C'est d�gradant de passer ses
                          journ�es � se faire tripoter
                                
Par Fabrice De Pierrebourg
                            
Dans un journal  Dreni�re heure 25 D�cembre 1999
Photo de Fr�d�ric Auclair
Prostitution ou simple dans contact? Le d�bat est relanc� depuis l'arr�t rendu par la Cour supr�me du Canada qui l�galise les danses � 10$. Si les patrons de clubes et les clients jubilent, c'est la consternation chez beaucoup de danseuses.
L'endroit est exigu, manifestement peu propice � des �bats endiabl�s, � moins d'�tre contorsionniste. Il ressemble aux cabines de photographies instantan�s... Au fond, une chaise. Derri�re, un grand miroir. Laurent, le client, entre le premier et s'assoit. Jessica, 27 ans, une belle fille souriante, le suit et tire le petit rideau derri�re elle. Au mur, un
panneau avertit danseuses et client de tout ce qui leur est interdit de faire. Jessica s'avance, s'appuie d'un main sur la
glace, histoire de s'approcher au maximum de Laurent, au point de sentir la chaleur de son souffle.
mais sens le toucher. Elle glisse une jambe entre celles du client et commence � se d�hancher lascivement, comme un serpent. Pendant ce temps, les mains masculines explorent son anatomie, passant des hancher aux fesses et des fesses aux seins comme dans un slow enfi�vr� sans musique ...
Cette simple sc�ne de danse � 10$ "straight", qui aura dure quelques minutes, �tait consid�r�e comme ind�cente et passible de poursuite jusqu'� l'arr�t rendu le 13 d�cembre dernier par les juges de la cour surpr�me du Canada. Ces magistrats, parmi lesquels figurent des femmes, ont d�cid� que ces actes, tant qu'il conservaient, n'�taient pas ill�gaux et pouvaient �tre tol�r�s par la soci�t�.
Cette nouvelle n'a pas ravi toutes les danseuses. Marie-Chantal, 26 ans, qui travail dans un club de la m�tropole, est catastroph�e: " Comme beaucoup de coll�gues, cela fait 12 heures que je suis sous le choc. Je ne suis pas du tout d'accord avec cette d�cision, car il n'y a pas plus d�gradant que de passer ses journ�es � se faire tripoter les seins et les fesses par une cinquantaines de types, parfois d�gueulasses, pour 10$. � peine le prix de deux paquets de cigarettes! Ce jugement ouvre la porte � la prostitution. Vous allez voir: l'hiver, les prostitu�es vont quitter les rues pour venir se mettre au chaud dans les isoloirs des clubs. Elles ne demanderont pas 10$ mais plut�t 50$, et tout le monde fermera les yeux. Il n'y a plus de limites! Moi, quand j'ai commenc� dans le m�tier, je faisais des danses � 10$. Mais j'ai vite arr�t�, car je me sentais mal dans ma peau le soir en rentrant chez moi. Je n'�tais pas fi�re de moi. Aujourd'hui, quand je danse sur la sc�ne, je le fais du mieux que je peux sans perdre ma dignit�. Si je commence � me faire toucher, ce n'est plus pareil."
M�re de quatre enfants, Marie-Chantal a d�cid� de tourner la page dans deux jours: " Je ne sais pas encore ce que je vais faire. Peut-�tre reprendre mes �tudes."  Nous traversons la ville et nous rendons � ville LaSalle au club Gold Feather, pour rencontrer Alexandra. �g�e de 25 ans, m�re d'un enfant, cette jeune femme plut�t mignonne pratique la danse � 10$ depuis ses d�buts.
Itin�raire classique, c'est un besoin d'argent qui l'a fait entre dans le monde, il y a presque
sept ans: " La premi�re fois que je suis entre dans la cabine, j'avais vraiment le trac. Parfois, je l'ai encore. Tout d�pend du client ... Mais je pr�f�re les danse contact aux danses aux table � 5$, parce que c'est plus intime. Et je ne me sens pas du tout d�grad�e! Dans mon cas, c'est du semi-contact, sans acte sexuel �videmment. Le gars peut me toucher les bras, les jambres, les cuisses, les fesses, sauf les seins � cause des piercings ... Parce que je n'aime pas �a. "  Quelle peut-�tre sa vraie motivation? l'argent?  "C'est assez payant, mais �a d�pend des jours ..." 
Dans peu de temps, Alexandra va pouvoir reprendre les danses contact en toute l�galit�. Or, trois jours � peine avant le jugement de la cour supr�me, il y a une descente de police au bar o� travaille Alexandra; elle devrait donc compara�tre devant le juge en avril pour s'�tre trouv�e dans une maison de d�bauche et pour s'�tre livr�e � des actes ind�cents.
                                               
Montr�al: Tol�rance Z�ro
La tol�rance z�ro du SPCUM envers les danses � 10$, les descentes de police, les poursuites,
Mario D'Aquino les connait bien ... Propri�taire du club Downtown, rue Saint-Catherine, � Montr�al, il a d� fermer un de ses deux �tablissements, celui qui se sp�cialisait dans les danse � 10$, lorsque ces pratiques ont �t� jug�es ill�gales pas la Cour d'appel du Qu�bec en mars
1998: "Partout ailleurs dans la province, les danses � 10$ ont continu� d'exister mais, dans notre grande ville pure et pudique, la police et sa division de la moralit� veillaient et continuaient leurs descentes au lieu d'attendre le r�sultat des proc�dures. Mes confr�res et moi avons eu 24 heures pour d�monter les isoloires  et arr�ter ces danses. Pentant les deux ann�es pr�c�dant le jugement de 1998, je faisais travailler une quarantaines de filles pas soir dans une vingtaines de cabines, J'ai transform� l'endroit pour y faire des danses � 5$, mais j'ai d� fermer peu de temps apr�s, faute de clients. Ces derniers n'ont qu'� traverser le fleuve pour trouver leur bonheur. Cette disparit� de traitement a caus� un grand tort � la dizaines de propri�taires de club de la ville."
En partique, cet arr�t pr�cise aussi les limites permises dans les relations entre la danseuse et son client et, par la m�me occasion, trace une fronti�re entre la d�cence et la protitution: " Dans un isoloir, poursuit Mario, ces demoiselles peuvent se faire toucher tout le corps, sauf les parties
g�nitales; elles doivent proter un string, mais ne doivent, mais ne doit pas y avoir actes sexuel sous auqu'une forme. �a, c'est le "10 straight", tel que nous l'avons toujours pratiqu� ici � Montr�al.
Jamais la police n'a pu d�montrer le contraire et entra�ner le d�bat sur le terrain de la prostitution."
                                         
  Ni ind�cence, ni prostitution
M�me son de cloche chez R�jean Pothel, propri�taire du Solid Gold. La mine r�jouie, celui qui pr�side l'Association des bars � spectacle vient d'�tre franchi vers la libert� individuelle:
" Celui qui veut se payer une danse contact va pouvoir le faire en paix; la danseuse qui veut faire ces  danses � 10$ va pouvoir travailler sans se faire harceler par la police, car il est d�sormais reconnu que cet acte pratiqu� en priv� n'est pas ind�cent. En revanche, nous n'avons pas ouvert une porte vers des actes r�pr�hensibles. Nous allons continuer de demander dans un cadre l�gal, car tous les propri�taires d'�tablissement comme le mien ne sont pas int�ress�s par le trouble et les descentes polici�res; ils ne veulent pas �tre accus�e de tenir une maison de d�bauche. Il y a quand m�me des choses plus graves � r�gler dans la province. " R�hean Pothel a aussi connu son lot d'op�rations polici�res et les cons�quences qui en d�coulent: exode de la client�le, pertes de revenus et licenciement d,une vingtaines d'employ�s. Quelques minutes apr�s cette entrevue, R�jean et tous ses coll�gues se r�unissaient pour �tudier cet arr�t providentiel et d�cider des conditions de r�ouverture de leurs isoloirs. R�ouverture quasi assur�e au moment de mettre sous presse. Le temps de sortir les isoloirs des remises ... Dans ces conditions, les clubs et les danseuses qui vont souhaiter rester dans les danses � 5$ ont-ils encore un avenir? non, estime-t-on du c�t� des agences de recrutement.
       
L'avis des clients "Quand on y a go�ter, on ne peut plus s'en passer"
Nutile de dire que les clients que nous avons rencontr�s lors de notre tourn�e des clubs sont unanimes. Leur message se r�sume � un slogan: " Vive les danses � 10$" Daniel, un gars dans la trentaine, allure bon chic bon genre, sirote sa bi�re devant la sc�ne du Gold Feather.
" Je ne comprends pas pourquoi ces danses �taient ill�gales, car on ne faisait pas �a au grand jour, devant tout le monde. N'entre pas dans ces clubs qui ne veut pas, non? Au d�but, je me payais des danses � 5$, comme beaucoup de d�butants. Puis, un jour, je me suis d�cid� � grimper d'un cran. Je ne le regrette pas. Quand on y a go�ter, on ne peut plus s'en passer!"
Accoud� au bar, Donald, 48 ans, trouve que l'arr�t de la cour supr�me va finalement ficer des limites que les patrons de bars seront plus attentifs � faire respecter. Il y voit aussi la fin des humiliations subies par certains clients: " Les pauvres gars qui �taient arr�t�s se faisaient pointer du doigt. �a mettait la pagaille dans leur famille. Pourtant, quand un homme va dans un clud et se paye une ou plusieurs danses contact, �a va le stimuler et il sera en pleine forme lorsqu'il sera de retour � la maison" Fallait y penser!
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