LIFE AS A HOUSE
Cast: Kevin Kline, Kristin Scott-Thomas, Hayden Christensen, Jena Malone, Mary Steenburgen, Jamey Sheridan
Année: 2001
Studio: New Line
Longueur: 126 minutes
Classé G - Déconseillé aux jeunes enfants

Combien de fois s'est-on fait faire la morale à propos de l'importance de savourer la vie tant qu'il en est encore possible? J'imagine qu'une si belle philosophie ne peut se répéter trop souvent. Sauf peut-être lorsqu'elle nous est servie avec autant de mélodrame et d'exagération que Life As A House (La Maison sur la Falaise en v.f.) nous propose.

Pour chaque perle rare de la trempe d'American Beauty, il y a un lot de "wannabes" que les studios américains nous proposent année après année, espérant que leur "bonne morale" suffice pour aller chercher de précieuses nominations aux Oscars. Sauf que la plupart du temps, ça ne fonctionne pas. American Beauty a remporté 5 Academy Awards il y a deux ans, et a déjà amplement mérité sa place de classique du cinéma. Life As A House n'a pas récolté la moindre sélection, et va être oublié d'ici quelques mois - si ce n'est pas déjà fait.

Pour se faire équitable, on se doit de mentionner que ce n'est pas excécrable. On ne pouffe pas de rire devant le manque de crédibilité du film, même s'il se fait présent souvent. C'est seulement que Life As A House n'arrive pas à la cheville de ses aspirations. Le réalisateur Irwin Winkler semble considérer son travail accompli ici comme tellement précieux qu'il ne manque jamais de le signaler à l'audience.

L'histoire a toutefois à la base tout pour tomber dans le mélodramatique. Winkler ne fait donc qu'accentuer un peu les choses. Le récit de George (Kevin Kline), un père mourant au coeur d'or voulant profiter de ses dernières semaines de vie pour rétablir les relations perdues autour de lui possède tout du conte prêcheur. Et ce qui caractérise malheureusement Life As A House est non seulement que le film prêche à l'excès, mais qu'il nous paraît également justement comme un conte. Le scénario soummet ses personnages déjà carricaturés (l'ex-femme insatisfaite dans son nouveau marriage [Kristin Scott-Thomas], l'adolescent rebelle [Hayden Christensen, le futur Darth Vader]) à des changements radicaux et bien trop brusques pour qu'on puisse les considérer comme véritables.

Comment ces métamorphoses surviennent-elles, au juste? Eh bien George décide de détruire sa vieille maison sur le bord de l'océan et d'en construire une nouvelle pendant l'été avec son fils Sam avec qui tous les ponts se sont coupés. Anéantir les vieilles fondations. Se débarasser des blessures humaines. Rebâtir une jolie demeure au soleil. Reconstruire notre vie. Wow. Profond. Je ne me considère pas comme quelqu'un de cynique, et comme quiconque ayant des émotions, j'ai trouvé beau ce que le héros tente de faire ici, et le but ultime qui nous est révélé à la fin. Mais ce n'est certainement pas un film comme Life As A House qui va parvenir à me convaincre qu'une famille totalement disfonctionnelle va se transformer en regroupement éclairé d'êtres illuminés par la joie s'étraignant à chaque fois qu'ils se voient en l'espace de deux mois.

L'arc émotionnel par lequel passent les personnages ne peut simplement pas être pris au sérieux, surtout pas avec la touche forcée qu'ajoute constamment la réalisation de Winkler. Sam crie et claque sa porte de chambre. Alors sa mère pleure dans les marches de l'escalier. Et la musique "triste" se fait entendre. Que d'émotion ressentie! Puis le fils fait sa crise, ne voulant pas partir avec son père. Mais au bout d'une semaine, tous les deux se confient! "Si tu m'avais abandonné, je ne serais pas ici", dit Sam à George dans l'une des scènes les moins convaincantes. Et assez vite, il aime son père à nouveau. Il doit bien, c'est ce que la morale veut! La réalité ne fonctionne malheureusement pas comme cela.

Life As A House veut raconter l'histoire d'un homme trouvant finalement la rédemption et pouvant mourir heureux, ayant reconstruit son existence dans ses derniers moments. D'accord. Sur papier, on peut développer avec cela quelquechose qui, en dépit d'être particulièrement original, se tient debout et est poignant. Mais rien ne forçait Winkler et le scénariste Mark Andrus à tout "truqué". Bien trop de choses dans le film semblent arrangées avec le gars des vues pour réussir. Dans American Beauty, Kevin Spacey mourait heureux et libre, mais sa relation avec sa fille ne s'était pas miraculeusement perfectionnée. Il voulait son bien, mais ne pouvait pas la rejoindre plus que cela. Et c'est en partie ce qui fait d'American Beauty une oeuvre si touchante et humaine. Life As A House, de l'autre côté, est trop occupé à nous montrer les gros plans des visages de Christensen, Scott-Thomas et Kline en état de découverte personnelle inespérée pour songer à conconcter un vrai drame émouvant.

Parlant du trio d'acteurs, il s'en tire passablement bien. Si Scott-Thomas affiche quelques difficultés à maîtriser l'accent américain (dans la version originale anglaise du film) et qu'elle ne fait que transposer à l'écran un personnage vide et cliché, Kline et le jeune Christensen apportent une belle dynamique au film. Leur travail s'avère d'autant plus digne de mention puisqu'une bonne portion de leur texte n'a rien de trop authentique et la direction que leur donne Winkler n'est pas toujours la plus juste. Kline ne livre pas la performance remarquable que l'autre Kevin, Spacey celui-là, avait offert dans American Beauty, mais il crée une prestation suffisamment solide et sympathique. Le jeune Canadien Christensen doit composer avec un rôle stéréotypé et inégal, et il s'en tire fort bien. Tous les fans de Star Wars peuvent se réjouir: en se basant sur le potentiel qu'il expose ici, l'acteur démontre que George Lucas a fait un brillant coup de casting l'an dernier pour l'Épisode 2.

Life As A House pousse trop pour vraiment constituer un bon film, et possède simultanément trop de talent et de belles valeurs pour être méprisé. Vous embarquez dans l'histoire, je vous garantis que vos larmes vont couler avant le générique de fin. Vous êtes comme moi, et chercher uniquement des émotions pures, authentiques et crédibles, et vous sortirez plutôt indifférent tout en respectant l'effort qui a été mis dans la construction de Life As A House. --RJ

 

Cote: C+

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