TRAFFIC
Cast: Michael Douglas, Benicio Del Toro, Catherine Zeta Jones, Don Cheadle, Dennis Quaid, Luis Guzman, Erika Christensen
Année: 2000
Studio: USA
Longueur: 147 minutes
Classé 13 ans+

#3 - Top 10 de 2000

"À mon âge, il est bien plus facile de se procurer de la drogue que de l'alcool". Sortie directement de la bouche d'une adolescente de 16 ans, cette phrase porte à elle seule fortement à réflexion. Cette même adolescente junkie à l'héroïne se nomme Caroline Wakefield, et constitue l'un des nombreux personnages aussi profonds que captivants de Traffic (Trafic en v.f.), le nouveau chef-d'oeuvre du cinéaste en pleine apogée Steven Soderbergh. Si cette réplique se fait aussi incroyable que véridique, il en est de même pour l'ensemble de Traffic, un récit complexe et passionnant impliquant trois histoires parallèles dans le sombre monde de la lutte contre la drogue. Caroline se trouve en fait à être nulle autre que la fille pourtant remarquablement douée du Juge Robert Wakefield (Michael Douglas), qui lui vient d'être nommé rien de moins que..."Tsar" national de la guerre contre la drogue à Washington. Si les choses n'ont rien de simple pour Robert à ses débuts dans son nouvel emploi combien demandant, il va de soit que ça ne se compare même pas à sa réaction lorsqu'il découvre la vérité sur sa fille.

Le film nous transporte aussi à l'autre bout du pays, sur la côte ouest américaine, plus précisément à San Diego, où un riche baron de la drogue (Steven Bauer) vient tout juste d'être arrêté laissant sa femme Helena (Catherine Zeta-Jones), enceinte et seule avec les enfants, ignorant tout des affaires sales de son mari. Arrive donc Arnie Metzger (Dennis Quaid), l'avocat de la famille, qui tentera d'aider Helena à surmonter les problèmes s'abattant sur elle. Bien proche de leur demeure se tiennent Monty Gordon (Don Cheadle) et Ray Castro (Luis Guzman), deux agents de la DEA surveillant Helena, tout en gardant et protégeant un dealer (Miguel Ferrer) qu'ils ont arrêté et qui servira de témoin-clé au procès du baron. Et puis on voyage finalement au Mexique, dans la ville de Tijuana, où le policier Javier Rodriguez (Benicio Del Toro) tente à sa façon de livrer une bataille qu'il semble déjà savoir inutile, alors qu'il se retrouve coincé malgré lui dans un nid de corruption et de trahison.

N'importe laquelle de ces trois histoires aurait pu constituer à elle seule un excellent film, c'est pour dire. Imaginez-en alors trois d'un tel calibre, et il devient bien difficile d'obtenir quelque chose de mauvais, ou même d'ordinaire. Car Traffic se situe à l'opposé complet de l'ordinaire, du banal, de l'ennui. Ses deux heures et demie passent en flèche, plus rapidement que la plupart des films d'une heure de moins. Et cela on le doit, entre autres choses, à Soderbergh, qui donne à son film un style particulier et unique, nous faisant toujours se sentir plus près de l'action, comme si l'on se trouvait en présence des personnages. Il n'y a rien donc de trop suprenant dans le fait que Soderbergh ait lui même filmé la totalité de la production, au grand avantage de son film. Le réalisateur d'Erin Brockovich et Out of Sight notamment, utilise pour chacun des trois endroits une photographie bien particulière, de façon à ce que chaque place soit reconnaissable sans même que l'on voit les personnages. On a ainsi droit à Washington à un "look" d'un bleu-gris froid, en Californie à des couleurs vives et chaudes, et au Mexique à un jaune montrant simultanément la sécheresse de la place et le désespoir de Javier. Pour ce faire, Soderbergh s'est servi d'un procédé génial consistant à grossir les grains sur la pellicule, et il réussit à donner personnellement un côté vivement artistique à son oeuvre. La splendide cinématographie ne fait que s'additionner à un montage endiablé et une trame sonore distincte, afin de rendre Traffic un exploit par ses aspects techniques.

Et si seulement c'était tout! Car Soderbergh se voit récompensé de son travail étincellant par ses propres acteurs, qui constituent ensemble un cast tout simplement extraordinaire. À commencer par la plus grande star, Michael Douglas, qui semble ici bénéficier d'un plus petit rôle pour afficher une fois de plus son talent souvent malheureusement un peu sous-apprécié. Sa femme Catherine Zeta-Jones (avec qui il n’apparaît toutefois jamais à l’écran) y va de son côté d’une surprenante prestation, ne craignant pas de changer son style de vie complètement pour faire libérer son mari dès le moment ou il se fait embarquer. Don Cheadle et Luis Guzman apportent, de leur côté, une énergie particulière, nous procurant souvent une dose de bon humour nécessaire pour respirer. Et Benicio Del Toro, si différent depuis “The Usual Suspects”, se fait lui aussi remarquer par sa présence subtile et attachante. Mais encore là, Traffic s'avère tellement juste et égal d’un bout à l’autre que l’on peut difficilement sortir un acteur brillant du lot, car près d’une dizaine mériteraient une nomination comme acteur de soutien, et je n’exagère pas, loin de là. De la puissance vite devenue vulnérable de Douglas à la nuance et la compassion de Del Toro, en passant par le charisme renversant de Cheadle et le talent caché finalement révélé de Zeta Jones, les acteurs de Traffic constituent une raison de plus expliquant le succès total du film.

Mais Traffic ne constitue pas "seulement" un film sans vértitables erreurs, ça en est un carrément fascinant. Raremement a-t-on vu au grand écran un sujet aussi chaud traité avec tant de précision. Le film ne tente pas de nous inculquer de force un message, il étale plutôt faits et situations, et laisse l'audience tirer par elle-même ses propres conclusions. Tout ce que Traffic fait, somme toute, est de prouver pendant près de 150 minutes ce que quiconque d'assez réaliste, réfléchi et courageux va admettre: contre l'univers de la drogue, peu importe ce que l'on peut tenter, il n'y a tout simplement pas de solution.

 

Cote: A

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