Prologue


Début janvier, 180 A.D.
Espagne


"N'oublie pas de t'assurer qu'il se repose correctement, qu'il profite du bon air et qu'il mange bien, j'apporterai des légumes et du lait. "
"Olivia, nous avons ici aussi des légumes et du lait dit Augusta exaspérée, les mains sur les hanches, tandis qu'elle contemplait sa belle sur.
"Je le sais, répondit Olivia mais il est habitué aux légumes de notre ferme et je ne veux pas prendre le risque de perturber sa digestion. --"
"Olivia, l'enfant se porte bien ! Tu te préoccupes beaucoup trop pour lui. Regarde comme il est costaud. Même s'il attrape le rhume de Marcus, cela ne lui fera pas grand mal. Chaque enfant peut être la victime d'un refroidissement et cela ne le tue ra pas dit Augusta se mordant les lèvres afin de s'empêcher de prononcer ces derniers mots pour ne pas augmenter l'inquiétude d'Olivia. Elle prit l'enfant des bras d'Olivia et le cala sur sa hanche. Elle lui retira les doigts de la bouche, avant de lui caresser d'un baiser le bout du nez ainsi que les longues et douces boucles de ses cheveux bruns.
Glaucus passait tellement de temps en sa compagnie qu'elle en était arrivée à le considérer comme son propre fils.

Les pétillants yeux verts de l'enfant posés sur elle, Augusta pensa, comme elle l'avait déjà souvent fait, que son surnom de Glaucus (yeux verts)était parfaitement choisi et permettait de le distinguer de son valeureux père Maximus Decimus Meridius. Elle le reposa à terre et lui tapota affectueusement le crâne. "Maintenant cours jouer avec tes cousins, Glaucus, que je puisse continuer la cuisson des tartes aux pommes prévues pour le souper. "
Les deux femmes regardèrent le garçon se précipiter à l'intérieur de la pièce d'à côté où il fut chaleureusement accueilli par ses trois cousins plus âgés. Un joyeux tapage naquit bientôt du groupe. Augusta se boucha les oreilles et prétendit, en levant les yeux au ciel qu'elle était dérangée mais son sourire démentait largement ses paroles.
Olivia savait que sa belle-sur adorait Glaucus tout autant qu'elle même. Pourtant elle ne put s'empêcher d'ajouter "S'il te plaît, Augusta, garde toujours un il sur lui ".
"Je le ferai, je le ferai mais, franchement, Olivia tu es trop protectrice quand il s'agit de cet enfant.

Titus entra brusquement dans la cuisine en faisant claquer la porte. Il haussa les sourcils d'un air moqueur et dit "Je vois que Glaucus est de retour, qu'est-ce qui ne va pas cette fois ? Marcus a, à nouveau, une mauvaise toux ? "
Olivia ignora la question de son frère et se dirigea vers la porte. " Je viendrai le chercher dès que Marcus ira mieux. Encore merci de veiller sur lui, j'apprécie vraiment beaucoup votre aide ".
Titus ayant vu que sa femme lançait un regard soucieux dans la direction d'Olivia, sortit derrière celle-ci.

L'air était frais. Il agrippa le bras de sa sur, l'obligeant à lui faire face. " Tu n'as pas encore écrit à Maximus n'est-ce pas ? " lui demanda-t-il à voix basse.
Olivia redressa son menton d'un air défiant sachant ce qui allait suivre. "Je lui écris tout le temps ".
"Je parlais de l'enfant et tu le sais. Maximus sait-il qu'il a un autre fils ? précisa Titus.
"Non "
"Olivia, tu m'avais promis de le lui dire "
"J'y ai beaucoup pensé Titus mais je ne peux pas ".
"Pourquoi pas? L'enfant est en pleine santé et il n'est pas en danger de mort même si tu penses que la moindre fièvre pourrait l'emporter. Il n'est pas correct de cacher cette nouvelle à Maximus. "
"Titus tu ne peux comprendre combien la mort de notre fille l'a anéanti. Cela a été terrible pour lui d'apprendre cette nouvelle loin de sa famille et de son foyer. Cela l'a beaucoup marqué ; j'ai pu le constater quand j'ai été en Germanie le rejoindre. Je ne veux pas prendre le risque que cela recommence. Il vit dans la peur de perdre un autre enfant. Il dit que cela le pourrait le tuer. Lorsque Marcus fut malade en Germanie, il a dit qu'il mourrait si un autre de ses enfants disparaissait."

"Olivia, je peux comprendre que tu ne lui aies rien dit tant que tu n'étais pas certaine que l'enfant survivrait et c'est vrai qu'il a eu des débuts difficiles mais maintenant il est autant en bonne santé que n'importe quel enfant de son âge peut l'être et rien ne lui arrivera. "
"Il peut boire une eau contaminée et mourir, il peut tomber et mourir ; il peut être atteint par la ruade d'un cheval et mourir, "
Titus l'interrompit " arrête de penser comme cela, arrête de te mettre martel en tête ".

Des larmes glissèrent des yeux sombres d'Olivia "Tu ne peux comprendre, Titus. Je préfère que Maximus découvre, lors de son prochain séjour, qu'il a un fils en pleine santé plutôt que de s'attendre à en trouver un à qui il est arrivé quelque chose d'horrible. Je ne peux supporter de le désoler à nouveau ". Un sanglot secoua sa poitrine. "Il me manque tellement ".

Titus la serra contre lui. Il pouvait comprendre ce qu'était la vie de sa soeur avec un mari toujours au loin et pour de si longues périodes, des années parfois. Rien dans sa vie n'était sûr même pas que son mari reviendrait un jour à la maison.
Il frotta son menton contre ses cheveux. "Depuis combien de temps ne l'as tu plus vu ? "
"Presque 3 ans maintenant ".
"As-tu reçu de ses nouvelles dernièrement ?"
"J'ai justement reçu une lettre hier. Ses légions combattent, à nouveau, les tribus mais il a bon espoir de voir la guerre se terminer bientôt et de rentrer définitivement à la maison.
"Olivia s'écarta de Titus et chercha sur son visage des signes de compréhension. "Peux-tu imaginer quel plaisir ce serait pour lui de rentrer à la maison et d'y découvrir qu'il a un nouveau fils et que ce fils lui ressemble comme deux gouttes d'eau ? "
"Je peux l'imaginer. Et tout ce que j'espère c'est qu'une fois sa joie initiale passée, il ne sera pas furieux contre nous tous de lui avoir caché une telle nouvelle. Je ne voudrais pas devoir affronter la colère d'un tel homme, soit en sûre ! "
"Il ne pourra être fâché quand il verra Glaucus et qu'il le tiendra dans ses bras ! " Olivia ferma les yeux et sourit. "Oh comme je rêve de cet instant !".
Titus n'était pas convaincu. "Que se passera-t-il s'il ne revient pas avant des années ? ". Titus leva la main pour prévenir les protestations de sa sur. " Que se passera-t-il si la guerre dure davantage qu'il ne l'escompte et qu'il ne peut revenir avant de nombreuses années? Glaucus sera alors suffisamment grand pour entendre parler de son père, surtout par son frère, et il aura de nombreuses questions à poser. Est-ce honnête vis-à-vis de lui que son père ne sache rien de lui ?"
"Je prends le risque car je préfère croire que Maximus sera bientôt de retour et que nous formerons à nouveau une famille. Attends et tu verras ? ".
Olivia effleura sa joue d'un baiser et se hâta vers son attelage interdisant ainsi à son frère d'émettre une nouvelle objection.
Titus regarda disparaître l'attelage tout en se parlant à voix haute "Et si Maximus meurt dans une bataille, il mourrait sans savoir qu'un fils porte son nom ? "
Il secoua tristement la tête et regagna la cuisine d'où s'échappait une délicieuse odeur de tartes aux pommes.

 

Germanie...2 jours plus tard... en milieu de nuit

Marcianus s'agitait frénétiquement en direction de Cicero qui se tenait hagard devant l'entrée de la tente de son maître, l'épée de Maximus entre les mains.
"Cicero, Cicero ! "
Il sifflait en faisant signe de la main. Que lui arrive-t-il se demandait Marcianus tandis qu'il se glissait à travers les ombres du praetorium jusqu'à le toucher "Cicero " murmura-t-il.
Le serviteur de Maximus recula comme s'il avait été frappé, les yeux grand ouverts. Au lieu d'accueillir le chirurgien, il regardait, hébété, l'épée se demandant ce qu'elle faisait entre ses mains.
Il sembla soudainement s'apercevoir de la présence de Marcianus, une lueur sauvage naissant au fond de ses yeux.
Quand il parla, sa voix tremblait "Marcianus que se passe-t-il ? Qu'est-il arrivé ? "
"Quelque chose de terrible, tellement terrible que je dois parler immédiatement à Maximus "
Cicero hocha juste la tête, livide. "C'est impossible, " dit-il d'une voix faible "il est parti ".
Marcianus le repoussa à l'intérieur de la tente et y jeta un rapide coup d'il. " Que veux-tu dire par parti ? Où est-il? Je dois impérativement lui parler maintenant ! "

Les traits de Cicero s'affaissèrent. "Ils l'ont emmené, ils l'ont emmené ". Il regarda aussi autour de lui avant de reporter son attention sur le chirurgien. "Marcianus, il vont l'exécuter ! ".dit-il d'une voix étranglée par l'émotion et le chagrin.

"Quoi " Marcianus saisit Cicero par les épaules et le secoua sans ménagement. "Qui l'a prit? Par tous les dieux, que veux tu dire par exécuter ? ".
"Les prétoriens. Ils sont venus avec Quintus ! ".
"Bon dieu " Marcianus relâcha Cicero et serra les poings jusqu'à ce que ses ongles s'incrustent dans ses paumes l'obligeant à se calmer. "Sais-tu où ils l'ont emmené ? "
Cicero fit signe que non. "Quintus leur a donné l'ordre de l'emmener au loin et alors de l'exécuter "
Il regarda à nouveau l'épée. "j'ai voulu la lui donner mais il n'a pas voulu la prendre pas plus qu'il ne m'a laissé le défendre. Je ne comprends pas ! " Sa voix n'était plus qu'un faible gémissement.

Marcianus le reprit par les épaules et tenta de le calmer. "Cicero, jamais il n'aurait accepté d'être la cause de ta mort c'est pourquoi il ne t'a pas laissé te servir de l'épée contre eux "
Cicero acquiesca, plus calme maintenant et se laissa aller à pleurer.
"Après lui avoir lié les poignets, ils l'assommèrent et l'emportèrent inconscient ". Il baissa la tête et ferma les yeux, ses mains tremblants si forts que l'épée lui échappa et se ficha vibrante, comme si elle était maniée par une main invisible, dans le sol. Ce mouvement imprévu ramena les deux hommes à la terrible réalité. "Marcianus que s'est-il passé ? J'ai entendu Maximus dire que l'empereur avait été tué--"

"Il l'a été. Etranglé. J'ai été appelé pour signer le certificat de décès mais forcé d'écrire comme raison de la mort causes naturelles. J'étais juste au dehors, près de la tente de l'empereur lorsque Maximus a été appelé ­ Il était toujours en vêtements de nuit et il quitta la tente tellement irrité qu'il ne s'est pas aperçu de ma présence. Tu as raison à propos des prétoriens. Quintus accompagné de trois d'entre eux l'ont suivi peu après. "
Cicero continua l'histoire "Lorsqu'il fut rentré, il se mit en armure et me demanda de réunir les sénateurs car il avait besoin de leurs conseils ".
Marcianus hocha la tête compréhensif "Il a visiblement remarqué ce que j'ai vu ­ les marques bleues sur le cou de Marc Aurèle. Que s'est-il passé ensuite ? "
Cicero ferma les yeux et pris une profonde inspiration, encore sous l'influence des terribles événements de la nuit.

Il ouvrit les yeux et Marcianus put voir les muscles de sa machoire se serrer tandis qu'il se rappelait ce qui c'était passé.
"Il a demandé à Quintus pourquoi il était armé. Il ferma les yeux à nouveau et les larmes recommencèrent à rouler le long de ses joues. Il avala difficilement ne sachant pas s'il trouverait les mots pour terminer son horrible récit.
"Il pria Quintus de prendre soin de sa famille " soupira-t-il "mais Quintus lui dit qu'ils se retrouveraient tous dans l'au-delà". Il s'arrêta de parler un moment étouffé par les sanglots, la voix brisée. Il respira profondément essayant de se calmer afin de pouvoir terminer son récit. "Il assena un coup à Quintus et c'est alors que l'un d'eux l'a assommé en le frappant de la garde de son épée." Il recommença à pleurer. Finalement, il releva la tête, les yeux rouges et larmoyants, désespéré. "Marcianus, ils vont tuer sa famille". cria-t-il

"Sa famille ? Olivia and Marcus?" Marcianus tomba à genou et joignit les mains pour prier.

"Pourquoi ? Pourquoi lui faire cela ? "demanda Cicero, la face tordue par la souffrance, la main posée sur l'épaule de Marcianus, le secouant dans sa frustration.

Marcianus se releva lourdement "J'ai bien l'impression que Commode s'était déjà déclaré lui-même empereur et que Maximus lui a refusé l'allégeance après avoir vu les traces de meurtre sur Marc Aurèle ".
"mais pourquoi sa famille ? " insista Cicero. "S'il a défi Commode, je comprends que celui-ci veuille l'exécuter mais pour Olivia et Marcus, ils sont innocents. Comment Quintus peut-il donner l'ordre de tuer des innocents ? ".

Marcianus soupira. Vraiment, pour un homme mûr, Cicero restait un grand naïf. Il ne voyait que le bon côté des gens et pensait que le reste du monde avait le même raisonnement. "Commode est en train de réécrire l'histoire afin de se donner le beau rôle. Il ne veut pas que quelque chose puisse le contrer dans cette opération. Mon sentiment est qu'il veut effacer toutes traces de l'existence de Maximus et, donc, il ne peut qu'éliminer également sa famille." Il s'arrêta et regarda autour de lui. "Il va détruire également ses biens, il faut que l'on en sauve le plus possible afin de préserver sa mémoire." Il se retourna vers Cicero et posant ses mains sur les épaules du jeune homme " Un jour, le monde entier devra savoir ce qui s'est passé ici ".
"Marcianus nous devons arrêter son exécution. Les soldats n'accepteront jamais cela lorsque nous leurs raconterons. Ils iront à sa recherche afin d'arrêter l'exécution. Ils n'attendront pas les bras croisé que leur général meure. "
"Cicero tu ne vois pas que la légion est déjà sous le contrôle de Commode. Toute personne qui le défiera sera tué. Maximus a probablement déjà été accusé de trahison contre l'empire.
Cicero étendit les mains exaspéré. " personne ne croira cela. Quiconque connaissant Maximus savait qu'il était loyal et totalement dévoué à Rome. "Nous devons avertir les troupes de ce qui se passe. Il doit y avoir moyen de faire quelque chose " dit-il à Marcianus en baissant la voix.
Marcianus approuva, l'espoir naissant. "Tu as raison, vas vite et passes le mot, nous ne devons pas perdre un instant". L'entrée de deux prétoriens dans la tente lui coupa la parole. "Chirurgien, tu es requis pour préparer le corps en vue de son transport à Rome".
Marcianus regarda Cicero.
"Maintenant" dit le garde et il attendit que Marcianus sorte pour le suivre.

Le second Prétorien s'installa devant la porte, bras croisé, regardant fixement Cicero.
Ce dernier prit son courage à deux mains - il ne pouvait pas rester ici à ne rien faire ­ et s'approcha du garde. "J'ai des tâches à réaliser" il fut stoppé par une main ferme sur son épaule.
"Tu ne peux aller nulle part" dit le garde en le repoussant. Le serviteur trébucha avant de s'asseoir lourdement sur la chaise qui se trouvait devant le bureau de Maximus. Il y demeura, désespéré, contemplant l'épée de son général toujours fichée dans le sol au milieu de la pièce.
Il la regarda misérablement jusqu'à ce qu'un plan surgisse dans sa tête et il se leva ébloui. La réponse du prétorien fut de s'avancer dans la pièce l'arme levée "J'ai dit que tu ne pouvais aller nulle part" aboya le garde "si tu fais un mouvement pour partirtu es un homme mort" et il ponctua ses mots d'un mouvement d'épée significatif. "Suis-je clair serviteur?".

Cicero se rassit et acquiesça silencieusement, apparemment obéissant aux ordres donnés mais son esprit fonctionnait à toute vitesse. Le garde regagna sa place dans l'embrasure de la porte. Tandis qu'il semblait regarder le sol, Cicero, le surveillait constamment du coin de l'il. Un millier de choses courraient dans son esprit enfiévré et il essayait de se calmer afin de décider ce qu'il convenait de faire en premier lieu.

Une heure ou plus passèrent doucement. Les deux hommes restaient silencieux, l'épée entre eux jusqu'à ce que Cicero ne puisse plus supporter cette inactivité. Réalisant qu'il prenait un grand risque, il se leva lentement. Immédiatement le garde quitta sa position d'attente, menaçant. Cicero leva les mains la paume tournée vers l'extérieur dans un geste de conciliation. Il indiqua d'un mouvement de la tête la chambre de Maximus qui se trouvait derrière lui.
"Tu veux m'empêcher de prier également ?" demanda-t-il feignant le calme malgré les battement effrénés de son cur. Il se tourna et se dirigea lentement vers la chambre. Le garde le suivit silencieusement. Dans la chambre Cicero s'approcha de l'autel personnel de Maximus et en ouvrit les portes. Il n'alluma pas les bougies afin que le garde ne puisse identifier les figurines qui se trouvaient à l'intérieur. Il pria avec tellement de ferveur que le prétorien ne réalisa pas que cet autel appartenait exclusivement au général et il pensa qu'il servait également à Cicero pour ses dévotions.
" Si tu as la moindre idée de te glisser dehors n'oublie pas que cette tente est cernée de gardes " dit-il bourru.

Cicero tomba à genou parmi les coussins et posa les mains sur le rebord de l'autel. "Je n'ai pas l'intention de me glisser dehors" dit-il espérant convaincre le garde qu'il était trop abattu pour résister.
Cependant même s'il avait accepté l'idée qu'il ne pourrait pas combattre physiquement le prétorien, il était conscient que la résistance pouvait revêtir d'autres formes.
Il resta le front entre les mains, écoutant attentivement. Après quelques instants il entendit le garde quitter la pièce et par les bruits qui lui parvenaient il sut que celui-ci était retourné dans l'embrasure de la porte. Il se releva, écouta soigneusement et puis se baissant pour se gratter la cheville, il jeta un coup d'il vers l'entrée de la pièce où il se trouvait. Le garde avait disparu et il se félicita qu'il lui était impossible de voir de l'entrée principale ce qu'il tramait.
Il se tourna, avec résolution, vers l'autel, envahit par une sorte de froide colère. Il s'empara rapidement des figures d'Olivia et de Marcus et les enferma dans un repli de sa tunique juste au-dessus de sa ceinture. Elles y seraient en sécurité jusqu'à ce qu'il puisse les envelopper dans quelque chose d'autres. Au nom de tout ce qu'il tenait de sacré, il jura aux dieux et à ses ancêtres que s'il ne pouvait sauver rien d'autres, jamais ces maudits meurtriers ne profaneraient ces figurines, sachant à quel point Maximus les chérissait. Lui aussi les chériraient et les garderaient en mémoire non seulement de Maximus mais également d'Olivia qu'il considérait comme une grande dame et du petit Marcus qui n'aurait pas eu la chance de commencer réellement à vivre sa vie. Il réarrangea rapidement les figurines restantes afin que l'on ne s'aperçoive pas de la disparition de ces deux-ci.

Il s'agenouilla tout en continuant d'examiner scrupuleusement la chambre estimant ce qu'il pouvait lui-même emporter et ce qu'il pouvait rassembler pour Marcianus. Ils ne pourraient tout prendre, les objets les plus encombrants ne pourraient être escamotés et donc ils devaient choisir avec soin. A la fin, ayant formulé un plan partiel, il retourna dans la pièce principale et se rassit sur le siège qu'il occupait précédemment, l'air triste et abattu.

Le reste de la nuit se passa ainsi jusqu'à l'aube. Cette attente refroidit presque le courage de Cicero.
Chaque fois que le doute risquait de le submerger, il repensait mentalement à tout ce que Maximus avait fait pour lui, à tout ce qu'il représentait pour lui et sa détermination s'en trouvait raffermie. Finalement, les premières lueurs de l'aube atteignirent l'entrée de la tente et un début d'activité se fit entendre dans le campement. Un lent sourire se dessina sur la face du garde tandis qu'il repoussait le drap de l'entrée et regardait les lueurs du levant. Avec un dernier de regard triomphal, il toisa méprisant Cicero et l'épée et sortit.

Cicero resta simplement sur sa chaise regardant l'arme dont il avait pris si souvent soin, des larmes de douleur glissant le long de ses joues. Après quelques temps, après avoir évacué son chagrin, il réalisa qu'il devait agir avant le retour du prétorien. Après s'être assuré que personne ne se trouvait à proximité, il se leva et retourna dans la chambre de Maximus
Rapidement, il commença à farfouiller dans les affaires de Maximus. Peu après, il trouva ce qu'il cherchait. Il prit une dague qu'il glissa dans sa botte gauche. Il trouva une fibule, celle que Maximus portait sur ses habits civils. Elle était grande, ronde et en bronze. Au centre, se trouvait un aigle aux ailes déployées entouré de laurier lui-même surmonté d'un petit bouclier ovale portant les lettres "SPQR" . Au pied de l'aigle, se trouvait inscrit Maximus Decimus Meridius . C'était un cadeau offert, il y a des années, par de jeunes officiers de Felix III et quoique Maximus la trouva légèrement prétentieuse, il avait été touché par cette marque d'affection et il l'utilisait de temps en temps.

Allant dans une autre pièce, il ouvrit un petit coffre. Il se sentait étrangement coupable de l'ouvrir, mais il savait que s'y trouvait des objets très précieux. A l'intérieur, se trouvaient de nombreux paquets de lettres ­ les messages d'Olivia. Maximus les gardait toutes, précieusement. Cicero ne voulait pas les lire mais il en cherchait une en particulier et il la trouva, c'était celle qui contenait un magnifique dessin du général. Olivia était une merveilleuse artiste et ses lettres étaient agrémentées de nombreux croquis - des dessins de Marcus, de sa croissance, des scènes de la vie quotidienne, de la ferme et également des portraits de son grand amour Maximus. Des portraits comme celui qu'il avait entre les mains et qui le représentait dans toute sa gloire, droit et fier, vêtu de sa cuirasse ornée et portant avec aisance sur ses épaules ses fourrures de loup. Il referma la lettre et l'enveloppa ainsi que la fibule dans une pièce de tissu. Se dépêchant vers sa propre chambre, il releva un coin de la carpette de laine et à l'aide d'un outil à travailler le cuir, il creusa un trou dans lequel il plaça les objets. Il les recouvrit prenant soin d'éparpiller le surplus de terre sous la carpette et replaça celle-ci. Ainsi dès que les prétoriens auraient fini d'inspecter la tente, il les retrouveraient.
Il retourna, ensuite, dans la pièce principale et se rassit à nouveau sur la chaise qu'il avait occupée précédemment. Il s'assit réfléchissant à la situation désastreuse dans laquelle ils se trouvaient. Il était tiraillé entre laisser libre cours à son désespoir et garder, contre toute évidence, l'espoir.
Après un certain temps son esprit s'engourdit et il resta prostré ainsi des heures.

Il était toujours assis, dans le même état quand Marcianus revint à la tente, calme, la voix posée. Il ne sortit de sa torpeur que lorsque Marcianus lui parla.
"La nouvelle s'est répandue dans le camp. Les soldats ne peuvent croire ce qui s'est passé durant leur sommeil. Commode est déjà parti et Quintus l'a suivi". Marcianus marcha jusqu'à l'épée et la retira du sol. "Bien vu de la part de Quintus car les soldats l'auraient tué". Marcianus leva l'épée, admirant sa lame brillante.
"Les prétoriens sont toujours là et ils retiennent les officiers dans la tente de l'empereur pour les empêcher d'organiser une rébellion. Un certain nombre d'hommes sont déjà partis, cependant. Ils ne pouvaient prendre de chevaux si bien qu'ils sont partis à pied pour retrouver le corps de Maximus. Nous devons lui rendre les honneurs qu'il mérite. " Le chirurgien s'assit à côté de Cicero et retira de dessous sa tunique, le parchemin qu'il y tenait caché." Tout ce ceci est plus compliqué que nous le pensions " dit-il "ce que voulait Marc Aurèle pour l'empire est très différent de ce qui se passe". Il secoua la tête tristement. "Maximus estétait l'homme le plus respectable que j'ai jamais connu et visiblement l'empereur assassiné pensait de même. La mémoire de Maximus doit être préservée. Comme je l'ai déjà dit Commode et les prétoriens vont tout mettre en uvre pour effacer toutes traces de son existence, tout ce qui lui était relié, y compris sa famille et ses biens. Tout va disparaître."
"Il n'est pas mort ". Cette déclaration sans appel était saisissante par sa brutalité.

Abasourdi, Marcianus regarda Cicero, certain que ce dernier avait perdu la tête. Le choc devait l'avoir vraiment ébranlé. "Que dis-tu ?" lui demanda-t-il.
Cicero regarda le chirurgien. Pour étrange, l'expression de ses yeux n'était pourtant pas celle d'un fou ?
"Je le connais, Marcianus." reprit Cicero. "Je connais sa détermination. Je connais sa vigueur comme guerrier et je connais l'amour intense qu'il ressent pour sa famille. Je peux te jurer qu'il ne serait pas allé avec ces gardes de bon gré, la nuit dernière, se laissant proprement ficelé et tué par eux, s'il pensait avoir la moindre chance de leur échapper afin de sauver sa famille. S'il a eu l'occasion de s'échapper, il l'a fait." Il redressa la tête. "Et si le pire est arrivé.." dit-il, détestant énoncer cette possibilité, "je parierai ma vie qu'il a du expédier dans l'Hadès au moins deux prétoriens avant de mourir."

Marcianus reprit Cicero par les épaules et gentiment le secoua. Il voulait croire que son général bien aimé et son ami avait échappé au destin ordonné par le nouvel empereur maniaque, mais la réalité était implacable et il ne voulait pas que Cicero soit détruit par des rêves impossibles. "Cicero," dit-il. "pense à ce que tu es en train de dire. Il faut faire face à la réalité. Tu exprimes seulement des souhaits irréalistes."

Cicero, têtu, secoua la tête. "Je le connais, Marcianus," insista-t-il. Il regarda le vieil homme dans les yeux "Nous ne pouvons arrêter ce qui s'est passé cette nuit et seuls les dieux peuvent sauver sa femme et son fils mais nous pouvons préserver sa mémoire ou être prêts pour son retour si les dieux l'ont décidé. Nous lui devons trop. "Il fouilla dans sa tunique et en tira les statuettes d'Olivia et de Marcus. "Sa femme les a faites pour lui » dit-il à Marcianus "elle m'a fait aussi une sculpture que je garde précieusement ; j'aimerais les garder car si les dieux sont miséricordieux je pourrai peut-être un jour les lui rendre sinon " il s'interrompit accablé, incapable d'exprimer cette possibilité.
Marcianus plaça un bras autour des épaules de Cicero. "Garde-les en mémoire de Maximus ; je sais combien tu tenais à lui ».
Cicero approuva tandis qu'il replaçait les statuettes dans son vêtement. "Hier, en ce moment même, je préparais son petit ­ déjeuner ".
Il s'effondra les épaules secouées par ses sanglots. Il voulait encore espérer mais son épuisement était tel que malgré lui l'horreur et l'injustice des événements de la nuit dernière le submergèrent.

Marcianus le regardait, capable de se contenir uniquement par habitude, habitude acquise suite à ses longues années de pratique de la chirurgie et à l'attention à porter aux mourants. "Cicero, écoute-moi. Aide-moi à rassembler ses affaires. Je ne resterai pas dans l'armée sans Maximus ; il était la seule raison qui m'y a retenu si longtemps. Je veux emporter ce qui lui appartenait et partir. Gardes précieusement ces sculptures. »

Cicero bégaya à travers ses sanglots, "Oui, je j'ai déjà rassemblé tout ce que je pouvais." Il prit une profonde inspiration et s'essuya les yeux et le nez d'un revers de manche. "J'ai essayé de de choisir tout ce qui lui était très personnel ; beaucoup d'objets portent son nom ou ses initiales. Viens." Il se leva et entraîna Marcianus dans l'autre pièce. Il rejeta le tapis et creusa le sol. Il ouvrit le coffret et en montra le contenu. Au sommet, il y avait deux épais paquets de lettres ­ les lettres d'Olivia. "Ces documents contiennent une grande partie de sa vie depuis qu'il s'est marié. Certains contiennent également des dessins." Il ferma les yeux, des larmes surgissant de ses paupières serrées et roulant le long de ses joues. "Commentcomment vas-tu faire pour t'en aller?".

"Ce sera la chaos ici quand les griefs des soldats se transformeront en rage. Et quand cela serales prétoriens seront trop occupés à essayer de reprendre le contrôle. Alors je me glisserais dehors."

"Où iras-tu?"

"Quelque part dans une communauté chrétienne, j'en ai plus qu'assez de la justice romaine. " répliqua amèrement Marcianus.

Cicero approuva lourdement. Soudain, il redressa la tête. "Attends!" dit-il et il se précipita dans la pièce principale. Marcianus le suivi portant le coffret. Cicero retira le fourreau de sa cachette et y rangea l'épée. Il se tourna vers Marcianus et le lui tendit. "Si les dieux sont compatissants, il en aura encore besoin un jour".

"Cicero, tu as pris soin de cette épée durant des années. Pourquoi ne la gardes-tu toi-même ? Je sais qu'il voudrait que tu l'aies. Enfouis-la dans le sol et récupères-la après le départ des prétoriens."

Cicero approuva et poussa une tête au dehors. A l'extérieur, ils pouvaient déjà entendre le début d'une cacophonie, issue de la colère et du chagrin que le récit de ce qui s'était passé avait engendré, se propager dans le camp. Marcianus savait qu'il devrait être très prudent afin de ne pas attirer l'attention sur lui mais le tumulte ne pourrait qu'empirer dans les prochaines heures. Il ne doutait pas de parvenir à quitter le camp sans avoir d'ennuis.

Comme s'il lisait dans son esprit, Cicero lui toucha l'épaule. "Sois prudent, mon ami" dit-il.

Marcianus se retourna et l'embrassa. "Les dieux soient avec toi, Cicero" dit-il et il s'en alla.

 

Un mois plus tard à Rome

Septime Sevère, sous la faible lumière d'une lampe à huile fumeuse, déchiffrait avidement les mots gribouillés sur un rouleau de papyrus. Il les soupesait and les faisait glisser sous la langue comme s'ils étaient un vin fin. Il se pencha davantage à la recherche de plus de lumière afin de pouvoir les relire une seconde fois, cette nuit.
Son cur battait la chamade tandis qu'il se pourléchait les lèvres continuellement, dévoré par les diverses signification qu'il recelait. Oh oui, c'était ce qu'il avait toujours souhaité. Il déposa le papyrus et tourna et retourna, dans son esprit, les mots cryptés de la prophétie d'Amalthéa. le règne de Marc Aurèle était bien fini, et, c'était lui, Septime Sevère, qui était destiné à la grandeur, pas cet imbécile d'empereur nommé Commode.

Un sourire tordit sa bouche tandis qu'il lissait révérencieusement de la main le papyrus, ignorant les tâches brunes de sang séché ; sang qui provenait des veines de l'infortuné scribe qui avait prit note des mots de la Sibylle. L'homme, le seul autre témoin de la prophétie, n'avait survécu que quelques heures après son départ de la caverne. Le prétorien qui l'avait loué lui ayant plongé un couteau entre les omoplates. Le corps du scribe avait dégringolé au bas des marches de pierres où il gisait démantibulé comme une statue de pierre brisée.

Il avait suivi, en confiance, le prétorien, juste promu en tant que commandant de légion en Syrie, jusqu'au joli petit temple grec qui marquait l'entrée de la caverne de la Sibylle le long de la côte à Cumes au sud de Rome. Ensemble, ils avaient fait leurs sacrifices avant de braver les marches traîtres et de se glisser par une entrée étroite dans la sombre caverne infestée de chauve souris, caverne qui avait été creusée à même le roc. Il furent saisis de terreur à la vue de la Sibylle, éclairée par une sinistre lumière rouge provenant d'une ouverture située quelque part au dessus d'elle. Elle était horrible cette vieille femme desséchée au sourire grimaçant et édenté et aux yeux brillants. Terrifié, Septime, s'adressa à elle et il fallut un certain temps avant que les deux hommes ne s'aperçoivent que son silence provenait du fait qu'elle était morte. Il s'agissait du corps momifié de l'ancienne Sibylle, Deiphobe, qui partageait la caverne avec Amalthéa, celle qui lui avait succédé, une superbe jeune femme assise sur un trône d'ivoire baignée dans un halo de pure lumière blanche et qui était située derrière Deiphobe.
Septime se força à formuler sa question à nouveau. "Oh Sibylle, Je suis venu te poser des questions sur le destin de Rome et le mien." Progressivement la figure d'Amalthéa changea sous l'influence de la puissance prophétique qui s'emparait d'elle. Elle luttait et haletait, la voix grinçante et rauque.
Tandis qu'elle parlait, un vent violent traversa la caverne et le scribe du immobiliser plus fermement la légère feuille de papyrus. Septime chassa les chauve-souris qui venait vers lui quittant leur obscurité et lutta pour entendre les mots de la Sibylle ­mots qu'il relisait maintenant :

Pendant 80 longues années et quatre autres
La Louve puissante s'est associée avec ceux
Qui étaient de fer mais également d'or.


Septime inclina la tête en signe de compréhension. Depuis 84 ans, la dynastie des Antonins, de Nerva à Marc Aurèle, avait tenu les rênes de l'empire romain. Durant cette période l'empire avait prospéré et s'était agrandi.


Ces 20 dernières années, son associé apporta
Les épées et la sagesse, les guerres et l'or..
Comme le soleil, il était et comme lui il a brillé.


Oui, Marc Aurèle avait été bon, très bon même. Comme associé, il avait étendu l'empire et l'avait fortifié . Mais l'empire n'avait encore rien vu.

Mais il n'engendra pas de louveteau seulement un chien fou.
Pas de louveteau pour suivre ses traces brillantes.
Le chien apporte seulement tristesse, larmes et sang.


Septime rit ­une rire fort, triomphant. Le chien fou était Commode, sans l'ombre d'un doute. Il n'apportera que douleur et tristesse à tout ce qu'il touchera. Chacun se retournera contre lui et l'accueillera, lui , Septime, à bras ouverts.


L'associé était sage et connaissait la vérité.
Il demanda au Lion de sauver la Louve.
Mais il fut trahi et le Lion aussi..


Ici, le sourire de Septime s'évanouit. Marc Aurèle avait demandé à un lion de sauver Rome de Commode ?Qui était ce lion et où se trouvait-il maintenant?

Les sangs du chien fou et du lion
Couleront ensemble mais ne se mélangeront pas.
Sur le sable cramoisi sous un soleil doré.
Plus d'associés en or pour la Louve.
Le sang du lion sera payé par l'obscurité
Alors l'Aigle de fer la prendra par l'épée
.


Ainsi le lion détruira Commode et mourra à son tour. Comme c'est pratique. Et, lui, Septime ­ l'aigle de fer ­ aura le pouvoir après une période d'obscurité. Obscurité peut signifie de nombreuses chosesguerres, famine, peste. Qui s'en préoccupe vraiment? Mais il aimait être appelé l'aigle de fer. Le fer est tellement plus fort que l'or. Il préfère être dit de fer que d'or. Il se préparera dans l'ombre en attendant que le Lion apparaisse, fasse son devoir vis-à-vis de Rome et meure. Après une période d'obscurité, lui, Septime, l'aigle de fer agira. Il gloussa de rire avec jubilation.

Des pas de fer, des hommes de fer, fer et puissance mais plus d'or.
Plus de brillance ou de compassion, plus de sagesse.
L'Aigle soumettra la Louve et ses oisillons aussi.


Ah... l'empire lui appartiendra. Il le gouvernera avec sa force et son pouvoir. Rome en avait assez des écrits et de la philosophie de Marc Aurèle, de sa sagesse. Elle était prête, à nouveau, pour un leader fortun aigle de fer suivi de ses oisillons de fer. Des soldats bien sûr. Beaucoup de soldats. Il pensa à son poste en Syrie. C'était le début.

Plumes de fer, griffes de fer, yeux de fer, dans sa main une épée.
Sans merci pour ses ennemis et sans merci pour ses amis.
Un cur de fer dans un aigle de fer.
Des rivaux menaceront l'Aigle de Fer ; aigles de moindre importance mais plein d'avidité.
Mais ces rivaux n'en seront pas et seront déchirés par ses griffes.


Invincible! Septime exulta. Il sera invincible et détruira quiconque s'opposera à sa puissance, ami ou ennemi. Ainsi il sera!

Mais aucune menace ne ressemble à celui qui est caché et caché il doit l'être
Pour son sang qui est d'or même s'il coule rouge.
Caché de tous, caché de lui-même.
Même dans l'ombre le soleil brille où il va.


Envolée l'exultation, Septime fronça les sourcils. Qui était ce « caché » qui l'était de lui-même ? Qu'est-ce que cela signifie ? Et quel genre de menace peut-il être ? Cette Amalthéa énonçait des inepties maintenant. Cette partie n'a pas de sens. Néanmoins, Septime frissonnait d'effroi à la perspective de devoir affronter un challenger dont il n'avait pas connaissance.

L'Aigle de fer chasse les enfants et les dévore.
Cependant, le fils caché grandit et il est Lion et non Loup.
Son sang qui coule rouge est doré par celui du Lion.

Un autre Lion ! Mais, celui-ci, un fils, avec du sang doré? Marc Aurèle aurait-il un autre fils ? Non il est dit qu'il est Lion et non Loup ce n'est donc pas le fils d'un empereur de Rome. Pourrait-il être le fils du Lion qui tue le Chien Fou ? Bien dans ce cas, « Celui qui est caché » sera aisé à éliminer. Il devait simplement attendre que le Lion se fasse connaître pour ensuite éliminer sa progéniture.
Septime réenroula le rouleau et l'attacha avec un ruban pourpre. Il l'enferma dans un autre rouleau avant de le cacher dans les profondeurs d'un tiroir de son bureau. Il s'étira, courbant le dos et écouta le craquement de ses os se remettant en place.
Pour l'instant, il part pour la Syrie prendre son premier commandement important dans l'armée. Il grimpera dans la hiérarchie et deviendra rapidement général. Après cela. rien ne sera impossible pour l'intelligent Septime Sévère !

 

 

Chapitre 1 – Glaucus

 

Espagne, 187 de notre ère

Le petit Petavius Valerius, âgé de 10 ans et mieux connu sous son surnom de Glaucus, était perché sur le muret de pierre entourant une propriété qui était située à quelques collines de sa propre maison.
Personne ne vivait plus ici. Les habitants précédents ayant déserté les lieux après qu'un mystérieux feu ait ravagé la maison et les dépendances, il y a 7 ans. En dépit de la beauté du lieu, personne ne s'était présenté pour réclamer la propriété ou pour la reconstruire comme s'il s'agissait d'un terrain maudit.
Ainsi, secrètement, lui Glaucus la réclamait pour lui-même, un endroit où il pourrait laisser voguer son imagination, libérée des matérialités de la vie de tous les jours.

En ce jour froid de la fin du printemps, le brouillard avait envahi les vallées et seuls émergeaient les dos verts des collines, comme émergeraient des profondeurs de l'eau les écailles d'un monstre invisible. Mais la colline où se trouvait les murs de pierre noircis de la maison paraissait, au contraire, être un piédestal sûr qui porterait une curieuse mais précieuse statue de pierre qui, endommagée, attendait d'être restaurée.

Les murs cassés et noircis émergeants des brumes semblaient conserver des secrets et des mystères ne demandant qu'à être découverts. Mais à chaque fois que Glaucus questionnait ses parents sur ce lieu, ceux-ci se regardaient l'un l'autre, agités, et balayaient ses questions en disant qu'on ne devait pas parler de ce qui s'était passé là et que, de toutes façons, il y passait beaucoup trop de temps. Ce lieu était loin d'être sûr. Pourquoi ne restait-il pas ici à jouer avec les autres enfants ?
Mais Glaucus était attiré par cet endroit comme si une sirène l'avait ensorcelé par sa beauté et ses chants envoûtants. Pour les autres, c'était un lieu de répulsion pour lui, c'était un lieu de solitude d'une extraordinaire et mystérieuse beauté. Les murs de pierre restant avaient été réenvahis par la nature, la vigne recouvrant presque toutes leurs surfaces. Un étonnant rosier couleur corail s'enroulait autour de la porte comme s'il essayait par ses beautés de séduire de potentiels visiteurs. Les pluies avaient lavé les pierres de leurs traces noirâtres révélant la chaleur initiale de la pierre rose.

Les blés dorés luttaient toujours contre les mauvaises herbes dans les champs et, à la fin de l'été, les arbres crouleraient sous le poids des pêches, des poires et des pommes.
L'eau claire et froide des cours d'eau, coulant au sud de la maison, était habitée de poissons étincelants et de timides tortues. Glaucus passait des heures à observer les mouvements ondulants des poissons se maintenant dans le courant, leurs dos jetant de brillants éclairs argentés dans la profondeur noire de l'eau.
Des fleurs sauvages, aux couleurs exhubérantes, plongeaient leurs racines dans l'eau, leurs têtes cherchant à atteindre les rayons dorés et dansants du soleil, filtrés par le feuillage des arbres.

Cet endroit était magique et il était sien maintenant. Mais il était toujours conscient que d'autres avaient été ici avant lui. Il en trouvait des signes, de temps à autres, quand il traversait les ruines : une perle de verre par-ci un ustensile de cuisine tordu par là.
Quelqu'un avait placé les énormes urnes, maintenant cassées et inutiles, près de l'entrée. Quelqu'un avait construit le muret sur lequel il était assis. Quelqu'un avait coupé le blé, cueilli les fruits, prit soin des chevaux dont il avait trouvé de multiples signes dans les étables vides.
Il fut un temps où cet endroit avait prospéré. Des personnes réelles avaient vécu ici peut-être même un enfant comme lui.

Les vents poussèrent les brumes les chassant graduellement et soulevèrent, en les ébouriffant, les épaisses boucles de cheveu brun clair du garçon. En un geste inconscient, il repoussa de son front les boucles envahissantes ne remarquant pas quand elles reprirent obstinément leur place comme douées d'une vie propre.
Glaucus glissa une herbe dans sa bouche, en suça l'extrémité. Il se mit sur ses jambes et examina l'égratignure qu'il s'était faite au genou, il y a quelques jours, suite à une culbute de son cheval.
Il était déjà un excellent cavalier mais il avait essayé quelque chose qu'il n'aurait pas du ­ pour crâner un peu ­ et il l'avait payé d'un genou ensanglanté. Il souleva la croûte avec précaution mais elle tenait fermement et il s'en désintéressa rapidement.

Il étira ses longues jambes déjà brunies et agita les pieds. Il émit un sifflement court et strident. Peu de temps après, un énorme chien noir bondit hors des bois, des gouttes d'eau ruisselant de son épais et brillant pelage, sa longue queue se balançant derrière lui tandis qu'il courrait vers le garçon.
Son oncle Persius lui avait offert le chien pour son dernier anniversaire et lui avait murmuré d'un air de conspirateur que ce chien avait pour ancêtre un loup. Quand Glaucus avait demandé quel nom lui donner, Persius avait suggéré Hercule, au grand désespoir de ses parents. Glaucus aimait le nom mais ses parents l'avait finalement interdit et le chien s'était appelé Zeus. C'était presque aussi bien qu'Hercule.

Glaucus se laissa glisser du muret et se dirigea vers la maison en ruine. Zeus le suivi de près, après avoir déployé son corps et s'être secoué pour se débarrasser des gouttes d'eau restantes, trempant ainsi son jeune maître d'une eau boueuse.

Glaucus voulait un cadeau pour sa mère. Il cueillit une rose couleur corail du buisson encadrant la porte ­ la plus attirante qu'il pouvait atteindre. Comme il se retournait ,ensuite, face l'allée, son attention fut attirée momentanément par un superbe oiseau noir qui planait au dessus de lui.
Glaucus étendit les bras et commença de descendre l'allée, enjambant deux monticules herbeux curieusement semblables. Ses épaisses boucles ondulant et sa tunique cascadant derrière lui, il étendit ses bras nus comme un jeune oiseau à la recherche de courants invisibles susceptibles d'emporter son corps haut dans les cieux azurés où il pourrait tournoyer et planer lui aussi.

Il dépassa les urnes cassées et descendit l'allée bordée de peupliers hauts et forts, semblables à des légionnaires chargés de veiller à sa sécurité. Il franchit le portail brisé et se retrouva sur la route poussiéreuse. Il prit son élan, ses pieds touchant à peine la poussière, l'oiseau noir tournoyant toujours au dessus de lui.
C'était l'heure du repas et sa mère ne serait pas heureuse s'il était, à nouveau, en retard. Glaucus n'aimait pas rendre ses familiers malheureux et sa mère moins que quiconque. Elle trouvait déjà qu'il passait beaucoup trop de temps à jouer sur la propriété de la maison en ruine. Endroit qui l'attirait comme un aimant.

 

Chapitre 2 – L’âge adulte

Espagne 192 de notre ère

 

 

Glaucus, se dégagea les yeux de la longue boucle de cheveux qui l’empêchait de voir et  repoussa ensuite de la main ses épais cheveux, espérant qu’ils resteraient en arrière au moins jusqu’au départ de la course.

Son geste fut suivi par 3 paires d’yeux féminins – des épouses potentielles dans les années futures car il était seulement âgé de 14 ans. Elles observaient chacun de ses mouvements en riant sottement et en rougissant. Elles étaient enviées par une douzaine d’autres filles qui se trouvaient plus loin et dont les chances de mariage avec le plus jeune fils de Titus Valerius étaient nettement moindres.

 

Les hommes de la famille de Glaucus étaient des éleveurs de chevaux réputés dont les animaux servaient de monture aux hommes les plus importants de Rome comme des généraux ou des empereurs et Glaucus était le seul mâle encore célibataire de la famille.

 

Son quinzième anniversaire était dans quelques jours et, à Liberalia, le 17 mars de l'année suivante,  en même temps que d'autres garçons son âge. il accèderait officiellement à l’âge adulte et à la citoyenneté romaine

Rapidement, après, son grand-père pourrait arranger son mariage et les filles de Meridia espérait que ce serait plus tôt que plus tard. Elles priaient déjà leurs pères de rencontrer le patriarche des Valerius dans le but de discuter du statut de son petit-fils.

 

En plus d’être le seul candidat au mariage du clan, il en était, sans conteste, le plus attirant.

Grand pour son âge, mince avec de larges épaules et des jambes droites et musclées, il était renommé pour ses capacités sportives et gagnait sans exception le concours annuel d’été d’Empera Augustus.

Il avait remporté récemment le championnat de lutte de enfants de son âge ainsi que la course à pied.

La plupart des hommes, étaient nettement moins enthousiastes car envieux des talents du garçon et de la célébrité de sa famille.

 

Pour l’instant il était assis sur le dos d’un des plus fameux étalon de la ferme – un cheval brun sombre, âgé de trois ans, appelé Apollo – prêt pour une course d’endurance qui entraînerait les participants à travers les collines entourant la ville.

Aucun des autres garçons ne se faisait d’illusion. Ils ne pourraient être supérieurs à Glaucus mais la deuxième place après celui-ci était loin d’être déshonorante.

 

Glaucus était assis droit sur sa selle. Il repoussa, à nouveau, ses ondulants cheveux châtains clairs et, tout à sa concentration sur la course, il ne s‘apercevait de l’effet que produisait son geste sur la gent féminine.

Ses brillants yeux verts fixés sur les collines avoisinantes, au vert aussi brillant que celui de ses yeux, il retraçait mentalement le trajet de la course

Il toucha inconsciemment la bulla suspendue à son cou. Cette amulette ainsi que la bande sur sa toge prétexte étaient les seuls signes qui le désignaient toujours comme un gamin.

Pourtant, il commençait à ressembler à un homme. Il en avait la confiance, confiance née de la réalisation aisée de ce que son esprit imaginait et un fin duvet ombrageait sa lèvre supérieure.

Les muscles de ses bras bruns et de ses jambes se contractèrent tandis qu’il serrait les cuisses et ramenait les rênes afin de conduire son cheval sur la ligne de départ. Il allait devoir se sortir d’un peloton de 16 chevaux.

 

Ses deux frères aînés, Tacitus et Claudius, se prélassaient, tout près, à l’ombre du maigre feuillage printanier d’un arbre.

"Tu as parié sur lui?" demanda Tacitus à Claudius.

"Bien sûr ! Je ne connais pas de meilleur moyen de gagner de l’argent. L’ennui c’est qu’il est dur de trouver quelqu’un d’assez fou pour parier contre lui désormais."

"Quand a-t-il perdu la dernière fois ?"

"Je pense qu’il n’a jamais perdu – ni à la lutte, ni à la course, ni au tir à l’arc. Il gagne toutes les compétitions. Je plains un peu les autres garçons.

"Il ne sera bientôt plus dans la catégorie des garçons. L’année prochaine, il rencontrera des adversaires plus costauds.

"Il continuera de gagner." Claudius désigna de la tête le troupeau de filles hilares tandis qu’ils s’approchaient de la ligne de départ tout en restant bien derrière les chevaux participants.

"Elles ne sont jamais lasses de lui. Je me demande si père arrangera bientôt son mariage ?"

"Je ne le crois pas."

"Pourquoi pas? Il est suffisamment mûr que pour se marier dans quelques années !"

"Je pense que père à autre chose en tête".

Claudius regarda son frère aîné interloqué puis compris. "Il va lui dire ?"

"Oui. Après la cérémonie de Liberalia, l'année prochaine."

 

Claudius soupira lourdement. Lui et Tacitus avaient déjà dépassé la vingtaine; ils étaient mariés et avaient des enfants mais ils avaient une affection très grande pour ce garçon qui était devenu un membre à part entière de leur famille il y a 12 ans. Il était particulier. Tous le remarquaient mais peu savait pourquoi, y compris lui-même. Comment réagirait-il à la révélation ?

 

Glaucus s’était incliné bas sur le cou du cheval, le visage presque perdu dans l’épaisse crinière, les mains fermes sans crispation sur les rênes.

Le drapeau tomba et Glaucus serra les cuisses. Il encouragea Apollo à plonger dans l’action et il prit une avance importante sur les autres concurrents même avant la première barrière.

 

L’étalon fléchit, s’éleva, Glaucus faisant corps avec lui et atterrit un bon 1,50 mètre au-delà de la barrière de pierre avant de disparaître, après un virage, laissant ses concurrents dans un nuage de poussière.

Ses frères secouèrent la tête et sourirent. " Il est bien le fils de son père, "dit Tacitus. "Sans aucun doute " répondit Claudius pendant qu’ils traversaient la foule en quête d’un rafraîchissement.

Il s’écoulerait bien une demi-heure avant que Glaucus ne franchisse la ligne d’arrivée, en avance sur ses adversaires. Ils avaient donc parfaitement le temps de se détendre pendant ce temps.

 

Ils furent de retour, sous l'arbre, juste à temps pour observer leur jeune frère franchir la ligne d'arrivée sans autres concurrents dans les parages.

Il tira sur les rênes pour faire arrêter l’étalon écumant. Après en être descendu, il étreignit le cou en sueur de l’animal. Une foule excitée se rassembla autour de lui. Il se retourna en souriant, les boucles de cheveux ébouriffées par le vent de la course.

Apercevant ses frères, il les salua réjoui et il lui répondirent amicalement avant de se diriger vers lui pour le féliciter également.

"Il n'a pas hésité une fois!" dit Glaucus. "Je pouvais à peine le faire ralentir, il a voulu courir très vite." "C’est dans son sang," dit Tacitus et il ajouta à voix basse "Il est étonnant comme les fils peuvent ressembler à leurs pères."

 

Mars 193 de notre ère

Liberalia se déroulait chaque année le 17 mars pour les garçons entrant dans leur 15me année.

La cérémonie marquait la fait de leur enfance et leur entrée dans l’âge adulte.

La cérémonie commença tôt le matin à la maison  quand Glaucus enleva sa toge prétexte cramoisie et sa bulla et les apporta aux dieux Lares – des petites idoles protectrices du foyer et des ancêtres importants.

 

Accompagnés des hommes de la famille, Glaucus fit un sacrifice d’encens aux Lares.

Son père, Titus, lui retira sa tunique blanche et lui enfila une toge virile d’un blanc pur. Tandis qu’il l’ajustait sur les épaules et la taille du garçon leurs yeux se rencontrèrent.

"Es-tu prêt ? "  demanda Titus. Glaucus inclina la tête et sourit lentement. La ressemblance avec son père jeune était telle que le cœur de Titus se serra.

"Tout va bien, papa ? "  demanda Glaucus, inquiet de la soudaine émotion qu’il pouvait lire dans les yeux de son père.

 

Titus caressa la joue de son fils avant de lui ébouriffer les cheveux, secouant la tête devant les boucles indisciplinées

"Il va falloir les couper, fils !"

"Pourquoi ? Cela ne fait pas partie de la cérémonie !"

Titus savait qu’il plaisantait par la lueur malicieuse qui illuminait les étonnants yeux verts du garçon ;

"Non C’est juste pour te rendre plus présentable."

La réponse de Glaucus fut de se mouiller les mains et de les passer dans ses cheveux pour aplatir les mèches rebelles.

Mais il réussit seulement à accentuer leurs boucles au grand amusement de ses frères.

Dehors, toute la famille Valerius s’était rassemblée y compris le personnel de maison et les esclaves et leurs familles.

Des amis des fermes avoisinantes étaient venus, même ceux dont le déplacement avait pris 2 jours, et ils avaient tous acclamé Glaucus.

Son père et son grand-père émergèrent de la maison, suivis de ses deux frères tout fiers. Ils montèrent sur es étalons brillants et les femmes grimpèrent dans des voitures et les esclaves s’empilèrent dans des chariots. Le cortège dans son entièreté traça lentement son chemin à travers les collines vert émeraude en direction d’Empera Augusta. Tout le long du chemin, les familles se rassemblaient aux portes des propriétés en bord de route et  félicitaient le jeune homme qui les saluait et leurs souriait de très bonne humeur. Certains hommes lui serrèrent la main, l’accueillant comme un citoyen romain à part entière.

 

Quand ils atteignirent la grande porte de pierre grise de la ville, ils mirent pied à terre et vidèrent de leurs chargements voitures et chariots pour se diriger vers le forum bordé de statues, parcourant en famille les rues dallées entourés de spectateurs lançant des encouragements  et décorées de guirlandes de fleurs et de feuillage printaniers. Quelques femmes jetaient des pétales rouges dont certains allèrent se nicher dans la chevelure de Glaucus. Ceux qui connaissaient sa famille l’accueillaient d’un salut. Il renvoyait le salut, le poing fermé pressé sur son cœur. Des filles gloussaient derrière leurs mains tandis que la procession des garçons traversait la ville. Elles rougissaient fortement tandis qu’elles désignaient celui qui les attirait. Embarrassé par l’attention massive qu’il suscitait, Glaucus essayait de regarder droit devant lui mais il de pouvait s’empêcher de lancer des regards vers les jolies filles en robes lumineuses et dont les cheveux dénoués étaient parsemés de fleurs.

 

Sur le forum, les garçon s’alignèrent leurs pères, fiers, se tenant derrière eux. Les statues des  empereurs les ombrageaient, créant des lignes tantôt claires tantôt sombres sur les pierres à leurs pieds.

Ils furent appelés un par un et se dirigèrent vers les magistrats de la cité pour être félicités officiellement de leur entrée dans l’âge adulte et dans la citoyenneté romaine.

 

Ensuite, toute la procession se dirigea vers le Capitole où un taureau fut sacrifié aux dieux en leur honneur.

Comme le couteau plongeait dans le cou de l’animal, Glaucus tressaillit légèrement. Il cacha sa réaction sous un haussement d’épaules. La foule applaudit vivement et un nouvel envol de délicats pétales voltigea au-dessus de sa tête avant d’atterrir sur le sol, leur couleur rivalisant avec celle du sang vermeil qui ruisselait de l’autel et tachait les pierres en contrebas.

 

Après des échanges de politesses, la famille et les amis rentrèrent pour un solide déjeuner composé de la nourriture la plus fine de la région. Les tables croulaient sous le poids des plats d’argent emplis de viandes et de légumes et d’autres mets recherchés comme du caviar la mer Noire, des huîtres, des coques et des escargots.

Des radis, des artichauts, des asperges et des petits pois se disputaient l’espace avec l’agneau printanier sauce mentholée, les perdrix sauce au vin et un succulent rôti de bœuf frotté de poivre noir.

 

La salle à manger avait été abandonnée en faveur de l’atrium plus spacieux où des lits avaient été arrangés de telle manière que les hôtes pouvaient choisir de s’asseoir ou de s’étendre.

 

Derrière le vacarme des voix excitées, les fontaines du jardin tintinnabulaient en compétition directe avec les chants des ménestrels qui déambulaient dans l’atrium.

 

Après le repas, les dames vêtues de soies richement teintées et à la coiffure élaborée se retiraient en petits groupes pour discuter pendant que leurs maris se rassemblaient pour jouer.

Les enfants courraient à travers les jardins se pourchassant les uns les autres et essayant d’attraper les jeunes chats qui se hâtaient se mettre hors de leur portée.

 

Glaucus était ébloui par tout cela – cette réunion recherchée uniquement pour l’honorer, lui —et il se tenait proche de ses deux frères aînés qui comprenaient parfaitement ce qu’il ressentait. Ils paraissaient très protecteurs comme s’ils essayaient de préserver encore un peu Glaucus des responsabilité inhérentes à l’âge adulte car ils connaissaient, eux, l’information qui bouleverserait sa vie lorsqu’elle lui serait révélée et cette révélation était pour bientôt.

 

Chapitre 3 : la révélation

Glaucus regardait alternativement son grand-père et son père comme ils l’introduisaient dans la grande  chambre à coucher de Marcus. Avait-il fait quelque chose de mal ?

"Assieds-toi, garçon, Oh je me doute que je ne pourrai bientôt plus t’appeler comme cela ! " rit Marcus.

"Tout va bien, grand-père, quel que soit mon âge je serai toujours ton garçon."

Marcus tendit un gobelet de vin à Glaucus. "Je pense que trois adultes peuvent faire la fête en privé et parler comme des hommes."

Glaucus but une gorgée et fit la grimace avant de forcer son visage à se détendre. Le vin n’était pas coupé d’eau comme d’habitude. Il toussa légèrement avant de sourire à son père qui le regardait intensément.

 

"Glaucus, ton grand-père et moi-même avons quelque chose d’important à te dire. C’est quelque chose de très difficile pour nous mais nous en avons discuté longtemps et nous avons le sentiment que tu as le droit  de savoir un certain nombre de choses sur ta vie qui te sont encore inconnues, maintenant que tu es un homme."

Des papillons commençaient à tournoyer dans l’estomac du jeune homme et il se tortillait un peu sur son siège. De quoi étaient-ils en train de parler ? Ses yeux allaient de l’un à l’autre des deux hommes. Quoique ce soit, c’était sérieux !

Titus continua. "Laisse-moi d’abord t’assurer que ce que nous allons te dire ne change ni le statut que tu as dans notre famille ni nos sentiments vis-à-vis de toi. Tu dois comprendre cela."

Glaucus agrippa son gobelet de vin et déglutit difficilement. Les papillons heurtaient les parois de son estomac comme les oiseaux captifs les barreaux de leur cage.

 

Titus prit la main de son fils et la tapota pour le rassurer. "Les circonstances de ta naissance ne sont pas celles que tu crois." Titus prit une profonde inspiration. "Je suis seulement ton père adoptif et non ton père génétique et Augusta est seulement ta mère adoptive.

D’immenses yeux verts dévisagèrent Titus avant de se tourner vers la figure du vieil homme.

"Sois rassuré, Glaucus, je suis bien ton réel grand-père," dit Marcus en souriant gentiment.

 

Le vieil homme attendit patiemment quelques instants que le choc apparu sur la figure de Glaucus soit remplacé par une expression d’incompréhension torturée. "Mais…"

"Laisse nous continuer," continua Titus. "C’est une histoire simple mais difficile, pour nous, à raconter vois-tu ;  tu es le fils de ma sœur, Olivia qui est morte quand tu avais seulement 2 ans. Le nom de ton père était Maximus -- Maximus Decimus Meridius – et lui aussi est mort. Quand ta famille est morte, tu es venu vivre avec nous et nous t’avons élevé, Augusta et moi, comme si tu étais notre propre fils."

"Tu n’es pas mon père?" demanda Glaucus, atterré, essayant toujours d’assimiler cette terrible nouvelle.

"Je ne suis pas l’homme qui t’a donné la vie mais je t’aime comme un fils. Tu es pour moi un fils comme le sont Tacitus et Claudius."

 

"Tu es mon oncle !" Glaucus digérait l’information, tremblant de tous ses membres. "Ma mère est ma tante. Vous m’avez adopté? »

"Je suis ton oncle mais, non, je ne t’ai pas adopté pour la raison que  je vais te dire maintenant."

Les deux hommes considéraient les émotions conflictuelles qui passaient sur la figure du garçon. "Tacitus et Claudius ne sont pas mes frères!"

"Ils sont tes cousins mais ils t’aiment comme si tu étais leur frère. Tu dois comprendre cela."

"Est-ce qu’ils le savent ?"

"Oui. Ils étaient tout juste suffisamment âgés pour se souvenir de ta mère et de ton père."

"Ils ont gardé le secret !" murmura Glaucus, le ton légèrement accusateur et les mains crispées dans l’effort qu’il faisait pour les empêcher de trembler.

 

Marcus décida qu’il était temps pour lui d’intervenir. "C’était ma décision, Glaucus. Nous voulions que tu puisses grandir, heureux et en bonne santé sans avoir à te préoccuper d’une famille que tu ne connaîtrais jamais. J’ai demandé à tes frères de ne rien te dire à ce sujet. C’était ma décision. Ils savent que nous sommes en train de tout te raconter en ce moment et ils sont tous les deux inquiets de perdre leur petit frère car ils t’aiment chèrement."

Glaucus, les yeux papillotants,  se mordillait l’ongle du pouce, complètement bouleversé. "Quel était le nom de mon père ?"

"Maximus Decimus Meridius."

"Alors... alors mon vrai nom est Decimus, et non Valerius."

"Oui."

"Petavius Decimus Glaucus?"

"Ton vrai nom est Maximus... Maximus Decimus Glaucus. Tu as été appelé comme ton père. Glaucus, c’est pour tes yeux verts, évidemment. Ton père s’appelait Meridius à cause de l’endroit où il était né."

"Boit une autre gorgée de vin, Glaucus," encouragea Marcus.

"Je ne peux pas. J’ai l’impression que je vais vomir." Glaucus replia ses bras sur son estomac troublé, l’esprit paralysé par la confusion, le choc et les questions. "Que…que leurs est-il arrivé?"

 

"Il y a eu un accident, un terrible accident --" commença Titus.

Marcus l’interrompit  sur un ton de remontrance. "Titus, nous nous étions mis d’accord de raconter l’entière vérité au gamin. »

Titus s’adressa à son père, "Je sais cela mais je ne suis pas sûr qu’il soit prêt à l’entendre. Regarde comme il est choqué."

Glaucus agrippa la toge de son père. "S’il te plait tu dois me le dire. Je dois savoir."

Titus essaya d’intervenir à nouveau. "Glaucus, tu en as entendu suffisamment pour aujourd’hui. Pourquoi ne pas songer à ce que nous venons de dire et continuer la conversation demain ?"

"Papa--," Commença-t-il avant de s’arrêter brutalement plus très sûr de savoir comment s’adresser à Titus maintenant.

 

Titus étendit la main et caressa doucement les boucles indisciplinées du garçon, la voix aussi tendre que la main. Je serais très honoré si tu continuais de m’appeler ainsi et je sais qu’Augusta serait déspérée si tu ne l’appelais plus maman. Tu es son bébé, tu sais."

Glaucus approuva muet. "S’il vous plait, dites-moi ce qui leurs est arrivé, papa … grand-père. Si vous ne le faites pas je vais imaginer toutes sortes de choses horribles."

 

Marcus rapprocha sa chaise du garçon sachant que rien ne pouvait être plus terrible que cette vérité.   "Très bien, je vais te dire ce que je sais. Malheureusement, il y a certaines choses que nous ne comprenons pas." Il prit une grande gorgée de vin et une profonde inspiration avant de commencer son récit. "J’avais quatre fils et une fille. Ma fille – ta mère—se nommait Olivia. Quand Olivia était une jeune femme, elle rencontra le soldat qui possédait la propriété adjacente à la nôtre et elle en tomba immédiatement amoureuse."

Glaucus parut étonné.

"La maison incendiée à quelques collines d’ici," précisa Marcus.

 

Glaucus se redressa lentement tandis qu’il réalisait la portée de la précision. "Celle où je vais ? Mes parents vivaient là ?"

Marcus approuva. "C’était une ferme magnifique, aux cultures riches et aux prairies emplies d’animaux."

Mais Glaucus l’entendait à peine. Cet endroit où il était attiré par une force invisible avait été la maison de ses parents. "Sont…. Sont-ils morts dans l’incendie qui a ravagé la maison?"

"Laisse-moi continuer. Le nom du jeune soldat était Maximus. Il faisait partie d’une légion qui se trouvait en Germanie. Il était un homme vraiment accompli et avait atteint le rang de légat qui est juste en dessous de celui de général… ce qui est remarquable pour un provincial,

Il est rentré chez lui après en avoir été absent depuis son enfance. Tu sais, Glaucus, cette maison avait déjà été détruite par un incendie – quand Maximus était enfant – et il y avait perdu ses parents et son frère

Glaucus fit immédiatement le rapprochement. "Comme moi."

"Oui, comme toi. Il était revenu pour établir un lien avec le passé et ta mère l’a vu. Il était un jeune homme attrayant – tu lui ressembles beaucoup -  et elle commença à le « courtiser » en lui apportant de la nourriture. Nous ne savions pas ce qu’elle avait en tête. Finalement, elle l’invita pour dîner et nous l’avons tous rencontré.

Il portait son uniforme et était splendide. Bref, il tomba lui aussi aussi amoureux de ta mère et ils se marièrent peu après. Ils construisirent une petite maison sur les fondations de celle qui avait brûlé et l’agrandirent au fil des années jusqu’à ce qu’elle devienne une ferme très prospère. Mais peu de temps après leur mariage, quand ta mère était enceinte de ton frère Marcus… »

"Mon frère?" Glaucus se redressa sous le choc. "J’ai un vrai frère?"

"Non," jeta Marcus, confus de cette situation. "Assieds-toi, garçon, assieds-toi," invita-t-il.

Glaucus le fit de mauvaise grâce, le cœur battant et l’esprit abattu. Il avait eu un frère mais visiblement celui-ci était mort également dans l’incendie. "Marcus," murmura-t-il.

"Comme j’allais te le dire…la garde personnelle de l’empereur, les prétoriens vinrent apporter non seulement la nouvelle de la promotion de Maximus au grade de général mais également son ordre de départ immédiat pour la Germanie

"Mon père était général ?" questionna Glaucus. Le titre signifiait très peu pour lui
Marcus and Titus approuvèrent tous les deux.

"Qu’est-il arrivé à mon frère?" demanda-t-il.

"Il est mort dans l’incendie, Glaucus," répondit Titus, aussi gentiment qu’I le pouvait. Il  comprenait que Glaucus puisse se sentir plus concerné par la mort d’un frère – un garçon comme lui – que par celle de ses parents qu’il ne pouvait imaginer.

Le garçon confirma ses soupçons par une inclinaison de tête avant de reporter ses pensées vers son homonyme.

"Mon père était général." 

 

Marcus le confirma à nouveau. "Oui, il était général. Marc Aurèle lui attribua ce grand honneur. Marc Aurèle et Lucius Verus se partageaient la charge d‘empereur et quand Lucius Verus mourut, Marc Aurèle eut besoin d’un leader charismatique pour le front du nord et il choisit ton père C’était un immense honneur, un de ceux que l’on ne peut refuser

"Souviens-toi juste de cela, Glaucus," ajouta Titus. "Ton père était un grand général, un grand chef. Il était le favori de l’empereur."

Le jeune homme approuva lentement, trouvant qu’il était difficile de comprendre tout ce qu’il venait d’entendre. Son nom réel était Maximus. Maximus Decimus. Maximus Decimus Glaucus. Son père avait été un général.  Un général qui possédait une ferme.

Marcus continua. "Ton père gagnait beaucoup de batailles importantes et il a même sauvé l’empire des mains d’un usurpateur nommé Cassius. Il était tellement occupé qu’il n’a eu que rarement l’occasion de revenir à la maison. Tu dois comprendre, Glaucus, que ton père était un vrai pater familias. Il ne souhaitait rien d’autres que d’être fermier et de rester auprès de sa famille mais ses talents et son expérience en tant qu’homme de guerre étaient si grands qu’il n’a pas pu vivre comme il le souhaitait. Chaque fois que je te vois sur ton cheval, je pense à lui. Nous lui avions donné deux étalons – Scarto et Argento – de la même lignée qu’Apollo.

 

Glaucus trouva plus facile de se focaliser sur des détails sans importance. "Etait-il un bon cavalier?"

"Il était le meilleur, comme cavalier et comme homme d’épée. Personne ne l’égalait," sourit Marcus.

"Un homme d’épée ? Je ne suis pas très bon à l’épée, je suis meilleur à l’arc."

"Ton père a rejoint l’armée très jeune et il appris à manier l’épée très tôt. Il était un expert et … »

"Comment le feu s’est-il déclaré?" interrompit Glaucus, son esprit refusant d’admettre que sa famille avait péri d’une aussi horrible manière.

Marcus soupira. "Bien, cela nous amène à la partie la plus difficile de l’histoire. Difficile car douloureuse mais aussi parce que nous ne sommes pas entièrement sûrs de ce qui s’est passé.

Un jour, quand tu avais deux ans, ta mère t’a emmené chez nous afin que tu y séjournes. Elle faisait souvent cela quand ton frère n’était pas bien. Peu après, Titus, ton oncle Eusebius et moi partîmes pour un voyage en Espagne du sud  et en Italie pour acheter des chevaux. Le voyage était prévu de longue date et nous ne voyions aucune raison de le postposer. Les femmes et les enfants étaient en sécurité ici, pensions-nous. Il y avait de nombreux esclaves et connaissances pour prendre soin d’eux."

 

Glaucus regarda intensément son grand-père. Il était clair que le récit de cette histoire était très douloureux pour le vieil homme.

"Pendant notre absence, quelque chose de terrible se passa. La ferme de tes parents fut attaquée et ta mère et ton frère tués."

"Tués?" Glaucus était médusé. "Tu veux dire qu’ils ont été assassinés? Ils ne sont  pas morts dans l’incendie ? Tu viens juste de me dire qu’ils l’étaient ! L’accusation de Glaucus était alimentée par sa colère.

 

Titus intervint  à nouveau. "Glaucus, l’histoire est très compliquée et les deux peuvent être vrais. Le feu fut provoqué par les assaillants, croyons-nous, et ta mère et ton frère en furent … affectés.

"Mais pourquoi mon père ne les a-t-il pas sauvés?" Glaucus était à nouveau debout.

"Il était en Germanie. »

"Il n’est pas mort avec eux ?"

"Non, il est mort plus tard," répondit Marcus conscient que l’histoire n’avait pas beaucoup de sens pour le garçon.

 

Tout en se rasseyant, Glaucus secouait la tête en proie à la confusion. Il se frotta les yeux. "Je ne comprends pas. »

Titus caressa les boucles douces à nouveau, un geste qui avait toujours réconforté le garçon quand il était tout petit. "Nous ne comprenons pas tout non plus, Glaucus. Quand nous sommes rentrés, une semaine  après le drame, nous avons trouvé la maison ravagée par le feu, les cultures dévastées et les corps de serviteurs jonchaient le sol partout. Nous avons aussi trouvé deux tombes récentes couronnées de fleurs sauvages. Inutile de dire que  nous ne savions pas qui était enterré là… nous les avons donc déterrés. C’était ta mère et ton frère."

Glaucus frissonna à l’idée des restes carbonisés. "Les esclaves les ont-ils enterrés?"

"Non. IIs ont dit que non. Le temps qu’ils réalisent ce qui s’était passé et reviennent à le ferme, ils étaient déjà enterrés.

"Qui l’a  fait alors ?"

"Nous ne sommes pas sûrs mais nous pensons que c’est ton père."

Glaucus soupira d’exaspération et de confusion, submergé par l’épouvantable récit de la mort de sa mère et de son frère. "Je pensais que tu avais dit qu’il était en Germanie!"

"Nous le pensions mais qui d’autres aurait pris le temps de les enterrer et de placer avec autant d’amour des fleurs sur leurs tombes ? Nous avons interrogé tout le monde alentour et personne ne l’a fait. Un passant n’aurait pas pris autant de soin d’inconnus. Et ce ne sont pas les personnes ayant mis le feu qui le firent !"

Glaucus essayait de démêler l’écheveau de ce mystère.

"Il est revenu de Germanie pour les trouver morts ?"

"Nous le croyons aussi."

"Alors que lui est-il arrivé ? Où est-il allé ? »

"C’est là que le mystère s’épaissit. Il a juste disparu."

"Vous voulez dire qu’il s’est enfui?" demanda le garçon, surpris.

"Non, non, Glaucus," dit Marcus inflexible. "Ton père n’aurait jamais fait une chose pareille. Quelque chose de terrible a du lui arriver… nous ne savons pas quoi."

Le silence emplit la pièce tandis que Titus et Marcus regardaient tous les deux le garçon accablé dont la vie avait été complètement chamboulée en quelques heures.

"Il est peut-être encore en vie," dit-il la voix étranglée par l’émotion.

"Non, il n’est plus en vie."

"Comment en es-tu sûr? Il peut l’être! Mon père est peut-être toujours vivant. Vous ne l’avez pas vu mourir. Vous n’avez pas vu son corps. Vous pensez juste qu’il l’est!"

Marcus essaya de calmer l’agitation de son petit-fils. Il comprenait le besoin du garçon de s’accrocher à un espoir mais il ne pouvait le laisser espérer car il n’y avait pas d’espoir à avoir. "S’il était en vie, Glaucus, il serait revenu ici, dans cette maison et il ne l’a jamais fait. Ne t’accroche pas à cet espoir. S’il te plait.

Je pense que nous avons parlé suffisamment pour aujourd’hui, Glaucus, Pourquoi ne …"

"Non!" Glaucus essaya de modérer son ton de voix. "Je ... vous ne pouvez vous arrêter maintenant. Vous devez tout me dire. Je dois savoir."

"Fils," dit Titus, "Une semaine après je partais pour la Germanie à la recherche de ton père juste au cas où après être revenu à la maison et avoir trouvé sa famille disparue, il serait retourné près de ses légions. Cela aurait été une chose folle mais il était peut-être en état de choc." Titus regarda Marcus en quête de soutien. "J’ai trouvé un nouveau général là-bas. Il m’a raconté que ton père avait été exécuté pour trahison."

 

"Quoi?" Glaucus se leva si brutalement qu’il renversa son gobelet de vin et le liquide rouge se répandit sur le bois avant de dégouliner sur la carpette. "Tu dis qu’il était un grand homme ! tu dis …," il s’arrêta net, un sentiment de trahison le submergeant. Son père avait trahi son empereur et en faisant cela il avait trahi son fils survivant. " Pourquoi Marc Aurèle aurait-il fait exécuter un si grand général pour trahison?"

"Marc Aurèle était mort, Glaucus, et le nouvel empereur était son fils, Commode. Marc Aurèle est mort en Germanie… certains disent dans circonstances suspectes. Les soldats semblaient réticents à m’en parler ouvertement, mais certains, en privé, me rencontrèrent et me dire que ton père pensait que Commode avait assassiné Marc Aurèle et qu’il avait refusé d’apporter son soutien au nouvel empereur. C’est Commode et non Marc Aurèle qui a ordonné l’exécution de  ton père. Apparemment c’est le légat de ton père, Quintus, qui transmit réellement l’ordre de son exécution. C’est ton père qui fut trahi, Glaucus."

 

La voix de Marcus se fit venimeuse. "Commode était l’un des plus incompétents et des plus irresponsables dirigeants que l’empire ait jamais eus. Il mérita sa mort des mains d’un gladiateur à Rome. Jamais ton père n’aurait soutenu un tel homme. Tu sais, Glaucus, Ton père était incroyablement puissant. Il disposait de la loyauté de l’armée romaine tout entière et il pouvait la rallier contre Commode – peut-être même s’autoproclamer empereur. Ainsi, Commode a du se débarrasser de lui rapidement afin d’assurer  sa propre succession au trône."

 

"L’ennui fut," dit Titus. "qu’aucun soldat ne put trouver le corps de Maximus et ils cherchèrent durant des semaines car ils souhaitaient lui donner une sépulture digne de lui. Ils finirent par conclure que son corps avait été emporté par des bêtes sauvages. J’ai rencontré les soldats qui firent cette quête, Glaucus. Des soldats forts et endurants qui s’effondraient en larmes quand ils parlaient de ton père. Ils l’aimaient vraiment beaucoup."

 

Glaucus essuya les larmes de ses yeux et renifla.

Titus repoussa les boucles de cheveux qui envahissaient le front du garçon. "Maximus ne mourra jamais tant que tu seras en vie. Tu es l’image vivante de ton père. Je l’ai connu quand il était juste un peu plus jeune que toi et je me souviens qu’il était semblable à toi. Ses cheveux étaient juste un peu plus sombres et ses yeux plus bleus que verts autrement la ressemblance est parfaite." Titus se rassit. "J’ai essayé de récupérer ses effets personnels mais ils avaient tous disparus. Ou personne ne savait ce qui leurs était arrivé ou bien personne ne voulait le dire. J’aurais aimé pouvoir te donner quelque chose lui ayant appartenu - son épée, par exemple - mais il n’y avait rien. C’était comme s’il n’avait jamais existé.

 

Glaucus restait silencieux pendant qu’il luttait pour refouler ses sanglots. Quand il parla enfin, sa voix n’était qu’un murmure. "S’il a été exécuté en Germanie, il n’a pu enterrer ma mère et mon frère ici."

"Il y a tellement de mystères autour de la disparition de ton père," continua Titus. "L’absence de son corps en est un. Le fait que les soldats découvrirent les corps de trois prétoriens morts dans la forêt, tués par leurs propres armes et la disparition de leurs chevaux en est un autre."

Glaucus releva les yeux plein d’espoir. "Tu penses que mon père les a tués avant de s’échapper?"

Titus sourit et haussa les épaules. "Tout est possible avec ton père. Il était brave et intelligent." Titus regarda Glaucus réfléchir, sachant qu’il devrait faire rapidement face à la question qu’il redoutait.

Il ne dut pas attendre longtemps.

Quand Glaucus finalement parla ses mots étaient mesurés. "Si mon père s’est échappé et est retourné à la maison pour y trouver seulement ma mère et mon frère morts pourquoi n’est-il pas venu me chercher ici?"

Titus et Marcus échangèrent des regards et Titus ferma les yeux comme si cette action pouvait effacer la question.

Marcus servit un autre gobelet de vin à son petit-fils. "Bois-le, tu vas en avoir besoin."

Glaucus l’ignora et prit de profondes inspirations pour calmer son estomac torturé. La tension entre les deux hommes lui faisait craindre les révélations qui allaient venir maintenant.

 

Titus dit doucement, "Je ne sais pas comment te présenter cela, Glaucus,…aussi je vais donc simplement te le dire. Maximus ignorait tout de toi."

Le jeune homme s’était montré courageux jusqu’à présent mais maintenant, … Il plaça ses coudes sur la table et enfouit la tête dans ses mains. Quand il parla sa voix était étranglée par les larmes. "Comment est-ce possible?"

Titus lui expliqua que Maximus n’était pas présent à sa naissance et que sa mère avait des craintes irrationnelles de le perdre. Titus savait que la peine du garçon ne serait pas facile à apaiser.

 

Derrière l’écran de ses mains, Glaucus demanda, "Il ne m’a donc jamais vu?"

"Non."

"Il ne connaissait pas mon nom?"

"Non."

"Je n’existais pas du tout pour lui."

"Glaucus, je n’ai jamais vu un homme aimer autant sa famille que Maximus, même s’il pouvait rarement être avec elle. S’il avait connu ton existence, il t’aurait aimé autant qu’il aimait les autres et, maintenant, il sait pour toi et il t’observe, crois moi."

 

Marcus regarda Titus lui indiquant qu’il pouvait continuer. "Glaucus, la raison pour laquelle tu es en vie est justement parce que Maximus ignorait tout de toi."

Des larmes finalement coulèrent inondant les joues du jeune homme. "Que veux-tu dire?"

 

Marcus se frotta les yeux avant d’expliquer. "Quand nous avons déterré ta mère et ton frère, nous avons découvert quelqUe chose qui nous choqua plus que leurs morts. Ce n’était pas un meurtre banal. Il y avait des trous de clous dans leurs mains. Nous avons trouvé deux croix brisées. Ils avaient été crucifiés – une exécution d’état." Marcus se frotta le nez, soudain fortement vieilli. "Leurs morts avaient quelque choSe à voir avec l’exécution de ton père… ou la tentative d’exécution. Quand un homme est tué pour des raisons politiques, sa famille entière est condamnée à mourir afin qu’aucun fils ne puisse grandir et réclamer vengeance.  Si les prétoriens avaient connu ton existence, ils t’auraient cherché pour te tuer aussi même si tu n’étais qu’un bébé. C’était pour le mieux que Maximus ne sache rien, tu vois.

Ainsi il laisse un fils pour porter son nom. C’est un grand honneur d’être le fils du Général Maximus Decimus Meridius. Un grand honneur."

 

Titus continua. "Mais nous vivions dans la peur que quelqu’un apprenne ton existence et revienne finir le travail – même des années plus tard – c’est pour cette raison que je t‘ai élevé comme mon propre fils et que nous t’avons appelé d’un autre nom afin de dissimuler ton identité.

Même maintenant, il est plus sûr de ne pas utiliser ton véritable nom en public. Spécialement depuis que nous ne savons pas ce qui est finalement arrivé à ton père."

"Mais tu dis que je lui ressemble, des gens le remarqueront."

"Oui… mais comme j’ai dit il y a des différences. Tes yeux sont verts, les siens étaient plus bleus. Tes cheveux sont châtains comme ceux de ma mère , les siens étaient noirs. Tu les portes plus longs et ils sont bouclés. Maximus portait les siens très courts à la militaire. Et il avait une barbe taillée et toi tu es rasé de près."

Titus sourit brièvement. "Tu n’es pas aussi grand que Maximus mais je suis sûr que tu le deviendras. Tu n’es pas non plus aussi musclé que lui mais tu le deviendras également. La voix de ton père était très profonde, la tienne semble vouloir avoir les mêmes tonalités. Si bien que si nous voyons de profondes ressemblances entre toi et ton père, un simple observateur ne peut les remarquer. »

Glaucus se leva et regarda son image dans le miroir de son grand-père. "Y-a-t'il autre chose à me raconter ?"

Titus traça des cercles dans le vin répandu sur la table. "Glaucus, je veux que tu saches pourquoi je ne t’ai pas adopté. J’ai vraiment envisagé cette possibilité. Mais ton père appartenait à la classe sénatoriale après son adoption par un sénateur – adoption qui lui permettait de devenir général. Cette adoption fait que tu appartiens aussi à la classe sénatoriale. Si je t’avais adopté, tu perdais ton statut et tous les privilèges qui vont avec." Titus regarda Marcus. "Nous pensions que c’était sage. S’il te plait comprends-nous."

Glaucus continuait de se contempler.

 

Marcus ajouta, "Glaucus, ton père est mort mais ne savons ni où ni comment… ni même quand .
Nous cherchons des réponses depuis des années – et il y a eu des rumeurs, des rumeurs folles – mais nous n’avons jamais rien trouvé d’assuré. Parfois, cela prend du temps pour trouver des choses dans cette partie de l’empire. Parfois on ne trouve rien. Maximus a simplement disparu."

Glaucus examina ses traits et essayait d’imaginer sa figure avec des yeux bleus, une barbe courte et de courts cheveux noirs. "Je dois savoir ce qui lui est arrivé."

"Nous avons essayé, Glaucus--"

"Je dois savoir. Il est peut-être toujours en vie. Il est peut-être en prison. Il n’a aucune raison de revenir ici parce qu’il ne sait pas qu’il a un fils en vie."

Titus et Marcus frissonnaient presque devant la détermination de sa voix. Elle résonnait comme celle de son père. Pendant quelques instants, ils regardèrent le garçon perdu dans la contemplation de lui-même, presque en état de transe,  puis ils quittèrent la pièce le laissant seul avec ses pensées.

 

"Je suis vivant père," murmura-t-il. "Tu as un fils vivant et ….je découvrirai ce qu’il t’est advenu

 

Chapitre 5 – Rome

Fin du printemps, 180

Septime Sévère s’accota contre une colonne dorique, en travertin, qui décorait l’entrée nord-ouest de l’amphithéâtre flavien ; l’arche en pierre massive s’élevait au-dessus de sa tête, solide et impressionnante. C’était la porte d’entrée des gladiateurs qui paraderaient bientôt devant l’empereur avant le combat du jour.

Directement en face, loin au Sud-Est était la porte Libitinaria – du nom de la déesse protectrice des sépultures – par laquelle les gladiateurs malchanceux et les animaux sauvages tués étaient emportés.

Mais Septime s’intéressait à un seul gladiateur, celui qui était assis dans une cellule attendant le signal d’entrer dans l’arène, bien vivant et attirant une grande partie de l’attention.

 

Septime était heureux d’être à l’abri des ardeurs matinales du soleil et séparé de la foule qui se pressait autour de la cellule se bousculant pour s’efforcer de voir l’homme qui avait défié l’empereur. ;

Un regard avait suffi à Septime pour confirmer ses soupçons. L'homme qui attirait tous les regards était, en effet, le général Maximus Decimus Meridius.

 

Septime avait souvent pensé qu’il verrait le magnifique général fêté à Rome mais il avait imaginé qu’il se déplacerait sur un char décoré de guirlandes au cours d’une splendide parade victorieuse avec des milliers de personnes l’encourageant et jetant des pétales de rose à ses pieds.

Il était acclamé, oui, mais par une populace impressionnée par ses compétences et sa bravoure dans les combats au corps à corps, une mise en scène guère plus glorieuse qu’un entraînement de base de soldat.

 

Comme Septime regardait les dos de la foule houleuse, il méditait sur le sort particulier de cet homme qui avait été un des plus grand général de Rome seulement quelques mois auparavant et un favori de Marc Aurèle. Comme il était tombé bien bas en si peu de temps ! Plus jamais il ne prendrait de décisions qui affecteraient la fortune de l’empire. Maintenant, il était moins que rien ; un simple étalon d’une écurie de gladiateurs – sa vie était gouvernée par les caprices de son propriétaire et l’inconstance de la foule du Colisée.

Maintenant son intelligence, sa force et sa ruse ne servaient plus qu’à fournir un amusement, l’après-midi, pour des romains espérant se distraire des corvées de leur vie en contemplant la destruction de ceux dont la vie était encore plus insignifiante que la leur.

 

Septime avait manqué le grand début du gladiateur. OH! Il avait entendu parler de l’homme – cet espagnol dont la réputation de combattant l’avait précédé à Rome – mais le préteur avait manqué le spectacle de Maximus organisant ses compagnons gladiateurs en une action de contre-attaque qui laissa les corps brisés des invincibles légionnaires de Scipion l’Africain et leurs chars détruits, éparpillés sur le sable de la grande arène au grand dam d’abord puis à la grande joie de la foule.

L’opprimé avait gagné et le peuple avait adoré cela.

Il suffisait de les voir se presser contre les barreaux de la cellule pour être plus proche de leur héros … essayant même de le toucher.

Ils l‘appelaient par son nom : « Maximus, Maximus ! ». Ils lui jetaient des fleurs. Ils essayaient de l’attirer pour qu’il s’approche en lui offrant des douceurs comme s’il était un  petit enfant. Et malgré tout cela, il restait assis dans l’ombre, à l’arrière de la  cellule, distant et digne, la figure impassible, les yeux vagues fixant un objet invisible.

 

Ses compagnons avaient essayé de le protéger de cette attention non voulue en se plaçant pour obstruer toute vue mais les gardiens leurs avaient ordonné de reculer et avaient menacé de placer Maximus dans une cellule, tout seul. Après tout, les gens avaient le droit de venir voir ses héros avant de parier ainsi que de discuter des attributs des gladiateurs comme s’il n’y avait pas de différence entre eux et les tranches de viande suspendues aux étals sur la place, à l’extérieur.

L’attitude détachée de Maximus les encourageait seulement à se manifester davantage afin d’obtenir son attention. Et les cris, parfois, s’élevaient en hurlements fiévreux.

 

Les femmes étaient les pires. Elles flânaient, devant lui, en robe diaphane, leurs cheveux et leur maquillage artistiquement élaborés. Il ne remarquait rien.

Il n’y avait aucun doute, beaucoup jaugeait l’homme, décidant si, oui ou non, indépendamment des coûts, elles enverraient leurs servantes conclure un arrangement pour une visite après les évènements de la journée afin de pouvoir goûter aux talents sexuels du nouveau héros de Rome.

 

Septime ne doutait pas que la populace ignorait qui était réellement Maximus. Des rumeurs circulaient ans la cité qu’il avait été un général romain – certains juraient le lui avoir entendu dire – mais peu le croyait réellement. Après tout, les propriétaires d’esclaves les avaient souvent dupés auparavant avec des histoires forgées de toutes pièces sur leurs combattants ?

Mais peu importe qui il était, il était un remarquable et très brave guerrier … et c’était tout ce qui comptait.

 

Le fait qu’il ait audacieusement affronté l’empereur irrité, yeux dans les yeux, le défiant d’agir, pendant que le peuple plaidait pour sa vie avait ajouté énormément à son statut.

C’était l’empereur, veule, qui avait baissé les yeux et reculé, pas Maximus.

Le peuple ne voulait pas que Maximus soit un général – un homme de privilèges - ; il voulait qu’il soit un des leurs.

Et ainsi la réputation de Maximus, comme combattant, s’était largement répandue dans l’empire, portée par les marchands et les voyageurs de ville en ville, sa véritable identité restant cachée. Il était simplement connu sous le nom de Maximus le gladiateur ou le gladiateur espagnol ou le grand gladiateur.

Septime ne s’illusionnait pas ; la plus grande majorité des peuples de l’empire ne se souciait pas le moins du monde de ce qui se passait à Rome. Des empereurs pouvaient être faits ou défaits et les nouvelles prendre des mois pour atteindre les territoires extérieurs. Même alors, peu avait l’information et moins encore s’en souciait tant que ces changements n’affectaient pas la vie quotidienne . Les citoyens étaient uniquement concernés par la nourriture, un toit et la santé et non par la puissance et la politique.

 

La foule se déplaça et partit après un moment et Septime jeta, à nouveau, un bref coup d’œil à Maximus. Il n’avait pas bougé. Il était toujours assis sur le banc de pierre, légèrement penché en avant les avant-bras reposant sur ses cuisses robustes, les mains négligemment serrées.

Son armure de cuir et sa grossière tunique bleue mettaient en valeur son apparence et sa force plus que sa cuirasse en cuivre et ses fourrures ne l’avaient jamais fait, décida Septime. La puissance de ses jambes et de ses bras nus obtenaient plus que des commentaires admiratifs de la foule qui l’adulait.

En dépit de son emprisonnement, il gardait intactes sa dignité et sa fierté.

 

A quoi pouvait-il bien penser, assis-là, se demandait Septime ? Se lamentait-il sur son sort ou bien était-il résigné ? Regrettait-il la décision qui l’avait précipité dans la disgrâce ?

Chaque chose, pourtant, avait sa raison d’être, pensait Septime. La vie se déroulait telle le scénario d’un jeu prédéterminé par les Dieux. Aucun mortel, cependant, n’était autorisé à connaître le scénario avant que les trompettes n’annoncent le départ de l’action.

 

Mais … Septime n’était pas un mortel ordinaire. Il connaissait son script grâce à la prophétie qui lui avait été révélée. Il était destiné à être empereur, juste comme le tout puisant Maximus était visiblement destiné à la perte de sa puissance.

Mais … Septime n’était pas assez fou pour croire qu’un homme aussi important que Maximus ait atteint la fin du dernier épisode du jeu et quitte la scène de manière si ignominieuse. Non, il était, ici, à Rome, enchaîné, pour une raison. Et cette raison, croyait Septime avait été annoncée dans la prophétie.

 

Maximus était son Lion. Il n’en doutait pas. Maximus Decimus Meridius allait bientôt aider, involontairement, sa vieille connaissance, Septime Sévère en détruisant la dynastie des Antonins, accomplissant ainsi la prophétie prédite par la Sibylle.

Et c’était la seule raison pour laquelle Maximus avait toujours existé, pour un rôle mineur qui donnerait le rôle principal, à lui, Septime. L’ancien général ne pouvait pas savoir que le but suprême de son existence était sa mort qui précipiterait les évènements et conduirait à l’établissement d’une nouvelle grande dynastie appelée à régner à la tête de l’empire – la dynastie des Sévère.

 

Septime fut tiré de ses rêves par les gémissements de la foule. Les gardes introduisaient Maximus et les gladiateurs dans les entrailles du Colisée pour qu’ils se préparent aux programmes de la journée.

Avec des derniers regards pour essayer d’apercevoir encore leur héros, la populace se dispersa rapidement, pressant leurs voisins vers les sièges dans les sections supérieures de l’immense arène. Depuis les débuts de Maximus, de longues files se formaient à l’extérieur de l’amphithéâtre et beaucoup de citoyens désappointés devaient s’en retourner.

Septime n’avait aucune raison de se précipiter. Son siège capitonné, dans la plus basse rangée, l’attendait.

 

Septime regarda Maximus se lever et se tourner avant d’incliner légèrement ses larges épaules pour disparaître dans le bas chemin, suivi des autres gladiateurs qui clairement s’inclinaient devant leur chef.

Septime se repoussa du mur de pierre et partait quand son oeil capta une femme seule qui restait figée sur place près de la cellule vide. Au contraire des autres, elle continuait de contempler l’endroit où Maximus était assis auparavant, son beau visage affligé et pâle, son long corps rigide, une main crispée sur l’estomac comme si elle était blessée.

Malgré la chaleur, elle portait un soyeux manteau bleu qu’elle serrait fermement contre sa poitrine. Le capuchon dissimulait presque ses cheveux d’un roux doré. Intrigué, Septime s’approcha d’elle.

"Madame, … " commença-t-il. Avec un sursaut, elle se retourna, rougit et le fixa momentanément de ses yeux bleus hagards. Ensuite, avec un gémissement de désespoir, elle se détourna et s’enfuit. Elle fut rapidement avalée par l’immense foule qui grouillait alentour.

 

 

Curieux, pensa Septime. Visiblement, elle n’avait pas l’intention d’entrer dans l’arène. Mais il cessa rapidement de penser à elle, ses pensées se focalisant, à nouveau, sur lui-même.

Il traversa le portique ombragé qui conduisait au pulvinar où des sièges spéciaux étaient réservés à des dignitaires comme lui-même.

Commode serait, sans aucun doute, dans l’arène aujourd’hui, assis dans son pulvinar élaboré et ombragé avec sa sœur.

Quelle pitié pensa Septime ! Il aurait aimé voir la face pleurnichoteuse du gamin quand Maximus entrerait dans l’arène.

 

Comme il avançait, saluant des connaissances, il ruminait la prophétie qu’il connaissait par cœur.

Le Lion a un enfant, est-il dit, et cet enfant était destiné à lui créer des ennuis. Dans une de leurs conversations, Maximus avait mentionné qu’il avait un fils et que ce fils était en Espagne. Marcus … C’était son nom … comme le dernier empereur.

Le pas de Septime était insouciant tandis qu’il approchait de l’entrée, confiant qu’il était que, dans quelques semaines, ses agents auraient éliminé l’enfant encombrant.

Après tout … quel était l’intérêt de connaître son destin si ce n’était par pour orienter les évènements prédits en sa faveur ? 

 

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