Titre : La nouvelle épopée
Auteur : Chris
Genre : Futur, Angst
Source : Sts
La nouvelle épopée
Chapitre 3
Des cris de torture transpercèrent l'atmosphère humide et froide de la tour. Les geôles, mal insonorisées, ne cachaient en rien la terreur que vivait la jeune fille.
Les autres villageoises, entassées dans une cellule adjacente, craignaient de voir entrer ces hommes aux habits bariolés pour se saisir d'une nouvelle victime.
Elles ne savaient pas pourquoi leurs parents, maris ou enfants avaient été tous massacrés. La seule chose dont elles étaient certaines, c'était que leur tortionnaire était un vicieux accompli.
Au cœur de l'autre salle, un homme replet se délectait tout autant des supplications que de ses plats rôtis et baignés de sauces.
Une transpiration grasse perlait sur son front dénué de tout poil.
Les rares signes de virilité naissaient sur de fines moustaches noires. Les lèvres étirées dessinaient une bouche quasi non-existante. Ses yeux, recouverts par de larges paupières pendantes, brillaient d'une lubricité malveillante. Le monocle qu'il portait à l'œil gauche le rendait plus terrible encore.
" Allez, ma jolie… dis-nous où est passé cette petite Amazone ? " fit-il en crachant quelques lambeaux de son poulet.
La jeune femme, éreintée par tant de ruades, ne put répondre. De toute façon, elle en était incapable car elle méconnaissait l'information.
" Je vois… Rhama ! Occis-la et vas m'en chercher une plus bavarde ! " décida le grassouillet après avoir jeté un os à moitié entamé.
Elle accueillit alors la lame comme une délivrance bien méritée. Un dernier soupir accompagna le retrait de celle-ci.
Deux autres hommes vinrent lui enlever ses liens et la jetèrent par une petite percée dans le mur nord.
Le corps descendit le long d'un interminable boyau et atterrit lourdement sur une masse informe composée d'ordures diverses. Les chiens de guerre ayant accompagné la petite troupe s'en délecteraient bien un moment ou un autre.
Pendant ce temps, Rhama avait été choisir la plus jeune et la plus jolie du groupe.
Les autres prisonnières essayèrent bien de l'en empêcher mais les lances et les épées de leurs geôliers les avaient tenues à bonne distance.
Beaucoup gémirent devant leur incapacité à se protéger l'une l'autre. La folie dont faisait preuve le chef de ces hommes était donc sans nom songèrent-elles toutes.
D'autres commencèrent à maudire ce chevalier de bronze du Phoenix dont elles ignoraient jusqu'au nom.
Elles souffraient pour une inconnue qui les avait laissées à leur triste sort alors qu'elle se devait de les défendre.
Athéna les avait-elle oubliées aussi ?
La nouvelle victime installée sur la planche, l'homme se leva de table et tituba dans sa direction.
Il n'était pas grand, à peine le mètre soixante-cinq.
Son ventre opulent lui donnait toujours cette démarche de pingouin dont il avait souffert jusqu'au jour où ses pouvoirs s'étaient manifestés.
Depuis, personne n'osait plus l'approcher ou le moquer.
" Alors, ma belle… Tu vas dire à tonton ce qu'il veut entendre, n'est-ce pas ? "
Si les choses avaient été normales, la jeune fille se serait mise à rire de la situation.
Malheureusement pour elle et ses semblables, cet être nauséeux n'était pas un tendre.
Elle était la quatrième à y passer et il en profitait à chaque fois pour se repaître entre leurs jambes avant de les martyriser.
" Tu m'as l'air bien bonne et fraîche… " ajouta-t-il avant de glisser ses petits doigts boudinés dans sa culotte.
Elle sentit alors l'un d'eux se caler à l'entrée de sa fente et manqua lui cracher à la figure tellement son geste la dégoûtait.
Il retira ensuite sa main et se pourlécha l'index.
" Hum… le jus d'une jeune vierge. " conclut-il avant de baisser son pantalon.
Il l'avait à mi-cuisse lorsqu'un hurlement traversa l'immeuble entier. D'autres voix se mêlèrent au tumulte.
Soudain, un soldat traversa la porte sous la violence du coup asséné par son adversaire.
Rhama, son aide de camp et leur chef se retournèrent et découvrirent le responsable de cette attaque.
" Tiens, tiens, tiens,… quelle agréable surprise ! " affirma le boulet ambulant.
" Relâchez-les ! ! ! " cingla la nouvelle venue.
" Qui es-tu pour venir me donner des ordres, belle étrangère ? " rajouta-t-il.
" Malicia, chevalier de bronze du Phoenix, et toi ? "
" On m'appelle Sire Bouldas, chevalier de la Balle de Cirque, Soldat Noble de l'Echiquier. "
" Encore un qui s'y croit avec ses titres pompeux ! " dit-elle agacée.
Le digne représentant de l'Echiquier laissa transparaître un sourire. Il venait enfin de trouver celle qu'il cherchait depuis plusieurs jours.
" Tu es jolie mais pas autant que je l'espérais… J'aurais dû prendre la mission de Mustikuas… Il paraît que ta copine est plus bandante… " fit-il.
Phoenix, en dehors de son corps de camionneur, disposait toutefois d'un charme féminin hors du commun.
Beaucoup d'hommes étaient aisément tombés dans le panneau, la croyant fragile et facile à dompter.
" Arrête, tu m'écœures ! "
" Ah bon ? " demanda Bouldas " Toi, tu me donnes une de ces triques… ".
Tandis que ce dernier déshabillait du regard son vis-à-vis, ses subalternes avaient contourné Malicia et tentèrent de l'immobiliser en lui sautant sur le dos.
Comme par miracle, les deux hommes s'arrêtèrent net dans leur bond et se sentirent emporter haut dans les nuages avant d'aller compter les pâquerettes par la racine.
Dans la pièce, il ne restait donc plus que Bouldas, la jeune fille et le Phoenix.
Cette dernière voulut en finir rapidement avec la Balle de Cirque et lui porta un coup terrible.
Le Vol du Phoenix arriva à projeter sa victime dans les airs et à lui faire traverser le plafond.
Malicia se pencha par une fenêtre et remarqua avec horreur que son ennemi n'avait été en rien affecté. Au contraire, elle l'observait rebondir légèrement sur les arrêtes des rochers. Il atterrit enfin avec douceur dans la cour principale du manoir.
Malicia jura avant de libérer la jeune fille et de lui enjoindre d'emmener ses compagnes loin de là.
Le Phoenix rejoignit ensuite Bouldas, bien décidée à lui régler son compte.
" Tu es plus stupéfiant que tu ne laisses croire, Soldat de l'Echiquier… " admit-elle.
" Je pourrais en dire tout autant de toi. Rares sont ceux qui sont arrivés ne serait-ce qu'à me soulever de terre. " la complimenta-t-il.
Les deux chevaliers se mirent en garde, prêt à réagir au moindre geste de l'autre.
" Je vois que mes gardes n'étaient que menu fretin pour toi. " dit-il en faisant référence aux différents cadavres jonchant le sol.
" Je croyais les guerriers de ton Ordre plus terribles et voilà qu'on m'envoie un impotent… " s'étonna-t-elle.
" Je vais t'en donner moi des ‘impotents’ ! " s'énerva-t-il, la réplique ayant atteint là où ça faisait vraisemblablement mal.
Ses mains se mirent à gigoter et des paroles à peine audibles filtrèrent de sa bouche, une sorte d'incantation.
Soudain, il projeta son pouvoir vers elle.
Malicia s'attendit à recevoir une boule d'énergie ou quelque chose dans le genre mais rien ne se passa.
Elle déplia ses bras croisés et scruta l'environnement.
Ce dernier avait changé, une vaste prairie verdoyante ayant remplacé la place noire du château.
Au loin, elle aperçut un jeune homme courir en sa direction.
Il hélait son nom et la jeune femme le reconnut aisément.
" Malicia ! Eh oh ! Malicia ! " criait-il.
Elle leva la main et le salua. Elle prit la décision de le rejoindre et elle se mit à courir.
Une fois ensemble, ils s'étreignirent longuement comme si le temps les avait éloignés depuis trop longtemps.
" Papa… " fit-elle émue.
" Ma petite fille… Je suis si heureux… " répondit-il.
Le Phoenix avait repris l'apparence de ses cinq ans, âge auquel elle avait perdu son père au cours d'une traversée des Andes.
" Pourquoi es-tu venue jusqu'ici ? J'allais te retrouver… " expliqua-t-il.
" Mais tu m'as tellement manqué que je ne pouvais plus attendre. " répliqua-t-elle.
" Je sais, excuse-moi ma chérie… Nous ne serons plus jamais séparés… " promit-il.
Rassurée par les paroles apaisantes de son géniteur, la jeune femme baissa sa garde et plongea sa tête contre un ventre trop expansif. Elle se réveilla alors pleine d'effroi.
Elle venait de donner l'accolade à ce monstre de foire. Le pire était qu'elle était prise au piège de ses bras.
Elle ne pouvait plus bouger et l'étreinte se resserrait un peu plus chaque seconde.
Bientôt, elle allait étouffer. Il fallait qu'elle réagisse. Elle concentra toutes ses forces.
Son armure luit alors de plus belle. La chaleur qu'elle produisait commença à indisposer celui qui l'enserrait.
Ce dernier essaya toutefois de garder sa proie entre ses griffes.
Malgré tous ses efforts et son armure, des brûlures le mordirent impitoyablement.
Il lâcha donc prise en titubant et roulant presque à l'autre bout de la cour. Malicia reprit lentement son souffle pendant que son adversaire se relevait péniblement.
" Comment as-tu osé ? " s'offusqua-t-elle après avoir élevé la tête vers lui.
" C'était amusant, n'est-ce pas ? " fit-il dans un rire gras.
" Tu vas me payer cet affront… Par le Fantôme du Phoenix ! " hurla-t-elle.
Bouldas attendit sans bouger et reçut l'attaque de plein fouet. Le coup semblait avoir porté ses fruits.
Le corps de cet homme ne tressaillait plus au rythme de sa profonde respiration.
" Voilà… Ton esprit est détruit à tout jamais… J'espère que tu aimes les aliments liquides. " rit-elle à son tour.
Elle se détourna de lui et allait prendre la direction du village lorsqu'une inspiration bruyante lui glaça le sang.
" Où cours-tu ainsi petite chatte ? Tu es encore loin d'en avoir fini avec moi… " précisa-t-il.
Le Phoenix n'en croyait pas ses oreilles. Il était impossible qu'il s'en soit réchapper sans séquelle.
Son illusion devait avoir écrabouillé le moindre de ses neurones.
" Ah ! ce petit rêve a été plus que distrayant ! " ajouta-t-il.
" Comment est-ce possible ? Je t'ai vu amorphe. " s'enquit-elle.
" Le Fantôme du Phoenix n'est pas un secret pour moi. Ce sont mes ancêtres qui l'ont conçu. " expliqua-t-il laissant une Malicia interdite.
Le Soldat de l'Echiquier se mit ensuite à rebondir de plus belle.
Ses soubresauts devinrent rapidement de véritables jets dans les airs.
Au profit d'un dernier particulièrement élevé, il se projeta à une vitesse déconcertante sur le chevalier de bronze.
Surprise par la vélocité du geste, elle brandit ses bras en avant pour freiner cette fusée.
Elle bloqua avec difficulté l'attaque mais n'avait pas entièrement le contrôle de la situation.
Elle allait craquer lorsqu'elle prit la décision de se renverser et de le frapper d'un violent coup de pied au menton.
Elle expulsa ainsi son adversaire dans les cieux tourmentés de cette région.
Elle le vit ensuite se perdre au cœur des nuages et crut qu'elle en était enfin libérée.
Alors qu'elle tournait le dos au champ de bataille pour la seconde fois, un long sifflement stria ses tympans.
Un énorme boulet frappa le sol, creusant un cratère gigantesque. Malicia s'en approcha et découvrit une masse informe en son centre. Celle-ci se mit soudainement à remuer comme de la gelée.
Le Phoenix remarqua de petits pieds gigoter vigoureusement et perçut des vagissements bizarres.
L'homme de l'Echiquier s'extirpa péniblement de ce trou.
Semi-allongé au fond de la cavité, Bouldas reprenait son souffle petit à petit.
Il rampa ensuite sur les parois lisses afin de revenir à niveau.
" Il n'y a fallu qu'un cheveu pour que je meurs étouffer… " s'exclama-t-il.
Malgré sa chute, le Soldat semblait frais comme un gardon.
Il s'épousseta consciencieusement et s'écarta ensuite du cratère
Il essuya le mince filet qui balafrait sa lèvre et sa joue gauche.
" Du sang ? " s’indigna-t-il " Qui es-tu pour avoir oser verser le liquide aussi précieux d'un homme aussi important que Sire Bouldas ? " s'époumona-t-il.
Le chevalier de bronze se fendit d’un sourire gracieux.
" Tu devrais t'estimer heureux au contraire. Je crains qu'il ne recouvre bientôt toute la cour… "
" Rira bien qui rira le dernier. Mais avant de t'envoyer rejoindre tes amis, tu auras eu l'occasion de regretter mille fois ces paroles. " fit-il avant de se relaver les lèvres d'une bave gluante.
" Approche un peu pour voir, sal porc… " conclut-elle dégoûtée.
Il se mit ensuite à glousser comme une hyène.
Malicia se tint sur ses gardes.
Cette nouvelle façon de se battre éveillait quelque chose au plus profond d'elle-même.
Une sorte de chaleur inconnue commença à l'entourer.
Celle-ci n'arrêta pas de grandir au fur et à mesure que sa colère et son envie de vaincre montaient en elle.
Bouldas qui ne comprenait pas tout ce qui était en train de se dérouler sous ses petits yeux vit l'armure du Phoenix flamboyer. Jamais il n'avait assisté à un tel spectacle.
Une terreur le prit soudain au ventre. Paniqué et ne sachant plus quoi faire, il prit ses jambes à son cou.
Malheureusement pour lui, Malicia n'était pas du genre à pardonner si vite. Elle pourchassa son adversaire et le rejoint avant qu'il n'ait franchi le portique.
" Tu croyais m'échapper si vite ? " demanda-t-elle.
L'homme était paralysé par la peur.
Il tenta tant bien que mal de sortir un son de sa bouche grand ouverte où seules des goulées d'air frais passaient.
Ne voyant aucune réaction de sa part, le Phoenix frappa son ventre et son visage de toutes ses forces.
Il recula ainsi de plusieurs mètres et atterrît une seconde fois au creux du cratère.
La chevalier de bronze marcha ensuite calmement avant de se poster au-dessus de lui.
Elle admirait un bien triste tableau. Bouldas, le nez éclaté, penchait la tête en arrière.
Un liquide visqueux et rouge glissait sur ses habits de soie et son armure impeccable.
" Hurmph ! Cha tu vas me le payéch… " gémit-il ses yeux lançant des éclairs.
Le Soldat de l'Echiquier était un homme prétentieux, trouillard à ses heures mais surtout soupe au lait.
Lorsqu'on attentait à son intégrité physique et sa prétendue beauté, il ne se maîtrisait plus.
Les coups de Malicia l'avaient donc plongé dans une rage folle.
Il sortit pitoyablement de son trou et fixa sa proie avec hargne.
" Chi c'est comme cha, che vais conchentrer mon cochmos et on verra qui de nouch deux en pochède le pluch terrible ! " la défia-t-il.
" D'accord ! " accepta-t-elle, curieuse de connaître le dénouement de ce combat qui, pour elle, n’avait que trop duré.
La température se mit brutalement à chuter.
Un léger brouillard voila la vue du chevalier de bronze.
Elle n'arrivait plus à déceler la présence de Bouldas.
" Un nouveau tour de passe-passe ? " intervint-elle " Tu penses vraiment que cette fine buée m'empêchera de t'abattre ? "
Elle ne reçut aucun écho à sa question.
Perplexe, sa concentration commençait à s'effilocher alors que quelque chose vint lui écorcher le bras droit.
Un autre mouvement d’air lui coupa légèrement la jambe gauche.
" Qu’est-ce que tu fous ? Découvre-toi ! " hurla-t-elle à travers les nuées.
Il resta caché malgré la provocation et le froid s’intensifia.
Le Phœnix perdit la vue petit à petit, de minuscules congères s’étant crées sur ses paupières.
" Alors, gamine… Moins fière que tout à l’heure, hein ? " ricana-t-il derrière elle.
Elle fit volte-face et frappa dans le vide.
" Raté mais bien echayé… " reprit-il.
La jambe de la jeune femme était toujours en l’air lorsque son adversaire la saisit vigoureusement et l’envoya valdinguer quelques mètres plus loin.
Elle se rétablit difficilement, la morsure du froid devenant de plus en plus dure à supporter. Elle ne s’était pas imaginée une résistance aussi coriace.
" Allez, sors de ta cachette si tu l’oses. " le provoqua-t-elle une nouvelle fois.
Aucun bruit ne troubla l’apparente tranquillité des lieux.
Soudain, une forme immonde sortit du brouillard. Cette dernière n’avait plus aucun point commun avec celle de Bouldas.
Il était grand, bien plus grand que l’original.
Son teint pâle rehaussait un visage étriqué.
Un maquillage lourd le rendait grotesque mais l’expression de ses traits provoquait une sensation irrésistible de peur.
Au sommet de son crâne tout aussi chauve que celui de sa précédente incarnation trônaient deux petites cornes de poils à la couleur rubis. Son nez, énorme, était d’un rouge écarlate. Ses habits de soie et son armure impeccable avaient laissé place à un genre d’énorme sac à patates sur lequel des couleurs chamarrées s’entrelaçaient.
" Charmée ? " demanda-t-il d’un air lubrique.
Malicia ne sut répondre tellement l’apparence de celui-ci était répugnante.
Tout son corps suintait de quelque chose d’indéfinissable et de maléfique.
" Qui es-tu ? " questionna-t-elle.
" Tu ne me reconnais pas ? Je suis le Croqueur de Rêves, celui qui hante tes nuits depuis ton plus jeune âge… " dit-il avant de répéter son rire de hyène.
Il se courba et prit la position d’un bossu tout en maintenant son petit rictus.
De sa bouche descendait un léger filet de salive, soulignant son excitation extrême.
Il s’avança lentement vers elle en balançant les bras.
Le Phoenix ne savait plus quoi faire.
Elle était comme hypnotisée par son regard et ses gestes lents.
Ses défenses allaient rompre lorsque, par un sursaut d’orgueil, elle se réveilla. Sa cosmoénergie brilla alors de mille feux et réchauffa rapidement l’atmosphère.
La lumière intense que son cosmos créait aveugla le clown.
Il se précipita pour rejoindre les derniers espaces sombres mais Malicia le frappa de toute sa puissance.
Ce dernier se renversa et reprit ensuite son allure normale.
" Ce n’est pas croyable… L’attaque de la Frayeur Ultime n’avait jamais échoué pourtant… " gémit-il.
Il se bouchait les narines, le sang coulant à gros bouillon.
" Peut-être, Soldat Bouldas… Mais ce que tu ignores, c’est que j’ai vaincu mes peurs depuis longtemps. " confia-t-elle en se concentrant au maximum.
" Ce n’est pas vrai… Tout le monde craint quelque chose ! ! ! " hurla-t-il " Que la Balle de Cirque te transperce de part en part ! ! ! "
Il venait de se jeter sur la jeune femme à corps perdu.
" Une même attaque ne fonctionne jamais deux fois de suite… On ne t’a donc rien enseigné ? " s’enquit-elle avant de le tuer d’un simple coup de poing dans le cœur.
Agonisant, le chevalier de l’Echiquier la maudît avant de s’écrouler dans une marre rougeâtre.
" Repose en paix… Le monde se portera mieux sans une brute dans ton genre. "
Elle quitta alors le champs de bataille, consciente de la tâche bien accomplie.
Malgré tout, elle regrettait d’avoir tué cet homme.
Malicia n’aimait pas la violence et essayait d’éviter ce choix funeste. Mais lorsqu’elle avait vu ces corps mutilés...
" L’auteur de ces méfaits ne doit pas s’en tirer si facilement ! ! ! " s’était-elle jurée.
***
Le bruit des trompettes résonna dans tout le Sanctuaire.
Une nouvelle session de l’Echiquier devait avoir lieu aujourd’hui.
Au son des cuivres, tous les dignitaires de l’Ordre étaient invités à rejoindre la salle du Damier.
A chaque fois, c’était l’occasion pour ces derniers de se revoir.
Ils discutaient d’une manière légère de tout ce qui pouvait se passer dans le monde des humains ordinaires.
Ils riaient, dansaient, buvaient… au cœur d’un ballet d’esclaves portant cruches de vin et plateaux de petits fours.
La seule occupation qu’ils avaient durant cette journée était l’entrée du Grand Pope.
Dès que ce dernier avait fait son apparition et dit son discours, les discussions reprenaient de plus belles et les gens de maison s’affairaient encore plus.
C’est ainsi qu’un grand homme ventru pénétra dans la salle.
Plusieurs dizaine de personnes y étaient déjà présentes et non des moindres.
On pouvait y rencontrer une belle dame de la trentaine. Ses longs cheveux blonds cendrés glissaient le long d’un corps fin et élancé. Son armure en ivoire et éclatante resplendissait moins que sa beauté.
" La Reine Blanche est plus qu’à son avantage ce soir ! " fit remarquer l’homme à un jeune garçon au teint asiatique.
" Certainement Maître ! " répondit un Yoshikata confus et fortement impressionné par l’énorme voûte sous laquelle ils se trouvaient.
La pièce était majestueuse.
De hauts piliers soutenaient un dôme gigantesque – la lumière d’un soleil tardif rendait les lieux encore plus incroyables.
Celui-ci se nichait déjà entre deux pillasses juste derrière le siège du Grand Pope. Le sol, lui, était divisé en dalles de marbre blanc ou noir où chacun avait sa place.
" Allons, petit… Ne reste pas en retrait… Tu es mon pupille, non ? " invita son aîné.
" Douamos ! " cria un autre plus âgé encore " Mon vieil ami ! " termina-t-il avant d’étreindre longuement le maître du Japonais.
" Traïa ! Vieille branche ! " répondit l’intéressé " Tu n’as pas changé, dis-moi. Comment vont ta femme et tes deux filles ? Nous n’avions pas eu la chance de les voir le mois dernier… " s’enquit-il.
" Tu sais comment sont ces donzelles… Un peu de décorum et elles sont toutes perdues. " railla-t-il.
Son comparse n’hésita pas à reprendre avec lui.
" Tu crois que nous aurons droit à ce doux petit vin de Crète ? " demanda Douamos.
" Il est vrai que nous n’avions pas craché dessus la dernière fois… " se souvint Traïa.
Yoshikata tira alors vivement sur la tunique de son maître.
" Maître ? Qui est-ce ? " osa-t-il demander.
Douamos releva la tête et sentit son sang se glacer. Il réagît comme s’il venait de voir un fantôme.
" Que fait-il ici ? " marmonna-t-il.
" Qu’y a-t-il donc ? " intervint son ami.
A peine avait-il vu la personne en question que le souffle lui manqua.
Yoshikata sentit rapidement le malaise qu'éprouvait les deux chevaliers.
" Qui est-ce ? " reprit le jeune homme.
" Rien ! " rabroua le Roi Blanc.
Traïa, la Tour Blanche, n’en revenait pas lui non plus. Comment était-il possible de recevoir un de ces traîtres de Soldats Noirs au sein de cette assemblée. Il allait s’en informer lorsqu’une voix annonça l’entrée du Fou Blanc. Traïa se dépêcha de rejoindre sa place mais ne quitta pas l’homme des yeux. Ils se prosternèrent tous à l’ouverture des portes.
" Relevez-vous ! "invita une voix nasillarde.
Quelle ne fut pas la surprise lorsqu’ils découvrirent un autre homme siéger à leur réunion.
Des cris d’indignations se mêlèrent au soupirs de craintes.
Tandis que quelques chevaliers, dont Douamos, tentaient d’intervenir, des soldats, les armes au clair, les empêchèrent d’approcher du trône.
La salle du Damier s’était rapidement emplie de ces sans grades.
Leur nombre et leur détermination annihilèrent vite tout premier essai de révolte.
Une fois le calme revenu, le nouveau maître des lieux prit la parole.
" Un peu de civilité mes amis ! " invita-t-il " Voilà comment vous accueillez une ancienne connaissance ? Vous me faites vraiment de la peine ! ".
Plus personne n’osa bouger.
" Très bien ! J’aime mieux çà. Bon, maintenant nous allons pouvoir discuter ! " conclut le Fou Noir avant de s'asseoir.
" Qu’est-ce que tu fais là ? " interpella Traïa.
" Qui a parlé ? " questionna-t-il furieux.
" Moi… " répondit Douamos, le torse bombé.
Son ami resta sans voix lorsqu’un des gardes le transperça de la pointe de sa lance.
Des gémissements parcoururent alors les convives.
Le vieil homme se précipita et reçut le corps sans vie de son ami. Yoshikata resta comme pétrifié devant une telle horreur.
" Vous aurez compris, je crois, qu’il ne me sied guère qu’un de mes courtisans veuillent me reprendre… " siffla-t-il à l’attention de tous ceux qui tenteraient la même bêtise.
Artyrion les toisa chacun, Traïa en particulier.
" Je sais que c’était toi… Mais ton ami a été stupide de prendre ta place… " cracha-t-il.
Le personnage visé ne répliqua pas verbalement mais lança juste un avertissement mental.
" Ne t’inquiète pas… Je ne quitterai pas ce monde sans te l’avoir fait regretter ! "
" C’est ce que nous allons voir, mon cher Tour Blanche ! " renvoya le Fou Noir dans un large sourire. " Très bien ! " reprit-il pour tous " Je suis votre nouveau Maître ! Quiconque remettrait mon autorité en doute se verra châtier comme il se doit ! J’espère que l’exemple de tout à l’heure aura mis du plomb dans certaines cervelles ! " martela-t-il.
Un silence religieux s’imposa.
Chacun attendait la prochaine réaction démesurée du Fou Noir.
" J’imagine que ce mutisme correspond à un oui… "
Toujours pas de réaction.
L’attitude d’Artyrion se rembrunit subitement.
" Vous m’ennuyez ! Gardes, faites-les sortir ! Tout de suite ! " décréta-t-il.
Les soldats s’animèrent, repoussant tout le monde sans égard.
La Tour Blanche, resté près du corps de Douamos, protesta et essaya de résister.
Un milicien lui cogna alors la garde de son épée dans le cou et le vieillard s’écroula à moitié inconscient.
Deux autres le soulevèrent et l’emmenèrent vers l’extérieur.
Soudain, un tumulte naquit au cœur des assistants.
Un petit homme se débattait.
" NON ! Laissez-moi ! Je veux récupérer mon maître ! " hurlait-il.
Yoshikata, resté interdit devant l’assassinat du Roi Blanc se démenait comme un beau diable.
Trois, bientôt quatre soldats l’encadrèrent.
Malheureusement pour eux, une volée de météores les dispersa aux extrémités de la salle.
Tous s’écartèrent ensuite de lui.
Traïa, subitement relevé, s’interposa entre une pointe de flèche et le chevalier de bronze.
Utilisant ses ultimes forces, la Tour Blanche en déchiqueta l’expéditeur par son coup favori, le Carreau Meurtrier.
Observant la scène, d’autres membres de l’Echiquier intervinrent pour protéger la fuite du jeune homme.
Les quelques gardiens furent vite exterminés par la férocité de leurs attaques mais ils durent baisser pavillon devant la riposte du Mammouth en Furie de Moëvius.
Pégase parvint toutefois à quitter l’enceinte du Château et à endosser son armure.
Il parcourrait les chaînes de montagnes, sentant un adversaire à ses trousses. Il approchait de la mer lorsque ce dernier se présenta à lui.
" Où vas-tu comme çà, l’ami ? " lui demanda-t-il.
Essoufflé par la longue course qu’il venait de faire, Yoshikata ne répondit pas.
Il était plus préoccupé par la manière dont il allait se tirer de ce mauvais pas.
Son adversaire portait une étrange armure en forme d’étoile à cinq branches.
" Tu as perdu ta langue ? Ou es-tu simplement trop bête que pour me répondre ? " l’insulta-t-il.
" Je m’appelle Yoshikata, élève du Roi Blanc de l’Echiquier et chevalier de bronze de Pégase ! " précisa-t-il enfin.
" Oh ! " dit-il simplement " Et tu crois m’impressionner avec çà petit ? " lui fit-il remarquer.
" Je n’ai rien à craindre de toi… Tu portes encore l’armure des apprentis. " signala le garçon.
Son adversaire s’esclaffa alors dans un rire énorme.
" Ton maître ne t’a donc rien appris sur les chevaliers de l’Etoile ? "
Yoshitaka était une nouvelle fois abasourdi.
Il n’aurait jamais cru que cette journée tournerait au cauchemar.
Lorsqu’il était revenu en Grèce, il y a trois semaines, son entraînement avait été plus dur qu’auparavant.
Pour le féliciter de ses efforts, le Roi Blanc lui avait promis de l’emmener voir le Grand Pope afin de dissiper ces malentendus.
Il avait accueilli l’invitation avec un enthousiasme débordant.
Cela lui avait même redonner du cœur à l’ouvrage.
Mais lorsqu’il avait découvert le jeu macabre d’aujourd’hui, il regrettait d’être rentré.
Tout semblait tourner de travers.
" Peu m’importe qui tu es… Je dois prévenir Athéna et mes compagnons de ce qui s’est passé. "
" Tu rigoles ? Tu crois que je vais te laisser en vie avec ce que tu sais ? " menaça Stella.
" Allons, laisse-moi passer ! Par les météores de Pégase ! " cria-t-il.
Le chevalier de l’Echiquier esquiva sans peine les malheureux coups de vent. Il atterrit ensuite derrière lui.
" Tu me fais pitié… je vais abréger tout de suite tes souffrances ! " susurra-t-il à l’oreille de Yoshikata.
" Par le Fluide Galactique ! "
Le vent glacé de son attaque frappa le corps du petit Japonais de plein fouet.
Celui-ci retomba avec fracas dans le remous des vagues.
Stella se pencha au sommet de la falaise et s’assura que sa victime ne remontait pas à la surface.
Satisfait du résultat de sa mission, il quitta les lieux prestement.
Il ne voulait pas rater la présentation de la nouvelle garde où il devait prendre une place de choix.
A suivre
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