Les Femmes ne peuvent compter sur la police.
Jane Doe, femme de l'ann�e du magazine Ch�telaine (1998) � accept� de rencontrer Blossom pour le num�ro de ConStellation. Jane Doe n'est pas son vrai nom, elle a, tout le long de son proc�s, pr�f�r� l'anonymat.
Au treme d'un proc�s qui a dur� 11 ans, une femme a r�ussi � faire condammer le service de police de Toronto.
Le juge a conclu que la police s'�tait srevie des femmes comme app�ts pour tenter d'attirer l'auteur d'une s�rie de viols. Dans la nuit du 24 ao�t 1986, Jane Doe est r�veill� par la pr�sence d'un individu en train de la violer. Jane Doe avait le m�me profil que les quatres femmes viol�es par cet individu, mais la police refusait de pr�venir les habitants du quartier de crainte que "les femmes ne deviennent hyst�riques". La Police a �t� reconnue coupable de discrimination bas�e sur le sexe en vertu de l'article 15 de la Chartes des droits et des libert�s de la personne. Les policiers ont pr�sent� des excuses � Jane Doe et lui ont vers� 200 000$ en dommages.

Blossom: Peut-on changer la police?
Jane Doe:
Peut-�tre, mais les policiers vivent tellement dans un monde patriarcal et militaire, un monde rempli de pr�jug�s racistes, sexistes et homophobes. C'est un milieu o� dominent les armes, la force et la brutalit�. En tant que femme blanche et militante politique, j'ai pu passer au travers, mais une femme de couleur ou autochtone n'aurait re�u aucun respect de la police. Je voudrais �tre optimiste, mais c'est d�courageant de voir que m�me des polici�res de l'escouade contre les crimes sexuels de Toronto ont �t� l'objet d'agressions de la part de leurs confr�res! On pourra peut-�tre changer les jeunes officiers en formant � des nouvelles valeurs f�ministes. Mais, pour donner cette formation, il faut des femmes qui ont re�u des exp�riences concr�tes, pas des universitaires ou des grandes th�ories.

Blossom: Pourquoi continuez-vous � vous battre?
Jane Doe:
Ce jugement n'est qu'un morceau de papier. Il faut le traduire dans des politiques, des comportements. J'appartiens � une famille tr�s militante sur le plan syndical. La chose difficile pour moi aura �t� de ne rien faire. Au d�but, ces mouvements de femmes m'ont appuy�e, mais � mi-chemin, nos voies se sont s�par�es car je n'�tais pas confortable dans le f�minisme institutionnel.
Je dois dire ici que le seul groupe qui m'a soutenue tout au long de ce combat, c'est l'Association des travailleurs du sexe de Toronto. Des membres de ma famille m'ont aussi aid�e. Si j'avais appartenu � une famille bourgeoise, je n'aurais pas voulu m'exposer ainis, mais dans la classe moyenne, on veut tire les choses au clair. J'ai dit � mes avocates: "Si vous utilisez un jargon que moi-m�me je ne comprends pas, comment pourrez-vous vendre vos id�es et convaincre?".

Blossom: Vous ne vous entendiez pas sur les mots?
Jane Doe:
Le langage, c'est le pouvoir. Choisir les bons mots peut tout changer. J'ai refus� d'�tre enferm�e dans le mot "victime", quelqu'un de biais�e, de battue ... Je suis une femme qui a �t� viol�e par un homme. C'est clair. Mais, la loi utilise des mots "neutres". On �vite ainis de parler du vrai probl�me: pourquoi continue-t-on d'�duquer les gar�ons comme si la vilence contre les femmes �tait acceptable? Le viol n'est pas une question de femmes. Les violeurs, ce sont les hommes ...

Blossom: Comment les hommes doivent-ils changer?
Jane Doe:
Tout le syst�me judiciaire a �t� con�u il y a 300 ans pour prot�ger la propri�t� des hommes blanc h�t�rosexuels et riches. Les hommes doivent reconna�tre que dans ce syst�me ils sont privil�gi�s. Ils doivent d�velopper une analyse o� la violence n'est pas tout. On admire un joueur de hocky agressif, mais personne ne s'int�resse � celui qui lit un livre! Les hommes ont un creveau, mais on leur dit que tout est dans leur queue....

Blossom: Mais la violence ne fait-elle pas partie du syst�me capitaliste?
Jane Doe:
Tant que la violence ser4a acceptable, rien ne changera. Les femmes devront s'enfermer, ne pas sortir le soir; les policiers auront encore plus d'armes � feu; les prisons seront de plus en plus grandes... Plusieurs tirent profit de la violence croissante: on criminalise les prostitu�es, les sans-abri ... le nombre de causes augmente devant les tribunaux. Des sc�nes de plus en plus violentes font vendre les journaux. Et les villes comme Kingston prosp�rent car leurs prisons sont pleines � craquer! Il faut regarder � l'int�rieur du syst�me. La formation par des gens qui ont des valeurs nouvelles comme le f�minisme changera les rapports dans la communaut�. Les policiers doivent apprendre � partager l'information avec les citoyens qui feront leurs choix. Le danger, c'est de se faire r�cup�rer, d'institutionnaliser "cette nouvelles approche".

Blossom: Et les mouvements f�ministes?
Jane Doe:
Nous sommes fatigu�s, un peu �puis�es et encore beaucoup trop timides. Il faut maintenant prendre du recul et d�finir une nouvelle strat�gie f�ministe. Il y a malheureusement encore un courant f�ministe tr�s conservateur. Certaines femmes pensent que tout actes sexuel est violent que la prostitution est violente ... Nous serions toutes des victimes dans cette antisexuelle.
Par ailleurs, certaines femmes r�ussissent tr�s bien dans le syst�me capitaliste et n'h�sitent pas �
exploiter d'autres femmes comme le font les hommes depuis toujours. ar contre, je vois beaucoup d'espoir chez les jeunes. Il faut les �couter. Ils ont beaucoup de choses � nous apprendre...

Blossom: Que diriez-vous � une femme qui a �t� viol�?
Jane Doe:
Elle doit se pr�parer � se battre car tout le syst�me sera contre elle. Durant le proc�s, les avocats de la police ont tout fait pour salir ma r�putation. Comme je n'avais aucune ant�c�dent criminel, on s'est attaqu� � mon p�re qui a vaincu l'alcoolisme, et � mon fr�re qui a v�cu des �tats d�pressifs! C'est un syst�me absolument pas civilis�, qui ne laisse aucune dignit� � la femme. Il faut changer de strat�gie. Regardez ces femmes qui n'ont pas convaincu le tribunal dans l'affaire Regan, � Halifax (l'ancien Premier ministre a �t� acquitt� malgr� les t�moignages accablants d'une dizaines de femmes). Un tribunal n'est peut-�tre pas la bonne place pour obtenir justice.

Blossom: C'est pour cela que vous donnes des conf�rences?
Jane Doe:
Oui j'ai eu la chance d'avoir rencontr� une g�n�ration de femmes militantes et f�ministes.
Je compte �crire un livre. Plusieurs groupes m'invitent � parler, � donner des cours. Mais je dois �tre pay�e. Je cherche maintement un boulot et j'adorerais venir travailler � montr�al.
                                    Blossom: merci et bonne chance!

Merci a ConStellation de m'avoir donner le droit d'entre cette entrevue dans mon site.
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