Chapitre 76 - Demandes

La spacieuse chambre à coucher devint aussi silencieuse qu'une tombe car toutes les oreilles voulaient entendre la conversation se déroulant entre le trio assis sur les chaises délicatement ouvragées.

"Pourquoi ne pas avoir tué Plautianus?" Demanda, mine de rien, Sévère, ses yeux mi-clos cachant toute émotion mais son dos quelque peu voûté et son ton impersonnel ne trompèrent personne dans la pièce.

Il était peu probable que l'empereur Septime Sévère se soit jamais trouvé dans une telle position de compromis - particulièrement une provoquée par un jeune homme sans pouvoir officiel - et ses nombreux opposants parmi les invités de la noce s’en réjouissaient.

"Il était incapable de combattre correctement, Sire. Cela aurait été un meurtre." Répliqua Glaucus d'une voix unie tout en se redressant subrepticement dans son siège. Il était intensément conscient que les douzaines de militaires de haut rang, suspendus à chaque mot qui se prononçait, étaient de son côté tout comme l'était la petite femme âgée, en toge blanche immaculée, dont les genoux frôlaient presque les siens.

Sévère haussa les épaules devant cette occasion perdue de se débarrasser de son encombrant commandant des prétoriens puis il releva les paupières juste pour lancer un regard glacé à Glaucus.

Glaucus frissonna mais reprit rapidement contenance avant de lancer un commentaire qui fit glousser la foule

"De plus il aurait été du comble de l'impolitesse de tuer le père de la mariée le jour de ses noces."

Il desserra la cuirasse en cuir et la passa par-dessus sa tête puis caressa d'un doigt attentif les éclats passés et récents qu'elle présentait avant de la tendre à Marius.

Lucius profita de l'accalmie momentanée pour rassembler les documents éparpillés de sa mère

Il les remit en tas avant de les réinsérer dans le cuir pour les lire à son aise dans un endroit plus privé. Ensuite, les trois amis se réunirent juste derrière leur compagnon.

Sévère jeta un coup d'oeil à Lucius mais le jeune Iudex l'ignora et plaça ses mains sur le dossier du siège de Glaucus, indiquant ainsi clairement à qui allait son allégeance.

Lucius espérait que la chaleur de son amitié soutiendrait son ami dans cette épreuve.

La foule des invités se rapprocha dont les parents de Marius, abasourdis et frappés de mutisme. Ils dévisageaient, par-dessus les épaules, leur fils, leurs yeux reflétant l'horreur et la confusion quant au rôle que ce denier avait joué dans les événements étonnants de cette soirée.

Marius décida que le temps n'était pas venu de les reconnaître et évita de les regarder par contre, il chercha après Maxima et vit qu’elle qui avait regagné quelques couleurs.

Elle se tenait parmi les vestales.

Il lui fit un clin d'œil auquel elle répondit par un sourire tremblant.

Certains des invités affichèrent leur dédain de l'empereur en s'asseyant sur des sièges disponibles et d'autres en allant se percher audacieusement sur le lit nuptial, audace alimentée par une absorption massive des vins fins de ce même empereur. Ceux qui restèrent debout s'appuyèrent contre les murs ou les meubles ne voulant pas perdre une miette de ce qui allait se passer.

Glaucus chercha après le général qui l'avait aidé durant le combat et le trouva accoudé contre un cabinet proche. Il lui envoya ses remerciements et le général inclina gracieusement la tête en retour

"Maintenant," dit Caelia avec la clarté et l'assurance d'une femme habituée à commander "commençons. Tout d'abord, je veux connaître le contenu de cette petite cache." Elle appuya son propos d'un mouvement de la tête qui indiqua le compartiment.

"Je ne l'ai pas fouillée à fond." Répondit Glaucus "Mais, pour l'instant, j'ai déjà trouvé l'urne de mon père, son masque mortuaire et, aussi, la cuirasse en cuir et les documents que mon ami Lucius vient de rassembler."

"Je vois et comment tout ceci est-il arrivé ici?"

"Dame Lucilla, la mère de Lucius Verus, … " il désigna Lucius d'un mouvement de tête et la foule sursauta, " les a placés, là, après la mort de mon père et avant qu'elle et son fils ne soient envoyés en exil. Il était la seule personne encore en vie à savoir qu'ils étaient là. Je veux simplement les ramener là où ils seront chez eux, dans notre maison, en Espagne."

Caelia regarda Sévère et releva un sourcil parfaitement maquillé.

"Est-ce que cela vous agrée?"

L'empereur fit un signe impatient de la main pour indiquer l'insignifiance à ses yeux de la demande et dit d'un ton ennuyé.

"Prends-les. En quoi, au nom de Jupiter, m'en soucierais-je."

Caelia hocha la tête en direction du scribe qui l'écrivit et regarda, rapidement, dans la direction de Lucius, le petit-fils de son cousin adoré, avant de reporter son attention sur Glaucus, un fin sourire retroussant le coin de ses lèvres.

"Ensuite?"

"Je veux que le nom de mon père soit réhabilité ainsi que ses droits dans l'histoire de l'empire romain en tant que général des généraux, un grand homme et non un esclave. Il était le commandant des légions du Nord sous l'empereur Marc Aurèle, homme qui aimait véritablement mon père. Je veux que soit proclamé, à travers l'empire, au sénat, auprès de chaque général de chaque légion, auprès de chaque gouverneur de chaque province que mon père était un bon serviteur de l'empire, qu'il a terminé la guerre en Germanie, qu'il a donné sa vie pour le bien de l'empire et qu'il n'a joué aucun rôle d'aucune sorte dans la mort de Marc Aurèle."

Caelia regarda Sévère les sourcils toujours arqués.

"Oui, oui, cela sera fait."

Il se pencha avec impatience, les mains sur les genoux, les yeux vrillés sur Glaucus, les dents serrées en un rictus mal déguisé.

Glaucus sentit Lucius lui presser gentiment l'épaule et il continua.

"Je veux aussi que la fresque le représentant, dans la forteresse de Vindobona soit restaurée par les meilleurs artisans de Rome afin qu'elle ressemble exactement à celle que ma mère avait peinte, que cette fresque ne soit plus jamais endommagée et que la restauration commence dès maintenant."

Sévère tordit ses lèvres en une hideuse grimace et acquiesça une fois de plus.

Le scribe griffonnait tout cela.

"Autre chose?" Fit l'empereur d'un ton sarcastique.

"Oui. Je veux qu'il n'y ait pas la moindre représaille … pour aucun d'entre nous …" Glaucus se retourna pour indiquer les hommes se trouvant derrière lui " … ni pour aucun membre de nos familles que ce soit maintenant ou dans le futur. Nous n'avons commis aucun crime et je veux la garantie que le mandat d'arrêt lancé contre moi soit annulé immédiatement."

Sévère agita l'air de sa main de manière désinvolte pour bien indiquer que toutes ces demandes étaient trop triviales pour sa royale personne.

"Considère que c'est fait. Tu as sûrement fini."

Glaucus prit une profonde inspiration.

"Non."

Les invites gloussèrent devant sa témérité.

"Je veux que ma soeur soit reconnue comme étant la vraie fille du Général Maximus Decimus Meridius et prenne son nom, si elle le souhaite et si ses parents légaux y consentent et que sa mère soit toujours reconnue comme étant sa vraie mère et sa mère légale."

"Une soeur?" S'exclama Sévère. "N'est-ce pas attendrissant."

Il releva les deux sourcils et demanda avec une lenteur délibérée.

"Une sœur bâtarde?"

Glaucus se hérissa.

Marius aussi.

"Elle est la fille de parents qui s'aiment." Grogna Glaucus. "Une fille qui, comme son frère survivant, n'a pas eu le privilège de connaître son père."

"Que voulez-vous que j'objecte à cela?" Fit, grandiloquent, Sévère en roulant les yeux d'un air théâtral.

"Il y a encore une chose." Exposa calmement Glaucus. "Je veux que Lucius Verus soit autorisé à aller où bon lui semble dans l'empire et puisse choisir librement son lieu de séjour …"

"Il peut déjà le faire maintenant!" L'interrompit Sévère, en fureur. "Je suis celui qui ramené le garçon d'exil, qui lui a donné une éducation, une position de dirigeant comme il en avait droit par la naissance! Comment osez-vous prétendre le contraire!"

Lucius s'avança dans le but d'atténuer le courroux de l'empereur.

"Bien sûr, vous l'avez fait, Sire, et je vous en serai éternellement reconnaissant. J'aimerais tout simplement me sentir un peu le bienvenu à Rome cependant et que les espions quittent ma maison."

Sévère se leva dans un tourbillon de pourpre et fit face au petit-fils de Marc Aurèle, prit Lucius aux épaules (ses articulations blanchissaient tandis qu'il enfonçait ses ongles dans les épaules du jeune homme) puis il l'attira, à lui, pour une étreinte serrée, spectaculaire marque publique de son affection pour son 'neveu'.

"Tu es toujours le bienvenu, ici, tu le sais, Toujours." Dit-il, d’une voix forte, afin que les hôtes puissent l'entendre puis il tourna Lucius pour être sûr que absolument tous les invités soient témoins de cet échange 'affectueux'.

Lucius joua le jeu et répondit gracieusement,

"Merci, Sire. J'apprécierai aussi d'avoir un buste de mon grand-père pour le placer dans ma maison d'Octodurus. J'ai remarqué qu'il n'y en avait aucun, exposé dans le palais actuellement et, donc, je présume qu'il doit y avoir une réserve pleine de ceux-ci, quelque part."

"Il n'y en a aucun, exposé ? Quelle terrible omission!" S'exclama Sévère. "Bien sûr que tu peux en avoir un. Fais ton choix."

Il relâcha Lucius d'une secousse et lui donna une légère impulsion pour indiquer que la conversation était finie.

"Maintenant, moi aussi, J'ai une demande." Il se tourna vers Glaucus et leva les sourcils d'un air ironique comme s'il demandait la permission de parler. "Je présume que c'est mon tour maintenant?"

A l'acquiescement sérieux du jeune homme, il se rapprocha de Caelia et se pencha de manière à ce que ses paroles ne soient entendues que par ses oreilles et celles de Glaucus.

"Je demande que le document en question ne voit jamais la lumière du jour. Que son contenu soit scellé pour toujours ! Autrement, Toutes vos demandes, je dis bien toutes, seront nulles et non avenues."

Glaucus donna son accord, Caelia, aussi, qui ajouta.

"Le document sera gardé au temple, cependant, pour s'assurer que toutes les clauses du nouveau contrat soient rencontrées. Si ce n'était pas le cas ou si elles étaient révoquées, son contenu serait divulgué au sénat et aux chefs militaires."

Le scribe finit d'écrire.

Alors elle ajouta.

"Je veux que vous le signiez tous les deux, s'il vous plaît."

Ce qu'ils firent.

"Et je vais le contresigner."

Ce qu'elle fit.

Sévère alors se tourna si brutalement que sa cape fit tomber sa chaise à la renverse dans un grand fracas, puis il traça son chemin à travers la foule satisfaite.

"C'est terminé ici!" Grogna-t-il à ses invités. "La réception est finie."

 

Chapitre 77 – Le présent de Maxima

 

Julia alluma avec soin 12 chandelles, six de chaque côté du petit coffret aux ancêtres en acajou et de l'urne en or qui avaient été transportés chez elle.

Elle les avait fait installer sur une table sculptée qui ornait le milieu du salon de son appartement de Rome. Ce dernier était plongé dans l’obscurité qui aurait été totale sans la lueur chaude et oscillante des flammes minces. De l'encens brûlait dans de petits encensoirs et répandait dans la pièce une forte odeur épicée.

 

Puis elle rejoignit Glaucus et sa fille qui étaient agenouillés sur des coussins, la tête penchées devant l'urne, offrant chacun en silence des prières aux Dieux à la mémoire de l'homme qu'ils aimaient.

Les portes du coffret étaient fermées cachant le masque de cire dont les traits étaient si détaillés et si plein de vie qu'ils ne pouvaient supporter de le regarder.

Ils étaient perdus dans leurs pensées, leurs douleurs, leurs pertes.

Les lèvres de Julia remuaient sans que sorte le moindre son et des larmes roulaient le long de ses joues pâles.

Sans ouvrir les yeux, elle s'empara de la main de sa fille et la serra gentiment. Ce geste provoqua un sanglot étouffé chez cette dernière.

 

Glaucus la regarda et vit le beau visage de sa soeur défiguré par la douleur. Il aurait voulu la rassurer, lui dire que tout allait bien, que tout ce qui devait être fait l’avait été mais il était trop accablé par son propre chagrin pour être capable de lui offrir la moindre consolation.

Il avait réussi tout ce qu’il avait entrepris.

Il connaissait maintenant tout sur la vie et la mort de son père.

Il avait rétabli l’honneur de Maximus.

Mais il continuait à se sentir vide et il se demandait si ce creux sombre à l’intérieur de lui serait un jour rempli.

Son rêve d’enfant, retrouver son père en vie avait volé en milliers d’éclats et ne pourrait jamais être reconstitué aussi sûrement qu’un verre délicat ayant heurté rudement une pierre.

 

Il ne verrait jamais la figure de son père s’adoucir sur un sourire ni ne l’entendrait rire ni ne surprendrait l’approbation dans son regard pour l’homme que son fils était devenu.

Glaucus leva les yeux vers l’urne en or qui brillait richement dans la lumière tamisée.

Ce n’était que du métal rude et froid et non une chair souple et chaude.

Aussi froid et silencieux que le masque de cire de Maximus que Glaucus avait à peine pu supporter de regarder avant de se détourner le cœur étreint par le chagrin.

Il ferait ce qui était requis.  

Il emploierait ce masque pour demander à un artisan de recréer les traits de Maximus dans le marbre.  

 

Image sans vie. 

 

Image figée. 

 

Il frissonna et baissa les yeux vers le tapis, ses dessins complexes oscillant sous ses yeux.

Il finit par se lever et aida Julia et Maxima à faire de même, car leurs jambes tremblaient du long agenouillement auquel elles les avaient contraintes mais aussi de la douleur devant la preuve irréfutable de la mort de Maximus.

Glaucus prit sa sœur par le bras et la conduisit vers la cour. Julia souffla les chandelles puis les suivit, refermant la porte doucement derrière elle.

 

Apollinarius, Brennus et Lucius les y attendaient, bercés par les brises fraîches de cette soirée où le clair de lune et les torches fournissaient toute la lumière dont ils avaient besoin.  

Lucius mit un gobelet de vin dans la main de son ami et chercha ses yeux, inquiet.   Il savait à quel point un deuil épuise et il espérait que Glaucus retrouverait rapidement la force nécessaire pour lui permettre d’accomplir les dernières étapes de son voyage. 

 

Ils s’assirent tous, content de réfléchir aux événements de ces dernières décennies et à fin du mystère entourant la mort d'un homme qu’ils appelaient amant, père ou ami. 

 

Julia finit par briser le silence.  

"J’espère que tu m’autoriseras à avoir une copie du masque pour Maxima, Glaucus. Ce sera important pour elle quand elle aura sa propre famille, un jour."

Glaucus acquiesça.  

"Naturellement." Dit-il d’une voix toujours enrouée. 

"Merci, Glaucus," Dit Julia tandis qu’un serviteur versait plus de vin pour tous. "et j'espère que tu resteras avec nous un moment. Tu me manqueras terriblement quand tu partiras.

"Maxima sursauta et se tourna vers lui, le visage pâle, les yeux alarmés.  

"Tu pars? J'avais espéré que tu resterais."

 

Elle portait un collier de fils d’or pur entrelacés retenus par une fermeture en forme de fer à cheval.  

Sa conception était sans conteste celtique et Glaucus supputa que Marius devait l'avoir acheté à Octodurus lors de leurs derniers jours en cette ville quand lui et Lucius organisaient le voyage vers Rome.  

Le fait de porter, au vu et au su de tous, ce cadeau démontrait qu’elle prenait le jeune homme très au sérieux. 

Glaucus ne pouvait imaginer de meilleur mari pour sa sœur ... et ni de meilleur beau-frère pour lui.   Mais cela ne se produirait pas à moins que Julia et Apollinarius n’acceptent le changement légal de sa parenté - le retrait d'Apollinarius en faveur de Maximus - sur son document de naissance.  

Glaucus les avait déjà approchés sur ce sujet puis avait laissé le couple considérer les impacts de leur décision. 

 

Glaucus étreignit les doigts de sa soeur et les porta à ses lèvres.  

"Je dois rentrer en Espagne. Tu le sais bien. Et plus tôt je pars, plus tôt je peux revenir."

Il se tourna ensuite vers Julia et Apollinarius qui étaient assis, côte à côte, sur un divan sous une treille.  

Il détestait devoir soulever le sujet maintenant, mais il avait besoin de connaître leur position avant de pouvoir partir.

 

"Avez-vous eu l'occasion de prendre une décision au sujet de ce dont nous avons discuté plus tôt?" 

Le sujet était à l’évidence aussi présent dans l'esprit de Maxima.  

"Maman?"  Dit-elle d’une voix légèrement suppliante. "Avez-vous eu tous les deux le temps de discuter le changement de mon nom?" 

Cela paraissait moins blessant de décrire la situation en parlant d’un simple changement de nom plutôt que d’un changement de parenté.   

Elle adorait Apollinarius et ne voulait pas le décevoir mais elle voulait désespérément être reconnue comme Julia Maxima Decima Meridia Postuma ainsi qu’elle en avait le droit. 

 

"Nous l’avons fait, ma très chère," répondit Apollinarius, "et nous avons convenu que ce serait un avantage merveilleux pour toi, dans la vie, d’avoir le nom et le statut de ton père car peu importe mon amour pour toi c’est une chose que je ne peux t'offrir.  Tu feras partie de la classe sénatoriale comme ton frère."

 

Julia lui sourit et lui offrit sa main qu’il étreignit contre son coeur.  

"N'oublies pas que j'ai connu Maximus moi aussi. Ce fut un honneur pour moi d’avoir pu voir sa fille grandir et devenir une aussi belle femme.   Maintenant Je ... nous ... voulons que tu aies le statut de naissance qui est vraiment le tien "

 

Maxima ouvrait et fermait la bouche comme un poisson échoué sur le sable.  

Puis elle finit par retrouver sa voix.  

"Merci. Merci à tous les deux. "Dit-elle d’une voix tremblante d’émotion. "Et merci à toi, mon frère, d’y avoir pensé dans une situation si stressante."

 

Glaucus haussa les épaules.  

"En vérité, j'y pensais depuis un certain temps déjà. J’ai fini par penser que seul un document provenant de l'empereur permettrait d’y arriver de manière à ce que Julia soit toujours ta mère légale et j'espère que les documents pourront être signés dans quelques jours. Je suis très impatient de retourner en Espagne pour que mon père puisse y reposer. Je n’ai plus vu non plus les parents de ma mère depuis des années et, sans doute, me croient-ils mort. Je me demande comment ils vont réagir en me voyant rentrer avec l'urne, le masque, l'épée, la cuirasse ... et tant de récits à raconter. Puis je dois aller en Germanie.   Si tout va bien, avant que j'y arrive le portrait aura été reconstitué. Je veux dire au vieux Jonivus ce que j'ai trouvé. Sans lui pour me mettre sur la piste, peut-être que rien de ceci ne serait arrivé."

 

"Mais tu reviendras." Insista Maxima en agrippant le bras de son frère et en le secouant légèrement. 

Glaucus lui sourit tendrement.  

"Bien sûr. Par mer, l’Espagne n’est pas très éloignée d’Ostie. Et vous pouvez aussi venir me voir … tous. Je veux que vous voyiez où Maximus est né et a vécu. Et vous devez également aller en Germanie voir ce portrait."

"Merci, Glaucus. Nous le ferons certainement." Répondit Julia, tandis qu’une grande tristesse s’abattait sur elle.   Elle en était venue à penser que Glaucus faisait partie de sa famille et sentait que son absence allait lui peser terriblement.  

"Je te fournirai un bateau."

 

Elle se tourna vers Lucius qui était tranquillement allé dans une zone plus obscure avec Brennus quand les affaires de famille avaient du être discutées.  

"Et, si tu veux l'accompagner, le bateau peut t’emmener jusqu’à Massilia d’où tu pourras prendre un bateau fluvial pour remonter le Rhône sur une bonne distance. Tu éviteras le pire des montagnes de cette manière."

"C’est certain, Madame, et j’accepte volontiers votre offre et vous en suis très reconnaissant." Répondit Lucius avec un sourire détendu. "Je suis impatient de revoir ma famille aussi."

Apollinarius regarda chacun des trois jeunes hommes.  

"Mes enfants, une amitié comme la vôtre dure une vie. Même si vous ne vous voyez pas pendant des années, elle renaîtra dès que vous vous retrouverez ... comme si vous n'aviez jamais été séparés."

Glaucus acquiesça et Marius aussi.

"Je n'ai jamais eu de meilleur ami. Il me manquera terriblement." Il rit. "Je voudrais être une mouche sur le mur de sa maison le soir où il expliquera toute l’aventure à ses parents."

 

Glaucus regarda Maxima et leva un sourcil.

"Peut-être qu’il peut vous accompagner en Espagne."

"Peut-être." Dit Maxima rayonnante, tout en chipotant à son collier. "Peut-être."

"Et toi, Brennus," Dit Glaucus en se tournant vers le jeune homme qui s'était accoté silencieusement contre un muret en pierre. "Ta présence et ton amitié ont été d’une valeur inestimable." Même dans la faible lumière Glaucus put le voir rougir de plaisir. "Si tu penses pouvoir t’en passer, Julia, je pourrai certainement utiliser une autre main à la ferme."

Brennus sursauta de surprise puis il regarda Julia avec des yeux de jeune chiot quémandeur. 

"Quand nous serons à Ostie, dans quelques jours, nous demanderons la permission de ta mère," sourit Julia. "Si elle me dit 'oui’ alors je ne pourrai qu’approuver."

 

Quatre jours plus tard, Glaucus se tenait sur la plate-forme du bateau qui avait été particulièrement équipé pour accueillir, sans risque, un étalon ombrageux.   L'urne et le coffre à ancêtres avaient été enfermés dans une caisse bien arrimée dans la cale en compagnie d’une statue de l'empereur Marc Aurèle tout aussi soigneusement attachée.   C’était un des plus grands bateaux de Julia si bien que Glaucus et Lucius partageaient une petite cabine et, seul, Brennus dormait sous une tente sur le pont.  

Les sentiments qui avaient agité Glaucus lors de son départ étaient mitigés.   Il était à la fois impatient de rentrer mais, en même temps il détestait l’idée de ne plus voir Maxima, Julia et Marius, même si ce n’était que pour quelques mois.  

 

L’émotion créée par l’annonce de son départ fut omniprésente les derniers jours à la villa de Julia à Ostie, il y avait toujours l’un ou l’autre en larmes quelle que soit l’heure du jour et il avait été loin d’être insensible à cette atmosphère.  

Même, maintenant, ses yeux étaient noyés par les larmes et ils clignaient furieusement des paupières pour tacher de les refouler. 

Mais, toutes les affaires étaient réglées et il n'y avait plus aucune excuse pour demeurer  plus longtemps. 

Julia, Apollinarius, Marius et Maxima étaient alignés sur le quai et agitaient la main en signe d’adieu.  

Maxima était maintenant officiellement Julia Maxima Decima Meridia Postuma et il lui avait gentiment dit qu'elle avait sa permission pour épouser Marius mais qu'elle devait être certaine de ses sentiments pour lui. Il lui avait dit la même chose qu’à Marius, qu'il n'y avait pas d’urgence à se marier ainsi ils devraient maîtriser leur passion jusqu'à ce qu'ils soient tous réunis à nouveau.  

Elle accepta solennellement et ses yeux scintillèrent d'un bonheur qu'il n'y avait encore jamais vu auparavant. 

 

Pendant que le bateau larguait les amarres et  se dirigeait avec lenteur vers le phare, les pensées de Glaucus revinrent à leurs adieux qui s’étaient déroulés le matin.  

Avant qu'ils n’échangent une dernière étreinte et un dernier baiser à la villa, Maxima avait fourré une petite pochette au cuir rude et usagé dans la main de son frère.  

"Qu’est-ce donc?" Avait-il demandé. 

"Ouvres-la." Avait-elle simplement répondu. 

 

Il avait plongé ses doigts dans la petite ouverture, l’avait agrandie avant de retourner la pochette et de la secouer.   Deux petites figurines sculptées dans du bois tombèrent dans sa main.  

Au premier abord, il se demanda de quoi il s’agissait puis ses yeux identifièrent le style familier de sa mère.

Il tâtonna pour trouver une chaise car ses genoux tremblants ne le portaient plus.  

Il leva la plus grande des figurines vers la lumière. Elle représentait une femme avec un bras plié au coude et tendu vers lui. La cassure de l'avant-bras était déchiquetée et la statuette était fendue presque complètement mais demeurait toujours en un seul tenant cependant.  

L'autre figurine était celle d’un jeune garçon. Elle était en bien meilleur état que celle de la femme mais le bois était piqué et entaillé. 

 

"Où les as-tu trouvé?" Haleta-t-il. 

Maxima s’agenouilla devant lui et lui saisit les genoux.  

"Penses-tu qu’il s’agisse de celles qui appartenaient à notre père?" Demanda-t-elle avec force. 

"Ma mère les a sculptées, j’en suis sûr. Elles ont le même style que les chevaux qu'elle avait réalisés et avec lesquels je jouais quand j'étais enfant. C'est même le même bois. Où donc les as-tu trouvées?" 

 

Maxima s’assit sur ses talons et eut une grimace triomphale.  

"Au marché. Quand tu étais à la poursuite de Quintus et Lucius, j’errais aux marchés de Trajan presque chaque jour tellement je dépérissais d’ennui. Un homme là-bas avait un petit stand curieux présentant de drôles de petits articles. Lorsque j’ai vu ces figurines, je me suis demandée si cela pouvait être celles que tu m’avais décrites."

 

"Mais comment les avait-il eues?" 

"Elles sont passées de mains en mains et auraient sans doute disparus s’il n’y avait pas eu une histoire qui leurs était liée. Elles ont été découvertes dans le sable du Colisée quelques jours après la mort de notre père. Elles furent trouvées par un homme qui nettoie le sable entre deux représentations. Il les a gardées apparemment pendant longtemps, et les chérissait car il considérait qu’elles avaient appartenu au grand gladiateur Maximus mais quand il est mort ses enfants les ont vendus pour presque rien. Elles finirent par atterrir dans les mains de l'homme du marché qui connaissait la légende qui s’y rapportait."

"Je.  .. Je me demande comment elles sont arrivées là?  Il ne pouvait les avoir sur lui lors de son dernier combat dans l’arène. Quintus m’a dit qu’il avait été dépouillé et enchaîné dans une cellule. Comment ont-elles bien pu aboutir là?" 

Maxima haussa les épaules.  

"C’est quelque chose que nous ne saurons probablement jamais."

"Je n’aurais jamais rêvé pouvoir les voir un jour."

 

Glaucus les tint dans la lumière et les tourna à plusieurs reprises entre ses doigts tandis que Maxima se réjouissait du plaisir qu’elle lisait dans ses yeux.  

Puis, il plaça la plus petite au creux de la paume de sa main et la lui offrit.  

"Tu dois garder celle de Marcus."

"Non. Elles vont de pair. C’est ta mère et notre frère. S’il te plaît ... tu dois les garder toutes les deux. C’est ta mère qui les a sculptées pour notre père. S’il te plaît, garde-les ensemble.  C’est ce qu'il aurait voulu."

Glaucus les porta à ses lèvres et les embrassa l’un après l’autre puis il caressa les cheveux brillants de sa sœur et l’embrassa à son tour.

 

 Glaucus était appuyé contre la rambarde du bateau et il sentait la pression rassurante des deux petites figurines contre ses côtes à travers les plis de sa toge. Elles se trouvaient juste à côté du présent que Julia lui avait donné et qu’il chérissait aussi. 

 

Julia l'avait rejoint le dernier soir alors qu’il se tenait seul sur sa terrasse qui offrait une vue imprenable sur la ville d'Ostie et son grand port.  

Il se tourna vers elle, les cheveux ébouriffés par la brise.  

"J’espérais que tu viendras me retrouver." Dit-il. "Il y a tellement de choses que je veux te dire que je ne sais par où commencer."

"Tu n’as pas besoin de parler, Glaucus, car je sais ce que tu ressens, un mélange d'exaltation et de contentement d’avoir atteint tous tes buts, et de tristesse de devoir laisser, même pour un court laps de temps, des personnes qui te sont devenues chères."

 

Il hocha la tête et dit sincèrement.

"Julia, merci d'avoir été là pour mon père quand plus personne d'autre ne l’était. Merci d’avoir rendu plus agréable la fin de sa vie. Et merci de m’avoir donné une soeur."

 

Julia sourit.

 

"Ce fut un grand honneur d’avoir connu et aimé ton père, même si ce fut pour peu de temps. C’était un grand homme, Glaucus, et il aurait été si fier de toi. En fait, je suis sûre qu'il est fier de toi … qu’il est parfaitement conscient de ce que tu as accompli et qu’il t’est reconnaissant d’avoir rétabli sa mémoire en démontrant sa non culpabilité dans le meurtre de Marc Aurèle ... un homme qu'il aimait profondément."

"Merci. J‘aurais juste souhaité que … qu'il ait vécu pour nous connaître Maxima et moi et pour t’aimer, toi, comme tu le mérites."

 

Julia inclina légèrement  la tête, la gorge serrée.  

Elle donnait l’impression d’avoir reçu un coup violent et, soudain, un sentiment de perte plus puissant que tout ce qu’elle avait connu depuis la mort de Maximus - le départ de Glaucus -  la submergea faisant renaître une douleur depuis si longtemps enterrée. 

Glaucus fixa la mer pour lui donner le temps de se remettre.  

"Et je ne peux imaginer comment serait l'empire maintenant s'il avait pu accomplir la tâche que lui avait assignée Marc Aurèle car sans aucun doute il l’aurait réalisée. Mieux, pire, comme maintenant ? "

 

"Il l’aurait réalisé sans aucun doute." Murmura Julia. "Mais il ne faut pas s’attarder sur ce qui aurait pu être, Glaucus. Le passé ne peut être changé. C’est vers le futur que nous devons nous tourner maintenant et le futur paraît extrêmement prometteur."

"Je sais. Et lorsque je le regarde je ne vois que du bonheur pour nous tous."

 

Julia prit sa main et  fourra dans sa paume un objet.

"Qu’est-ce que c’est?" Demanda-t-il en examinant le petit objet ovale en ivoire sculpté enchâssé dans de l’or

"Oh... c’est une représentation de toi."

Julia rit.

"Non, c’est le portrait de ta sœur pas de moi. Cela s’appelle un camée."

"C’est étonnant... et son profil est presque identique au tien. Pas étonnant qu’elle soit si belle. Je le chérirai toujours. Merci."

 

Ils restèrent l’un près de l’autre à regarder la lune émerger à l’horizon et se lever au dessus des flots calmes et argentés de la mer Tyrrhénienne, heureux de leur compagnie mutuelle et unis par l’amour qu’ils portaient à un homme vaillant mais perdu à jamais pour eux deux.

 

Chapitre 78 – Le retour à la maison

 

Après deux jours de mer, quand le bateau doubla la pointe nord de la Corse Lucius s’approcha de Glaucus qui était assis sur le pont à l’ombre de leur cabine, les genoux repliés, confortablement installés sur une pile de cordage enroulés, absolument inconscient de l’activité frénétique des marins occupés autour de lui.

La cuirasse en cuir de Maximus reposait sur ses genoux et ses doigts, sans trêves, parcourait légèrement l’embosse en argent représentant un peuplier, une femme et un enfant.

Lucius s’assit à ses côtés mais ne dit rien.

Ils écoutèrent le vent chanter dans les cordages et les voiles claquer au dessus de leur tête.

 

Puis, Glaucus parla.

"Je me demande ce qu'il ressentait quand il l’enfilait. Je me demande si son ventre se serrait. Il devait avoir l’impression que chaque fois serrait la dernière fois."

 

"Ce n’était sans doute pas très différent de ce qu’il pouvait ressentir quand il se rendait au combat en tant que général."

"50.000 personnes suivaient chacun de ses gestes. C’est ça qui était différent."

"Oui, je suppose. Pourtant je crois que son esprit était focalisé sur une seule chose … tuer Commode."

"Peut-être bien ... quand mon père était dans l’arène …"

Il caressa des doigts les deux petits personnages sur la cuirasse, répliques des figurines en bois, "… mais son esprit était visiblement ailleurs quand il n’y était pas."

 

"Cela du être terrible pour lui, sachant qu’ils étaient morts. Et il était si loin de chez lui."

 

"Je peux m’imaginer cela un peu. Je suis prêt à rentrer à la maison aussi."  

Lucius sourit.

"Tout comme moi."

Les yeux de Glaucus abandonnèrent finalement la cuirasse pour se poser sur son ami juste au moment où un marin tira une corde en travers de ses pieds. Il les leva à temps pour éviter qu’un homme roulant un baril fasse de même.

 

"Qu’est-ce que tu étais en train de faire?"

"Je viens de terminer les lettres qui étaient dans le paquet que nous avons trouvé dans le compartiment."

Lucius soupira.

"Ce ne fut pas facile. Ma mère les a écrites quand elle était plus jeune que moi  mais ne les a jamais envoyées."

Lucius soupira à nouveau.

"Toutes étaient destinées à Maximus."

"Oh," fut tout ce que Glaucus trouva à dire.

Il fixa la crête des vagues qui étincelaient sous les rayons du soleil de l’après midi. Les mouettes piquaient et plongeaient sur les poissons argentés qui osaient s’aventurer trop près de la surface de l’eau.

 

"Je savais qu’elle l’aimait mais je n’avais jamais réalisé l’intensité de cet amour. Certaines ont été écrites après le mariage de ma mère avec mon père. Je ne crois pas qu’elle avait l’intention de les envoyer à Maximus car elles sont vraiment très personnelles et franches … cela ressemble plus à un journal qu’à des lettres même si chacune lui sont adressées. Je crois que c’est l’intensité des émotions qu’elles recèlent qui m’a surpris. Ma mère était une femme aimante mais réservée comme la plupart des dames impériales. Elle avait été éduquée pour accomplir ses devoirs plutôt que d’écouter son coeur. Je suis sûr que sa brève aventure avec Maximus en Germanie fut la seule fois où elle laissa libre court à ses rêves et ses désirs d’enfant. Puis elle a fait son devoir. Elle a épousé mon père et fournit un héritier au trône … moi."

 

Alarmé par le ton de la voix de son ami, Glaucus tourna la tête vers lui.

"Lucius..."

"Tout va bien, Glaucus, Je sais qu’elle m’aimait. Qu’elle m’aimait plus que tout mais elle n’a jamais oublié Maximus."

Il retourna les lettres entre ses mains maintes fois.

"Cela me brise le cœur de penser à quel point elle se sentit seule sans lui ... à quel point elle fut désespérée d’apprendre son mariage, d’apprendre qu’ainsi il quittait sa vie pour toujours. Après la mort de mon père, les lettres deviennent plus intenses. Elle écrit que le seul moment dans sa vie où elle se sentit réellement en vie était quand elle se trouvait avec lui. Elle a sérieusement envisagé le fait de le rejoindre mais ne l'a pas fait à cause de son statut de fille d’empereur – un statut qu’elle maudit plus d’une fois. Je pense qu’elle l’aurait volontiers envoyé balader si elle avait pu être avec lui."

 

Lucius appuya sa tête contre le mur de la cabine et ferma les yeux. Sa tête suivit le doux roulis des vagues.

"Il semble que ton père inspirait une passion intense et dévotieuse de la part des femmes qui l’aimaient et qui n'étaient pas n'importe femmes! Tout cela est plutôt tragique n’est-ce pas?"

 

Glaucus resta silencieux.

 

Soudain Lucius éclata de rire et tapota le bras de Glaucus.

"N’aies pas mauvaise conscience. Leur sentiment l’un vis-à-vis de l’autre n’a rien à voir avec toi et moi."

"Je sais mais je me demande si ma mère était au courant que d’autres femmes aimaient son mari. Si c’est le cas cela a du terriblement la secouer."

Il caressa du doigt la représentation d’Olivia.

"Ton père lui est malgré tout resté fidèle. Ce qui est très significatif tant de sa part que … de la part de ma mère."

"Oui sûrement."

 

Glaucus continuait à fixer les vagues au rythme ascendant et descendant du bateau.

"J’espère trouver une relation comme celle-là un jour … une qui me permettra d’être heureux avec une femme pour le restant de mes jours."

"J’ai tendance à penser qu’il te sera très aisé de trouver une épouse."

Glaucus ignora le compliment et haussa simplement les épaules.

"J’ai été trop occupé, trop préoccupé par mon père, pour seulement y penser."

"Tu n’as plus à te préoccuper de cela maintenant. Il n’y a plus de questions sans réponses, n’est-ce pas?"

"Non."

"Alors, il voudrait sûrement maintenant que tu perpétues son nom en te mariant et en produisant de petits Maximus."

Glaucus éclata de rire.

"Je vais garder cela à l’esprit."

  

Ils regardaient le bord de mer avec un mélange de bonheur et de tristesse, bonheur car ils étaient en route pour rentrer chez eux et tristesse car ils savaient qu’ils seraient bientôt séparés

 

Deux jours plus tard, Lucius débarquait à Massilia et se préparait à la dure route du retour  - remonter la vallée du Rhône et traverser les alpes.

Après un au revoir bref mais plein d’émotions sur la plage, Glaucus lui promit de venir lui rendre visite un jour puis lui et Brennus réembarquèrent pour continuer leur voyage faisant signe à la silhouette sur le quai jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’un point minuscule.

Marc Aurèle aurait été très fier de ce que son petit-fils était devenu.

 

Le passage par le détroit, les colonnes d’Hercule, s’effectua sans histoire et ils posèrent le pied en Espagne à Gades où ils louèrent un bateau pour remonter vers Hispalis.

Arrivés dans la grande cité, ils chargèrent leurs affaires, y compris l’urne et le coffret, dans un robuste chariot tiré par deux puissants chevaux pour entamer le dernier tronçon de leur périple qui allait les mener à Emerita Augusta. Ultor devait sentir qu’ils approchaient de la maison car Glaucus devait continuellement le réfréner et le cheval renâclait de déplaisir et se cabrait, souhaitant galoper à travers les collines vertes sous le chaud soleil d’été.

 

Et quelques jours plus tard, Glaucus assis sur Ultor perché sur une colline regardait sa ferme et son environnement vallonné et luxuriant et éclatant positivement de vie.

 

Les travailleurs agricoles étaient occupés à moissonner la seconde coupe des blés dorés et les branches des arbres fruitiers ployaient sous les poires et les pêches mûres.

Glaucus rejeta la tête en arrière, ferma les yeux et, respira l’odeur familière et douce des grappes de raisins qui embaumaient dans la brise, réalisant alors à quel point son foyer lui avait manqué.

 

"C’est paisible." Murmura Brennus et Glaucus sourit devant le respect de son ami pour le silence environnant, seulement brisé par le pépiement des oiseaux voletants et les renâclements et piétinements des chevaux impatients.

"Vois-tu la maison en pierres rose et au toit de tuiles rouges au sommet de la colline là-bas?" Dit-il en la lui désignant du doigt.

"Oui. C’est la tienne?"

"Oui c’est elle. C’est ici que Maximus est né et où il a vécu avec ma mère … du moins quand il n’était pas à la légion. Il aimait cet endroit et je pense que, maintenant, je peux comprendre pourquoi. Il devait avoir vu tant d’horreurs et souffert de tant de désespoir à l’armée Cette ferme était son refuge, un endroit où il pouvait voir les choses grandir et prospérer et non souffrir et mourir. Cela devait être particulièrement le bienvenu pour un homme avec de telles responsabilités."

 

Il obligea Ultor à se déplacer lentement, savourant chaque pas, admirant chaque fleur sauvage et chaque angle de vue des collines moutonnées.

Il avait toujours tellement cru que sa vie était toute tracée, il savait maintenant qu’il ne le croirait plus jamais.

 

C’est seulement quand le cheval s’engagea, en l’éclaboussant, dans l’eau froide et bouillonnante du ruisseau qui se tordait tel un serpent au sud de la ferme qu’il laissa Ultor courir à son gré, ses sabots volant littéralement.

Brennus resta près du chariot pour permettre à son ami de rentrer chez lui seul.

 

Glaucus mit pied à terre près de la porte dans l’enceinte et l’ouvrit doucement. Les charnières grincèrent en bienvenue et, pour la première fois depuis des années, il revit la longue allée bordée de peupliers que les rayons de soleil et les ombres mouchetaient.

Le bruit attira l’attention d’un travailleur.

L’homme mit sa main en visière et pencha la tête avec curiosité. Il baissa lentement son bras, restant bouche bée quand il réalisa qui était là.

Il laissa tomber sa pelle et courut vers la maison et, arrêtant un garçon au passage, il lui indiqua à force tour de bras la direction de la ferme voisine loin au-delà des collines pour qu'il aille y annoncer l'arrivée tant attendue du jeune maître.

 

Glaucus mit un genou à terre au pied du premier peuplier parmi les fleurs que sa mère éplorée avait plantées et dit bonjour à sa sœur, tout en lui annonçant le retour de leur papa à la maison.

 

Une femme rondelette apparut sur le seuil de la maison, essuyant ses mains sur son tablier.

Elle eut un sursaut de plaisir en le voyant et d'un bond rentra rapidement à l'intérieur criant des instructions pour préparer une fête pour le retour du jeune maître.

  

Quelques heures plus tard, Glaucus se trouvait devant les tombes couvertes de gazon de sa mère et de son frère, un monticule de terre fraîchement retournée près d’elles indiquant l’emplacement de celle de son père.

Il était entouré par la famille de sa mère, y compris le couple qui l’avait élevé comme s’il était leur enfant et ceux qu’il considérait comme ses frères.

 

Les travailleurs et les esclaves des deux fermes avaient rejoints la famille, vaste et sombre attroupement d’hommes, de femmes et d’enfants.

Ils se tenaient silencieux tandis que l’urne en or était déposée dans le sol puis Glaucus s’avança, prit une pleine poignée de terre noire qu’il effrita sur le sommet de l’urne.

 

"Vale." Murmura-t-il.

 

Derrière lui, il entendit des gens renifler et répéter l’adieu.

Il savait qu’il devait dire quelques mots mais ne trouva rien qui aurait pu transcrire la sérénité qui l’envahissait pour la première fois en 8 ans. Alors, il tomba simplement à genoux devant la tombe et chuchota.

"Tu es à la maison maintenant, Papa. Tu es, à nouveau, parmi les tiens."

 

La foule se dispersa lentement, se dirigeant vers la maison, impatiente d’entendre l’histoire de sa grande aventure. Mais, lui, resta là, seul perdu dans ses pensées.

 

Il resta assis à côté de la tombe jusqu’à ce que le jour s’efface pour faire place à la nuit, laissant couler entre ses doigts, encore et encore, la terre fraîche, savourant sa texture humide et  sa saveur pure et âpre.

La brise fraîche du soir secouait délicatement ses boucles et se condensait à chaque expiration et faisait bruisser les herbes couvrant les tombes plus anciennes.

 

Quand la pénombre fut remplacée par une obscurité dense, il repoussa, à l’aide de ses pieds et de ses mains, la terre sur l’urne jusqu’à ce que le monticule soit de même hauteur que les tombes voisines.

Puis à la lueur des étoiles, il cueillit des fleurs qui se trouvaient le long du chemin et les plaça délicatement sur la tombe jusqu’à ce que la terre disparaisse sous un manteau de pétales couverts de rosée dont les couleurs vives, jaunes, oranges et bleues étaient adoucies par la lueur de la lune

 

Un sourire triste mais satisfait creusa ses traits crispés tandis qu’il se tenait à côté de la tombe regardant le dernier lieu de repos de son père.

"J'espère que tu es satisfait de moi, Papa," Murmura-t-il.

 

Un moment plus tard, il leva les yeux vers la demeure où l’attendaient patiemment ses amis et ses parents et … il resta cloué sur place les yeux grands ouverts sous le choc tandis qu’un frisson descendait le long de son épine dorsale et que tous les poils de son corps se hérissaient.

 

Il était là, sur le perron - Maximus - revêtu de son uniforme de général, parfaaitement visible malgré le peu de lumière qui émanait de son corps évanescent.

Il pencha la tête pendant qu’il regardait solennellement son fils puis il replia son bras droit qu’il porta lentement à sa poitrine, son poing droit reposant sur son cœur et il resta ainsi, la brise faisant onduler sa cape et frissonner ses fourrures de loup jusqu’à ce que son fils retrouve suffisamment ses esprits pour lui rendre son salut d’une main tremblante.

Maximus fixa sereinement Glaucus encore quelques instants avant de lui signifier d’un signe de tête son approbation et sa gratitude, puis il sourit gentiment au garçon, les yeux brillant de chaleur et d’amour … avant que son image ne commence à s’estomper.

 

"Non" Haleta Glaucus tandis qu'il tendait des mains tremblantes vers son père, puis il força ses jambes chancelantes à se mettre en marche lourdement vers le perron maintenant vide.  

 

Abasourdi, Glaucus resta à l’endroit  où l’image de son père se tenait , ressentant un étrange courant d’air chaud l’envelopper et caresser son visage comme l’aurait fait une main aimante.

Il ferma les yeux et soupira, le cœur gros.

 

"Ah te voilà... finalement !" S’exclama sa tante Augusta en ouvrant la porte, inondant de lumière le perron. "Tu es resté si longtemps dehors que tu dois être épuisé et affamé. "

 

Elle fit claquer sa langue et passa son bras potelé sous son bras musclé puis grommela avec souci en le voyant couvert de sueur.  

"Tu vas attraper la fièvre pour sûr, il fait si humide maintenant dehors. Persius! " Appela-t-elle sur le pas de la porte.   "Viens m’aider à faire rentrer ton neveu. J’ai fait cuire ces biscuits que tu aimes tant, Glaucus ... Glaucus?  Persius, s’il te plaît, aide-moi, il est si fatigué qu’il est tout tremblant."

Persius désengagea doucement le bras de son neveu de la prise inquiète de sa tante puis posa une main ferme dans son dos et le tourna vers le seuil.  

"Avance,  mon vieux, entre. Ce fut une journée éprouvante sans parler des années qui l'ont précédée.  Nourris-toi et bois un peu de vin, tu te sentiras beaucoup mieux après."

Glaucus se tordit le cou pour regarder le perron, vide de toute présence maintenant, l’air environnant redevenu froid.

 

"Qu’y a-t-il? Qu’est-ce qui ne va pas? Tu as entendu quelque chose?" Lui demanda son oncle d’un ton soucieux.

 

Glaucus fixa l’obscurité quelques instants avant de répondre.

"Non... rien... rien du tout."

Puis il inspira profondément et regarda les millions d’étoiles étincelant dans le ciel sans nuages

"Tout est parfait."

 

Et il éclata de rire, son état d’esprit complètement changé, et le sang afflua, à nouveau, à son visage.

"Il est ici. Il est au courant de tout. Il a tout vu et il est content."

"De quoi? Qui?"

Glaucus assena une claque dans le dos de son oncle interloqué et rit à nouveau.

"Allons manger, Persius. L’odeur de ces biscuits m’a ouvert l’appétit tout d’un coup."

Des mains se tendirent vers lui et des voix pleines de sollicitude exprimèrent leurs joies de son retour, sain et sauf, au sein de sa famille.

 

Chapitre 79 – Retour à Vindobona

 

Les adultes et les enfants étaient tranquillement assis ensemble et écoutaient attentivement Glaucus raconter le récit de son voyage en Germanie et de toutes les péripéties qui s’ensuivirent.

Ils s’émerveillaient de ses aventures mais plus que tout des changements qui étaient intervenus en lui. Il était à peine plus qu’un gamin téméraire et insouciant quand il avait entrepris son voyage et, maintenant, il était presque aussi grave et réfléchi que son père.

Ils étaient ravis d’entendre que Marc Aurèle ait donné à Maximus la position la plus puissante de l’empire puis sursautaient d’effroi devant ce qui s’était passé après … juste sous leur nez.

 

Leur sœur et leur jeune neveu assassiné, Maximus capturé sur ses propres terres. L’esclavage. Ses triomphes à Rome comme gladiateur. Julia. Maxima – merveilleuse et bienvenue addition à leur vaste famille. Puis la trahison et la mort de Maximus et, avant celle-ci, l’accomplissement de sa mission : venger le meurtre de sa famille et ôter l’empire des mains du tyran Commode.

 

Et ils n’en avaient rien su.

 

Et ils avaient été incapables de l’aider.

 

Mais Glaucus avait réussi là où ils avaient échoué.

 

Non seulement il avait apporté la lumière sur tous les événements qui s’étaient déroulés mais il avait ramené à la maison Maximus pour qu'il repose aux côtés de sa femme et de son fils, risquant sa vie de nombreuses fois durant cette recherche.

C'était un accomplissement extraordinaire pour un homme réellement accompli, un homme qui avait affronté l'empereur lui-même et … avait triomphé.

 

Juste comme son père.

 

Mais ils savaient aussi que Glaucus ne resterait pas avec eux très longtemps. Il resterait suffisamment longtemps pour s’assurer que la ferme tournait de manière satisfaisante, pour se reposer et récupérer de ses aventures … puis il repartirait pour boucler ses aventures.

Cette fois cependant, il ne partirait plus seul car Brennus, ses oncles, Persius et Titus, et ses cousins Tacitus et Claudius l’accompagneraient.

 

Ils le lui devaient, à lui et à Maximus.

 

Glaucus établit une place spéciale dans l’atrium pour son coffret à ancêtres et y plaça à l’intérieur le précieux masque. De l’autre côté il posa les figurines que son père chérissait tant et, rapidement, il commanderait, à un sculpteur, un buste en marbre de Maximus qui prendrait place sur un piédestal, à la place d’honneur.

Puis il entraîna Brennus dans un tour du propriétaire et les travailleurs prirent plaisir à lui montrer comme la ferme fonctionnait bien.

 

Les moissons étaient en cours, les fruits allaient être cueillis et les moutons avaient été tondus. Les poulains de l'année gambadaient derrière leur mère. Les vaches, les moutons et les chèvres pâturaient sur les collines environnantes.

Les livres de compte étaient en ordre et les revenus avaient considérablement augmenté en son absence ce qui était une bonne chose car il avait dépensé tous les fonds qu'il avait pris avec lui pour son voyage.

Après un peu de repos, il pourrait repartir.

 

Un mois plus tard, six hommes chevauchant de puissants étalons prenaient la route du Nord, la route de la Germanie.

Ils étaient tous armés mais un seul portait une armure, celui qui les menait était revêtu d’une cuirasse en cuir noir ornée de motifs argentés inhabituels: un arbre, des chevaux et de petits personnages.

Tous ceux qui croisèrent leur route ou qui aperçurent cette petite armée déterminée et résolue, sur la route ou en ville, s’écartaient pour les laisser passer et soupiraient de soulagement quand elle s’était éloignée.

 

Ils avaient un tempo élevé qui ne faiblit pas même durant la traversée des montagnes d'Espagne, de Gaule et de Germanie. Dressés pour ce genre d'allure, les chevaux avalaient les distances d'une foulée souple et assurée, reniflant de plaisir.

En un peu plus d’une semaine, ils avaient traversé la Gaule et arrivaient en Germanie où ils suivirent le Danube jusqu'à leur destination.

 

Vindobona n’avait pas beaucoup changé depuis la dernière fois et Glaucus doutait qu’elle change jamais.

Après avoir déposé leurs affaires dans une auberge locale, il prit la direction de la forteresse, impatient de raconter à Jonivus ce qu’il avait accompli.

Il s’approchait de la maison basse en pierre le cœur léger mais très vite réalisa que quelque chose n’allait pas.

L’endroit paraissait négligé, le terrain était envahi par la végétation bien plus qu’il ne l’était auparavant.

 

Il orienta Ultor vers l’arrière de la maison là où Jonivus avait un petit jardin mais ne le découvrit plus; il était submergé par les mauvaises herbes et dissimulé par les branches basses des pins et des chênes environnants.

Il siffla Zeus mais aucun aboiement ne lui répondit.

Descendant de cheval, il s’approcha de la porte en chêne de l’enceinte qui entourait la cour et la martela de ses poings.

Pas de réponses.

Il essaya encore.

Toujours sans résultats alors il chercha à l’ouvrir d’un coup d’épaule mais elle tenait bien.

Plaçant ses mains au sommet du mur, il chercha une anfractuosité où il pourrait introduire ses doigts puis il tâtonna du bout des pieds jusqu’à ce qu’il trouve une fissure dans la pierre qui s'effritait.

Il se hissa sur le mur et s’agenouilla avant de sauter de l’autre côté, atterrissant genoux fléchis.

 

Il s'approcha lentement.

 

Les toiles d'araignée recouvraient l'embrasure de la porte de la cuisine, obscurcissant presque l'ouverture de leurs fins fils argentés.

Il était visible que plus personne n’avait emprunté ce chemin depuis longtemps.

 

Il prit une branche et déblaya l'ouverture des toiles puis pénétra dans l'atrium et dans la cuisine où il avait passé bien des soirées avec Jonivus à parler de Maximus.

Elle était déserte tout comme le reste de la maison – chaque surface était recouverte d'une épaisse couche de poussière - et l'air sentait le moisi et l'humidité.

 

Jonivus était-il mort ?

 

Jamais Glaucus n'avait voulu envisager cette possibilité.

 

Il déambula lentement dans la petite maison, ses pas résonnant fortement dans les pièces inoccupées soulignaient le vide de celles-ci.

 

Il avait une histoire à raconter et à partager, une histoire douloureuse, constituée de questions et de recherches et il voulait désespérément la partager avec l'homme qui l'avait mis sur le chemin des réponses.

"Jonivus?" Dit-il, d'une petite voix de garçon égaré.

Seul le silence lui répondit.

 

Il tourna les talons, quitta rapidement la maison et sauta par-dessus  le mur.

Quelques instants plus tard, Ultor sur ses talons, il marchait le long de la route pavée en direction de la ville, la tête penchée, perdu dans de sombres pensées.

 

"Eh bien, je ne pensais pas te revoir un jour."

Glaucus s'arrêta net, sursautant au son de la voix féminine qui venait de se faire entendre juste devant lui.

Son regard plongea dans les yeux de Katerina.

"Si tu ne regardes pas où tu vas, tu vas renverser quelqu'un avec ton satané cheval."

 

Une grimace émergea lentement sur le visage de Glaucus et ses épaules se détendirent maintenant qu'il la reconnaissait.

"Tu n'as pas changé."

"Toi oui."

Sa réponse était aussi effrontée que son regard qui évaluait sa cuirasse en cuir et ses bras et jambes nus sous la courte tunique.

"Vraiment?"

Qu'est-ce qui l'attirait tant chez les femmes sûres d'elles?

"Oui. Je ne croyais même pas que c'était toi au premier abord."

 

Elle plaça le grand panier contenant le linge sur son autre hanche et l'étudia, un sourcil relevé.

"Tu parais... plus vieux d'une certaine façon. Mature. Assuré. Tu t'habilles différemment."

"Tu n'as pas changé. " Répéta-t-il et c'était effectivement le cas.

Sa beauté était bien plus spectaculaire qu'il ne s'en souvenait.

Sa peau était toujours aussi fine et veloutée, ses lèvres toujours aussi ourlées, mais ses boucles auburn étaient empilées sur sa tête maintenant alors qu'avant elles se balançaient librement sur ses épaules.

 

Hésitant, il posa la question.

"Tu es remariée?"

"Oui, comment as-tu su?"

Glaucus haussa les épaules d'un geste qu'il espéra naturel.

"Tes cheveux."

 

Il sourit.

"Tu ne m'as pas attendu!" Plaisanta-t-il.

"Je ne savais pas que je devais."

Elle était sérieuse.

Un moment plus tard, elle le saisit par le coude et l'éloigna de la route pour permettre à un chariot chargé de légumes, en route pour la forteresse, de passer devant eux puis elle posa son panier à terre avant de plonger son regard dans ses yeux verts.

 

"J'ai épousé un soldat il y a deux ans et nous avons un petit garçon."

"Fille de soldat et, maintenant, épouse de soldat. C'est merveilleux. " Dit-il sans conviction.

Il avait, de manière irrationnelle, espéré que rien n'aurait changé - comme si tout avait été placé sous un verre protecteur pour attendre son retour.

 

Il eut un sourire blême pendant qu'il cherchait autre chose à dire.

"Mais tu fais toujours la blanchisserie?"

Elle évalua subtilement son changement d'humeur.

"Oui. De l'argent en plus aide toujours. En outre, mon mari est souvent parti avec la légion et nous avons une autre bouche à nourrir."

Il regarda sa taille mince. Etait-elle encore enceinte?

Un sourire désabusé tordit ses lèvres devant son regard embarrassé.

 

"Tu as été à la forteresse?"

Glaucus regarda la route derrière lui et dit

"Non, pas encore... Je cherchais Jonivus. Sa maison semble être abandonnée. Tu sais ce qui lui est arrivé?"

"Oui."

"Il ... Il est mort?"

"Tu as des nouvelles pour lui?"

Glaucus repoussa ses boucles rebelles et elle sourit à ce geste familier.

"Oui. De grandes nouvelles. Où est-il?"

Katerina  repris le panier qui débordait et le lui posa dans les bras tout comme elle l'avait fait des années auparavant, puis lui fit signe de la suivre d'un geste du doigt pendant qu'elle s'avançait sur la route et prenait la direction de la ville.

"Suis-moi."

 

Le vieil homme était assis dans sa cuisine, grattant la tête du grand chien qui était posée sur son genou et fixait l'enfant qui se trouvait dans le berceau proche.

 

Quand la porte s'ouvrit, Zeus leva la tête et tendit les oreilles, sa truffe humide se contractant quand il détecta l'odeur familière.

Glaucus se précipita vers eux.

"Jonivus... Jonivus, je suis de retour. " Cria-t-il et il ouvrit les bras pour étreindre le chien qui s'était dressé et sautillait tout autour de lui en entendant sa voix.

Jappant comme s'il était blessé, le chien se lança dans les bras de son jeune maître.

 

Glaucus serra l'animal et lui murmura des mots amitieux tout en essayant d'éviter la longue langue rose qui lui léchait le visage.

Il regarda anxieusement par delà la tête de Zeus le vieil homme qui s'était levé en chancelant, une main posée sur un coin de la table en bois.

"Glaucus, Glaucus... est-ce toi?"

Jonivus tournait la tête dans tous les coins à la recherche d'un son qui lui donnerait un indice sur sa localisation et, alors, Glaucus réalisa qu'il était totalement aveugle. Sa faible vue avait fini par l'abandonner tout à fait.

 

Il repoussa le chien et Zeus, rapidement, retourna au côté de Jonivus où il s'assit dans une attitude protectrice contre la jambe de l'homme.

"Oui, Jonivus, c'est moi. Je t'ai dit que je reviendrais." Cria-t-il, conscient de la surdité du vieil ingénieur.

"Et bien, il t'en a fallu du temps!" Sourit Jonivus qui fit un geste dans sa direction.

"Viens ici, viens ici, et donne à un vieil homme aveugle une accolade."

 

Glaucus prit Jonivus dans ses bras, le soulevant de terre et le vieil homme enroula ses bras autour des épaules de Glaucus en s'y accrochant fermement.

En dépit de son poids, le corps de Jonivus paraissait fragile, ses bras étaient squelettiques et ses cheveux blancs fins et clairsemés.

Quand Glaucus le libéra avec précaution, Jonivus se dressa de manière à pouvoir caresser le visage de l'Espagnol, étonné - et heureux – d'y sentir de l'humidité.

"Tu n'es pas en train de pleurer n'est-ce pas?" Le réprimanda-t-il doucement.

"Bien sûr que non."  Mentit Glaucus tout en se contredisant par ses reniflements puis il s'essuya les yeux.

 

Jonivus sourit et chercha à tâtons sa chaise sur laquelle il s'assit avec un grognement, les joints en bois grinçant sous son poids.

Zeus reposa sa tête sur les genoux du vieil homme.

"Tu es allé me chercher à la maison?"

"Oui. Et tu n'y étais pas." Répondit Glaucus avant de se rendre compte de l'absurdité de ses propos.

 

"Je suis devenu totalement aveugle, il y a environ un an et cette charmante jeune dame m'a pris chez elle."

Il sourit dans la direction de Katerina qui avait sortis son fils du berceau et le serrait tendrement dans ses bras.

"Elle est très gentille avec moi. Vraiment très gentille."

 

Il frotta les oreilles du chien et Zeus ferma les yeux de plaisir.

 

"Cela fut dur de quitter mon fils mais je ne pouvais plus m'occuper de moi-même. Elle était même disposée à prendre Zeus."

Sa main soudain s’arrêta, hésitante.

"Je suppose que tu es revenu pour ton chien?"

Glaucus tira une chaise jusqu'à la table mais Zeus ne remua pas.

"Mon chien ? Je pense que c'est ton chien maintenant."

"Oh ... non, non. Je m'en suis seulement occupé pour toi. Il mange trop. Tu dois le reprendre avec toi."

Mais il saisit le chien par la nuque et l'attira plus près de lui encore.

 

Katerina, soudain, déposa l'enfant dans les bras de Glaucus et dit.

"En parlant de manger, il est temps de commencer le souper. Tu peux prendre soin du petit Justini pendant que je m'en occupe ? S'il pleure, introduis le bout de ton doigt dans sa bouche... mais lave-le d'abord. Tu dois probablement goûter le cheval."

 

Glaucus tint le bébé et regarda dans ses yeux bleus. Une touffe de cheveux roux émergeait de son bonnet.

"Tu ressembles à ta maman." Roucoula-t-il. "Petit garçon chanceux."

Puis il étonna Katerina quand il appuya, de manière experte, l'enfant contre son épaule en le soutenant confortablement de sa grande main et en le balançant.

Le bébé gazouilla et bientôt bava de contentement.

 

"Tu donnes l'impression d'avoir fait cela toute ta vie." Observa-t-elle tout en épluchant des légumes dans un énorme pot noir.

Glaucus grimaça un sourire.

"J'ai un grand nombre de jeunes cousins si bien que j'ai eu souvent l'occasion de tenir des bébés."

"Aucun à toi encore?" Demanda-t-elle par-dessus son épaule.

 

Glaucus savait qu'elle était curieuse au sujet de son état civil.

"Non. Non, j'ai été trop occupé pour même y songer."

Jonivus s'impatientait durant ce petit aparté. Il tendit vers Glaucus une main noueuse et tavelée.

"Raconte-moi. Raconte-moi ce qui s'est passé durant toutes ces années où je ne t'ai pas vu."

 

Glaucus prit une profonde inspiration.

"J'ai réussi, Jonivus. J'ai découvert toute l'histoire et trouvé les restes de mon père. Il repose maintenant près de ma mère en Espagne."

Jonivus ferma les yeux et fit une prière silencieuse de remerciement aux dieux.

"Je le savais. Je savais que tu réussirais."

"Je n'y serais pas arrivé si tu ne m'avais pas donné les bonnes informations. J'ai dû voyager partout dans l'empire mais j'ai trouvé Julia et Marcianus et Lucius. Et j'ai trouvé quelqu'un d'autre."

"Qui?"

"Ma soeur, Maxima. Julia a eu une fille de mon père. Elle vit à Rome. Elle est belle et forte et courageuse et je l'aime beaucoup."

Jonivus frappa dans ses mains pour exprimer sa joie.

"C'est tellement merveilleux! Tu dois tout me dire. N'omets rien."

 

Et c'est ce qu'il fit, par-dessus un repas de poulet rôti, de carottes et de haricots. Il parlait toujours quand Katerina lui prit le bébé endormi des bras et disparut dans la chambre à coucher pour le nourrir, laissant la porte entrebâillée pour pouvoir continuer à écouter l'histoire.

 

Le feu était presque éteint et ils en étaient à leur deuxième fiole de vin quand Glaucus finit son récit par la brève description de son voyage vers le Nord avec ses oncles et ses cousins.

 

Les yeux laiteux de Jonivus rayonnaient de passion.

"C'est tellement merveilleux. Tu as tout accompli, Maximus. Tout."

Glaucus fronça les sourcils. Le vieil homme était-il ivre ? Imaginait-il que c'était le général qui était assis de l'autre côté de la table?

Le jeune Espagnol se pencha en avant et, doucement, dit.

"Jonivus, c'est moi... Glaucus."

 

En colère, Jonivus balaya l'air de la main.

"Je sais bien qui tu es. Je suis peut-être aveugle mais pas stupide !"

Il posa ses deux mains sur la table et se pencha vers le jeune homme de sorte que leurs nez se touchèrent presque.

"Tu te rappelles ce que je t'ai dit peu après notre première rencontre?"

Glaucus se rassit et, étonné, resta silencieux

"Quand tu t'es présenté. Tu ne te rappelles pas ? Je t'ai appelé Maximus et tu m'as dit que tu t'appelais Glaucus. Tu te rappelles ce que je t'ai dit?" Demanda avec passion Jonivus.

Le front de Glaucus se froissa pendant qu'il essayait de se souvenir.

 

"Vas-y ! Vas-y !"

 

Soudain, Glaucus se rappela la conversation :

"C’est bien ton nom, n’est-ce pas?"

"Oui mais je ne l’ai jamais utilisé. Il appartient à mon père, pas à moi."

"Il t’appartient aussi."

"On ne m’a jamais appelé ainsi. On m’a toujours appelé Glaucus. Mes parents adoptifs étaient inquiets pour ma sécurité et ils voulaient cacher ma véritable identité."

"C’était sage. D’accord, je t’appellerai Glaucus, mais tu dois te préparer à porter fièrement le nom de ton père … qui est aussi le tien … quand tes recherches seront finies."

"Je ne suis pas certain d’être digne de ce nom."

"Tu l’es et un jour tu le comprendras."

 

"Ton nom est Maximus !"Insista Jonivus. "Tu as gagné le droit de le porter. Tu es le fils de ton père dans toute ta personne. Ton nom est Maximus !"

 

Glaucus chercha ses mots.

 

"Dis-le !" Exigea Jonivus. "Dis-le ! Dis, 'Mon nom est Maximus.'"

 

Des larmes jaillirent de ses yeux pour la deuxième fois de la nuit.

"Je ne peux pas. Je ne me sens pas  …"

"Tu ne sens pas quoi ? Que tu l'as gagné ? Que tu le mérites?"

"Je... Je ne sais pas. " Répondit lentement Glaucus.

 

Jonivus s'adoucit.

"Bon, je t'appellerai Maximus jusqu'à ce que tu t'y habitues et bien vite tu verras comme il te convient."

Katerina revint avec le bébé endormi et Glaucus la regarda avec des yeux incertains.

Elle hocha la tête soutenant avec conviction l'affirmation de Jonivus.

 

Chapitre 80 – La peinture

Le jour suivant, Glaucus se rendit seul à la forteresse.

Il voulait voir le portrait d’abord car il n’était pas certain de pouvoir contrôler ses émotions quand il verrait pour la première fois la peinture restaurée

Ses compagnons pourraient toujours la contempler plus tard.

Il était assis le dos bien droit sur Ultor, la tension raidissant sa colonne vertébrale.

Il n’était plus venu ici depuis son incarcération dans la prison de la forteresse et sa confrontation avec Sévère et Plautianus des années plus tôt et des souvenirs déplaisants ternissaient sa joie.

En dépit du fait que les engagements contractuels assurant le rétablissement de la réputation de Maximus, avaient du atteindre chaque légion, il n’était pas certain de l’accueil qui lui serait réservé ici.

Ses doigts se rétractèrent quand la massive muraille en pierre et l’imposante porte se dressèrent menaçants devant lui et Ultor renâcla et se cabra en réponse car il sentait la tension de son maître transmise par les rênes en cuir.

 

Glaucus mit pied à terre et se présenta. Une large grimace de reconnaissance orna la face du garde.

L'épaisse porte en chêne s’ouvrit sans hésitation et Glaucus pénétra dans le camp, revêtu de l’armure en cuir de son père et l’épée de ce dernier, dans son fourreau, pendant à sa hanche.

 

Il avançait détendu maintenant, le dos redressé avec fierté le long des baraquements en pierre qui bordaient la via Principalis jusqu’au Praetorium et la maison en pierre de son père.

Le temps qu’il y arrive, les gardes et les soldats étaient déjà au garde à vous et la porte ouverte en invitation. Il la franchit et entendit des murmures respectueux émerger des rangs: "Général Maximus, Général Maximus."

Glaucus descendit de cheval et tendit les rênes à un soldat puis il accepta un salut d’un garde.

 

"Monsieur, nous vous attendions. Le Général Rufius est désolé de ne pas pouvoir vous souhaiter la bienvenue en personne mais il est sur la rivière avec une partie de la légion pour réparer les ponts. Il a laissé comme instruction que l’on vous donne entièrement accès à sa maison pour le temps que vous souhaitez. Vous pouvez entrer dès que vous êtes prêt, Monsieur."

"Le travail est-il fini?" Demanda Glaucus.

"Oui Monsieur. Les restaurateurs sont retournés à Rome la semaine dernière. Vous ne serez pas déçu."

L’homme recula et Glaucus le remercia avant de monter l’escalier et d’entrer dans l’atrium froid et sombre.

 

Il s’arrêta un instant pour laisser ses yeux s’habituer à l’obscurité, contemplant l’espace qui avait été si familier à son père ... et où sa mère et son frère avaient passé quelques mois.

Il marcha sur le sol couvert de tessères et s’arrêta après quelques pas, fixant la cour ensoleillée entourée d’une colonnade, au centre de laquelle se trouvait une petite pièce d’eau miroitante, deux bancs et une table.

Pourtant seule une chose l’intéressait et il savait quelle porte y menait.

Il poussa doucement la porte en chêne sculptée de la chambre à coucher qui avait été celle de son père et prit une profonde inspiration pour calmer sa légère nervosité.

Il entra les yeux fermés puis se tourna vers la droite. Il expira lentement et souleva les paupières.

 

Elle était là ! La peinture grandeur nature de son père restaurée dans son intégralité majestueuse.

 

Il fut content de pouvoir l’observer à distance tout d’abord, la découvrant globalement ainsi.

Tout le mur était recouvert d’une représentation détaillée et précise du paysage danubien avec des montagnes aux sommets pourpre et des forêts aux verts riches et sombres.

Le ciel était d’un bleu étincelant avec quelques petits nuages blancs. Les rayons du soleil projetaient une ombre sous le cavalier et sa monture.

 

Glaucus s’approcha de quelques pas.

Maximus était monté sur un étalon cabré à la robe tellement noire qu’elle en paraissait bleue, étalon très semblable à Ultor ce qui était troublant.

Sa cape flottait derrière lui soulevée par la brise de montagne qui ébouriffait aussi les fourrures de loup argentées posées si naturellement sur ses larges épaules

 

Glaucus s’avança encore.

La cuirasse brillait au soleil, chaque détail de la tête de loup et du griffon était parfaitement reproduit tout comme la protection d’épaule et les lanières en cuir qui pendaient sur ses cuisses.

C’était une armure de protection et non une armure de parade mais elle paraissait vraiment royale sur la majestueuse figure.

En contraste, la fine tunique en laine couleur lie de vin qui caressait ses biceps et ses cuisses paraissait douce et attrayante.

Ses mains étaient protégées de fer et de cuir et la droite brandissait l’épée qui ornait, maintenant, le flanc de son fils.

Des bottes en cuir montaient jusqu’à ses genoux ne laissant exposé au soleil qu’un peu de peau.

 

Glaucus vint encore plus près et regarda le visage de son père, si fort et pourtant si accueillant et si semblable à celui qu’il avait vu quelques précieux instants en Espagne.

Son port de la tête était fier et royal, Ses yeux bleus étaient perçants mais brillaient aussi du même humour que celui tordait ses lèvres en un petit sourire moqueur.

Sa mère l’avait parfaitement représenté : un homme d’une puissance, d’une force et d’une autorité fantastique mais aussi un homme compréhensif et plein de compassion.

 

Le cœur de Glaucus se serra devant la perte d’un tel homme.

L’empire avait besoin de lui.

Il avait besoin de lui.

Pourquoi devait-il mourir?

Glaucus repoussa d’un geste impatient les larmes qui menaçaient de couler de ses yeux.

Puis il tendit le bras et toucha du bout de ses doigts tremblants l’enduit froid.

 

Sa mère l’avait réalisée avec un tel art.

Il se hissa sur la pointe des pieds et suivit le contour des lèvres de son père les imaginant chaudes et vivantes.

Les lèvres semblaient vouloir s’ouvrir sur un plus large sourire et le pétillement dans ses yeux devenir plus brillant.

Il passa ses doigts sur ses propres lèvres, les pressant légèrement avant de s’étirer à nouveau et de caresser les joues de son père toujours du bout des doigts.

 

Puis il recula et regarda le glorieux portrait comme un homme qui a perdu l’esprit.

 

Il ignora le temps qu’il passa là, dévorant chaque détail et souhaitant que cette fresque magnifique soit sur un mur de sa maison en Espagne, avant de finir par se tourner vers la seconde fresque que sa mère avait peinte.

Elle représentait la ferme avec deux petits personnages dans un coin sous un haut peuplier. Il s’accroupit et vit que c’était sa mère et son frère près de la tombe de sa soeur.

Ils étaient côte à côte et se tenaient par la main, son frère si doux et innocent et sa mère si belle et élégante.

 

Quand il tendit la main pour les toucher, une violente lumière blanche explosa soudain dans sa tête puis il sombra dans l’inconscience tandis que son corps flasque s’étalait sur le sol

 

Le martèlement dans sa tête finit par le réveiller et il roula sur le côté et ce léger mouvement lui donna l’impression que son crâne volait en éclats

Il se prit la tête entre les mains et eut des haut le coeur comme s'il souffrait d'une violente indigestion.

Il essaya de s’asseoir mais une vague de vertige le secoua comme une tornade et il s’effondra sur le sol à genoux et sur les mains en proie à la nausée.

 

Il finit par réussir à lever la tête, gémissant sous la douleur née de ce simple geste.

Il ouvrit des yeux mornes et essaya d’imaginer où il se trouvait.

Même la faible lumière lacérait comme un couteau son cerveau mais il se força à inspecter son environnement.

 

En face de lui, sur le sol, un rectangle de soleil oblique était zébré de bandes noires.

Confus, Glaucus essaya de comprendre de quoi il s’agissait.

Soudain, il se rappela.

Il grogna de douleur et de peur et leva les yeux vers les barreaux de la porte de sa prison et vers l’homme ricanant qui se tenait de l’autre côté.

 

Plautianus.

 

Glaucus était tombé droit dans un piège.

 

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