L'Armée Populaire de Libération ![]()
de la
république populaire de Chine
Nous
avons pensé qu'une page réservée aux forces de l'Armée Populaire de Libération de
la république populaire de Chine pouvait intéresser certains de nos lecteurs en
raison de l'importance stratégique que représente aujourd'hui l'Asie orientale
et surtout la Mer de Chine Méridionale. Pour cela, nous vous présentons trois
articles rédigés récemment (1999 et 2000) par l'un des créateurs de ce site,
ancien attaché militaire à Pékin. Ces articles sont suivis de liens destinés à
mieux connaître les différentes composantes de ces forces qui comptent encore
aujourd'hui plus de 2,5 millions d'hommes et de femmes.
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Légende
Premier
article: les realistes ont-ILS RAISON?
Second
article: la strategie maritime de la chine.
Troisième
article: L'inde et la chine seront-ils
gardes barrières de l'asie?
Un
premier article très général sur les enjeux en Asie en matière de sécurité.
Juste pour vous montrer "qu'il ne faut pas rester près du lampadaire à n'accepter
que ce qui est éclairé"…
On
pourrait estimer que cette question est aujourd'hui superflue car depuis la chute
du mur, depuis la fin d'un monde bipolaire incarné par la guerre froide et
cette opposition des deux blocs, l'école réaliste s'est vue très largement
critiquée par d'autres courants de pensée qui avaient pour objectif de mieux
comprendre ce qui avait changé notamment dans le domaine des politiques
étrangères et pourquoi les réalistes ne pouvaient plus tout expliquer. De
nombreux auteurs comme Rosenau affirment que le processus politique global a
évolué, que la scène mondiale comporte de nouveaux acteurs et donc que la
pratique de cette politique internationale, pour ceux qui en sont chargés, ne
peut plus être la même.
Mais doit-on pour autant jeter aux
oubliettes le réalisme et l'importance du rôle des politiques étrangères menées
par les Etats et par conséquent du rôle primordial de la diplomatie? Est-il
possible d'avancer l'hypothèse que nous traversons une phase de reconfiguration et d'adaptation? En évoquant les
enjeux qui se développent actuellement en Asie orientale et les acteurs qu'ils
mettent en oeuvre, cet article tentera dans un premier temps de fournir
quelques éléments de réflexion destinés à montrer que le réalisme en relations
internationales a peut-être encore un avenir.
Dans un deuxième temps, il
conviendra de placer un bémol à cette affirmation et de prendre en compte des
éléments qui ne sont pas nécessairement apparus à cause de la fin de la guerre
froide, mais en raison des progrès technologiques, des nouvelles sensibilités
des individus et des moyens de les exprimer, et qui ont débouché sur des
phénomènes de contournement des Etats.
La
Chine, sous l'impulsion de Deng Xiaoping, s'est ouverte à l'occident à la fin
des années 80, au moment même où l'on enterrait plus à l'ouest la guerre froide
et le monde bipolaire qu'elle avait créés, référence crédible pour l'école
réaliste. Son président, M. Jiang Zemin, semble aujourd'hui hésitant: il
voudrait d'un côté établir un partenariat global stratégique sino-américain,
mais de l'autre soutenir ce sentiment anti-américain présent chez bon nombre de
ses conseillers et pas uniquement les militaires.
Ardent défenseur de la non-ingérence,
la Chine communiste a toujours affiché, à l'exception de la période des années
80, quel était son adversaire privilégié: les Etats-Unis. Un ennemi digne
d'elle de par sa taille, sa puissance et son rayonnement. Elle tempête
aujourd'hui contre le traité TMD (défense de missiles de théâtre) qui créerait
un arc de défense susceptible d'inclure Taiwan. Cette idée lui est
insupportable, car elle implique des achats de matériels militaires
sophistiqués par Taipei et le maintien des forces américaines au Japon et en
Corée. D'autant que les équilibres dans cette zone sont aujourd'hui précaires à
cause des tensions qui subsistent entre les deux Corées, entre la Chine et le
Japon, entre la Chine et Taiwan, entre la Chine et les pays de l'ASEAN et dans
une moindre mesure entre la Chine et la Corée du Nord.
Par ailleurs, Pékin accuse
Washington de tout faire pour maintenir l'OTAN en Europe alors que le Pacte de
Varsovie a disparu depuis presque dix ans. Pire, l'Amérique, selon Pékin, se
livrerait à une stratégie d'encerclement en élargissant l'OTAN à l'ouest (Pékin
n'hésite pas à dire que l'OTAN, emporté par son élan, pourrait bien un jour
engloutir le Kirghizistan), en déployant des forces considérables au sud-ouest
(golfe persique et océan indien) et en maintenant voire élargissant son
influence dans le pacifique ouest.
Sans aucun doute perturbés par la
perte d'un adversaire clairement affiché et dynamisés par un sentiment
anti-chine communiste particulièrement fort au congrès, les Etats-Unis
admettent de plus en plus que le nouvel adversaire, celui du siècle qui
commence, pourrait bien être la Chine. Le décor réaliste, qui avait été démonté
en Europe centrale, et n'a pu pour diverses raisons se développer au
Moyen-Orient pendant la guerre du golfe, semble s'imposer à nouveau 7000
kilomètres plus à l'Est. Certes, l'ampleur du phénomène n'a pour le moment rien
de comparable à celui que l'on pouvait observer du temps de la guerre froide.
Il convient cependant de ne pas sous-estimer les rapports de force en cours de
développement. A terme, la Chine pourrait disposer d'une armée moderne, formée
et entraînée de deux millions et demi de personnes, ce qui est tout de même
loin d'être négligeable.
La Chine a voulu pacifier ses
frontières terrestres sans pour autant résoudre complètement ses contentieux
territoriaux. Ses objectifs sont aujourd'hui ailleurs: économiques certes, mais
principalement tournés vers la mer, vers ces îles qu'elle revendique et ces
trois ou quatre Etats qui la dépasse militairement. De plus, la Chine n'a
jamais oublié la présence occidentale et japonaise sur son sol. Ce ressentiment
est présent en chaque individu car entretenu par une propagande savamment
distillée dès l'école maternelle.
Il est difficile de ne pas
associer ce qui vient d'être évoqué à "cette théorie des conflits
internationaux, des alliances, des équilibres de puissance, de la guerre et de
la paix, au fait que le manque d'autorité supérieure globale incite les Etats à
poursuivre par tous les moyens possibles leurs efforts pour se protéger contre
d'autres Etats". Serait-il pas conséquent possible de considérer que les
réalistes, dans certaines parties du monde comme l'Asie orientale, ont raison?
...Mais régionalisé et susceptible d'être modifié
par l'interdépendance. ![]()
En revanche,
peut-on expliquer les évolutions dans cette région en reprenant les arguments
des transnationalistes? En d'autres termes, existe-t-il dans ce pays un déclin
de la force militaire comme outil de politique étrangère, devenue de plus en
plus difficile d'emploi compte tenu des intérêts innombrables et des réseaux
complexes qui se croisent sans respect des frontières. La force militaire ne
serait-elle plus prioritaire, tandis que l'évaluation des ressources passe
désormais par des considérations de politique intérieure, dépend des
comportements d'acteurs multiples, en mesure d'interagir avec les politiques
étrangères des Etats?
Il est évident que la Chine, de
par son ouverture à l'étranger, s'expose à des actions menées par des acteurs
transnationaux: les industriels qui investissent en Chine et qui ne font pas
qu'apporter les capitaux et les équipements, mais également un savoir-faire,
une expérience particulière et des réseaux financiers puissants. On retiendra
la présence d'acteurs œuvrant dans des domaines comme la culture, l'information
ou le Droit avec ces juristes étrangers qui forment actuellement leurs
homologues chinois dans le but d'adapter les lois de l'empire du milieu au
monde capitaliste. La Chine aura-t-elle toujours autant de liberté d'action une
fois que ces formes d'intégration auront modifié les structures essentielles du
pays? Il est indéniable que l'Armée Populaire de Libération et le Parti
Communiste Chinois ont perdu de leur pouvoir mais ils conservent encore de
beaux restes.
Dans un domaine plus sensible,
nous pouvons relever les actions menées par certaines ONG susceptibles à terme
de fragiliser le pouvoir en place et le gênant d'ors et déjà dans l'élaboration
de sa politique étrangère: les bouddhistes réfugiés en Asie du sud et qui
n'admettent pas l'autorité des Hans sur le Tibet, les musulmans situés à
l'ouest du Xinjiang qui apportent leur aide au mouvement séparatiste Ouighour,
les adeptes de la secte Falun Gong vivant à l'étranger et apportant leur
soutien à ceux qui résident en Chine continentale. Ces actions passent aussi
par des campagnes destinées à sensibiliser les autres régions du monde aux
problèmes qui existent aujourd'hui en Chine et forcer ce pays à accepter l'idée
de la négociation.
Ce phénomène d'interdépendance a
en effet ses limites car les autorités chinoises se sont fixées un principe:
celui de maintenir la stabilité à l'intérieur des frontières. Ce mot stabilité
masque en fait une réalité plus dure: le socialisme à caractéristique chinoise
n'admet pas de contestation sur son sol et sait se faire respecter. Il est
important de souligner que la Chine est non seulement un régime autoritaire
mais également un pays au sein duquel les nouvelles technologies de
l'information sont pour le moment limitées et sévèrement contrôlées. Les
actions menées par des acteurs transnationaux en sont d'autant plus gênées.
D'autre part, la Chine ne se
limite pas à subir ces actions transnationales. Elle sait aussi, à sa manière
et souvent avec succès, utiliser ONG et institutions internationales.
Les mouvements nationalistes de
Hongkong, de Taïwan, et de Chine continentale luttant pour que les îles
japonaises Diaoyus/Senkakus reviennent à la Chine constituent un excellent
exemple. Il convient également de prendre en compte ces puissants réseaux
d'amitiés et de relations financières et politiques que les chinois émigrés ont
tissé dans le monde. Ces réseaux, dans leur ensemble ont comme caractéristique
essentielle le fait que le sentiment d'appartenance à l'empire du Milieu est
loin d'être négligeable. Retenons enfin que la Chine sait à merveille utiliser
des institutions comme les Nations Unies ou l'OMC pour tenter d'asseoir sa
légitimité et faire admettre ses points de vue politiques et stratégiques au reste
du monde. Dans le cadre de ses actions de politique étrangère, Pékin
acceptera toujours de discuter mais jamais de négocier.
En somme, cette partie du monde présente
pour les réalistes un intérêt à plus d'un titre:
- Elle serait le centre de la
reconstruction d'un équilibre bipolaire plus particulièrement localisé dans le
Pacifique ouest, l'Europe dans ce domaine ne jouant qu'un rôle de second ordre.
Certains estiment en fait que la Chine mène aujourd'hui une forme de "real
politik" très 19ème siècle.
- Conscient de ses faiblesses, et
voulant passer pour un Etat pacifiste, Pékin a adopté une stratégie imaginée
par Sun Tze: gagner sans livrer bataille, et cela semble lui réussir. L'outil
militaire chinois a par conséquent peu de chance d'être utilisé dans un avenir
proche tant que l'on ne touche pas à ce que la Chine considère comme sa
propriété, même si cela est revendiqué
par d'autres.
- De leur côté, les Etats-Unis ont
clairement défini par traités ou accords, les décisions de la Chine qui
impliqueraient une intervention militaire immédiate et Taiwan est l'un de ces
enjeux. Ils n'envisagent pas à court et moyen terme une réduction de leur
présence militaire dans cette région.
Bien qu'incomplet, cet article
s'est attaché à montrer que les réalistes n'auraient finalement pas tout à fait
tort si l'on étudie cette partie du monde qu'est l'Asie et ses perspectives
d'avenir. En revanche, de nombreux facteurs ont modifié la façon dont
s'établissent et se gèrent les rapports de force et les politiques étrangères
principalement dans des pays démocratiques où les technologies de l'information
sont développées. Mais ces mêmes facteurs ne peuvent se développer de la même
manière partout. Il convient en somme, d'étudier chaque cas en utilisant comme
outils de recherche différentes écoles de pensée comme autant d'éclairages
nécessaires, de façon à pouvoir rendre compte au mieux de situations dans le
domaine des relations internationales de plus en plus complexes et fournir aux
Etats les moyens de mener une politique étrangère efficace.
Pour reprendre l'idée d'Alfred
Grosser, "ne restons pas près du lampadaire à n'accepter que ce qui est
éclairé"... Il est sans doute temps de mieux observer ce qui encore dans
l'ombre, là-bas, dans le Pacifique ouest.
Sources :
* Allocutions prononcées en 1999
par le général CHI HAOTIAN, ministre chinois de la Défense.
* Entretiens avec les directeurs
et experts chinois et américains membres des organismes suivants:
- Université de la Défense
Nationale de l'armée populaire de libération (APL) de RPC - Pékin.
- Académie des Sciences Militaires
de l'APL - Pékin.
- China Institute for
International Strategic Studies (CIISS) - Pékin.
* Site Internet: Cultures et
Conflits, publications en ligne de Didier BIGO et Marie-Claude SMOUTS.
Bibliographie:
- Bertrand BADIE, Marie-Claude
SMOUTS, Le retournement du monde, 3ème édition et mise à
jour, Presses de Sciences Po et Dalloz, Paris, 1999.
- Frédéric CHARILLON, La politique étrangère à l'épreuve du
transnational, L'Harmattan, Paris, 1999.
- J.N. ROSENAU, The study of
political adaptation: Essays on the analysis of world politics, Nichols
Publishing, New York, 1981.
- Ghassan SALAME, Appels d'empire, Fayard, Paris, 1996.
- Marie-Claude SMOUTS, Les nouvelles relations internationales, Presses de Sciences Po, Paris, 1998.
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Un
deuxième article plus précis sur le rôle que la Chine entend désormais faire jouer
à sa Marine…
La République populaire de Chine vit
aujourd'hui une époque exceptionnelle. Elle ne se connaît officiellement plus d'ennemis,
axe ses efforts sur la construction économique et sociale de son pays en lui
imposant un rythme plus que soutenu et est en passe d’avoir la plus belle
Marine de combat de toute son histoire. La tâche est exaltante, mais elle n'en
constitue pas moins un défi difficile à relever.
UNE SITUATION SOUS CONTROLE
La Chine tente de rattraper son
retard en moins de 20 ans. En appliquant des réformes musclées et ambitieuses,
initiées par Deng Xiaoping, le président Jiang Zemin et le premier ministre Zhu
Rongji demandent à leur pays de s'armer de courage et de changer rapidement de
mentalité de façon à construire une nation moderne. Durant l'hiver 1998, les
difficultés se sont accumulées, en raison de notamment de la crise asiatique.
Le gouvernement a été contraint de ralentir le rythme. Cependant, le but fixé
reste le même : hisser la Chine au rang des grandes puissances mondiales.
Cette
politique ambitieuse qui comprend une ouverture sur le monde extérieur ne se
fait pas sans mal. Pendant plus d’un siècle, les contacts avec les étrangers,
occidentaux et japonais, ont été des rapports de domination et d'affrontement.
Le ressentiment qui en résulte est encore présent dans les esprits, y compris
au sein de la jeunesse. Il est aujourd'hui essentiellement tourné contre le
Japon dont les actions passées apportent du crédit aux partisans d'une
politique nationaliste à Pékin.
Le
pouvoir actuel est également préoccupé par la présence militaire américaine en
Asie, et par l'extension de l'OTAN : les Etats-Unis font figure d’accusé et la
Chine, qui se sent menacée d'encerclement, leur oppose une politique qui prône
le développement d'un monde multipolaire.
Après
de nombreux efforts dans le cadre de sa politique étrangère, la Chine considère
désormais que ses frontières terrestres sont, pour l'essentiel, pacifiées. Elle
affirme n’avoir aucun projet d’expansion territoriale. Pékin s’attache avant
tout à maintenir la stabilité dans les provinces, et tente de contenir les
élans identitaires de certaines région comme le Xinjiang ou le Tibet.
Les
tensions frontalières terrestres qui existaient avec certains pays comme
l'Inde, le Vietnam et surtout la Russie se sont atténuées. Les différends ne
sont pas résolus pour autant mais ils ne constituent plus LA priorité.
Concernant
son espace maritime, la Chine a toujours annoncé qu'elle n'avait pas de volonté
expansionniste. Mais elle considère que Taiwan et les îles de la mer de Chine
méridionale font partie intégrante du territoire chinois. La réunification avec
Taiwan est, une fois acquise la rétrocession de Hong Kong et de Macao, une des
plus hautes priorités du régime. Si elle privilégie la discussion, la Chine
n’écarte pas, pour réaliser ce projet, l’usage de la force si l’île déclarait son indépendance ou en cas
d’intervention étrangère à Taiwan. Si certaines de ces positions chinoises sont
contestables, en particulier au regard du droit maritime international, elles
n’en restent pas moins un élément de langage que Pékin considère comme
incontournable. On peut d’ailleurs ajouter à cette liste les îles Senkaku ou
Diaoyu (au nord de Taiwan), également revendiquées par le Japon.
Dans le
même temps, Pékin a annoncé que la Chine était prête à discuter des problèmes
territoriaux avec chacun de ses voisins en abordant, notamment les affaires
touchant aux Spratleys. des rencontres ont lieu régulièrement et servent à
expliquer la position chinoise, sans jamais la négocier. Que peut-on négocier
en effet lorsque l'objet même du différend constitue une règle de base que
l'actuelle Assemblée Nationale Populaire se refuse à modifier ? La Chine est
donc décidée à laisser le temps jouer pour elle. Par petits bouts, elle
s'installe, construit, occupe et quadrille, mais ne recule jamais. Elle sait
profiter des faiblesses politiques et militaires de ses voisins et de leur
incapacité à s'unir pour faire face.
Pékin a
donc décidé de conquérir ce qu’elle considère comme historiquement sienne, et
d’en assurer le contrôle.
UNE MARINE TOURNEE VERS LA HAUTE MER![]()
Dans cet optique, il est devenu
impératif de montrer le pavillon. Pour occuper l'espace, il faut une Marine qui
cesse d’être côtière. Cette Marine doit être en mesure de déployer des unités de
combat de grande taille, susceptibles d'impressionner ses voisins. Le paraître
est toujours aussi important en Asie et parfois plus convaincant que le bruit
même du canon.
Depuis
1997, la Marine chinoise a déployé au moins une fois l’an des unités de prestige
dans le Pacifique, ce qu'elle n'était pas en mesure de réaliser auparavant.
Elle les a envoyées à plusieurs reprises aux Etats-Unis (Hawaï et San Diego),
le long des côtes sud-américaines, en Australie et en Nouvelle Zélande. On
retiendra surtout les deux escales effectuées à Manille qui ont eu un réel
impact en Asie du Sud-Est. Les Philippins notamment, ont alors réalisé que leur
voisin avait grandi et qu'il avait désormais les moyens d'être le maître du jeu
en mer de Chine.
Cependant,
la stratégie de la Chine est plus complexe. Pour mener à bien les nouvelles
missions qui l’(attendaient, la Marine de l'Armée Populaire de Libération a
consenti des efforts considérables pour se moderniser, et cela dans de nombreux
domaines.
VERS DES MOYENS A LA HAUTEUR DE SES AMBITIONS![]()
Le meilleur exemple est constitué
par le destroyer Luhai-167, dont la
mise en service remonte seulement au 1er janvier 1999. Ce bâtiment de 6 200
tonnes est une copie agrandie du destroyer Luhu-112
qui déplace 1 500 tonnes de moins. On y retrouve les mêmes armements avec sans
doute quelques améliorations technologiques mais difficilement perceptibles.
Qu’à cela ne tienne : le Luhai - 167
est la plus grande unité de combat jamais construite par la Chine. Sa forme est
moderne, racée, menaçante bien que ses équipements aient encore 20 ans de
retard sur ceux des Marines occidentales. Ce bâtiment deviendra sans aucun
doute le fer de lance de la Flotte du Sud, dont les unités sont habituellement
déployées en mer de Chine méridionale.
En
2000, la Chine devrait aussi acquérir deux destroyers de la classe Sovremennyy dotés d'une puissance
largement supérieure à celle des unités navales que peuvent opposer des pays
comme le Vietnam ou les Philippines. Taiwan devra également compter avec ces
nouveaux bâtiments construits dans les chantiers navals de Saint Petersbourg en
Russie.
La
Chine a également mis l'accent sur sa défense côtière, le développement de ses
forces de gardes côtes et de débarquement sans oublier ses collecteurs de
renseignement, ses bâtiments scientifiques destinés au guidage des missiles ou
des satellites, et ses forces de fusiliers marins… Elle a peut-être encore
négligé sa force de guerre des mines, mais pour combien de temps ?
Par
l'acquisition de nouveaux sous-marins de la classe Kilo et les projets de construction de sous-marins nucléaires, et
par son rêve d’acquérir un jour des porte-avions, la Chine se prépare à passer
dans la cour des grands… Si ses projets se réalisent, ce passage pourrait avoir
lieu au cours des 15 prochaines années.
La
Marine de l'Armée Populaire de Libération se heurte malgré tout à certains
écueils.
Il lui reste en effet à changer la mentalité
de ses marins et leurs méthodes de travail : initiative, formation, prise de
décision, chaîne de commandement… Tout cela est aujourd'hui confus et sclérosé.
Une unité de combat ne doit pas être uniquement un bijou que l'on brique tous
les jours. Ceux qui s’activent sur le chiffon et la serpillière doivent
également apprendre à raisonner, respecter des règles de bon sens, avoir la
liberté de prendre une décision dans l’urgence, savoir évaluer des risques
calculés... et surtout être capables de comprendre comment fonctionnent les
équipements dont ils ont la charge.
Il est donc probable que, dans les
années qui viennent, la Chine ne constituera pas un élément déstabilisateur de
la région Asie, si personne ne s'attaque ouvertement à ce qu'elle considère
comme placé sous sa souveraineté.
Sa
priorité reste aujourd'hui la construction économique du pays et sa stabilité
sociale. Elle entend retrouver son rôle de très grande puissance, et veut se
donner les moyens d'être désormais traitée comme telle par tous. Les différends
territoriaux qui l'opposent en mer de Chine ne constituent pas une réelle
priorité. Ces îles demeurent malgré tout un objectif à recouvrer un jour ou
l'autre, quitte à bousculer quelque peu le droit de la mer. Dans un monde qui
vit dans l'instant, la Chine donne l'impression de jouer la carte de la durée.
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Enfin,
un troisième article plus spéculatif et comparatif sur les capacités des
Marines indienne et chinoise…
les gardes-barrières
de l'Asie? ![]()
Une
étude comparative des Marines des pays d'Asie constitue un exercice périlleux
et finalement subjectif. Il est en effet particulièrement difficile d'établir
une liste sous forme de catalogue doté d'un classement qui prenne en compte
l'ensemble des paramètres à la fois techniques, financiers, politiques et
humains.
En revanche, une réflexion sur
les enjeux susceptibles de mettre en œuvre les Marines indienne et chinoise est
apparue plus judicieuse car ce sont elles qui peuvent jouer dans un avenir plus
ou moins long, un rôle majeur dans le maintien des équilibres stratégiques en
Asie. Cette étude ne retient qu'une partie des facteurs, mais pourrait se
révéler utile dans le cadre d'études prospectives.
Force est de constater que l'Inde
et la Chine ont des caractéristiques géographiques, démographiques souvent
similaires, et que leurs choix et projets technologiques, militaires et
stratégiques sont relativement proches:
-
ces deux pays ont une façade
maritime importante,
-
ce sont et de loin les deux
pays les plus peuplés de la planète,
-
ces deux pays ont subi la
présence occidentale,
-
ils disposent d'ennemis
potentiels géographiquement proches de leurs frontières. Leurs différends sont
en effet basés sur des revendications territoriales avec des pays possédant
également une Marine imposante,
-
ils disposent de l'arme
nucléaire bien que l'Inde ait un problème de reconnaissance dans ce domaine,
-
ils devraient disposer tous
deux d'une Marine moderne dans les dix prochaines années,
-
les équipements dont sont
dotés leurs Marines proviennent pour une bonne part de la Russie,
-
leurs chantiers navals sont
aujourd'hui capables de construire des unités de combat (sous licence ou
nationale),
-
devant leurs côtes, sont
situées les voies d'approvisionnement reliant l'Occident et le Moyen-Orient, à
l'Asie Orientale, notamment sur le plan énergétique.
Ces points communs ne sont que des
repères et ne constituent en rien des constantes. Il est cependant essentiel de
noter ces similitudes qui, sur le plan stratégique, ne sont pas nécessairement
le fait du hasard. Ces deux pays s'observent depuis des années, l'un plus au
nord, jetant des regards d'envie sur son voisin qui a su non seulement
moderniser ses forces navales, mais également disposer de personnels
convenablement formés et entraînés, loin des illusions entretenues par des
enseignements d'un autre âge.
L'Inde a en effet dépassé le stade
de la conceptualisation de sa Marine: ses unités sont modernes, les équipages
ont acquis une formation et une expérience de grande qualité. L'Inde dispose
d'un porte-avions et peut-être bientôt d'une deuxième unité, détail qui montre
son stade d'évolution. La Chine ne fait pour le moment que se préparer à ce
stade, en réalisant toutes les difficultés qu'exigent un tel choix. Il semble
également que l'Inde soit dotée d'une force de guerre des Mines efficace alors
que cette option n'a pas encore été prise en compte par la Chine.
Il convient cependant de se
projeter en 2015, période au cours de laquelle la Chine estime qu'elle aura
achevé la restructuration de sa Marine. Il est alors possible que cette
dernière puisse non seulement se comparer en qualité à la Marine indienne mais
que la puissance de la Marine chinoise place l'Empire du milieu parmi les cinq
plus grandes Marines du monde!
Il serait
cependant stérile de se limiter à comparer ces deux Marines sans aborder la
question de leur emploi possible.
Sans développer le problème d'une
confrontation militaire avec l'un de ses voisins, quelles seraient en revanche
les conséquences d'une décision qui amènerait l'Inde ou la Chine à jouer les
gardes barrières, ce qui consisterait en particulier à gêner le trafic
commercial à proximité de leurs côtes.
Les conséquences seraient immenses
notamment du point de vue énergétique: la quasi-totalité des approvisionnements
en pétrole en provenance du Moyen-Orient et destinés au Sud-Est asiatique et
l'Extrême-Orient, dont le Japon, passent au sud de l'Inde et en mer de Chine
méridionale.
La liberté d'accès des voies
maritimes, dans tous les cas, constitue un enjeu de taille et son interdiction
engendrerait des réactions immédiates.
En somme, cette analyse peut se
résumer en deux réponses aux questions suivantes:
Pourquoi l'Inde serait-elle amenée
à jouer les gardes barrières? Plusieurs raisons pourraient expliquer ce geste:
-
gêner économiquement certains
pays qui soutiendraient trop fermement son ennemi d'aujourd'hui, et pour ne pas
le nommer, le Pakistan. Ce choix pourrait précéder ou appuyer un engagement
militaire contre ce pays.
-
montrer à la communauté
internationale, à ses adversaires potentiels et même ses alliés, la puissance
militaire, économique et politique que représente ce pays.
-
alerter l'opinion mondiale
sur l'importance des tensions et des enjeux qui existent désormais dans le nord
de l'océan indien.
Quelles seraient les motivations
de la Chine dans ce domaine? Elles seraient légèrement différentes du fait de
la position géographique des voies commerciales, m ais sur le fond, leur similitude est troublante:
-
Montrer à la communauté
internationale que le passage en mer de Chine méridionale s'apparente à une
navigation dans les eaux sous juridiction chinoise.
-
Impressionner ses ennemis
potentiels de la zone: Japon, Taiwan, pays de l'ASEAN et tenter d'obtenir une
avancée dans les interminables négociations concernant les territoires qu'elle
considère comme les siens.
-
Dans tous les cas, cette décision destinée à gêner voire interdire
le trafic commercial en mer de Chine serait précédée de déploiements fréquents
des forces navales chinoises les plus modernes et les plus imposantes. Cette
gesticulation a déjà commencé: escales aux Philippines, bâtiments de
débarquement et de recherche déployés en mer de Chine méridionale ou près des
Iles Senkakus/Diaoyus,…
Il est certain qu'une action
destinée à gêner la liberté de transit des unités de commerce serait condamnée
par la communauté internationale et s'accompagnerait très rapidement de
sanctions émanant probablement des Nations Unies (le fait que la Chine soit
membre du conseil de sécurité sera un élément à prendre en compte).
Individuellement, les grandes
puissances, soutenues par les firmes multinationales concernées, n'hésiteraient
pas à condamner puis à prendre très rapidement des mesures qui pourraient
devancer celles des Nations Unies. Il est en effet peu probable qu'elles
laissent se développer une situation qui pourrait faire jurisprudence: la
liberté de navigation est en effet un principe. On peut remarquer que les
Etats-Unis disposent à proximité de l'Inde et de la Chine de deux flottes
puissantes, qui pourraient être déployées pour aider au rétablissement rapide
de la situation.
La Chine a d'ors et déjà été mise en
garde en 1999 contre cette tentation de limiter le passage commercial en mer de
Chine méridionale. Le Japon, la Corée du Sud, Taiwan et les Etats-Unis
réagiraient sans aucun doute avec vigueur contre des décisions qui imposeraient
un contournement plus à l'Est de cette zone potentiellement explosive.
Il est peu probable en revanche
que l'ASEAN s'avère très utile dans cette démarche d'ordre militaire, du moins
de façon autonome, compte tenu de ses grandes difficultés à s'accorder sur des
sujets aussi brûlants que les Spratleys et les incursions chinoises. Il n'est
pas certain que cette situation change radicalement dans les prochaines années
et la Chine tout comme l'Inde sauront en profiter.
Les choix qui viennent d'être
énoncés nous placent dans une stratégie d'intimidation. Jouer les gardes
barrières et gêner le trafic maritime commercial s'avérerait désastreux en
matière d'image politique et de crédibilité sur la scène du commerce
international. En revanche, la simple suggestion d'une telle éventualité
semblerait plutôt à l'ordre du jour. Il ne fait aucun doute que l'Inde a la
capacité de jouer une telle carte. La Chine, quant à elle, s'attache à le
montrer mais sans dépasser le point de rupture. Car bousculer l'ordre mondial
n'implique pas nécessairement de le faire basculer dans une logique de conflit.
Analyse quantitative:
|
Données sur
les Marines |
Inde |
Chine |
|
Total
personnels |
53 000 |
230 000 |
|
Aéronautique navale |
dont 5 000 |
dont 25 000 |
|
Fusiliers
Marins |
dont 1 000 |
dont 7 000 |
|
SSBN |
0 |
1 |
|
SSN |
0 |
5 |
|
SSK |
18 |
88 (dont 27
réserve) |
|
Porte-avions |
1 |
0 |
|
Destroyers |
7 |
19 |
|
Frégates |
9 |
40 |
|
Corvettes |
32 |
0 |
|
Patrouilleurs |
14 |
338 |
|
Unités de lutte
contre les mines |
18 |
40 (pas de
chasseurs de mines) + 50 dragueurs
en réserve |
|
Forces
amphibies |
20 |
71 |
|
Total unités de
combat de surface (hors moyens de soutien) |
119 |
602 |
|
Marine Marchande |
943 unités (6
801 599 tonnes) |
3615 unités
(22 690 633 tonnes) avec
Hongkong. |
Source: Flottes
de combat 2000 (01-01-2000)
|
Données
générales |
Inde |
Chine
|
|
PIB/habitants (à parité de
pouvoir d'achat) 1997 |
1670 USD |
3130 USD |
|
Population |
1013,7 millions |
1277,6 millions |
|
Taux moyen
d'accroissement (1995-2000) |
1,6 |
0,9 |
|
Pourcentage de
la population ayant moins de 15 ans en 2000/2005 |
54,0% |
36,3% |
|
Côtes: |
7516 km |
18 000 km (sans
compter les 5000 îles) |
|
Adversaires potentiels
|
Pakistan |
Russie, Japon,
Etats-Unis, pays de l'ASEAN. |
|
Principaux
sujets potentiels de discorde |
Territoire:
cachemire. |
Iles: Kouriles,
Senkakus, Spratleys, Paracels) et ZEE associées |
Source: L'état du
Monde 2000 -
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liens pourront vous être utiles si vous souhaitez recueillir plus
d'informations sur les forces armées de république populaire de Chine et de
Taiwan… Vous aurez noté au passage que nous avons un petit faible pour les
Marines asiatiques…
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sur la Marine de l'APL complétera votre recherche.
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moyens de défense de RPC et de Taiwan. Intéressant…
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Un autre site proposant des études
d'ordre stratégique sur la zone.