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| GHOST WORLD |
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| Cast: Thora Birch, Steve Buscemi, Scarlett Johansson, Illeana Douglas, Brad Renfro
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| Année:
2001 |
| Studio: United Artists |
| Longueur: 108 minutes |
| Classé Général |
Steve Buscemi a bâti sa réputation à jouer des types sordides. Et, sans me vouloir méchant, ça se comprend facilement en voyant son visage un peu inhabituel. Je ne suis pas là pour m'en plaindre; je respecte beaucoup cet acteur. Il a passé la majorité de sa carrière à camper des rôles de soutien et à toujours bien faire son travail. Prenez sa présence dans Fargo, la comédie criminelle culte des frères Coen; il volait la vedette avec sa dose d'humour extraordinaire dans un film rempli de performances brillantes. Il fallait le faire. Mais c'est probablement dans le petit film indépendant acclamé Ghost World (version originale anglaise seulement) qu'il est parvenu à me surprendre le plus. Spécifiquement par qu'il joue quelque chose qu'il n'a jamais vraiment essayé - et qu'il y excelle.
Buscemi brille dans le rôle de Seymour, un homme dans la quarantaine vivant isolé et triste, avec comme seul véritable intérêt les vieux disques. Il ne fréquente pas de femmes depuis des ans, et ne semble pas s'en ennuyer. Il dit lui-même ne pas être fait pour le reste de la planète. C'est par ce lien qu'il établit une amitié avec Enid (Thora Birch), une adolescente confuse venant de terminer le secondaire sans trop savoir où elle s'en va dans la vie. Elle aussi se sent retirée du monde, sauf qu'à l'inverse de Seymour, elle méprise son entourage et l'existence de ce dernier. Avec sa meilleure amie Becky (Scarlett Johansson), elle passe ses journées à se promener à la recherche de gens et d'endroits à ridiculiser. Mais lorsqu'elle rentre un jour en contact avec Seymour, elle change petit à petit, et développe une distance avec Becky, qui choisit quant à elle le chemin plus conventionnel de maturité.
Et c'est sur ces deux relations que Ghost World (tiré de la bande-dessinée de Daniel Clowes) construit sa base. Le rapprochement graduel entre Seymour et Enid et l'éloignement entre cette dernière et Becky. Le problème de Ghost World, et ça en est malheureusement un énorme, c'est qu'Enid fait partie de ces deux relations, et qu'elle constitue le personnage le moins intéressant du trio. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'elle est détestable, mais je ne l'ai personnellement pas pris sous mon aile pour un seul moment du film ou presque. Votre niveau d'appréciation de Ghost World dépendera probablement en majorité de votre intérêt envers Enid. Pour ma part, avec ses grosses lunettes et son attitude de névrosée, elle ne m'a pas plû un seul moment, ne m'a même pas fait pitié un seul instant. Birch fait ce qu'elle peut avec le rôle, mais sa performance n'arrive pas à la cheville de celle qui l'a propulsée à la gloire il y a deux ans dans American Beauty). Je peux apprécier les nuances que les scénaristes Clowes et Terry Zwigoff (qui a aussi réalisé le film) ont mis dans le personnage, mais je leur reproche aussi en même tant la nature même du personnage. Si vous pouvez passer par-desus cela, ce qui n'a vraiment pas été mon cas - et je le regrette - vous risquez d'adorer Ghost World.
Parce que c'est un film mature. Qui a du coeur. Et de l'originalité. Le film se différencie de toutes les autres comédies ridicules et vides pour ados avec son identité propre. Ghost World parle de la frustration et la confusion adolescente et pré-adulte avec réalisme et courage. Les deux filles ne constituent certainement pas les deux plus cools que la planète ait jamais connu, mais quelque chose les séparent du reste des autres personnages que l'on voit dans le reste des films. Malgré leur arrogance en surface, elle sont profondément insécures et innocentes. Enid est particulièrement perdue, changeant constamment de look sans constater qu'elle ne s'améliore jamais de fois en fois. C'est avec Seymour qu'elle peut finalement un peu se trouver elle-même, et qu'elle ose enfin, lors de la finale symbolique, avancer dans la vie.
Et Seymour. Quel personnage. Et quelle prestation de Steve Buscemi encore une fois. C'est une performance humaine et touchante comme vous en verrez peu cette année. Soyez très surpris si l'acteur ne se voit pas nominé au prochain gala des Oscars pour son rôle ici. Il décide de jouer le rôle d'un perdant sans emprunter le guide du perdant prototype. Seymour, pour toutes ses difficultés sociales, a une une intelligence et une sensibilité spéciale. Il est conscient de sa situation, de son malheur et qu'il n'appartient en quelque sorte pas à ce monde. Puis, ultimement, en partie grâce à Enid, il parvient lui aussi à avancer dans la vie. Et pour le moindre petit moment de bonheur que peut vivre Seymour, on en vit un encore plus gros par sympathie pour lui. On veut être son ami. Et, plus que tout, on veut une nomination pour Buscemi. --RJ
Cote: B
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