Chapitre 1
Dans la chaleur de la nuit tropicale de Salvador de Bahia, résonnent les accents rythmés sourds des percussions qui proviennent de la "casa " de "mae " Teresinha, prêtresse du candomblé.
Laquelle est située sur les hauteurs de Salvador surplombant la Baie de tous les Saints.
Au centre d'une grande pièce assise à même le sol de terre battue, mae Teresinha une pipe vissée entre les dents jaunies qui lui restent, semble prostrée soumise aux transes qui animent son corps par des soubresauts répétés.
Dans la pièce, les lueurs vacillantes des bougies éclairent la scène mais aussi les corps luisants de sueur des musiciens à la peau cuivrée qui dégage une odeur fortement musquée.
Une jeune femme magnifique se lève alors dans la pénombre du fond de la pièce.
Elle s'avance au centre, son corps ondule avec une grâce animale pour ébaucher une danse lascive pleine de sensualité, où chaque mouvement est en totale harmonie avec le son lancinant des percussions.
Soudain le rythme devient plus effréné.
Les pas de danse de la jeune métisse s'accélèrent, ils semblent voler entre les offrandes disposées sur le sol poussiéreux en hommage à Oxum.
On découvre alors, le nom "Yara" de cette belle mulâtre écrit à la craie sur le sol en gros caractères d'une main malhabile.
Dans la légende indienne, Yara est la sirène des fleuves d'Amazonie, laquelle par le son de sa voix, charmait les piroguiers qui s'aventuraient la nuit pour les attirer dans les profondeurs.
La grâce de cette jolie métisse n'usurpe en rien à l'origine du nom qu'elle porte.
En effet les musiciens subjugués, apprécient en connaisseurs chaque mouvement de son corps qui ondule au rythme des instruments.
Soudain la voix rauque de mae Teresinha résonne.
- Yara… une vie nouvelle t'attend ! Elle sera pleine de promesses, mais le chemin risque d'être long et difficile… Prends garde aux dangers qui jalonneront ta route… Oxum restera à tes côtés pour te protéger.
Très attentive à la manifestation de Oxum, Yara enregistre chaque mot de cette prédiction qui s'échappe des lèvres de mae Teresinha dont les transes se calment, et les yeux retrouvent leurs éclats malicieux.
L'office de candomblé dédié à Oxum prend fin.
Yara virevolte son corsage blanc très court décolleté, mouillé de sueur lui colle à sa peau ambrée.
Il moule un buste parfait, et découvre un nombril orné d'un percing serti d'un brillant en forme d'étoile au-dessus d'un jeans bleu délavé à taille basse serré sur des hanches pleines couleur de miel.
Son look met en valeur une chute de reins à damner un saint, de même que l'arrondi de ses fesses harmonieusement galbées.
Elle s'approche de chaque musicien tour à tour le corps souple pour faire la bise, passe un bras rond autour de leur cou avec l'exaltation toute latine qui est de mise au Brésil.
C'est au tour de mae Teresinha dont elle prend congé avec gratitude.
Elle dépose ses lèvres pulpeuses sur les joues ratatinées de la vieille femme qui lui sourit, mais ou l'on peut discerner l'hombre d'une inquiétude dans son regard délavé.
C'est pieds nus les chaussures à la main que Yara sort de la maison de la prêtresse pour suivre le sentier tortueux, rocailleux qui descend ver la mer.
L'on aperçoit au loin les lumières d'un monde moderne fréquenté par la jeunesse branchée des folles nuits de Salvador de Bahia.
Elle semble cependant très absorbée par ses pensées et tente tant bien que mal, de décoder le message que Oxum lui a adressé.
- Quelle nouvelle vie m'attend ? Les difficultés, les dangers… elle connaît déjà.
- Demain est un grand jour qui peut changer le cours de mon existence et de ma vie de "petite secrétaire de mairie".
- J'espère être à la hauteur pour la présentation de mode de ce nouveau magasin…
- Toutes les agences de mannequins de Rio et Sao Paulo seront présentes…
- Ah mon rêve… partir vivre en Europe… Paris est l'objectif de ma réussite !
L'animation des cafés qui jalonnent le boulevard de mer la tire de ses pensées.
D'un bref regard circulaire elle recherche une connaissance, une amie parmi les nombreuses terrasses de cafés.
Une main légère se pose sur son épaule droite et pivote sur elle-même surprise.
- Oi Yara !
Elle reconnaît son amie Camila et sa voix rauque qu'elle n'a pas vue depuis un an.
- Oi ma chérie ! Comment vas-tu ? Je suis heureuse de te revoir.
- Je vais bien mon ange… Chez moi à Munich j'avais une immense " saudade "… de mon Brésil et l'absence de mes amis !
- La vie, la culture sont très différentes d'ici…
- Racontes moi mon cœur… es-tu heureuse avec ton mari ? Tu as beaucoup de chances d'avoir pu concrétiser une relation par Internet…
- Oui c'est vrai… je suis heureuse… mais le pays, les gens sont très froids… c'est un autre mode de vie… la langue est aussi bien difficile pour communiquer… je me sens si seule loin de ma famille.
- Moi aussi je désire vivre en Europe… mais je préfère la France qui me semble un pays très agréable et plus proche de notre culture… j'espère avoir l'opportunité cette année.