THE LAST SAMURAI
Cast: Tom Cruise, Ken Watanabe, Tony Goldwyn, William Atherton, Koyuki, Billy Connolly
Année: 2003
Studio: Warner Bros.
Longueur: 144 minutes
Classé 13 ans+ - Violence

Il faut un cinéaste sérieusement inspiré pour nous garder rivés à une histoire déjà vue. Lorsqu'un film peut nous épater même lorsque l'on reconnaît constamment la direction qu'il va prendre, c'est que l'on a affaire à quelque chose de spécial. Le réalisateur Edward Zwick et son équipe ont fait preuve d'un inspiration royale avec The Last Samurai (Le Dernier Samouraï en v.f.). À la base une simple nouvelle version de Dances With Wolves au Japon, la production a été élevée au statut d'excellence à tous les niveaux grâce à une vision féroce et un sens narratif extraordinaire. The Last Samurai constitue une oeuvre magistrale.

À l'heure actuelle, Tom Cruise est probablement la plus grande star au monde. Son nom et son visage à eux-seuls sur une affiche assurent un bon revenu commercial d'emblée. Ce qu'on l'a tendance à oublier, c'est que son nom rime la quasi-totalité du temps avec qualité et succès. Jettez un coup d'oeil à sa filmographie, et tentez de pointer son dernier vrai citron; on peut remonter à dix, quinze, presque vingt ans en arrière - il n'y en a pas un seul. Il va ainsi assez de soi que Cruise savait pertinemment dans quoi il s'embarquait avec The Last Samurai. Zwick était l'homme derrière Glory et Legends of the Fall, des films historiques au déploiment saisissant. Ici, il travaille dans ce même genre, avec lequel il semble de plus en plus à l'aise, et y ajoute un sens d'émotion épique. Chaque minute de The Last Samurai possède l'énergie et le coeur d'une grande aventure.

En situant le récit en 1876, Zwick et son co-scénariste Marshall Herskowitz (son partenaire de longue date, avec qui il a aussi produit le film) ont comme héros le capitaine Nathan Algren, un soldat décoré touchant maintenant les bas-fonds. Hanté par la guerre, il noye ses cauchemars dans l'alcool et semble gaspiller chaque nouveau jour comme s'il ne pouvait rien apporter de nouveau. Tout cela change lorsqu'il se voit envoyé de l'autre côté de l'océan, au pays du soleil levant, pour former et entraîner l'armée loyale japonaise. Tout ne va cependant pas comme prévu, et lors d'une embuscade en forêt, il est fait prisonnier par des rebelles: les Samuraï. Sentant chez Algren une force particulière, le leader (Ken Watanabe) décide de le conserver en vie - ce qui lui donnera inévitablement un nouveau souffle, pratiquement une nouvelle naissance.

En lisant le simple synopsis, The Last Samurai peut paraître bêtement prévisible. Et, à un certain degré, comme je l'ai déjà mentionné, on a, la plupart du temps, une bonne idée d'où le récit veut nous emmener. La beauté du scénario réside toutefois dans le fait que chaque scène individuelle s'avère imprévisible; les personnages et leurs émotions paraissent si vrai que l'on s'éprend d'eux et que l'on n'anticipe jamais leurs répliques ou leurs réactions. Zwick a emprunté une formule de base, mais l'a travaillé avec tant de soin que l'on ne sent jamais assister à du réchauffé. Tom Cruise, affichant exactement le genre de charisme plus grand que nature que l'on devrait attendre de la plus grande étoile mondiale, prend le rôle avec sa fougue habituelle, et fait de Nathan Algren un véritable héros, dans le meilleur sens du terme. Le reste de la distribution, principalement formée de comédiens japonais inconnus ici en Occident, épate littéralement. Il n'y a rien de facile dans la tâche de diriger des acteurs dans une langue étrangère, mais Zwick le fait parfaitement - et bénéficie clairement de l'aide du fait que ces acteurs en question sont intelligents et savent exactement quel genre d'émotion évoquer à chaque instant.

Mais où The Last Samurai se distingue encore plus, c'est dans sa mise en scène. La photographie de John Toll (autre collaborateur habituel de Zwick) est composée de magnifiques plans panoramiques, et elle se joint à la couleur des costumes et des décors pour toujours nous donner des images splendides à regarder. Le film sert presque d'hommage au Japon grâce à son style visuel à lui-seul. Le compositeur Hans Zimmer bâtit une trame sonore d'une beauté résonnante, un peu entre celles qu'il a créées pour Pearl Harbor et Gladiator. Si The Last Samurai n'était pas sorti à deux semaines d'intervalle de The Lord of the Rings: The Return of the King, il aurait certainement reçu une série d'Oscars pour son travail technique superbe.

Et parmi toutes les vertus de la production, il y en a une qui ressort plus que toute autre lorsque l'on est assis devant ce grand spectacle: l'émotion. À travers l'évolution d'Algren, le film révèle peu à peu sa plus importante couche, celle qui nous touche profondément en fin de récit. Cela serait impossible sans des acteurs inspirés et un cinéaste en plein contrôle de ses moyens; heureusement, The Last Samurai peut compter du début à la fin sur ces deux atouts. Les épopées d'action historiques sont rarement meilleurs que cela. --RJ

 

Cote: A

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