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| GIRL WITH A PEARL EARRING |
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| Cast: Scarlett Johansson, Colin Firth, Tom Wilkinson, Essie Davis, Cillian Murphy |
| Année:
2003 |
| Studio: Lions Gate |
| Longueur: 99 minutes |
| Classé Général |
Holly Hunter a élevé la barre à jamais des performances sans dialogue lorsqu'elle a frappé le monde entier il y a dix ans avec sa prestation muette - et oscarisée - dans The Piano. Aujourd'hui, lorsque l'on pense à un rôle muet, le nom de Hunter est indissociable. La starlette de 19 ans Scarlett Johansson, qui a déjà séduit la critique plus tôt à l'automne dans Lost in Translation, mérite certainement d'être mise à part dans la catégorie des performances "quasi-muettes". Dans Girl with a Pearl Earring, où elle incarne Griet, une servante en Hollande au XVIIième siècle, Johansson a pratiquement moins de répliques qu'elle a de scènes, et pourtant il n'y a pas une seconde où elle ne possède pas entièrement notre plus grande attention.
Griet n'est pas la servante de n'importe qui; elle travaille dans la demeure du peintre Johannes Vermeer (Colin Firth), dont l'épouse obsessivement jalouse (Essie Davis) a peine à tolérer l'intérêt que son mari semble porter par rapport à la pauvre fille. Sa fascination envers elle ne se traduit jamais par une affaire, mais plutôt par une relation réciproque beaucoup plus profonde de passion retenue. Alors que la tension monte entre les différents partis de la demeure, ces deux êtres isolés s'étant trouvés partagent un lien aussi particulier que fascinant: alors que Vermeer fait découvrir le monde à Griet sous un jour qu'elle n'a jamais connu, elle lui fait découvrir le génie en lui, et va puiser le talent demandant d'être réveillé par l'émotion.
Girl with a Pearl Earring, comme un grand tableau, s'apprécie davantage plus on s'y plonge. Si le film semble d'abord quelque peu difficile d'accès, le réalisateur Peter Webber nous entraîne doucement, peu à peu, jusqu'à ce qu'il nous aie complètement envoûté; à la fin du film, nos yeux restent collés à l'écran et, comme c'est le cas avec un grand tableau, il nous faut reculer sur notre siège après quelques secondes pour replonger dans le vrai monde, tellement on a été absorbé ailleurs. Peu de réalisateurs si peu expérimentés peuvent contrôler une audience avec autant de confiance; il devient apparent, plus le film avance, que Webber sait exactement où il s'en va, et il fait toujours bon de se retrouver, en tant que public, entre des mains aussi assurées. Tous les aspects de la production reflètent le soin et l'attention qui a été porté à tous les niveaux: la direction artistique est si convaincante que l'on croit pratiquement circuler nous-mêmes dans les rues à cette époque; la musique, composée avec flair par le Français Alexandre Desplats, constitue l'une des meilleures de 2003. Techniquement, le film sera probablement davantage reconnu, toutefois, pour sa photographie toute aussi magnifique, que l'on doit au Portugais doué Eduardo Serra (Wings of the Dove, Unbreakable), et pour cause: le film possède l'esthétique d'une toile mémorable.
Pourtant, un élément trop peu souvent mis en valeur a particulièrement retenu mon attention: les costumes. Pour être plus spécifique, le travail de Dien van Straalen sur le costume de Griet s'avère si parfait que l'on ne réalise pas nécessairement à quel point il est crucial. Avec un personnage central qui parle si peu et qui mène une existence si triste, il se fait essentiel que notre oeil soit naturellement attiré à la regarder. Le fait, notamment, que seul le contour du visage de Griet soit visible rend sa silhouette encore plus captivante, et fait du moment où elle dévoile finalement sa chevelure un tel instant de découverte. Mais de quelle présence à l'écran fait preuve Johansson! Traduire autant d'émotions et d'états d'âmes et d'esprits simplement sur sa figure relève du tour-de-force.
C'est ce qui nous permet, contre toute attente, à suivre et comprendre la perspective de Griet, et d'être émerveillé lorsqu'elle l'est elle-même, par exemple lors d'une scène splendide où elle voit les différentes couleurs du ciel. Puis, on reste émerveillé en permanence sur le visage de Johansson tourné vers nous, immortalisé sur la peinture et à l'écran, et semblant traverser des siècles et des continents pour venir agrémenter nos sens. --RJ
Cote: A-
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