RUNAWAY JURY
Cast: John Cusack, Dustin Hoffman, Gene Hackman, Rachel Weisz, Jeremy Piven
Année: 2003
Studio: 20th Century Fox
Longueur: 127 minutes
Classé Général

Après 30 ans de gloire au grand écran, Dustin Hoffman et Gene Hackman, deux grands amis, ont finalement choisi le projet marquant leur première collaboration. Runaway Jury (Le Maître du Jeu en v.f.), du roman de John Grisham, met en scène les deux comédiens aux opposés du spectre politique: l'un (Hoffman) est un avocat de principes, l'autre (Hackman) un stratégiste à l'éthique un peu douteuse engagée par de grosses firmes pour sélectionner les jurys illégalement. Mais c'est John Cusack qui tient vraiment ici le rôle principal, celui de Nicholas Easter, un membre du jury tentant, avec l'aide de sa petite amie Marlee (Rachel Weisz) de vendre le verdict au parti offrant le plus lors d'un procès majeur. Le procès en question oppose une femme récemment veuve dont le mari a été assassiné lors d'une fusillade au travail, et une compagnie d'armes.

Ce procès est à la base une source d'intérêt: il existe, je crois pouvoir l'affirmer sans me tromper, des arguments très valides des deux côtés, et trouver un responsable dans ce genre de cas n'est pas nécessairement facile, au contraire. Mais dans l'univers de Grisham et du réalisateur Gary Fedler, tout est justement facile. Les avocats nobles défendant les victimes sont les bons; les corporations et les sans-coeur les dirigeant sont les méchants; dossier réglé! Runaway Jury a parti-pris du début à la fin, et tente de manipuler l'audience. Une réplique vers la toute fin du film illustre cela parfaitement, alors que Cusack dit à Hackman: "J'ai laissé les gens voter avec leur coeur". Pour un drame juridique se prenant au sérieux, c'est rien de moins que honteux. "Juger" avec son coeur est précisément ce qui fait de notre société un endroit où les criminels ont la belle vie, les individus sont déresponsabilisés et McDonald's peut se faire poursuivre parce que des obèses de 50 ans qui en mangent trois fois par jour font des crises cardiaques. Hackman, même si Grisham et les scénaristes tombent dans le cliché en faisant inévitablement de son personnage un homme de mauvaise volonté, est superbe, et la seule (mais longue) scène qu'il partage directement avec Hoffman est digne de mention. Dommage que le film se croit aussi intelligent et ne fasse pas davantage confiance à l'intelligence et au jugement de son audience. --RJ

 

Cote: C+

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