. C'est contre l'avis de son médecin qu'il commence à tourner Becky Sharp, un film ambitieux qui sera le premier long métrage tourné entièrement en Technicolor. De plus en plus faible, il se rend finalement à l'hôpital le 27 décembre 1934. Sa vie ne semble pas être en danger dans l'immédiat mais le lendemain, pendant qu'il se repose au lit, il est soudainement pris de convulsions et meurt. La presse dit que c'est une pneumonie qui l'a emporté, d'autres sources affirment que c'est le cancer du larynx. Au moment de son décès, Lowell Sherman était fiancé avec la starlette Geneva Mitchell depuis plus de six mois. Il vivait avec sa mère à Hollywood.
Avec David Manners |
Note de l'auteur: Il paraît que dire d'un acteur qu'il est égocentrique constitue un pléonasme fragrant. Je m'excuse de cette faute de goût… mais je la considère comme inévitable dans une description de Sherman!
Quelques films disponibles |
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Sources: Cruel, but Elegant: The Legacy of Lowell Sherman de George A. Katchmer, un article de cinq pages paru sur le défunt site The Silent Majority. The Self-Enchanted de Jane Ardison, une biographie très romancée de Mae Murray qui offre un portrait sympathique de Sherman; cet homme complexe et au tempérament bouillant pouvait être le meilleur ami du monde. Taylorology. The All Movie Guide. The Internet Movie Database. The Internet Broadway Database. Une mini biographie sur le site de Silents are Golden. Un site exceptionnel sur le comédien David Manners. Silent Ladies and Gents. Copyright © 2003-2006 par Cinéphilia. Tous droits réservés pour le texte et la mise en page. Ce site est à but non lucratif. E-MAIL | |