IGBY GOES DOWN
Cast: Kieran Culkin, Ryan Phillippe, Claire Danes, Susan Sarandon, Jeff Goldblum, Amanda Peet, Bill Pullman, Jared Harris
Année: 2002
Studio: United Artists
Longueur: 97 minutes
Classé 13 ans+

Le roman classique The Catcher in the Rye de J.D. Salinger est sans contredit le meilleur livre que j'aie eu la chance de lire. Je pourrais m'étendre sur des pages sur toutes les raisons qui me font adorer cette oeuvre datant des années '50 et ayant la vivacité, l'humour et à la limite le contexte des années 2000, mais je peux me résumer à ceci: c'est précisément le fait que ce récit et son héro, Holden Caufield, ne semblent pas se rattacher à une génération ou une année particulière, qui le rend si merveilleux.

Le nouveau film Igby Goes Down (Igby en Chute Libre en v.f.) se veut une sorte de Catcher in the Rye moderne, appliqué de façon très concrète et spécifique au XXIème siècle. Le personnage principal n'a non pas comme nom Holden Caufield, mais plutôt Jason Slocumb Jr. (surnommé "Igby", d'où le titre, et joué avec brillo par Kieran Culkin), et lui aussi habite les riches sphères de New York. Élevé dans une famille où les privilèges matériels abondent mais les relations humaines saines manquent, Igby atteint un point dans sa vie où il en a assez. Assez de toute l'hypocrisie l'entourant, et en même temps en manque de la moindre direction selon laquelle orienter son existence de plus en plus triste.

Ce qui rend Igby Goes Down comparable à The Catcher in the Rye est le fait de traiter une vie adolescente sur le bord de la dépression avec un humour cynique. Et c'est aussi ce qui rend ce film clairement inférieur au classique de Salinger: il s'avère beaucoup moins drôle. En fait, Igby Goes Down ne nous fait pas rire souvent. Il possède de nombreux moments suscitant des sourires, mais sans plus. Le scénario a été écrit - et porté à l'écran - par Burr Steers, jusque là un acteur de second plan (il avait le rôle aussi bref que mémorable de "Flock of Seagulls" dans Pulp Fiction) qui effectue ici ses débuts derrière la caméra. Si Steers ne constitue pas tout à fait Salinger, il sait néanmoins clairement écrire. Ce n'est pas sans raison que son script a attiré une telle distribution. Mis à part Culkin, Ryan Phillippe (jouant le frère de ce dernier), Susan Sarandon (sa mère) et Bill Pullman (son père) interprètent la famille Slocumb, alors que Claire Danes et Amanda Peet campent deux intérêts amoureux d'Igby.

Tous ces acteurs sont sans exception parfaitement choisis pour leurs rôles comme s'ils étaient tous nés pour les interpréter. Phillippe semble particulièrement jouer une seconde version de lui-même dans le rôle du frangin distingé et égocentrique. Amanda Peet soutire la plus solide performance de soutien du cast, créant, avec un nombre de scènes limité, une évolution remarquable d'une jeune femme à la fois sexy et condamnée. Mais Igby Goes Down appartient littéralement à Kieran Culkin (un autre des frères de la célèbre famille), qui prend un rôle difficile - autant à jouer pour lui qu'à aimer pour l'audience - et construit une performance tridimensionnelle remarquable par sa maturité. On ne comprend pas toujours Igby, mais on ressent à bien endroits ce par quoi il passe, et on ne peut jamais vraiment le détester ou le prendre en grippe, même s'il se trouve souvent loin d'être un personnage sympathique.

Si l'on doit revenir aux comparaisons avec The Catcher in the Rye, Igby Goes Down ne nous donne pas la même impression d'avancer petit à petit vers une aventure de découverte de soi à travers le désespoir de grandir, et par conséquence n'a pas le même poids émotif. Mais le comparer à une telle oeuvre, aussi bonne la comparaison puisse-t-elle être, ne fait peut-être pas justice aux efforts du jeune Burr Steers. Il a, après tout, créé un film divertissant, original, bien écrit superbement interprété, à l'énergie et au plaisir indéniables. --RJ

 

Cote: B+

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