Le f�ministe et les m�tiers du sexe
Par Fran�oise David, pr�sidente de la f�d�ration des femmes du qu�bec
25 septembre 1996
Comme f�ministe, je reconnais duex r�alit�s qui m'ident � articuler une position face aux m�tiers du sexe. Les hommes et les femmes ne sont pas �gaux, ni au Qu�bec ni ailleurs dans le monde. Pensons aux femmes comme butin de geurre, aux petites filles chinoises donn�es en adoption, aux petites Tha� landaises qu'on viole impun�ment, aux femmes oblig�es de porter le voile, aux mutilations g�nitales, � la violence contre les femmes allant jusqu'au meurtre, � la discrimination en emploi, aux lourd responsabilit�s familiales. etc.
Le corps des femmes a �t� consid�r� historiquement (et encore aujourd'hui dans certains cas) comme la propri�t� des hommes les publicistes s'en servent impun�ment, les t�l�romans l'utilisent. Les �glises ont beaucoup d�monis� le  corps des femmes. Celles par qui arrivent tous les p�ch�s. Elles ont aussi consid�r� les femmes comme des r�ceptacles de futurs b�b�s, oubliant le droit des femmes � la sexualit�. Toutes ces in�galit�s et ces tentatives de d�sapproprier les femmes de leur corps et de leur vie m'am�nent � pr�ner un principe important. C' est la base de mes convictions f�ministe: les femmes ont le droit de contr�ler leur corps et leur vie comme elles le d�sirent. Tous les �tre humains doivent avoir ce droit. La seul limite, c'est le respect de la libert� et du bien-�tre de ceux et celles qui partagent la m�me communaut�, le m�me territoire. Les m�tiers du sexe sont-ils des m�tiers comme les autres? D'un point de vue f�ministe, s,il s'agit d'un choix v�ritable, librement consenti et assum�, par une femme adulte, je dirais oui. th�oriquement ...
Dans la vraie vie, compte tenu des in�galit�s persistantes entre les hommes et les femmes, compte tenu du contexte �conomique et du n�olib�ralisme qui condamment beaucoup de femmes, d'hommes et jeunes � l'exclusion �conomique, politique et social, compte tenu de la d�tresse humaine, de la solitude et des difficult�s de communication qui presistent malgr� ou � cause technologies r�volutionnaires et que, dans ce contexte, des pratiques sexuelles plut�t �clat�es remplacent
peut-�tre des rapports humains d�ficients, compte tenu qu'aujourd'hui, tout s'ach�te, ou presque, et m�me des parties de corps humains et qu'un individualisme forcen� tend � remplacer le partage et la solidarit� ... sans signification social. Ce qui ne veut pas dire qu'on doive l'interdire, le r�primer et  porter un jugement plein d'hypocrisie sur lui.
Les m�tiers du sexe et le contr�le des travailleuses sur leurs conditions de travail.
Il faut d�criminaliser les m�tiers du sexe. Il n'y a pas de crime � introduire un rapport marchand dans les pratique sexuelles lorsque le proc�d� est librement consenti. Les gens qui ne sont pas d'accord avec cette fa�on de faire ne sont pas obligers de s'y adonner. D�criminaliser a aussi l'avantage d'occuper les policiers � des choses plus utiles que la chasse aux prostitu�es et aux clients. On pourrait enfin discuter d'autre chose que de r�pression. Par exemple, comment aider vraiment les adolescents qui commencent � se prostituer et � consommer des drogues qui les rendent malades? Pourquoi a-t-on tant de jeunes d�sesp�r�s qui s'autod�truisent ou commencer des actes de vandalisme? Devant ce d�sespoir, par o� commencer, o� est notre resposabilit� social?
Quand on sait que plusieurs jeunes prostitu�es ont �t� abus�es sexuellement �tant enfant, ne devrait-on pas agir avec plus de fermet� face aux abuseurs (souvent les p�re, les oncles ou les nouveaux conjoints des m�res) ? Comment aider aussi les femmes adultes qui veulent sortir de la prostitution, apprendre un  autre m�tire ... quand les organismes communautaires manquent de moyens et qu'on coupe sans cesse � l'aide social?
Faut-il l�galiser la prostitution? je ne le sais pas .
La vraie question: Comment faire en sorte que les prostitu�es et autres travailleuses du sexe se donnent du contr�le sur leur vie, sur leur corps et sur leurs conditions de travail?
M�tier temporairement ou ponctuellement payant mais pr�caire. D'o� la n�cessit� de se prot�ger, de pouvoir n�gocier ses conditions de travail, incluant le maintien de sa sant�. La l�galisation offre-t-elle cette protection et cette capacit� de n�gociation? P�naliserait-elle celles qui veulent continuer d'exercer leur m�tire " au noir", sans contr�le, avec les risques qu'elles connaissent d�j�?
L�galiser une pratique signifie-t-il qu'une soci�t� reconna�t cette pratique comme l�gitime, ayant officiellement droit de cit�? Si c'est le cas, ce n'est pas demain la veille! � cause de l'hypocrisie qui entoure la question des pratiques sexuelles hors normes.
"On le sait, mais faut pas que �a paraisse ..."
Et finalement, si les femmes recouraient massivement aux servies de prostitu�es, de danseuses et autres travailleurs du sexe, discuterions-nous de tout cela de la m�me fa�on? Est-ce qu'on peut m�me l'imaginer? Le malaise social, pour ne pas dire la commotion que cela cr�erait, am�nerait certainement des hommes � se questionner sur leurs propres pratiques et sur la libert� r�elle
qu'il accordent aux femmes quant � leur sexualit�...
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