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| Le mal de vivre du Centre-Sud Par Brian Myles Le Devoir mars 2000 |
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| Deux consultations publiques sur la prostitution de rue ont tourn� mardi en v�ritable foire d'empoigne. L'administration Bourque veut donner du lest aux prostitu�es dans le Centre-Sud d�s cet �t�: les citoyens et les commer�ants du quartier veulent lyncher le maire d�s maintement. La hargne est si vive que la ville pourrait abandonner ce projet ayant n�cessit� trois ans d'�ffort au profit d'un st�rile statu quo. |
| Aucune m�tropole au monde n'a r�ussi � contenir la prostitution de rue � grands cops de matraque et d'interdits. La ville de Montr�al l'a finalement compris un exploit digne de mention et tente de trouver des alternatives � l'arrestation et � la d�tention des filles de joie dans le quartier Centre-Sud. Mais les citoyens ne marchent pas, et pour cause. Dans son habituelle maladresse, l'administration Bourque s'est mise � dos les citoyens et les commer�ants en refusant d'entendre plus t�t leurs r�criminations. Ceux qui subissent quotidiennement les contre-coups de la vente de chair et les maux qui l'accompagnent: violence, toxicomanie, tapage nocturne et insalubrit� ne croient pas � la sinc�rit� de la ville, qui leur pr�te oreille l'instant de trois br�ves consultations publiques. C'est "de la frime" , la ville s'appr�te " � imposer" le projet, pensent-ils. Il faut les comprendre. C'est dans le Centre-Sud que la prostitution de rue est la plus visible, la plus abondante avec 40% de toutes les mises en accusation sur l'�le de Montr�al. Le "fier monde" en a souper de se faire demander "combien pour me sucer?" de ramasser les seringues et les condoms qui tra�nent dans la cour au petit matin et de s'inqui�ter pour la s�curit� de ses marmots. On l'aura compris haut et fort lors des audiences publiques. Mal pr�sent� et mal expliqu�, le projet de non-judiciarisation est � l'agonie. Des hommes en col�re ont menac� de "ressortir les battes de baseball", faisant allusion au soul�vement violent de 1993, alors que le peuple a chass� la pute � coups de pied et de poing. C'est � se demander si le projet a encore une chance de succ�s. C'est � craindre que les citoyens se fassent � nouveau justice. Malgr� ses lacunes, le projet de non-judiciarisation n'est certes pas "le tissu d'�valuation approximatives d'intertions ang�liques et de solutions b�cl�es" que ses nombreux d�tracteurs ont voulu d�peindre. Vrai qu'il existe une part d'inconnu, vrai que le document-synth�se effleure � peine les liens existant entre le crime organis�, la consommation de drogues par injection et la prostitution de rue. Vrai qu'il manque des comparaisons avec les exp�riences tent�es � l'�tranger pour mieux s'orienter, Vrai que la ville a coul� le cours "communication 101". M�me admettant tout cela, il faut reconna�tre que le projet a le m�rite de sugg�rer une alternative au cul-de-sec actuel. �v�nement rarissime, policiers, �lus au pouvoir, travailleurs communautaires et travailleurs de sexe partagent les m�me vues sur la prostitution de rue. Il s'agit d'un r�alit� commune � tous les grands centres urbains qui s'enracine dans les quartiers les plus durement touch�s par la pauvret�, la criminalit�, le ch�mage et autres plaies socials. Le Centre-Sud en est, ce pourquoi l'exp�rience-pilote s'y d�roule plut�t qu'ailleurs. La seule fa�on d'enrayer la prostitution est de changer le mieux la situation sociale et �conomique de ceux et celle qui en vivent. La r�pression ne r�gle rien, elle permet seulement de d�placer le probl�mes comme c'est d�j� arriv� � Montr�al. En faisant le "m�nage" dans le secteur de la Main au d�but des ann�es 80, les policiers ont repouss� la prostitution dans les quartiers r�sidentiels plus � l'Est. Au milieu des ann�es 80, le f�d�ral a adopt� des lois plus dure pour "chasser" les prostitu�es de rue et leurs clients des quartiers du Centre-ville". Dans tous les centre urbains du pays, ces messures ont �t� accueillies avec enthousiasme par les citoyens, les policiers et les maires ... mais elles n'ont rien chang�. Rien. La prostitution de rue a progress�. � Montr�al, les policiers ont avou� leur impuissance. Ils arr�tent des filles qui sont de retour sur la rue sit�t leur bref s�jour en prison compl�t�. La situation est telle que le SPCUM ne se donne m�me la peine d'intervenir sur r�ception d'une simple plainte. Le statu quo est tout aussi frustrant pour les travailleurs de rue, qui voient les prostitu�es leur glisser des mains en passant de la prison � la rue � la prison ... Impossible pour eux de leur venir en aide. Le projet-pilote de non-judiciarisation permettrait en th�orie aux policiers et aux travailleurs de rue de contr�ler leurs efforts sur le terrain et de s'imposer comme les arbitres des conflits qui marquent les relations entre les prostitu�es et les citoyens. La non-judiciarisation est peut-�tre la seule porte de sortie, une sortie de secours pour Montr�al. La r�pression a �chou�: le statu quo exasp�re les citoyens. Et une ville en peut en faire plus. Il appertient aux gouvernements sup�rieurs, si silencieux, de l�gif�rer sur la prostitution de rue et de luttre contre la pauvert� que cette pratique r�v�le. |