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| NURSE BETTY |
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| Cast: Renée Zellwegger, Morgan Freeman, Chris Rock, Greg Kinnear |
| Année:
2000 |
| Studio: USA |
| Longueur: 110 minutes |
| Classé 13 ans+ |
Combien de fois, au cours de l'année 2000 seulement, aie-je eu à me plaindre des problèmes de scénario de tant de productions américaines? Beaucoup trop. Et c'est pour cela qu'un petit film comme Nurse Betty (Garde Betty en v.f.) fait tellement de bien à visionner, surtout pour une première fois: c'est la pure représentation de ce que Hollywood manque sérieusement en ce moment et qui se trouve pourtant à la base de tout bon projet: de l'écriture de qualité. Tout commence par l'écriture, et Nurse Betty profite d'un script extraordinaire(pourtant signé par deux inconnus, John C.Richards et James Flamberg) et d'un cast parfait pour se propulser au statut de l'un des meilleurs films de l'année.
Il se fait bien difficile de rendre l'histoire ou le concept de Nurse Betty très attrayant: conventionnellement, le résumé consisterait à dire que Renée Zellwegger incarne la héroïne, Betty Sizemore, une faible et malheureuse femme mariée au plus profond du Kansas qui, après avoir vu malgré elle le meurtre horrible de son mari (Aaron Eckhart) par deux tueurs à gage (Morgan Freeman et Chris Rock), se retrouve en état de choc et décide sur un coup de tête de parti pour Los Angeles afin de trouver le Docteur David Ravell (Greg Kinnear). Deux légers hics: premièrement, ce même Docteur Ravell s'avère en fait à être un personnage du téléroman favori de Betty, mais cette dernière est tellement sonnée qu'elle ne s'en aperçoit pas; deuxièmement, les deux assassins de son mari, nommés Charlie (Freeman) et Wesley (Rock), décident de partir à sa recherche pour l'éliminer, craignant qu'elle ne puisse les identifier.
Cela constituerait un résumé conventionnel. Mais Nurse Betty se trouve à l'opposé du récit américain traditionnel pour une raison majeure: son imprévisibilité. Contrairement aux autres dizaines de films de cette année où l'on devinait toujours on se dirigeait, Nurse Betty nous entraîne dans un univers mêlant beauté et violence, humour et drame, réel et fictif. Et ce, toujours avec une habilité déconcertante. C'est un scénario excellant autant par sa structure géniale, ses dialogues riches, et concrets, ses personnages attachants, et ses messages sous-entendus de quête vers notre véritable identité, et sur notre obsession médiatique.
Il ne faut pas se le cacher: faire un mauvais film avec cette base-là tirait pratiquement de l'impossible. Mais on ne pouvait demander mieux que la douce présence de Renée Zellwegger qui se fait éblouissante de charme et de justesse. Sa covedette Morgan Freeman mérite autant d'éloges pour jouer le personnage le plus complet du film avec tant de tact, de précision et de sagesse. Son Charlie est peut-être un criminel, mais c'est surtout un homme fatigué de son boulot sombre et aimant le monde, voulant encore découvrir des choses et profiter de la vie. Plus que ça, en y regardant de plus près, Charlie et Betty représentent deux personnages assez parallèles: ce sont deux rêveurs en quête d'un amour auquel ils sont invisibles. Et de là vient toute la grâce de la fin du film, qui contient une des scènes les plus extraordinairement belles et touchantes de l'année (et ce, en plein milieu d'une fusillade), la seule entre Freeman et Zellwegger.
Chris Rock et Greg Kinnear ont peut-être moins de matériel avec lequel travailler, mais ils s'avèrent tout aussi irréprochables pour ce qu'il faut au film. Rock donne sa meilleure performance cinématographique en carrière (même si son rôle n'a rien de fort différent de ce à quoi il nous a habitué), et Kennear réussit à partager plusieurs scènes superbes avec Zellwegger, des séquences fonctionnant à deux niveaux, puisque les personnages vivent dans deux mondes psychologiques différents.
Parlant de deux mondes joints, Nurse Betty est probablement le film mêlant le plus efficacement humour de qualité et drame poignant depuis American Beauty, même si le contenu penche clairement plus vers le comique ici. Pour moi, Nurse Betty représente également, parmi tant de choses, la fonction première de contes et d'histoires qui ont mené à l'invention du cinéma: c'est à tout niveau une simple et petite fantaisie délicieuse. --RJ
Cote: A-
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