Chapitre 71 - La Procession
Glaucus écoutait le bruit feutré des pas des douzaines d'hommes,
chaussés de sandales aux semelles souples, qui se déplaçaient dans l'étroit
tunnel en pierre éclairé par des torches, tunnel qui passait sous le forum et
aboutissait à la loge impériale au Colisée.
Bien qu'intensément conscient de leur
présence respective, Glaucus, Marius, Lucius et
Brennus s'évitaient la plupart du temps, ne souhaitant pas attirer l'attention
sur leur accointance.
Glaucus s'inquiétait pour Brennus à cause de sa jeunesse et lui
chuchotait des encouragements chaque fois qu'ils étaient proches.
Ils maîtrisèrent rapidement l'art de
passer l'un près de l'autre avec une indifférence feinte tout en se chuchotant
quelques mots.
Et puis, les prétoriens étaient plus
concernés par la garde de l'importante dot de la fille de Plautianus
que par leurs actions furtives.
Glaucus se gratta le cou là où sa peau brune était irritée par
le frottement de la raide tresse dorée bordant le col de sa fine tunique en
laine, blanche comme neige et … outrageusement courte.
Une ceinture tissée dans la même
matière ceignait sa taille et les lanières de ses sandales en cuir doré
s'entrecroisaient jusqu'à ses genoux.
Quand il jeta un coup d'oeil dans la
pièce, il comprit pourquoi ces domestiques avaient été choisis pour cette
tâche. Ils étaient tous musclés et attirants, dignes de participer à un cortège
impérial conçu pour éblouir la populace.
Ils furent conduits dans une grande
antichambre où ils rejoignirent une centaine d'autres hommes qui s'y tenaient
déjà.
Ces hommes étaient vêtus de très
courtes tuniques dorées et de sandales en cuir doré et ils étincelaient
littéralement quand ils se déplaçaient.
Ils se ressemblaient tous, grands,
minces, le teint olivâtre, les cheveux et les yeux bruns.
Exotiques.
"Qui sont-ils ?" Demanda Glaucus à un homme à côté de lui. "Je ne me rappelle
pas les avoir jamais vus au palais."
"Ce sont les eunuques."
Répondit l'autre d'un ton imperturbable.
"Les quoi ?"
"Les eunuques. Vous savez - ces
hommes qui ont été enlevés dans les rues par les prétoriens puis châtrés afin
que Plautianus puisse les donner à sa fille en cadeau
de noces. Ses eunuques personnels."
"Il a châtré des hommes adultes
?"
"Oui. Vous devez en avoir entendu
parler."
"C'étaient des esclaves ?"
"Non. Des citoyens de Rome."
Grommela le domestique. "Plautianus s'en est
emparé le plus simplement du monde et leurs a volé leur liberté - et leur
virilité."
Glaucus avait du mal à concevoir une telle atrocité, même de la
part de Plautianus.
Il frissonna quand il se rappela qu'il
avait été capturé et retenu par cet homme en Germanie.
Sterculinus organisait le cortège avec
frénésie, ses bras et ses pieds partant en tout sens, telle une marionnette
prise de folie, sa voix avait atteint un ton plus aigu que lors de la première
entrevue au palais.
A l'avant du cortège, se tenaient des
chariots dorés chargés de barres d'argent et d'or.
Ces chariots étaient suivis d'un autre
qui portait un coffre dont le couvercle ouvert révélait une montagne de pièces
de monnaie.
Puis les eunuques se virent assignés
leurs fardeaux, des présents plus petits.
Certains portaient des boîtes en or
serties de bijoux et emplies d'épices et de parfums précieux.
D'autres des bijoux en or incrustés de
pierres précieuses, artistiquement présentés sur des coussins pourpres pour que
la foule puisse s'en réjouir l'oeil.
D'autres encore montraient des robes en
soie pourpre d'une finesse extraordinaire et brodées d'étincelants fils d'or et
d'argent, des vases, des petites sculptures grecques en bronze, des sculptures
égyptiennes représentant des pharaons, des fourrures des provinces du Nord, de
l'ivoire d'Afrique, une petite réplique d'une villa que Plautianus
avait fait construire pour le jeune couple.
Des articles précieux provenant de tout
l'empire devaient être étalés devant les masses.
Les eunuques furent alignés, deux par deux
tandis que les plus grands articles étaient confiés aux domestiques, tous vêtus
comme Glaucus.
Un homme fut chargé d'une chaise en
acajou sculpté et incrusté d'ivoire et d'ébène.
Quatre hommes durent porter un énorme
coffre qu'ils pouvaient à peine hisser sur leurs épaules. Glaucus
et l'homme à côté de lui durent transporter un divan qu'ils posèrent sur leurs
épaules avec un grognement avant de se mettre dans la file.
Il jeta un coup d'oeil derrière lui et
vit Marius ainsi qu'un autre homme aux prises avec un coffre scellé.
Il ne pouvait pas voir où se trouvaient
les deux autres ni ce qu'ils portaient.
A midi, les cornes trompetèrent et les
chariots chargés d'or et d'argent jaillirent des entrailles du Colisée sous la
gloire étincelante du soleil tandis que des acclamations fantastiques
surgissaient de milliers de gosiers.
Il fallut un temps fou avant que Glaucus et son associé ne sortent et il se rendit compte
qu'il pourrait s'écouler des heures avant qu'ils n'atteignent le palais. Déjà
son épaule commençait à lui faire mal.
Le Forum était un océan humain.
Les gens s'entassaient le long de
l'itinéraire plus serré que lorsqu'ils se rendaient au Cirque, il y avait au
moins vingt rangs de spectateurs.
Des milliers d'autres observaient la
procession depuis les toits des bâtiments. Plusieurs avaient grimpé sur les
bases des colonnes et des statues qui s'alignaient au centre du Forum.
Davantage encore se tenaient debout ou assis sur les pas de chaque basilique et
chaque temple.
Des pétales de rose pleuvaient et
transformaient petit à petit la route pavée en tapis de velours rouge. Des
prétoriens armés se tenaient épaules contre épaules face à la foule, protégeant
les richesses de leur commandant. Ils repoussaient sans douceur ceux qui
faisaient mine de s'approcher du cortège - même ceux qui essayaient simplement
d'échapper à la pression – s'attirant un choeur de huées et de railleries de la
part de la foule. La populace était là pour une partie de plaisir et elle ne
voulait pas d'interférences.
Glaucus se tenait droit, espérant que le divan qu'il portait
cacherait son visage. Mais il n'avait jamais vu de cortège comme celui-ci
auparavant, et forcément n'y avait jamais participé, et il ne pouvait pas
résister à l'envie de laisser errer son regard sur la foule.
C'était une aubaine pour les vendeurs
de rue et les voleurs à la tire, deux professions qui étaient en train de
profiter considérablement de la générosité de Plautianus
à sa fille, tout comme les propriétaires de taverne et de bordels.
Les gens levaient des coupes de vin en
salut et Glaucus se lécha les lèvres, ayant de plus
en plus chaud et étant de plus en plus assoiffé sous le soleil de plomb.
Le cortège allait épouvantablement
lentement et il avait l'impression que trois personnes étaient assises sur le
divan qu'il portait.
La sueur dégoulina de son front et il
l'essuya sur le pied tapissé du divan.
Il espérait qu'elle y laisserait une
tache!
Le temps qu'ils atteignent l'extrémité
du Forum, la laine de sa tunique était imprégnée de sueur et son dos le
démangeait abominablement.
Son épaule était presque engourdie et
il avait soif.
Il se demanda comment allaient les
autres qui devaient se trouver quelque part derrière lui.
Ils finirent par se retrouver dans
l'ombre rafraîchissante du Palais de César et entrevirent, devant eux, le temple de Vesta.
Glaucus savait qu'ils entameraient bientôt la montée de la
Colline vers le palais et il espéra que ses jambes ne le lâcheraient pas d'ici
là.
Cette pensée avait à peine quitté son
esprit que son associé entamant la pente, glissa et tomba sur un genou,
essayant frénétiquement d'équilibrer le divan qui menaçait de glisser de son
épaule.
La foule haleta.
Glaucus saisit le divan des deux mains et s'abaissa
considérablement pour supporter le plus du poids possible et permettre à
l'autre homme de se remettre sur ses pieds.
Comme ils se relevaient à l'unisson,
les gens applaudirent et Glaucus ne put résister à la
tentation de lancer un sourire rapide à la foule avant de se figer quand ses yeux
rencontrèrent les yeux bleus, complètement choqués, de sa soeur.
La surprise de Maxima se mua rapidement
en alarme et elle se fraya un chemin à coup de coude à travers la foule pour se
maintenir au niveau du cortège. Glaucus essaya de
l'ignorer, mais pouvait voir le sommet de ses cheveux noirs quand elle sautait
tous les deux ou trois pas pour essayer de voir où il se trouvait.
Il priait qu'elle ne l'appelle pas par
son nom.
La fin du voyage lui parut interminable
car son esprit était préoccupé par cette situation fâcheuse.
Qu'allait faire Maxima ?
Que pourrait-elle faire ?
Juste avant de franchir la porte du
palais, il jeta un coup d'oeil aux gens alignés le long de la rue. Maxima se
trouvait au premier rang de la foule qui était plus mince maintenant, les
poings serrés dans sa tension, le regard implorant.
Il ne put que lui envoyer un sourire
discret et un clin d'oeil avant que l'arche de la porte ne l'engloutisse.
Le soir, Glaucus
et ses amis allaient être cloîtrés avec les domestiques dans un certain nombre
de bâtiments appartenant au palais.
Lui et Marius se retrouvèrent dans la
même bâtisse avec des lits côte à côte dans un coin éloigné sous une cage
d'escalier.
Marius semblait prêt à éclater.
"As-tu vu ta soeur ?"
Demanda-t-il d'une voix pressante.
"Oui, et elle m'a vu."
"Elle m'a vu aussi. Elle
paraissait extrêmement bouleversée. Que penses-tu qu'elle va faire ?"
"Le dire à sa mère et à
Apollinarius. En dehors de cela, je ne sais pas."
"Penses-tu qu'elle sera au mariage
?"
"J'en doute. Je ne pense pas que
Julia puisse obtenir une invitation. C'est une affranchie - un fait que tu
oublies aisément."
Marius ignora la remarque.
"Tu sais, j'avais oublié à quel
point elle est belle. Bien que je pense à elle constamment – que je rêve d'elle
- j'avais oublié."
Marius se tut
un instant avant d'ajouter.
"Je l'aime, Glaucus."
"Tu ne l'as rencontrée qu'une
fois."
"C'est assez."
Glaucus ne sut pas quoi ajouter alors il se coucha, les mains
derrière la nuque et se perdit dans la contemplation du plafond incliné non
loin au-dessus de son nez.
Un mariage n'était tout simplement pas
possible dans les circonstances actuelles.
Il changea de sujet de conversation.
"J'espère que Brennus va bien. Je
suis inquiet pour lui."
"Ne le sois pas. J'étais près de
lui dans le cortège et il considère tout ceci comme une grande aventure."
"Il ne comprend pas le danger dans
lequel il se trouve."
Glaucus se mit sur son côté pour faire face à Marius et posa sa
tête sur sa main.
"Vous êtes tous en danger si vous
êtes soupçonnés de m'aider. Peut-être … "
"Ne le dis même pas. "
L'interrompit Marius. "Je me suis engagé dans cette entreprise et j'en
verrai la fin."
"Je n'ai rien pour nous protéger
si nous sommes attrapés. L'anneau et les copies du contrat sont chez Eugenia et l'original est au temple. "
"Donc nous devons nous assurer que
nous ne serons pas attrapés."
"Tes parents seront-ils au mariage
demain ?"
"Oui ... et je suis sûr qu'ils
sont en train de se demander ce qui m'est arrivé."
"Ils ne doivent pas t'y
voir."
"Je sais. Que penses-tu que l'on
va nous demander de faire ?"
"N'importe quoi mais nous
resterons en coulisse, j'en suis sûr. Cela nous permettra de nous esquiver le
moment venu."
Glaucus bâilla et frotta son épaule douloureuse.
"Qu'est-ce que Lucius et Brennus
ont du transporter aujourd'hui, tu le sais ?"
"Une table et elle semblait
infernalement lourde. Je n'ai jamais vu un tel excès. Glaucus
... as-tu entendu parler de ces hommes qui étaient vêtus tout en or ?"
"Oui."
"C'est illégal de faire cela aux
citoyens romains."
"Plautianus
a ses propres lois et Sévère le laisse faire. Je me demande à quoi va
ressembler ce mariage."
Glaucus bâilla de nouveau.
"Nous ferions mieux de dormir.
Nous aurons besoin de tous nos esprits, demain."
Chapitre 72 – Le jour des noces
Ils furent levés avant l'aube le
lendemain matin. Ils mangèrent puis on leurs donna leurs vêtements de la
journée, de longues tuniques flottantes de couleur blanche bordée d'une large
bande brodée d'or de style oriental.
On leurs fournit des chaussures de lin
pour leurs pieds. Une fois lavés et habillés, tous les domestiques furent
rassemblés à l'extérieur de leurs quartiers sous les rayons orangés du soleil
naissant.
Lucius et Brennus étaient là.
Ainsi que l'homme au tic.
Sterculinus était juché sur une caisse
en bois pour lui donner une hauteur supplémentaire et battit des mains jusqu'à
ce qu'il ait l'attention de chacun. Ses deux yeux clignaient violemment
aujourd'hui.
"Il est arrivé!"
S’exclama-t-il. "Le grand jour que nous attendions tous! Tout doit être
impeccable aujourd'hui. Impeccable! Chacun a un travail à faire et doit le
faire impeccablement."
Glaucus étouffa un bâillement et lança un sourire oblique en
direction de Brennus. Le garçon lui rendit son sourire.
L'homme battit, à nouveau, des mains
car il sentait qu’il n'avait pas la pleine attention de chacun.
"Actuellement, les domestiques qui
serviront les invités au banquet sont déjà connus. Vous aurez deux choses à
faire. Premièrement, certains d'entre vous encercleront la pièce de réception
ce matin où les invités admireront la dot de la jeune mariée - et aideront les
gardes à s’assurer que rien n'est ... euh, emprunté. D'autres feront le
nettoyage de dernière minute. Deuxièmement, vous porterez la nourriture de la
cuisine aux tables, dans la salle de banquet, où les serveurs s’en chargeront.
Voilà. C'est tout simple. "
Le regard de Lucius croisa celui de Glaucus.
Ils allaient être dans la salle de
banquet. Sévère, Plautianus et les parents de Marius
y seraient aussi. Ce n'était pas bon.
Les mains battirent de nouveau et les
domestiques se dirigèrent vers le palais. Tout en marchant, les quatre
conspirateurs se déplacèrent de manière à se retrouver ensemble, espérant ainsi
qu'ils pourraient être assignés au même emplacement.
Ce fut le cas.
Peu de temps après, il se trouvèrent
côte à côte, les mains derrière le dos, le long du mur de la grande salle de
réception, derrière les présents de la dot, disposés en rangs réguliers qui
remplissaient toute la pièce.
Les invités commencèrent à arriver pour
la cérémonie des noces qui aurait lieu à midi ce qui laissait amplement le
temps pour la célébration ensuite.
Habillées de la soie la plus fine et
ruisselantes de bijoux, les femmes des magistrats, des chefs militaires et des
chefs d'entreprise provenant de tout l'empire accompagnaient leurs maris qui
avaient revêtus qui son uniforme qui sa toge selon sa fonction.
De nombreux couples s’étaient regroupés
et se saluaient comme de vieux amis.
Les femmes affichaient un sourire de
circonstance sur leurs lèvres fardées et lançaient des regards brillant de
dérision en direction des autres femmes, leurs maris s’esclaffaient trop fort
aux plaisanteries de leurs pairs. Certains choisirent d’admirer les cadeaux de
la dot car ils n’avaient pu les distinguer clairement des fenêtres de leurs
maisons et n’avaient pas voulu se mêler à la cohue de la rue.
Ils se baladaient parmi toute cette
richesse, admirant et évaluant, comparant et critiquant, chuchotant des avis
dans des oreilles bienveillantes sur la qualité de ceci et l'authenticité de
cela.
Glaucus était fasciné autant par les couleurs insensées des
cheveux des femmes que par leurs styles de coiffure à la limite de l'imaginable
: pliées, tordues, frisées et enroulées en de hautes piles avec des bijoux
scintillants partout dedans.
Il pensa aux douces vagues noires de
Maxima et à la simple queue de cheval brune de Clara.
Ce n'était pas la première fois qu'il
pensait à Clara depuis qu’il l’avait rencontrée. Il se demandait comment elle
allait et ce qu'elle penserait d’un tel étalage.
La valeur du divan qu'il avait porté
hier était suffisante pour l’entretenir pendant une année - peut-être même
deux.
Vers le milieu de la matinée, Glaucus et ses compagnons changeaient de pieds
continuellement, essayant, tout la fois, de maintenir leur équilibre et leur
intérêt.
Ce qui, au départ, avait été amusant
était maintenant mortellement ennuyeux.
Et il faisait chaud et c'était bondé et
bruyant.
Les parfums lourds empestaient
l'atmosphère maintenant moite.
Quelques dames recherchaient la moindre
ouverture dispensant de l'air frais pour empêcher leur maquillage de couler et Glaucus remarqua que les taches sombres en dessous de
nombreux sous-bras allaient en s'agrandissant.
Tous ces gens avaient beau être riches
et puissants, ils n’en suaient pas moins comme tout le monde !
Soudain, il entendit Marius sursauter
et vit qu’il baissait subrepticement la tête.
"Mes parents." Chuchota-t-il
avec un brin de panique dans la voix. "Ils viennent d’arriver."
Glaucus eut le temps d’apercevoir un couple dans la quarantaine
se diriger rapidement vers la salle du trône. Le couple lui donna une
impression de raffinement et de richesse discrète.
"Ils ne viennent pas par ici, mais
gardes la tête baissée, on ne sait jamais." Dit Glaucus
tout en adoptant la même position même si les parents de Marius ne pouvaient
pas le reconnaître.
Mis ainsi, ils ne virent pas les Vestales
qui arrivèrent juste avant que la cérémonie ne commence, toutes de blanc vêtues
comme à leurs habitudes. Ils ne virent pas non plus un homme d'affaires, sa
femme et leurs quatre filles dont trois gloussaient toutes excitées tandis
qu’ils se dirigeaient vers la salle du trône. La quatrième - une beauté aux
cheveux noirs – restait en arrière, regardant autour d’elle effarée.
Comme en réponse à un signal, la salle
de réception se vida et les couples se hâtèrent pour trouver une place dans la
salle du trône surpeuplée.
Les domestiques furent conduits au
dehors de la salle et placés des deux côtés du large couloir principal qui
menait à la salle du trône, chacun tenant entre ses mains une poignée de
pétales de rose rouges. Marius était à côté de Glaucus
dans le péristyle, debout entre deux colonnes enveloppées de rose.
"Ce sera quelque chose à raconter
à nos petits-enfants !" Murmura Marius à Glaucus
qui s’étrangla de rire.
Clap, clap!
"N'écrasez pas les
pétales !" Recommanda Sterculinus tout en arpentant le couloir.
"Ou ils ne flotteront pas correctement."
Tout le visage du petit homme était
parcouru de tics nerveux maintenant.
"Ne les jetez pas tant que la
jeune mariée n’est pas à votre hauteur alors à ce moment-la, jetez les en
l’air, comme cela."
Il se mit sur la pointe des pieds et
projeta gracieusement sa main en l’air, le poignet élégamment replié.
"Déployez vos doigts au tout dernier moment pour une hauteur
maximale."
Il hocha la tête de satisfaction quand
certains domestiques démontrèrent, avec sérieux, leur technique sans perdre un
seul pétale. Brennus fut l’un d'entre eux.
Glaucus se mordit la lèvre inférieure pour retenir le sourire
qui menaçait d’envahir son visage et de dégénérer en ricanement.
Ils se tenaient près de la fontaine
octogonale qui avait été drapée de guirlandes de roses pour la circonstance et Glaucus était heureux que le bouillonnement de l’eau masque
leurs chuchotements. Brennus et Lucius étaient de l’autre côté de la fontaine,
aussi entre deux colonnes décorées.
Les trompettes sonnèrent quand le
cortège s’ébranla.
Le premier à émerger de l’obscurité du
couloir fut Septime Sévère, resplendissant dans ses fines soies pourpres et sa
cuirasse en or ciselé.
Les préposés tenaient un énorme aigle
doré aux ailes déployées au dessus de sa tête.
Concentré sur sa tâche, il regardait
fixement devant lui ce qui permit à Glaucus de
l'étudier sans crainte quand il s'approcha.
Sous sa couronne de feuilles de laurier
en or, son visage était ferme et dur car il se concentrait pour marcher sans
à-coup, sans que transparaisse la boiterie qui pourrait saper sa force et son
autorité.
Ses cheveux et sa barbe avaient été
teints, frisés et crêpés pour essayer de le faire paraître plus jeune et plus
grand, mais, tout cela ne faisait que souligner davantage son visage ridé et
rongé par les soucis.
Ces apprêts ne masquaient pourtant pas
la détermination sinistre en lui ce qui le rendait toujours aussi dangereux. Glaucus n'avait plus été aussi proche de lui depuis la
Germanie et il ne put maîtriser un involontaire frisson.
L'impératrice, Julia Domna, marchait à ses côtés, sa main reposant légèrement
sur le bras de son mari, ses yeux aussi fixés droit devant elle, son visage
attirant montrait plus de signes de fatigue que d'épanouissement.
Un diadème scintillant était blotti
dans la montagne de frisettes qui lui recouvraient la tête et sa robe reflétait
des nuances pourpres ou bleues suivant qu'elle passait de l'ombre à la lumière,
d'une colonne à une autre.
Glaucus vit bientôt la raison de la lassitude de l'impératrice.
Derrière eux s'avançait leur fils - le
jeune marié et futur dirigeant de l'empire - le visage tordu par un rictus
désagréable qui le faisait paraître beaucoup plus que ses quatorze ans.
Il était presque aussi grand que son
père mais sa taille était déjà très épaisse.
Au vu de l'expression revêche de son
visage simiesque et de son attitude butée, Caracalla n'était pas heureux de ce
mariage et n'hésitait pas à l'exprimer. Sans nul doute, cette matinée avait du
être éprouvante pour ses parents.
Glaucus plaignait Julia Domna, la
deuxième femme de Sévère, née en Syrie et descendante de la vieille dynastie
dirigeante d'Emèse.
Elle avait été choisie comme épouse par
l'ambitieux Sévère parce que son horoscope révélait qu'elle épouserait un roi
et … la prophétie s'était avérée tout à fait exacte.
Elle donna rapidement deux fils à son
mari, Caracalla et Geta, accomplissant ainsi son rôle en lui fournissant un
héritier mâle.
C'était femme intelligente et cultivée
qui patronnait des auteurs et des philosophes et dépensait les nombreuses
richesses de son mari à faire restaurer les temples romains, comme celui de
Vesta.
Pour cela, elle avait été acceptée par
les patriciens romains malgré son origine orientale.
Des cors suivaient le garçon puis ce
fut le flot des eunuques dorés, deux par deux, des fleurs autour de leurs cous
et dans leurs cheveux. Ces hommes émasculés à la peau olivâtre, aux yeux
sombres et aux cheveux huilés jetaient, avec obéissance, des pétales de rose
contenus dans de fins paniers haut dans les airs, créant un tapis de pétales
pour la jeune mariée qui les suivait au bras de son père.
A sa vue, Glaucus
comprit la raison de l'aigle au dessus de la tête de Sévère. Plautianus était habillé plus somptueusement que
l'empereur, sa cuirasse surpassant celle du Sévère avec des images de gloire
gravées et incrustée de gemmes précieuses qui lançaient des éclairs quand les
rayons de soleil s'y reflétaient.
Ses vêtements étaient de pourpre très
sombre, mais de pourpre néanmoins, la couleur réservée à l'empereur.
Il avait figé un sourire froid sur son
visage de belette.
Glaucus fut surpris de le trouver si changé depuis la Germanie.
Il était beaucoup plus lourd et plus mou, sa cuirasse était plus large
qu'auparavant.
Son menton était fortement empâté et
ses joues affaissées mais les yeux appartenaient toujours à Plautianus
- froids, durs et menaçants malgré le sourrire sur ses lèvres minces.
Les doigts de sa fille étaient écrasés
dans le pli de son coude au point d'en devenir bleus car il la traînait presque
à travers le couloir.
Elle se tenait en arrière - jeune
mariée peu complaisante – car elle refusait de marcher aux côtés de son père.
Une pluie de pétales descendit le long
de son voile safran et de ses épaules couvertes de soie jaune.
Glaucus jeta ses pétales en l'air aussi, mais elle n'en vit
aucun - ses yeux étaient immobiles et inexpressifs.
Elle trébucha juste après être passée
devant lui et put à peine recouvrer son équilibre, écrasée par le poids des
bijoux qui encerclaient son cou, miroitaient à ses oreilles sous le voile et
enveloppaient ses poignets, ses chevilles et sa taille.
Habillée de blanc, elle aurait
ressemblé à une Vestale déchue menée à son exécution, plutôt qu'à une jeune
mariée.
Des préposées l'entraînèrent et Glaucus suivit la tragique jeune fille des yeux jusqu'à ce
que le cri monte de la salle du trône : "la jeune mariée! La jeune
mariée!"
Elle était condamnée - sacrifiée à
l'ambition de son père.
C'était le plus sinistre cortège de
noces auquel il ait jamais assisté.
Mais le début du mariage signifiait que
les appartements impériaux étaient maintenant vides.
Lucius pensait évidemment la même chose
et tourna brusquement la tête dans cette direction.
Dans la confusion qui suivit, personne
ne remarqua leur départ.
Chapitre 73 –
L’invitée surprise
"Ce n’est vraiment pas de cette
façon que nous allons y arriver." Dit Lucius, d'un air triste après avoir
jeté un coup d'oeil aux portes de bronze verrouillées et gardées.
"Pourquoi seraient-elles toujours
gardées ? La famille tout entière sera sûrement à la cérémonie." Lui
chuchota Glaucus.
Clap! Clap!
Les quatre hommes sursautèrent au bruit
sec qui avait retenti derrière eux.
"Avez-vous perdu votre chemin
?" Demanda le petit homme nerveux avec un brin de sarcasme dans la voix.
"Venez! Nous devons préparer la salle de banquet tandis que la cérémonie
est en cours. Suivez-moi. Nous avons tous du travail à accomplir."
Comme quatre écoliers pris en faute,
ils suivirent Sterculinus dans la salle de banquet où, sur le seuil, saisis,
ils s’arrêtèrent tous pile sauf Lucius.
Elle était à couper le souffle.
Elle s’ouvrait complètement, sur deux
côtés, sur des jardins où les eaux des fontaines ondulaient sous la poussée
d’une brise légère.
Elle scintillait sous la lumière des
milles bougies blanches, se reflétant intensément sur le marbre blanc.
Des roses blanches ornaient en tresses
torsadées les colonnes dorées et emplissaient d’énormes vases reposant sur des
piédestaux de marbre.
La pièce embaumait la rose.
La vaste pièce et les jardins étaient
aménagés de manière à accueillir confortablement un millier d’hôtes. Des divans
étaient regroupés autour de tables basses et des tabourets étaient installés à
côté des divans pour les femmes célibataires et les enfants.
Les ensembles étaient disposés de
manière plus spacieuse près de l'estrade où la famille impériale prendrait le
repas et considérablement plus entassés au fur et à mesure que l’on s’éloignait
de l’estrade - et donc du centre politique.
Clap! Clap!
Glaucus était sur le point de boxer l’irritant petit homme.
Comme s’il avait senti son animosité,
Sterculinus tourna son attention vers Glaucus.
"Votre travail est de vérifier que
chaque divan est à égale distance de la table. Serrez un poing, comme
cela." Lui montra Sterculinus.
"L’assise du divan doit être
exactement à quatre poings du bord de la table."
Glaucus regarda le poing de l'homme puis le sien. Il y avait une
différence notable de taille entre les deux mais il n’eut pas envie de soulever
ce point
Au lieu de cela, il sourit
gracieusement et inclina la tête, espérant que l'homme s’en irait déranger les
autres domestiques.
"Io, hymen, hymenaeus..."
L'hymne traditionnel de noces leurs
parvint de la salle du trône.
Les autres trois étaient occupés à
placer les divans et les tables dans la position souhaitée.
"Maintenant quel est le plan,
Lucius ?" Demanda Marius.
"Nous saisirons notre chance quand
le banquet sera commencé. Nous attendrons jusqu'à ce qu’il y ait eu de
nombreuses libations. Alors, les chansons et les divertissements commenceront
et nous devrions pouvoir nous en aller sans nous faire remarquer
"Si tamen e noblis
aliquid nisi nomen et umbra
restat, in Elysia valle Tibullus erit.
obvius huic venias hedera iuvenalia
cinctus
tempora cum Calvo, docte
Catulle, tuo..."
"Il semblerait d’après les sons
qu’ils se dirigent par ici." Dit Marius. "Laissons tomber ces divans
et sortons d’ici. Mes parents ne doivent pas me voir."
Comme s’il répondait à un signal, le
petit homme se retourna.
"C’est bien, c’est bien."
Dit-il alors qu’ils avaient à peine touché quelques divans. Une colonne de
servantes se tenait derrière lui et il leurs indiqua de s’agenouiller sur des
coussins près des tables basses et de se tenir prêtes à servir. Puis le reste
des servants entra et prit place tout autour de la pièce
Glaucus, Marius, Lucius et Brennus durent les rejoindre.
Clap! Clap!
"Servants, votre travail est
d’aider les dames à s’asseoir. Ensuite, quand je vous l’indiquerai, vous irez
immédiatement chercher aux cuisines les plats que vous apporterez aux serveurs
qui resteront ici."
Les cornes sonnèrent.
Le petit homme sursauta et battit des
mains.
"Bien, bien. Préparez-vous!"
Marius, debout à la gauche de Glaucus, regarda ce dernier avec inquiétude. Il n’y avait
pas le moindre endroit où se cacher.
"Ils ne te remarqueront
probablement pas." Essaya de la rassurer Glaucus.
"Les gens vont s’entasser ici. Ils ne feront pas attention aux
domestiques."
Il avait à peine terminé sa phrase que
les eunuques firent leur apparition, par deux, côte à côte, et se dirigèrent
directement vers l'estrade où ils s’immobilisèrent telles des statues dorées
derrière l’endroit où se tiendrait le jeune couple toute la soirée.
Les jeunes mariés les suivaient et il
était évident que la mariée avait pleuré.
Elle marchait tendue aux côtés de son
époux qui refusait de la toucher ou même de la regarder.
Ils furent conduits vers un divan doré,
dont l’assise était délicatement brodée de fleurs, où la jeune mariée
s’allongea maladroitement.
Caracalla, refusa de s’asseoir à côté
d'elle et se dirigea vers un autre divan où il s’assit et se croisa les bras
ostensiblement en défi. L'empereur et l'impératrice qui les talonnaient ne
regardant ni à gauche, ni à droite, se dirigèrent directement vers leurs
places.
Les doigts de Sévère enserrèrent le
haut du bras de son fils tandis qu’il lui parlait tranquillement mais le garçon
ne prétendit pas bouger.
L'impératrice se tordit les mains et le
supplia, en vain.
Plautianus et sa femme firent semblant de ne pas remarquer les deux
enfants et s’assirent, un sourire figé sur les lèvres.
Les invités suivirent aussitôt, quelque
peu réservés au vu de ce mariage difficile et prirent place tout en bavardant
de sujets innocents comme le temps, ou les fleurs - pas un mot sur la cérémonie
dont ils venaient d'être témoins.
La pièce bourdonna bientôt comme une
ruche tandis que les couples étaient conduits à leurs places. Au grand
soulagement de Marius, ses parents se trouvèrent installés du côté opposé au
sien et bien en retrait du dais.
Glaucus sentit que l’on heurtait son bras droit. Il l'ignora. On
le secoua à nouveau, plus vivement cette fois.
"Pourquoi n’as-tu pas pris contact
avec moi depuis ton retour à Rome?" Siffla une voix féminine à son
oreille. Glaucus se retourna, abasourdi.
Maxima n’était pas supposée se trouver
ici.
Comment était-elle arrivée ici ?
Comme si elle avait pu lire dans son
esprit, elle lui expliqua,
"J’accompagne une connaissance
d'affaires de ma mère - un homme qui a beaucoup de filles. L’une vient juste de
tomber malade et il a accepté que je la remplace. C’est un arrangement de
dernière minute, mon frère."
"Je ne voulais pas
t’impliquer." Lui chuchota frénétiquement Glaucus,
espérant que personne ne remarquerait cet échange inconvenant.
"Et bien, considères-moi comme
impliquée!"
"Va à ta place, Maxima, avant que
nous n'attirions l'attention."
"Nous devons parler."
"Pas maintenant."
"Tout de suite !"
Insista Maxima.
Se demandant à qui Glaucus
parlait, Marius se pencha et regarda fixement
son ami.
"Maxima!" S’exclama-t-il
oublieux de l’environnement et de son rôle.
"Marius!" Le ton de Maxima
avait une connotation accusatrice. "Tu m’avais dit que tu entrerais en
contact avec moi aussitôt de retour à Rome."
Ca allait trop loin.
D'autres domestiques devaient être en
train de les dévisager maintenant, même si les invités ne le faisaient pas - du
moins pas encore.
"Viens me voir au jardin dans
quelques minutes. Je serai bientôt appelé hors d’ici." La pressa Glaucus.
Elle jeta un regard confondant aux deux
hommes et les contourna pour franchir la
fenêtre ouverte et se retrouver dans la lumière du soleil.
Marius ne pouvait pas détacher les yeux
de sa mince silhouette enveloppée de soie scintillante couleur rose très pâle
presque blanc.
Un délicat collier en or incrusté de
petites émeraudes encerclait son cou élégant et
des pendants assortis ornaient les lobes de ses oreilles.
Ses cheveux noirs étaient tirés haut au
sommet de sa tête et retenus par un cercle d'or. Des cascades de boucles douces
retombaient sur ses épaules.
De petites frisettes ombrageaient son
front et se balançaient devant ses oreilles.
Il soupira puis jeta un coup d'œil aux
autres femmes présentes dans la pièce. Elle était vraiment la plus belle, et de
loin !
Dès que les derniers invités se furent
assis, l’excitation retomba et les domestiques masculins furent invités à
quitter la pièce.
Têtes basses, Glaucus
et Marius suivirent les autres dans le couloir puis Glaucus
se mit sur le côté et partit dans la direction opposée, Marius sur ses talons.
Il s’arrêta.
"Marius, tu ne peux m’accompagner.
Je dois lui parler seul à seule. Va à la cuisine avec les autres et dis à
Lucius et Brennus ce qui est arrivé. Je vous rejoins bientôt."
À contre-coeur,
Marius se soumit
"Sois prudent. " Dit-il en se
pressant pour rejoindre la file des domestiques.
Glaucus trouva sa soeur à côté d'une haie d'ifs taillés. Il
s’empara de son bras et la tira derrière tandis que des invités distraits et un
peu perdus cherchaient toujours leurs places.
"Tais-toi et écoutes-moi. "
Chuchota-t-il.
"L'urne de notre père est à l'intérieur
de ce palais et j'ai l'intention de la trouver. Nous nous
servons du mariage comme paravent."
"Son urne ?" Ses yeux
s’élargirent. "Il est enterré ici ?"
"Pas exactement mais je n'ai pas
de temps de t’expliquer. Quand la réunion sera bien en train, nous allons
entrer dans les appartements impériaux parce que c'est là qu’elle se
trouve."
"Nous. Toi et Marius, tu veux
dire."
"Et Brennus et Lucius Verus."
"Lucius Verus est avec toi?" S’écria Maxima.
Glaucus acquiesça tout en regardant autour de lui. Des invités
étaient en train de papoter juste de l’autre côté de la haie.
"Comment vas-tu faire cela?"
Murmura-t-elle, totalement intriguée maintenant.
"Je ne sais pas encore."
"Laisses-moi t’aider."
"Oublies. C'est trop dangereux. Je
ne veux même pas être vu en train de te parler. Si je suis attrapé, je ne veux
pas que quiconque puisse faire le lien entre nous."
Maxima soupesa la sagesse de ces mots.
"Glaucus"
Dit-elle. "J’ai apporté ceci. Tu pourrais en avoir besoin." Elle
retira la chevalière de Marc Aurèle de son pouce.
"Comment l'as-tu eue ?" Lui
demanda Glaucus stupéfié.
Je suis rentrée à la maison directement
après le cortège, hier et il n'a pas fallu longtemps à maman pour comprendre où
tu résidais. Nous avons eu tes affaires et avons trouvé l'anneau. Prends-le. Tu
peux en avoir besoin."
"Je ne peux pas. Je n'ai pas de
poches. Je ne peux pas le porter car il attirera trop l'attention. Tu dois le
garder."
"Comment cela va-t-il t’aider
?"
"S'il te plaît, Maxima ... fais-le
sans poser de questions."
Elle repoussa l'anneau sur son pouce
avec plus de vigueur que nécessaire.
Glaucus continua à voix basse.
"Tu vas me voir tout au long de la
journée mais tu dois faire comme si tu ne me connaissais pas. Promets-moi que
tu le feras. Si tu attires l'attention sur moi, Sévère et Plautianus
me reconnaîtront immédiatement et, alors, je suis un homme mort. Promets-le
moi."
Elle hocha la tête pour marquer son
accord et l’embrassa sur la joue.
"Si tu as besoin de moi tu sais où
je suis. Je t’aime, mon frère."
"Moi aussi je t’aime, ma
soeur."
Il l’embrassa sur le front puis elle se
glissa de l’autre côté de la haie, envoyant un sourire éblouissant aux invités,
saisis par son apparition et rentra dans le hall comme si elle venait juste de
profiter de quelques moments d'air frais.
Glaucus attendit avant de quitter son abri et écouta les invités
spéculer sur son identité.
Les cornes sonnèrent de nouveau.
Profitant que toutes les attentions
étaient tournées vers l’estrade, Glaucus se faufila à
travers les halls vers les cuisines.
Les domestiques masculins étaient
réunis en un grand groupe dans le couloir, hors des pieds des cuisiniers au
bord de l’hystérie.
Malgré la masse d'hommes, l'homme
nerveux l’aperçut.
Les mains sur les hanches, il lui
demanda.
"Et où avez-vous été ?"
Glaucus haussa les épaules et prit un air embarrassé.
"Toilettes" Répondit-il.
Chapitre 74 – Le banquet
Durant les trois heures qui suivirent,
le couloir entre les cuisines et la salle de banquet grouilla d’activité,
voyant défiler le ballet incessant des domestiques qui apportaient la
nourriture puis emportaient les plateaux, les tasses et les plats sales.
Glaucus fut dès lors trop
occupé pour penser à rien d'autre que sa tâche et il lui arriva même de passer
plusieurs fois à côté de ses trois compagnons sans les remarquer.
Entre l'activité frénétique de la
cuisine, à la moiteur étouffante, le cliquetis des couverts et les bavardages
dans la salle de banquet, le couloir était un havre de quiétude relativement
bienvenu.
Glaucus avait été assigné à un groupe de divans, au fond de la
salle hall, disposés entre deux colonnes, qui accueillaient un préteur et sa
femme, un général à la retraite revêtu de son uniforme, sa femme et son fils et
un riche homme d'affaires qui importait des épices et des parfums précieux du
lointain orient, sa femme et ses deux filles.
Ce groupe se trouvait à proximité de
celui où Maxima se tenait modestement assise sur un tabouret à côté des autres
filles célibataires de son 'père'.
Elle était bien consciente de la
proximité de son frère et de celle de Marius qui avait été assigné à une table
dans le jardin, protégé du soleil par d’énormes auvents rayés.
Mais Maxima gardait les yeux baissés et
ne parlait que si on lui adressait la parole, attitude qui convenait à une
jeune femme de son rang. Le seul signe visible de son inquiétude était le
constant tripotage de l'anneau qu’elle portait au pouce.
Après ce qui lui semblait bien avoir
été son centième voyage, Glaucus s'appuya contre le
mur du couloir et s’essuya le front de sa manche. Bien que son travail soit
chaud et fatigant au moins il ne devait pas rester assis sur le sol à côté de
la table et présenter la nourriture aux invités avant de la couper en bouchées
suivant leur convenance comme devait le faire la jeune domestique féminine
désignée pour la table qu’il servait.
Elle essuyait aussi patiemment les
doigts poisseux qui se présentaient à elle, entre deux bouchées, avec des
serviettes humides.
Son travail n’avait rien non plus de
comparable à l’agonie endurée par les pauvres cuisiniers et leurs aides qui
travaillaient parmi les tournebroches, les fours brûlants et les grilles
surchauffées.
Certains avaient déjà du être évacués à
l’extérieur et allongés sur l'herbe fraîche pour se remettre de leur malaise.
Les invités ne se portaient guère
mieux. Quelques dames se remettaient - dans une pièce, juste à côté et réservée
à cet effet – tant d’avoir du respirer l’atmosphère malsaine créée par le
mélange des parfums capiteux, de l’odeur enivrante des épices, de celle
douceâtre des fleurs, de celle écoeurante des réchauds surchauffés, de celle
répugnante des corps de mille personnes - à peine déguisée par les vapeurs
d’encens émanant des brûle parfums placés à des endroits stratégiques tout
autour de la pièce - ... que du fait d'avoir absorbé trop de vin Caecube non dilué.
Maxima s’éventait le visage de sa
serviette, buvant à petits coups son jus de pomme et grignotant du bout des
lèvres les aliments placés devant elle. Elle ne voulait pas paraître impolie
mais son estomac était troublé à la vue des langues de veau à la crème de
fenouil, des artichauts en saumure chaude, des oursins accompagnés d’une sauce
épicée, des saucisses de foie fumées, des turbots en aspic … tout ceci n’étant
qu’une infime partie des hors-d'oeuvre.
Elle du impérativement se détourner des
plats principaux tels le cygne rôti dans une sauce au miel, le poisson lézard
aux oeufs et herbes amères, la mamelle de truie farcie, le marsouin fumé et le
lapin à la sauce aux fruits.
Elle trouva même à redire aux plats
plus traditionnels comme les volailles et viandes rôties, les crabes cuits, le
poisson frit, la volaille sauvage farcie et le porc aigre-doux.
Elle était tout simplement trop
nerveuse pour absorber quoi que ce soit d'autre que de fines lamelles de
légumes trempées dans une sauce vinaigrette, l’une ou l’autre olive fourrée et
des petites douceurs juste sorties du four.
Maxima était certaine que la jeune
mariée ressentait la même chose car la jeune fille refusait tout ce qui se
trouvait devant elle et étreignait son gobelet de vin comme une femme en train
de se noyer étreint une ligne de sauvetage.
Elle avait quitté le banquet plus d’une
fois, accompagnée d’une nuée de préposés inquiets, très probablement pour vomir
les fortes quantités de vin qu’elle avait ingurgitées. Elle revenait de chacune
de ses absences chaque fois plus verte.
Maxima ne pouvaient pas la blâmer de
s'enivrer. Son nouveau mari était assis sur un divan à une extrémité de
l'estrade, loin du sien mais même à cette distance, Maxima pouvait voir les
regards haineux qu'il jetait à sa jeune épouse.
La perspective de la nuit à
venir devait la terrifier!
Son père ne lui était d’aucune aide. Plautianus lui tordait le bras d’une poigne douloureuse et
lui chuchotait des mots impérieux à l’oreille.
Elle reculait pour essayer de lui
échapper mais, impitoyablement, il la ramenait à chaque fois près de lui.
La mère de la jeune mariée, elle, était
comme figée sur son siège, le regard fixé sur le mur du fond donnant
l’impression d’être totalement ailleurs.
Maxima chercha son frère des yeux et le
découvrit en train d’emplir les petites amphores de table à l’aide d’une grande
qui se trouvait placée contre le mur, dissimulée par des palmiers en pot. Il
tournait ostensiblement le dos à l'estrade tout en se déplaçant avec une grâce
fluide inattendue pour un homme de son physique.
Pour au moins la centième fois de la
journée, elle remercia les dieux de lui avoir donné un frère comme lui ... et
pour son ami si charmant, Marius.
Elle aperçut Marius seulement quand il
courut du jardin au couloir, visiblement plus nerveux que son frère. Brennus -
le pauvre garçon – avait quelques problèmes à tenir son rôle. N'ayant aucune
idée de ce qu’il devait faire, il observait constamment les autres serveurs et
imitait leurs actions tout en étant constamment harcelé et grondé par un petit
homme nerveux qui trouvait qu’il se déplaçait trop lentement.
Elle vit que son jeune ami levait un
plateau, surchargé d’une pile de plats sales, et luttait pour le hisser sur son
épaule. Faisant un pas en avant, il trébucha et fut projeté face contre terre.
Le plateau et son contenu se dispersèrent éclaboussant les invités surpris et
faisant un bruit d’enfer en se répandant sur le marbre du sol. Toute activité
s’interrompit car le vacarme parvint à noyer le bavardage le plus fort.
Même les joueurs de flûte et de lyre,
cachés derrière un rideau, saisirent l’opportunité de ce chaos pour faire une
petite pause non prévue mais bienvenue.
Maxima bondit sur ses pieds, la main
sur la bouche, choquée. Puis, elle se rua, sans réfléchir, pour venir à son
aide.
Glaucus fonça sur elle et, sans cérémonie, la bloqua avec son
corps.
"Retournes à ta place," Lui
siffla-t-il. "Je vais m’occuper de lui."
Elle recula de quelques pas sans plus
car elle ne put aller plus loin à cause des curieux qui s'étaient amassés
derrière elle.
Elle observa avec une certaine crainte
– teinte d’une grande fierté – la manière dont Glaucus
prenait la situation en main, organisant les autres domestiques pour nettoyer
le désordre, calmant les nerfs à vif et l’humeur virulente des invités
éclaboussés par les aliments.
Il s’empara de la pantoufle de la dame
qui, ayant glissé de dessous le divan, avait causé l'accident, la dame hébétée
lui faisant presque des excuses pour sa négligence, confondue par son ton
apaisant et le son de sa voix profonde.
L'excitation tomba bientôt et les
invités se dispersèrent permettant à Glaucus de
conduire un Brennus tout tremblant dans le couloir pour qu’il puisse se
remettre.
Sterculinus fondit sur eux avec la
force combinée des trois Furies. Glaucus laissa
Brennus s'effondrer contre le mur et fit face au petit homme... ou, plutôt le
petit homme se trouva le nez contre sa poitrine. L'Espagnol le toisa de haut.
"Du calme Sterculinus, c'était un
simple accident."
"Un accident. Un accident. Des
accidents ne se produisent pas aux mariages royaux. Vous êtes un déshonneur,
jeune homme!" Cria Sterculinus à Brennus par delà Glaucus
qui contrecarrait chacun de ses efforts pour arriver au garçon.
"À la cuisine! Vous n'êtes même
pas bon pour servir des chiens!"
Comme Brennus s’éclipsait, Sterculinus
tourna sa colère vers Glaucus.
"Et vous! Vous semblez bien sûr de
vous. Vous vous occuperez de sa table et de la vôtre
puisque vous pensez que vous êtes si bon. Et je ne veux pas entendre la moindre
plainte des invités de l’une ou l’autre table
Glaucus haussa les épaules. C'était le moment des desserts. Il
pourrait faire face. Après cela, viendrait le temps des discours et des toasts
pour souhaiter bonheur et fertilité au jeune couple.
La foule éméchée lèverait ses gobelets
pour souhaiter santé et longue vie à l'empereur.
Il n'avait plus l’intention d’être là à
ce moment.
La femme dont la pantoufle avait fait
trébucher Brennus lui envoya un énorme sourire en coin, heureuse de voir qu'il
avait été assigné à sa table.
Ils étaient tous franchement ivres
maintenant et Glaucus sentit les doigts de la dame
traîner sur ses fesses, court vêtues, plus d’une fois quand il devait la
frôler.
Les cruches d'eau et les amphores
pleines à ras bord, Glaucus retourna à sa table et renouvela
leurs rafraîchissements.
Il intercepta le coup d’œil de Marius
et inclina la tête. Ils se dirigèrent vers la cuisine suivis de près par Lucius
qui les avait subrepticement observés toute l’après-midi tout en accomplissant
ses propres devoirs à une table beaucoup trop près de l'estrade à son goût.
Ce fut seulement la manifestation trop
publique de la tristesse et du mécontentement des deux jeunes mariés qui
avaient empêchés leurs parents préoccupés de se rendre compte de ce qui s’était
passé avec leurs invités et leurs domestiques. Dans la cuisine, ils trouvèrent
un Brennus maussade disposant des gâteaux aux noix et au miel sur des plateaux
déjà garnis d’un assortiment de fruits frais et de fruits glacés, de
pâtisseries complexes et de tartes aux fruits.
Glaucus fourra un abricot glacé dans sa bouche avant de prendre
doucement Brennus par le bras, l’emmenant à la suite de Marius qui suivait déjà
Lucius qui passait devant les fosses à rôtir, les plans de cuisson toujours
rayonnant de chaleur, les chaudrons noircis et les fours couverts à l’arrière
de la cuisine.
Lorsque, de la salle de banquet,
retentit "Feliciter!"
ils glissèrent derrière une porte en bois et se retrouvèrent dans de l’air
agréablement plus frais.
Sans un mot, Lucius les mena par un
long passage étroit, illuminé seulement par quelques petites fenêtres à
intervalles réguliers. Ils montèrent une volée de marches dans la pénombre et
se tinrent cois quand Lucius entrebâilla une porte et scruta le vestibule.
Il leurs fit signe d’avancer et ils
émergèrent dans un large corridor brillamment éclairé.
Où sommes-nous ?" Demanda Glaucus d’un ton calme.
Lucius sourit. "De l'autre côté de
ces portes de bronze." Dit-il en les indiquant d’un mouvement de tête
avant de se tourner dans la direction opposée.
"Suivez-moi. Nous y sommes
presque." Ils marchèrent sur la pointe des pieds alors même que leurs
chaussures aux semelles souples ne faisaient aucun bruit sur le sol en marbre
poli.
Lucius s'arrêta à la fin du couloir
devant une lourde porte en bois sculptée de modèles géométriques complexes.
Il tourna le bouton de bronze et
doucement poussa la porte. Celle-ci s’ouvrit sans faire de bruit. Il inspira à
fond puis entra … brutalement il s’arrêta.
Le coeur de Glaucus
manqua un battement.
"Qu'est-ce qui ne va pas ? Lucius,
qu'est-ce qui ne va pas ?"
"C'est différent. C'est totalement
différent." Dit ce dernier en s’avançant à l'intérieur du salon, les trois
autres sur ses talons.
"Qu'est-ce qui est différent
?" Demanda Glaucus en venant se placer aux côtés
de Lucius.
"Les murs, les meubles...."
"Tu veux dire que les murs ont été
déplacés ?" L’interrogea Marius, en pleine confusion.
"Non ... non, je ne le pense pas.
Juste repeints. Les peintures murales sont totalement différentes et les
couleurs aussi. Les meubles sont différents aussi … tout est chamboulé."
"Bien, je suppose que nous
pouvions nous attendre à quelques changements en plus de vingt ans !"
Souligna Marius, pragmatique.
"Trouves-tu cela perturbant
?" Lui demanda Glaucus qui essayait de détecter
sur le visage de Lucius des signes de détresse.
"Non, pas perturbant. Juste
surprenant."
Puis, il haussa les épaules.
"De toute façon ce n’est pas cette
pièce-ci qui nous préoccupe. La chambre à coucher est derrière cette
porte."
Mais la chambre avait aussi changé et
Lucius semblait ne pas savoir par où commencer !
"Quel mur, Lucius ?" Demanda Glaucus en
regardant tout autour de lui. Puis ses yeux tombèrent sur le lit, placé sur une
haute estrade au milieu de la chambre et couvert de pétales. Des guirlandes de
roses et de violettes enveloppaient les colonnes du baldaquin. Des noix, des
grains de blé et des raisins séchés étaient dispersés sur le sol autour du lit.
"Oh, oh." Dit-il.
"Quoi ? Qu’est-ce qui ne va
pas." Le questionna Marius, puis il vit le lit lui aussi.
"Oh, oh." Répéta-t-il
inconsciemment.
"Le lit nuptial !"
S’exclama Lucius.
Il prit une profonde inspiration.
"Cela ne nous laisse que peu de
temps."
Il examina les murs.
"Je pense que c'était ce
mur." Dit-il en l’indiquant. "J'avais l'habitude de l'identifier par
la sculpture et la peinture murale mais la sculpture est partie et la peinture
murale représente une scène de jardin et non plus un décor architectural."
"Peux-tu te souvenir où sur le mur
?" Demanda Marius tout en faisant courir le bout de ses doigts légèrement
sur l’enduit.
"Vers ce coin, je pense."
Il projeta ses mains dans un geste
d’impuissance.
"Je suis désolé, Glaucus. Cela fait si longtemps."
"Ne t'inquiète pas !" Le
rassura Glaucus. "Nous le trouverons. Marius, tu
commences par cette extrémité et, toi, Lucius, par l'autre. Brennus et moi,
nous commencerons par le milieu et nous dirigerons vers vous. Allez vraiment
lentement. Cherchez n'importe quelle imperfection verticale ... n'importe quel signe
d'une fente dans le mur."
Soigneusement et lentement, ils
examinèrent tout le mur jusqu'à ce qu'ils se soient rencontrés, leurs visages
reflétant leur déception.
"Nous devons le refaire, encore
plus lentement cette fois. Peut-être devrions-nous permuter nos places."
Proposa Glaucus.
Ils essayèrent à nouveau, sans succès.
"La fente doit avoir comblée quand
le mur a été repeint. Il est possible qu’il ait même été replâtré
d'abord."
Une porte claqua quelque part dans le
lointain et ils retinrent leur souffle.
Après quelques minutes d'écoute, Glaucus dit, "Comment fonctionne l’ouverture de la
porte du compartiment, Lucius ?"
"Hum ... nous avons poussé et,
ensuite, l’avons fait glisser sur le côté, je crois."
"Alors essayons de pousser et
faire glisser les pans du mur." Suggéra Glaucus
et Marius hocha la tête pour marquer son accord. "Ce serait mieux si on
travaillait par deux pour combiner nos forces. Marius, aides-moi. Lucius, toi
et Brennus restez en arrière."
Glaucus et Marius parcoururent lentement tout le mur en poussant
doucement. Rien.
"On essaie à nouveau mais en y
mettant plus de force." Dit Glaucus tout en
essuyant la sueur de son front.
Un moment plus tard il criait.
"Quelque chose bouge! Quelque
chose bouge! Venez nous aider."
Lucius et Brennus poussèrent le mur de
leurs épaules et, soudain, l’enduit craqua et s’effrita, révélant les
interstices d'une ouverture verticale presque imperceptible.
Presque frénétiquement maintenant, ils
grattèrent le reste de l’enduit jusqu'à ce que l’étroite crevasse soit
entièrement révélée. La gorge étranglée par la poussière, Glaucus
dit. "Poussez maintenant et faites glisser. Tous ensemble. Pousser et
glisser."
Un moment après Marius s'exclama.
"Je pense que je l’ai senti se déplacer légèrement."
Glaucus inspecta la fente.
Elle était à peine plus large.
"De nouveau" Dit-il. Cette
fois ils furent couverts d’enduit peint quand le mur glissa, grognant et
gémissant.
"C'est assez! Je peux m’y
faufiler." Dit Glaucus, haletant tant par
l'effort fourni et que par l'excitation qui s’était emparée de lui.
"Je peux y arriver." Il pris
quelques profondes inspirations qu’il exhala lentement pour reprendre le
contrôle de ses émotions puis jeta un œil par l’ouverture. L'espace était
étroit et sombre, uniquement éclairé par la lumière provenant de la chambre.
Mais là, sur un piédestal de marbre, juste devant lui, une urne élaborée, en
or, brilla doucement quand la première lumière depuis plus de vingt ans frappa
le métal.
Glaucus pouvait distinguer les yeux d’ambre étincelant de
l'aigle estampé dans l’or.
Il tomba à genoux et plongea les yeux
dans l'obscurité.
"Père ... je sais que tu peux
m'entendre. Je vais te ramener à la maison, en Espagne – là où c’est chez
toi."
Il ouvrit les yeux et, malgré les
larmes qui l’aveuglaient, vit la cuirasse en cuir de Maximus près de ses
genoux, appuyée contre le piédestal.
À côté, se trouvait un petit coffret en
acajou taillé aux bords doré.
"Glaucus
?"
"Oui, oui ... c'est ici. Tout est
ici." Croassa Glaucus, la voix brisée par
l’émotion.
"Je veux entrer." Dit Lucius.
"Ouvre davantage afin qu’il y ait plus de lumière."
Après quelques poussées
supplémentaires, lui, Marius et Brennus s’entassèrent à l’intérieur du
compartiment. Glaucus se remit debout, la cuirasse
dans les mains.
"Est-ce la sienne ? Etait-ce celle
qu'il portait quand il est mort ?"
"Oui", répondit Lucius.
"Je reconnais les chevaux."
Il leva les yeux.
"Et il y a l'urne."
"Exactement où tu disais qu’elle
se trouvait. Merci, Lucius." Murmura Glaucus.
"Tiens, Brennus, prends
l’armure." Glaucus se tourna vers l’urne.
"pulvinar vero divae geniale
locatur
sedibus in mediis, Indo
quod dente politum
tincta tegit roseo conchylis purpura fuco!"
Lucius se figea.
"Que chante-t-il ?" Demanda
Brennus.
Soudain, le cri perçant d'une femme
vrilla l'air.
Ils n'étaient plus seuls.
Chapitre 75 - Pris au piège
De saisissement, les quatre homes
eurent un mouvement de recul. Ils se trouvaient tous à l'intérieur du
compartiment et, fascinés par leur découverte, aucun n'avait entendu le moindre
son annonçant l’arrivée imminente de la cérémonie de mariage … jusqu'à cet
instant fatidique.
La mariée hurla encore et, aussitôt, le
visage abasourdi de son père emplit l'ouverture de la cachette.
"Qu'est-ce que c'est? Des voleurs?
Avons-nous pris des voleurs?"
Il appela par-dessus son épaule.
"A la garde!"
Puis il recula et grogna aux intrus.
"Sortez de là immédiatement!"
Glaucus fit signe à ses compagnons de ne pas bouger puis,
redressant le dos, s'avança dans la lumière, les bras éloignées du corps et les
paumes ouvertes pour bien indiquer qu'il était sans armes.
"TOI!" Hurla Plautianus d'une voix presque aussi hystérique que celle de
sa fille.
Le regard de Glaucus
passa sur sa face empourprée puis plongea dans les yeux abasourdis de
l'empereur.
Sa femme, Julia Domna
donnait l'impression d’être sur le point de s'évanouir … ce qu'avait déjà fait
la mariée.
Caracalla gloussait de satisfaction
devant cette interruption inattendue et bienvenue de sa nuit de noce et profita
de la confusion pour s'éclipser.
Derrière eux, se tenait toute une série
d'invités, le visage figé par le choc et la plupart essayant de se glisser dans
la vaste chambre pour essayer de voir ce qui avait créé cette confusion mais
ils furent repoussés sans ménagement par les gardes armés qui entrèrent
rudement dans la chambre.
"Je t'ai poursuivi à travers tout
l'empire et je te retrouve ICI? Saisissez-vous de lui!" Ordonna Plautianus et Glaucus fut attrapé
sans cérémonie.
Les gardes lui tirèrent,
douloureusement, les bras derrière le dos.
Plautianus s'empara du glaive du troisième garde et le brandit
devant le visage de son captif tandis qu'il s'adressait à l'empereur
"Je te l'avais dis, Septime, que
nous aurions mieux fait de disposer de lui dès le début. Maintenant...
accorde-moi cet honneur."
"Non. Baisse ce glaive." Lui
ordonna Sévère, la voix unie, les émotions parfaitement contrôlées en dépit des
éclairs de fureur qui jaillissaient de ses yeux. "Il est entre nos mains."
Il regarda vers le réduit.
"Qui est avec lui?"
"Sortez de là, sortez tous!"
Commanda Plautianus en tournant la lame dans la
direction de l'ouverture obscure.
Marius et Lucius s'avancèrent dans la
chambre et furent immédiatement maîtrisés par les gardes et propulsés,
trébuchant, vers le centre de la pièce.
"Lucius Verus?" Sursauta
Sévère d’étonnement. "Lucius Verus? Que viens-tu faire ici?"
"Il y a encore quelqu'un à
l'intérieur." Dit Plautianus tout en tirant
Brennus dehors et en l’expédiant à travers la pièce.
Le garçon chancela avant d'aller
s'étaler de tout son long sur le lit nuptial dans un nuage de pétales de rose
Sévère se retourna dans un envol de
soie pourpre.
"Faites sortir tous ces gens
d'ici." Commanda-t-il car de plus en plus d'invités s'étaient introduits
dans la pièce dans l'espoir de profiter de ce qui promettait être la
réjouissance la plus marquante de cette journée.
Ils se scindèrent simplement à l'approche
des gardes et d'autres invités en profitèrent pour s'introduire dans l'espace
ainsi libéré
"Pourquoi?" Demanda Glaucus. "Qu'est-ce que vous ne voulez pas qu'ils
voient?"
"Impudent petit pourceau."
Gronda férocement Plautianus et il envoya à Glaucus un revers de main qui lui projeta douloureusement
la tête en arrière, l'anneau des prétoriens ouvrant une entaille le long de la
mâchoire de Glaucus
"Ca suffit!" Ordonna Sévère à son impétueux commandant des
prétoriens car il voyait que les invités refusaient de bouger d'un pouce.
"Nous avons besoin d'informations."
Il marcha vers l'ouverture béante et
sombre.
"Et bien... Je n'avais pas
connaissance de cet endroit." Il reporta son attention sur Glaucus et haussa un sourcil. "Mais visiblement toi
oui. Tu as pris de gros risques pour y arriver." Il ricana doucement.
"N'y chercherais-tu pas un certain document
?" Sévère avança sa tête dans l'obscurité.
"Non... Je l'ai déjà." Répondit calmement Glaucus.
L'empereur retira vivement sa tête et
ses yeux flamboyèrent.
"Je le savais. Où est-il?"
"Dans un lieu très sûr … même de
vous."
Glaucus ignora le sang qui coulait à flot chaud le long de son
cou.
"Tu mens. Qu'est-ce qui pourrait
se trouver ici au point que tu risque ta vie pour le récupérer?"
Sévère disparut dans le compartiment.
"Une torche!" Appela-t-il.
"Apportez-moi une torche!"
Il ne fallut qu'un instant pour que
quelqu'un lui en place une dans sa main tendue.
Soudain, son rire emplit le petit
espace avant de se répandre dans la chambre.
Les participants se regardaient l'un
l'autre dans la confusion et l'excitation, échangeant leurs pronostics sur le
contenu de la mystérieuse petite pièce et sur l’identité de Glaucus.
Sévère émergea de l'obscurité toujours
riant.
"Ainsi … il était ici depuis tout
ce temps. Dans ma propre demeure. Et qui a déposé son urne ici, je vous le
demande? Hmmm?"
Il s'avança vers Lucius.
"A qui était cette chambre,
Lucius? Etait-ce celle de ta mère?"
Lucius acquiesça.
"Elle ne pouvait pas supporter
d'être séparée de son amant même après sa mort, hmmm?"
L'empereur ricana.
Lucius resta impassible.
Un murmure survola la foule comme une
brise d'été caresse les épis de blé.
"Cherchez-le." Ordonna Sévère
et deux gardes se ruèrent à l'intérieur.
"Le contrat n'est pas ici."
Insista Glaucus puis il sursauta quand la pointe du
glaive de Plautianus piqua sa poitrine.
"Je veux juste le constater par
moi-même." Répliqua Sévère
Contrat? Contrat?
Le mot parcourait la foule des invités
au mariage.
Quelques instants plus tard, les gardes
émergèrent.
"Il y a une urne," Dit l'un,
"une cuirasse et un petit coffret, Sire. Il y a aussi un paquet en
cuir."
Sévère eut un sourire triomphal et
s'approcha si près de Glaucus que le jeune home
fléchit à l'odeur mélangée de vin, d'oignon et d'ail qui émanait de la personne
de l'empereur.
"Apportez ce paquet."
Triompha Sévère. Puis, il cria à nouveau aux gardes.
"Faites sortir tous ces gens! Il
s'agit d'une affaire privée!"
Les consuls, les préteurs et les gouverneurs
baissèrent les yeux prêts à obéir mais le général à la retraite qui se trouvait
devant la porte se croisa les bras et obstinément refusa de bouger. Autour de
lui, d'autres généraux firent de même, créant ainsi un rempart de puissance
militaire.
Les gardes hésitèrent et regardèrent
leur empereur en quête d'instructions.
Sévère gronda mais ne prit pas le
risque d'indisposer les militaires.
Il accepta le paquet et rapidement
défit les liens de cuir puis déroula les feuilles de parchemin.
Il les parcourut fiévreusement à la
recherche du contrat qu'il désirait tant, dont il avait si désespérément
besoin.
Il avait la ferme intention dès qu'il
l'aurait découvert de détruire pour toujours les derniers vœux de Marc Aurèle …
mais il ne se trouvait pas dans les papiers.
De rage, il jeta les papiers à terre,
les piétina et les dispersa d'un coup de pied, expression d’un dépit quelque
peu enfantin.
Tandis qu'ils se dispersaient, Lucius
reconnut l'écriture de sa mère. Qu'est-ce que c'était? Des lettres?
"Ca suffit." Gronda Plautianus. "Emmenez-les à la prison Tullienne," Ordonna-t-il aux gardes. "Nous nous occuperons d'eux là-bas."
Les gardes s'emparèrent de chaque
prisonnier et se préparèrent à les emmener.
"Je crois que nous devrions régler
tout ceci ici." Dit une voix féminine et Sévère se retourna pour voir la
grande vestale, debout devant le général à la retraite qui la dominait de sa
haute taille. Les 5 autres vestales étaient groupées à ses côtés … accompagnées
de Maxima.
"Caelia Concordia," Dit Sévère tout en se recomposant une
attitude. Il s'inclina devant la vieille femme. "Ceci est une affaire
d'état. Elle ne concerne pas les Vestales."
"Oh! Si elle les concerne. Tu
vois, ce jeune homme si bien immobilisé par tes gardes, je le connais."
La tête bien droite, elle s'avança d'un
pas tranquille vers Sévère, un pas lent et … royal.
Elle ouvrit la main pour montrer
l'anneau de Marc Aurèle.
Glaucus regarda sa soeur dont la face était blême.
"Merci." Forma ses lèvres
sans qu’un son ne sorte de sa gorge.
Elle n'aurait pu l'entendre mais elle
le regarda directement dans les yeux et lui sourit à travers ses larmes.
"Qu'avez-vous là, Domina?"
Demanda Sévère en s'inclinant vers la mince petite femme qui lui arrivait à
peine à l'épaule mais malgré sa petite taille nul n’aurait songé à contester sa
puissance.
"C'est un anneau que ce jeune
homme, Maximus Decimus Glaucus, fils du grand général
Maximus Decimus Meridius …"
La foule sursauta.
Elle continua imperturbablement. "
…me montra pour obtenir une audience il y a quelque mois."
Sévère en avala presque de travers.
Plautianus ricana méprisant et ouvrit une nouvelle entaille dans la
poitrine de Glaucus.
Nous n'avons pas parlé longtemps,"
dit-elle. "Il m'a donné un contrat …"
Sévère pâli.
"… à garder pour lui, en sécurité
et au secret. Je suis désolée d'avoir trahi votre confiance, Maximus Decimus Glaucus, mais j'ai bien l'impression que le moment est venu
de révéler ce que vous m'avez confié."
Glaucus hocha la tête de gratitude, ses mains toujours
douloureusement immobilisées, le sang continuant à couler le long de son cou.
"Vous êtes à la recherche d'un
contrat, Sire?" Demanda Caelia.
Sévère ferma les yeux.
"Je crois que j'ai ce que vous
voulez. Je suis parfaitement au courant de son contenu et j'ai reconnu la
signature de Marc Aurèle ainsi que son sceau officiel. Il a été daté et
contresigné le 17 mars 180. Le jour de sa mort."
Elle attendit que la commotion qui
s’était emparée de la foule soit retombée avant de continuer, un léger sourire
errant sur ses lèvres minces.
"Est-ce ce contrat que vous
recherchez, Sire?"
Sévère se laissa tomber sur une chaise
sans répondre, chaise heureusement poussée sous ses augustes fesses pour lui
éviter une chute embarrassante.
"Maintenant, J'ai deux
possibilités. Je peux confier ce document au sénat," Enonça-t-elle tranquillement,
"ou je peux le garder comme … étant un intéressant document historique …
son contenu étant sécurisé."
Plautianus eut un rugissement proche de la panique.
"Faites sortir ces gens de la
pièce!" Hurla-t-il à l'adresse des prétoriens qui s'empressèrent de lui
obéir brandissant leurs glaives sous le nez de l'élite militaire de l'empire.
Chacun resta sur ses positions - consuls, sénateurs, magistrats, gouverneurs,
généraux, et hommes d'affaires influents. Tous, cette fois-ci restèrent vissés
à leur place.
"Que veux-tu?" Demanda Sévère
calmement à la dame en blanc qui le regardait sans l'ombre d'une pitié dans les
yeux.
"Une chaise, s'il te plaît, pour
commencer." Répliqua Caelia. "Mes jambes ne
sont plus ce qu'elles étaient."
Sévère fit un signe de tête à un garde
et une chaise apparut.
"Maintenant, fais relâcher ces
jeunes hommes car j'aimerais que le jeune Maximus Decimus Glaucus
se joigne à nous."
Les prétoriens qui maintenaient Glaucus le relâchèrent.
"Non!" Hurla Plautianus aux prétoriens. "Je suis votre commandant.
Vous ne devez obéir qu'à mes ordres!"
Les gardes se regardèrent en proie à la
confusion et l'un d'entre eux se dirigea vers Glaucus.
Ils ne savaient plus à qui ils devaient
obéir maintenant … leur commandant, leur empereur ou à la plus puissante femme
de l'empire.
Caelia se leva d'un pied ferme. "J'ai donné l'ordre que
ces hommes soient relâchés."
Le commandant des prétoriens rugit
comme un lion blessé et assena un violent mais maladroit coup d'épée en
direction de Glaucus
Des dames piaillèrent et la foule se
dispersa un peu.
Les vestales emmenèrent Caelia pour la mettre en sécurité et Sévère plongea
derrière deux gardes.
Mais Plautianus
était bien trop imbibé de vin et, d'une simple cambrure, Glaucus
évita l'épée. Déséquilibré, le prétorien trébucha et alla s'écraser
inélégamment contre le mur puis reprit contenance avant de faire face à son jeune
ennemi qui se protégeait derrière la cuirasse en cuir de son père, s'en servant
de bouclier.
"Espèce de fou ! "
Eructa Plautianus. "Tu penses qu'une pièce en
cuir va te sauver la vie?"
"Elle a bien servi mon père."
Répliqua Glaucus tout en utilisant la cuirasse pour
parer deux méchants coups.
"Ce traître! Ton père, le traître,
tu veux dire? L'homme qui a assassiné l'empereur Marc Aurèle? Ce bâtard qui a
trahi?"
Les veines pourpres des tempes du
commandant des prétoriens saillirent.
Glaucus s'approcha audacieusement de Plautianus.
"Je crois que la dame a un contrat
qui proclame le contraire."
Sourit-il calmement car ces mots n'étaient destinés qu'aux seules
oreilles de son opposant. "Un contrat qui peut vous acculer, toi et ton
empereur, à la ruine."
"Sale fils de put!" Ecuma Plautianus tout en se déplaçant d'un pas incertain.
"Comment oses-tu me menacer?"
"Tu es ivre, Plautianus,"
Ricana Glaucus. "Si tu m'attaques, je trouverai
un moyen de te tuer … de la même manière que j'ai tué ces soldats que tu avais
envoyés pour m’assassiner, à Petra."
"Plautianus!"
Cria Sévère. "Baisse ton épée!"
"Non! Nous l'avons entre nos mains comme nous le souhaitions. Il va
mourir!"
Sévère se tourna vers les gardes.
"Désarmez votre commandant!"
Ordonna-t-il.
Ils hésitèrent.
"QUI EST L'EMPEREUR
ICI!" S'exclama Sévère.
Les gardes s'avancèrent vers lui mais Plautianus plongea, à nouveau, en avant, ses yeux injectés
de sang étaient exorbités.
Glaucus parait les coups avec la cuirasse mais bientôt les coups
de l'homme enragé l'obligèrent à reculer jusqu'au seuil de la chambre. Il
heurta la cuirasse de bronze du général qu'il avait servi à table.
Avec un sourire rusé, l'homme donna un
coup de genou sous la tunique d'un prétorien qui se trouvait à côté de lui et s'empara de son épée pendant
que ce dernier se tordait de douleur.
"Je connaissais votre père!"
Dit-il à Glaucus avec un sourire tout en tendant
l'épée au jeune homme.
Puis le général intercepta Plautianus qui chargeait et le déséquilibra pour donner le temps
à Glaucus d'enfiler la cuirasse et de s'assurer de
l'épée.
Glaucus évalua son ennemi tout en marchant avec confiance vers
le centre de la pièce.
Plautianus suait abondamment et haletait puissamment, sa face était
convulsée tandis qu'il tournait autour de Glaucus
d’un pas incertain.
"Laisse tomber, Plautianus. Tu sais que tu ne peux m'atteindre." Glaucus fendit l'air de son glaive juste en face de la
figure de l'homme et ricana quand ce dernier recula en hâte.
"Toi... toi … écoeurant fils de traître!"
"Pas un traître, Plautianus. Juste un homme trompé. Tout ce que je veux est
rétablir la vérité. Pas plus."
"Menteur! Tu veux tout!"
Il se fendit vers la poitrine de Glaucus et le jeune homme laissa glisser le coup inefficace
sur le cuir dur puis coinça le bras de Plautianus
avec le sien, le rendant ainsi inoffensif puis il le repoussa.
Le commandant des prétoriens trébucha
droit dans les bras de Marius et Lucius qui le redressèrent avant de le
réexpédier, avec jubilation, dans la rixe.
Aussi désorienté maintenant qu’ivre, Plautianus, se tenait l'épée prête à entrer en action mais
sans savoir où se trouvait l'ennemi. Glaucus se
fendit et utilisa le bout de l'épée acérée pour déloger une énorme
émeraude de la cuirasse dorée du
prétorien. Elle rebondit sur le sol de marbre en direction de Brennus qui s'en
empara vivement.
Comme Plautianus
restait bouche bée devant ce coup en contemplant sa poitrine avec
consternation, Glaucus enfonça le bout de son épée
entre le pommeau et la main de son ennemi et la fit voler hors de son étreinte.
Elle vola dans les airs et Glaucus s'avança et la rattrapa au vol avec aisance …
suscitant un tonnerre d'applaudissements et de félicitations de la part des
invités.
Il regarda férocement dans la direction
de son ennemi en fendant l'air des deux glaives.
Plautianus se tenait au milieu de la pièce, confus et humilié.
Il s'apprêtait à lancer des insultes à Glaucus mais Sévère indiqua aux gardes de s'emparer de lui.
Cette fois-ci, ils obéirent et, comme
par magie, une ouverture se fit dans la foule pour faciliter leur départ.
Les insultes et les menaces du
commandant des prétoriens résonnaient impuissantes avant d'être complètement occultées
après la fermeture bruyante des portes de bronze
Sévère soupira profondément, chaque
ride de son visage s’affaissa, il parut vingt ans plus vieux.
"Je savais que j'aurais une
mauvaise journée. C'était dans les étoiles. Mais je pensais que les ennuis
viendraient des jeunes mariés qui ne peuvent se souffrir et de rien d'autre.
Non seulement j'ai eu cela mais pire encore."
Il offrit un faible sourire tout en
arrangeant un trio de chaises et en escortant gracieusement Caelia jusqu'à la sienne où elle fut rapidement
entourée des autres vestales.
Il indiqua d'un geste poli une chaise
vide à Glaucus.
Glaucus tendit les épées à Lucius et accepta l'offre.
L'empereur s'assit sur la dernière
chaise – une petite chaise de chambre au dossier doré et à l'assise brodée, une
pâle copie de son trône en or.
"Je suis aussi un soldat,"
dit-il à Glaucus, "et un bon soldat sait quand
il doit déposer les armes et commencer à négocier un accord."
"Nous avons besoin d'un
scribe." Dit Caelia et un homme apparut
rapidement, porteur de tablettes.
"Papyrus, s'il vous plaît."
Indiqua-t-elle et il se précipita pour aller chercher le matériau demandé.
"Maintenant, commençons."
Sourit Caelia qui avait parfaitement l'habitude des
négociations délicates.