JAY AND SILENT BOB STRIKE BACK
Cast: Jason Mewes, Kevin Smith, Shannon Elizabeth, Will Ferrell, Ben Affleck, Eliza Dushku, Ali Larter, Jennifer Smith, Chris Rock, Jason Lee
Année: 2001
Studio: Miramax
Longueur: 95 minutes
Classé 13 ans+ - Langage vulgaire

Je ne me plaindrai pas ici du langage exclusivement vulgaire dans Jay and Silent Bob Strike Back (Jay et Bob Contre-Attaquent). Ni de ses références 90% du temps sexuelles, parfois manquant vraiment de goût. Ni de sa glorification de la drogue et du comportement macho. Ni du manque total de flair visuel et cinématique du réalisateur Kevin Smith, qui opère une fois de plus derrière la caméra comme un pauvre retardé ignorant pratiquement qu'une caméra, on peut s'en servir créativement. Je ne me plaindrai même pas de la profonde et repoussante vanité entourant tout le projet n'ayant en premier lieu aucune raison valable d'exister d'ailleurs. Je dirai cependant ceci: je n'ai pas eu le malheur de voir autant de blagues manquées dans un film depuis Angelo, Fredo et Roméo, qui est probablement le pire film des années '90. C'est pour dire.

Non mais, franchement, quelle pure stupidité constante est ce déchet de fin d'été! Pas "stupide/drôle" dans le genre Airplane!, Happy Gilmore ou South Park. Stupide dans le sens le plus pur et le plus péjoratif du terme.

L'histoire, dans tout cela? Y en a-t-il simplement vraiment une? Celle de Jay et Silent Bob (Jason Mewes et Kevin Smith lui-même), deux abrutis, le premier obsédé sexuel sacrant toujours, le second un gros barbu quasi-muet, qui décident de partir en guerre contre Hollywood le jour où ils apprennent que le studio Miramax lui ont volé une idée originale pour créer un film à partir d'une bande-dessinée dont les droits légaux leur appartiennent. Ça, j'imagine, devait constituer la base du récit. Mais on manquait tellement de matériel qu'on a cru bon de rajouter une seconde trame, celle-là simplement inutile, impliquant un quatuor de jolies voleuses (Shannon Elizabeth, Eliza Dushku, Ali Larter et Jennifer Smith, la femme de Kevin).

Se suivent ensuite personnage inutile après personnage inutile, de Will Ferrell en Agent Fédéral de la Garde Faunique à Chris Rock en réalisateur raciste (quelle nouveauté que de parodier le racisme de Rock!) en passant par des caméos terriblement redondants de la part de Matt Damon, Ben Affleck, Wes Craven, Gus Van Sant, Jason Biggs et James Van Der Beek. Rendu à Hollywood, Smith est tellement fier de nous montrer à quel point il a des "contacts" et des vieux amis qu'il souhaite à tout prix nous les montrer l'un après l'autre, peu à importe à quel point la situation ne sert à rien. À un certain point, tout ce qu'on se demande, c'est qui est le prochain visage connu à avoir accepté un rôle dans un tel ramassis d'âneries.

Certains gags fonctionnent, c'est vrai; j'ai souris à quelques reprises. La première fois où Ferrell se présente comme Agent de la Guarde Faunique, la fantaisie qu'a Mewes la première fois où il aperçoit Elizabeth, ou encore Van Sant s'auto-parodie. Mais encore là, à chaque fois où Smith comprend qu'il possède une bonne blague dans son sac, il la répète jusqu'à temps qu'on se dise "OK! On a compris!". Et il faut se dire que pour chaque fois qu'un gag fait rire dans Jay and Silent Bob Strike Back, il y en a dix complètement abobinables qui attendent au coin. Soit ils proviennent de scènes créées par Smith, comme la première entre les deux "héros" et un chimpanzé, ou alors de séquences copiées avec une évidence enfantine. Smith n'est pas seulement pas un pastiche; il parvient à être un mauvais pastiche. Il emprunte à droite et à gauche (l'introduction de Billy Crystal aux Oscars de 2000, la parodie Wrongfully Accused, et j'en passe un lot), et il ne réussit même à le faire en obtenant en bout de compte des rires. Le film complète ce que l'on appelle la "trilogie du New Jersey", et s'adresse spécialement aux grands fans du cinéaste. Pourtant, on a pas besoin d'être un grand amateur de l'homme et d'avoir vu ses films 10 fois pour constater à quel point il n'est pas drôle de tenter encore d'autres moqueries de Scream, The Fugitive, ou de filles minces dans des habits moulant en cuir.

Le grand problème imminent de Jay and Silent Bob Strike Back réside dans le fait que Jay et Silent Bob ne sont carrément pas assez intéressants pour soutenir un film, même un d'une heure et demie comme celui-ci!!! Le duo fonctionnait très bien dans les productions précédentes de Smith (l'inventif Clerks, le lamentable Mallrats, le très bon Chasing Amy et le controversiel Dogma) parce qu'ils n'apparaissaient que par moments, et nous divertissaient. Mais pendant plus de trente minutes, ça revient toujours au même. Mewes dit connerie sur connerie, Smith répond par de simples petites expressions faciales, puis attend les grands moments pour s'ouvrir la bouche de manière inévitablement prévisible, comme tout le reste. Et pour ce qui est du quatuor de beautés, il ne me semble pas tout à fait génial de faire triompher la moins intéressante des quatre. Smith a comme intention de se moquer de Hollywood, de son cinéma et de sa relation intime avec Internet, mais il ne finit que par reproduire la même chose dans son film. Il serait grandement temps que Smith réalise que non seulement Magnolia, d'un point de vue strictement objectif, est un film meilleur que tous les siens combinés, mais que son auteur/réalisateur Paul Thomas Anderson constitue le cinéaste tyiquement talentueux à qui Smith n'arrivera probablement jamais à la cheville.

Kevin Smith possède quatre responsabilités dans Jay and Silent Bob Strike Back: acteur principal, scénariste, monteur et réalisateur. Trouvez-moi un seul bon film où l'acteur principal, le scénariste, le monteur et le réalisateur font un travail excécrable! --RJ

 

Cote: D+

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