THE INTERPRETER
Cast: Nicole Kidman, Sean Penn, Catherine Keener
Année: 2005
Studio: Universal
Longueur: 128 minutes
Classé 13 ans+

Les thrillers politiques font figure rare à Hollywood. Cela peut sans doute s'expliquer en partie par le fait qu'ils exigent à la base un minimum d'intelligence, chose que les studios semblent offrir de moins en moins. The Interpreter (L'Interprète en v.f.), un suspense politique mêlant intello et émotion à merveille, offre ainsi un courant d'air frais extrêmement appréciable.

La production a fait coulé beaucoup d'encre en devenant la première de l'histoire à se voir autorisée à tourner aux Nations-Unies. Le scénario, co-écrit par le solide trio de Charles Randolph, Scott Frank (Out of Sight) et Steven Zaillian (Schindler's List en v.f), n'est toutefois pas une pièce de propagande en faveur (ou non) des N.U., mais plutôt un récit entièrement fictif. L'interprète titulaire est une sud-africaine blanche nommée Silvia Broome, et jouée par Nicole Kidman avec un air mi-occidental/mi-étranger qu'elle seule peut si bien convoîter. Employée aux Nations-Unies, un soir, elle entend bien malgré elle des gens comploter l'assassinat d'un leader africain. Terrifiée, elle fait appel à la police, et les Services Secrets mettent l'agent Tobin Keller (Sean Penn) sur l'affaire. La première réaction de ce dernier à l'histoire de Silvia en est une de scepticisme: il croit qu'elle ment. La première heure de The Interpreter tourne autour de cette question: cette femme dit-elle, oui ou non, la vérité? Après avoir élevé le mystère à un niveau extrêmement prenant, le film prend une tournure plus complexe, et devient un casse-tête fascinant et haletant dans sa seconde moitié.

Peu de jeunes réalisateurs seraient en mesure de faire preuve du même contrôle et de la même maîtrise de ce genre de matériel que le vétéran Sidney Pollack. The Interpreter semble avoir été fait sur mesure pour Pollack, qui effectue un retour fracassant à la réalisation, lui qui n'avait pas réalisé un film mémorable en une douzaine d'années (The Firm, en '93, était son dernier succès). Ce qu'il y a d'admirable dans le travail de Pollack ici est le caractère unique qu'il donne à chaque moment de son film. Il construit une séquence de tension extraordinaire à bord d'un autobus où tous les personnages principaux se trouvent reliés, puis une autre un plus tard à l'intérieur de l'apartement de Silvia. Et il balance tout cela avec des moments intimes touchants entre les deux acteurs principaux, tous deux brillants.

Des vraies stars brilleront peut-être toujours, mais certains cinéastes seront également toujours en mesure de les faire paraître encore un peu mieux. C'est le cas ici. Pollack donne amplement de place à deux des meilleurs acteurs de Hollywood pour les laisser jouer, et non simplement faire avancer l'histoire. On croit à ces gens, et on aime les suivre. Le flot du film se voit également grandement aidé par le montage serré de William Steinkamp et la trame sonore superbe de James Newton Howard (j'arrive toujours mal à comprendre comment un des meilleurs compositeurs des 15 dernières années n'aie pas encore gagné un Oscar). Et, aux reines de tout cela, Pollack affiche une assurance mystifiante. J'avais annoncé que 2005 promettait car une importante liste de films réalisés par des cinéastes réputées allaient paraître. The Interpreter de Sidney Pollack était le premier en ordre chronologique - et il est le premier à entièrement livrer la marchandise. --RJ

 

Cote: A

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