Chapitre 6 – Le départ
Mai 198
Après
avoir placer les derniers effets dans son sac et l’avoir fermé en tirant le
lacet de cuir, Glaucus regarda par la fenêtre pour estimer le temps. Le ciel
était clair, promesse d’un bon voyage et comme il se dirigerait vers le Nord,
loin de la chaleur torride…
Il
tapota ses mains l’une contre l’autre pour les débarrasser de la poussière et
les plaça ensuite sur ses hanches minces tandis qu’il reparcourait mentalement
la liste des effets qu’il avait mis dans ses deux sacs de voyage, sacs qu’il
poserait derrière la selle
Ses
besoins étaient minces : quatre tuniques courtes – noires – comme celle
qu’il portait en ce moment, une longue toge officielle, également noire, et une
longue cape noire pour quand le temps deviendrait incertain.
Il
avait aussi empaqueté des hautes bottes en peau de veau, noires et une autre
paire de sandale en cuir. Des affaires de toilette et des sous-vêtements
complétaient le premier sac. Dans l’autre, il y avait des provisions pour trois
semaines, s’il mangeait léger, temps qu’il devrait mettre pour arriver à
destination.
Le
long du chemin, il pourrait s’arrêter dans des auberges, si possible, autrement
il dormirait dehors, là où il trouverait un abri. Il avait passé des semaines à
épuiser son oncle Persius par ses demandes d’informations sur les routes et les
villes qu’il rencontrerait sur son parcours entre l’Espagne et la Germanie et
il se sentait prêt à faire face à tout ce qu’il pourrait rencontrer.
Son
chien Zeus, était vautré devant la porte, complètement détendu. Par le
frémissement de ses oreilles qui se contractaient nerveusement, Glaucus savait
qu’il était sensible à chaque mouvement et à chaque son qui se produisaient.
Persius
l’avait supplié de prendre le chien avec lui comme compagnie et comme escorte
et Glaucus avait accepté finalement malgré son incertitude quant à la
préparation de l’animal pour un tel périple.
Il
se caressa la barbe tandis qu’il considérait, encore une fois, le voyage qu’il
allait entreprendre. Il était prêt – plus que prêt. Il avait passé cinq ans à
se préparer.
Tôt
le matin suivant, il fixa l’épée à sa hanche dont la poignée était ornée d’une
décoration compliquée incisée d’or et d’argent comme l’étaient les manches en
bronze de son poignard et de son couteau. Il jeta son arc sur son épaule, sella
Ultor. Il était plus que prêt. Sa main cessa de caresser son menton quand il
entendit un timide frappement sur la porte.
"Entre
" cria-t-il.
Augusta,
la femme qui l’avait élevé comme son propre fils, ouvrit la porte d’un coup
d’épaule (obligeant Zeus à se déplacer pour trouver un endroit plus calme pour
s’étendre) ses mains serrant un paquet enveloppé qui sentait la cuisson toute
fraîche.
"Je
viens de faire quelques-uns uns de tes biscuits favoris et j’ai pensé que tu
serais heureux de les emporter," dit-elle tandis qu’elle se pressait vers
le lit où se trouvaient les sacs fermés.
"Je
suis certaine que tu as encore de la place pour un peu de nourriture,
Glaucus."
Elle
garda les yeux baissés tandis qu’elle essayait de dénouer les lacets, ses
doigts rendus maladroits par sa hâte.
Le
jeune homme s’approcha d’elle et lui prit le paquet des mains. "Merci,
maman, je les ajouterai plus tard. J’apprécie vraiment que tu les aies faits
pour moi. Ils sentent délicieusement bon. Il plaça le colis sur le lit et prit
sa tante dans ses bras pressant son corps revêtu de noir contre sa poitrine
avant de l’embrasser sur le front. C’était tout ce qu’il fallait faire pour
activer le flot de larmes qu’elle accumulait depuis des jours. Elle s’agrippa à
sa tunique et sanglota tandis qu’il la tenait serrée, comprenant qu’elle devait
laisser libre cours à ses émotions contenues.
La
mort de son beau-père, Marcus, la semaine dernière avait indiqué le départ
imminent de Glaucus et cette double perte était très dure à supporter pour
elle. Il l’embrassa pour la calmer.
"Je
reviendrai, c’est promis. C’est juste un voyage, je reviendrai à la
maison."
Par
delà sa tête, Glaucus aperçut son oncle Titus dans l’encadrement de la porte et
lui fit signe d’entrer. Le vieil homme sourit et haussa les épaules, impuissant
devant le chagrin de sa femme. Il portait aussi un paquet et s’assit sur le lit
tandis que Glaucus repoussait doucement Augusta. Elle se moucha et se tamponna
les yeux. Des larmes s’écoulant toujours, elle s’assit à côté de son mari qui
entoura ses épaules d’un bras protecteur.
Glaucus
se sentait mal, détestant être la cause d’un tel chagrin. "Je suis
désolé…," commença-t-il.
"Pas
la peine de t’excuser," l’interrompit Titus. "Nous savions depuis des
années que ce jour viendrait. C’est simplement parce que nous nous accrochions
au fol espoir qu’il se produirait le plus tard possible. Tu es un homme
maintenant – tu as presque 21 ans – et il est temps pour toi de faire ce que tu
estimes devoir être fait. Nous le savons. Cela ne change rien au fait que tu
vas nous manquer beaucoup."
Il
regarda le jeune homme, qu’il avait élevé comme son propre fils, avec fierté.
Glaucus
était devenu grand et fort. Son corps brun était devenu souple et musclé suite
à des années de pratique consacrées au maniement de l’épée et de l’arc et à la
pratique de l’équitation.
Ses
épais cheveux bruns continuaient toujours d’envahir son front en boucles
indisciplinées et ses yeux verts scintillaient comme des émeraudes. Titus
savait que plus d’une femme, jeune ou moins jeune, de bon parti ou non serait
affligée de ce départ.
Titus
tendit les mains vers Glaucus, le paquet reposant sur ses paumes.
"Qu"est-ce
que c’est ? ".
"Prends-le.
Je l’ai fait pour toi."
Hésitant,
Glaucus prit le paquet. Il n’était pas habituel dans la famille d’offrir des
présents en dehors des occasions spéciales et il se sentait mal à l’aise.
"Puis-je
l’ouvrir maintenant?"
Titus
acquiesça, presque incapable de restreindre son excitation. "Vas-y."
Glaucus
recula de quelques pas et alla s’asseoir sur la chaise capitonnée, près de la
fenêtre. Cette chambre lui était aussi familière que sa propre main. Il prit le
ruban, essayant de calmer le tremblement de ses doigts. Sa tante reniflait tout
près.
Il
avait été bien jusqu’à maintenant car son émotion avait été occultée par la
concentration qu’il avait apportée aux préparatifs du départ. Mais maintenant…
il n’y avait plus moyen de la dissimuler
Il
déglutit fortement espérant dégager sa gorge de la boule qui l’obstruait. Il
souleva le couvercle de l’élégante boite émaillée et… eut le souffle coupé. A
l’intérieur, sur un coussin de satin blanc, se trouvait une fibule en or, toute
ronde, dont la surface était parsemée de joyaux.
Glaucus
était abasourdi. Il ne s‘était jamais préoccupé des parures, si bien que le
présent était inattendu et… irrésistible. Il le contemplait simplement, bouche
bée.
"C’est
pour ta cape," précisa Titus.
Comme
Glaucus restait toujours saisi, il ajouta, "Pour la fermer... tu vois...
c’est une agrafe de cape."
Il
montra sur sa propre épaule où la fibule devait être portée. "Tu auras
besoin d’une cape car en Germanie, les nuits peuvent être froides."
Glaucus
approuva et respira à petits coups tandis qu’il retirait l’objet précieux de la
boîte.
Elle
était en or solide et particulièrement lourd.
"C’est
toi qui l’as faite?" fut sa première parole, sa voix normalement profonde
sonnait faiblement à ses propres oreilles.
"Oui, elle remplacera ta bulla –
pour te donner force et protection durant ton voyage."
Titus
se leva et se dirigea vers Glaucus. Il désigna les joyaux qui reflétaient les
rayons du soleil.
"Il
y a cinq gemmes en cercle…tu les vois ? " Demanda-t-il en les
désignant une à une.
"Elles
représentent ta famille, Glaucus. Le rubis c’est Maximus, ton père, car c’est
le symbole de sa force, de sa puissance et de son courage." Glaucus
approuva muet.
Son
oncle continua. "L’opale c’est Olivia parce que sa beauté ressemble à «un
feu obscur » tout comme celle de ta mère. Le jais c’est pour Marcus car il
était aussi sombre que l’était sa mère. L’ambre représente Maxima parce que
c’est une pierre qui n’est pas à maturité tout comme Maxima qui n’a jamais
grandi et toi tu es l’émeraude, bien sûr, et je suis certain que tu sais
pourquoi."
Titus
serra les mains tremblantes du jeune homme pour les immobiliser le temps qu’il
termine. "Et le grand saphir, au milieu, représente la famille entière –
les autres – et symbolise l’amour serein qui sera toujours là, pour toi, où que
tu ailles et quelle que soit la durée de ton absence."
Glaucus
referma les doigts autour de la magnifique fibule et ferma les yeux totalement
submergé par l’émotion.
"Tu
l’aimes?" Demanda Titus plein d’espoir.
Glaucus
put seulement incliner la tête en signe d’assentiment. Il essaya de remercier
mais aucun son ne put franchir ses lèvres tellement il était étreint par
l’émotion.
Préoccupée
par l’intense réaction du jeune homme, Augusta ajouta pour l’aider, "Si...
si tu persistes à ne porter que du noir cela ajoutera un peu de … couleur à tes
vêtements."
Glaucus
rit, un rire étranglé qui se termina en une sorte de hoquet.
Inquiète
de ces réactions, Augusta se leva et agrippa la main de son mari, le poussant
vers la porte, sensible au besoin de Glaucus d’être seul un moment. Comme ils
fermaient la porte ils entendirent « merci » prononcé d’une voix
emplie de larmes mais calme.
Glaucus
était assis sur Ultor à la porte de la propriété de Maximus – la sienne
maintenant – et maintenait le jeune étalon d’une main ferme. L’animal
s’ébrouait et piaffait, tiraillant sur la longe afin de prendre le contrôle
mais le cavalier ne le permit pas.
Glaucus
tapota le cou noir et brillant. "Du calme, Ultor. Tu auras bientôt ton
comptant d’exercices."
.Ultor
avait seulement deux ans mais avait déjà surpassé tous les autres chevaux de la
ferme par sa vigueur, sa vitesse et son caractère. Il était un descendant
direct de l’étalon qui avait donné à Maximus ses deux chevaux, Argento et
Scarto – et iI était digne d’un empereur. Mais aucun empereur n’aurait cet
étalon car rapidement Glaucus avait réclamé le poulain pour lui, l’entraînant
d‘une main ferme mais aimante. Le résultat était un magnifique étalon noir qui
n’obéissait qu’à un seul homme.
De
loin, l’homme et le cheval devait être une vision effrayante. Recouvert de sa
cape noire, Glaucus se fondait avec l’étalon comme s’ils ne faisaient qu’un,
tel un centaure –créature mythologique mi-homme, mi-cheval.
Les
seules tâches de couleur étaient la figure bronzée de l’homme, son opulente
chevelure brune et la fibule incrustée de joyaux qui lançaient vers le ciel des
éclats de feu et de glace.
Durant
ces cinq dernières années, Glaucus avait continué de travailler dans la ferme
familiale mais passait tous ses temps libres sur sa propriété. Il l’avait,
amoureusement et de manière presque obsessionnelle, restaurée dans l’état où
elle était avant ce jour effroyable de l’année 180 quand sa vie avait été
changée si définitivement.
La
maison avait été débroussaillée, reconstruite en pierre rose, marbre blanc,
bois polis et tuiles rouges.
Des
travailleurs avaient défriché le sol, les arbres fruitiers fleurissaient encore
une fois et le blé ondulait dans les champs comme des vagues dorées sous les
cieux ensoleillés.
C’était
une source de fierté comme de revenus pour Glaucus – et c’est ce que son père
aurait voulu.
La
maison était vide cependant, en dépit de la vie qui se dégageait des apparences
extérieures. Glaucus ne pouvait vivre à cet endroit qui était hanté par les
esprits de sa famille morte.
Non
parce qu’il était effrayé mais parce qu’il ne s’en sentait pas encore digne –
il ne se sentait pas encore digne d’eux – il
lui restait encore du travail à faire.
Glaucus
tourna Ultor et le dirigea vers la
route, en contrebas, qui le mènerait en Germanie loin de la seule maison qu’il
avait jamais connue, Zeus sur les talons du cheval.
Son
grand- père était mort, une semaine plus tôt, et le jeune homme avait accompli
sa promesse de rester jusqu’à ce moment.
Il
continuerait à porter la couleur du deuil de son grand-père…et de celui de sa
mère, de son frère et de sa sœur, ce qu’il n’avait jamais eu l’occasion de
faire. Il était temps de le faire pour exprimer sa rage et ses ressentiments au
monde.
Pour
son père…eh bien, le noir exprimait l’incommensurable perte de l’homme qu’il
désirait retrouver avec une douleur qui le consumait presque. Mort ou
vivant…Maximus n’était pas là où il
aurait du.
Et
quelqu’un paierait chèrement pour cela.
Chapitre 7 - Germanie
Vindobona
Glaucus
poussa la massive porte de bois de la taverne à Vindobona et ses narines,
assaillies par de délicieuses senteurs d’épices et d’oignons, se contractèrent
immédiatement.
En
réponse, son estomac grogna et il se hâta vers une table inoccupée se frayant
un chemin à travers la cohue des habitués partageant le repas de midi.
Il
faisait chaud dehors et brûlant dans la taverne, au plafond bas, où malgré les
fenêtres ouvertes pas le moindre air ne pénétrait.
Son aspect attira quelques regards curieux et des
signes de sympathie. Il était habitué à cela. Il était inhabituel de voir un
homme habillé d’une tunique noire. Pour un deuil c’est la toge qui était noire
normalement pas la tunique; il était en fait une curiosité.
Suite
à la chaleur, cependant, il avait repoussé de ses épaules sa cape et dessous
ses bras et jambes étaient nus. Il portait des sandales de cuir qui enlaçaient
ses mollets musclés.
Sa
présence ne passa pas inaperçue d’une jeune servante qui abandonna ses
consommateurs ronchons pour accueillir le nouvel arrivant.
"Bonjour,
monsieur. Je ne vous ai jamais vu, ici, auparavant et je suis sûre que je m’en
rappellerai. Elle avait un large sourire mais ses dents étaient irrégulières et
brunes.
"Je
viens d’arriver en ville," répondit Glaucus, ne souhaitant pas engager la
conversation avec la fille.
"Dans
ce cas vous devez chercher un endroit où rester, Monsieur. Il y a une auberge
de l’autre côté de la place et il y a de temps en temps des chambres libres
lorsque l’on réserve tôt".
"Est-ce
propre?" Demanda Glaucus comme il regardait le tablier souillé de la fille
pas certain de faire confiance à son évaluation quant à la convenance de
l’auberge.
"Oh,
bien sûr. Elle est impeccablement propre et fournit toute une série de services
à des hommes comme vous," elle cligna ouvertement des yeux, "Si vous
voyez ce que je veux dire."
Glaucus
l’ignora. "Qu’y a t il de bon aujourd’hui ?"
"Et
bien, le pâté de viande hachée est excellent, finement épicé et garni de
pignons et de grains de poivre. Il est accompagné de … "
"Ce
sera bien."
Elle
fit une moue, mécontente et rejeta sur ses épaules ses tresses blondes.
"Vous ne voulez pas entendre ce que nous avons d’autres?"
"Non,
le pâté sera parfait. Et j’aimerai un peu de vin, s’il vous plaît, rafraîchi,
si possible."
Elle
l’évalua d’un oeil expert, évaluant ses bras et sa jambe gauche visible à côté
de la table. "J’aime un homme qui sait ce qu’il veut."
Glaucus
retira sa jambe. "Le camp de l’armée est loin d’ici?"
"Qui
cherches-tu, chéri?" Elle recula et l’évalua à nouveau. "Tu n’es pas
un soldat, n’est-ce pas ? Tu ne ressembles pas à un soldat."
"Vraiment?"
"Vraiment."
"Pourquoi
pas?"
"Et
bien… tu n’es pas habillé comme un
soldat et tes cheveux sont trop longs et
tu as de si beaux yeux verts…"
"Des
soldats ne peuvent pas avoir des yeux verts?" L’interrompit-il impatient.
Elle
interpréta sa brutalité comme étant le résultat de son deuil et se pencha tout
près de lui, sa transpiration assaillant ses narines. "Je suis désolée
pour votre perte," dit-elle sérieusement.
Glaucus,
involontairement, s’éloigna d’elle. "Merci. Maintenant, pourriez-vous
passer ma commande? S’il vous
plait?"
Elle
le gratifia d’un dernier sourire comme elle s’en allait, exagérant le
balancement de ses hanches et de toutes les autres parties de son corps. Des
convives affamés lui firent signe immédiatement mais elle les ignora et se
dirigea vers la cuisine pour transmette
la commande.
Glaucus
s’appuya contre un coin et il renversa sa chaise jusqu’à ce qu’elle ne prenne
plus appui que sur les deux pieds arrières.
En
dépit de son apparence détendue, ses yeux parcouraient rapidement les occupants
de la pièce afin d’identifier ceux qui pourraient lui fournir des informations.
La plupart des hommes semblaient être des autochtones – marchands et fermiers –
avec un homme excentrique ressemblant à un soldat à la retraite.
Une
assemblée éclectique, certains étaient vêtus de toge romaine et d’autres en
costume local, pantalons et blouses.
Il
rit de son désappointement. Qu’est-ce qu’il espérait ? Qu’un homme
s’apercevrait de sa ressemblance avec le général romain Maximus et s’assoirait
à sa table ?
Un
homme en toge vint s’asseoir près de lui.
Les
pieds avant de sa chaise retombèrent avec un bruit sourd tandis qu’il regardait
cet hôte inattendu. L’homme étendit une main que Glaucus accepta lentement.
"Vous
êtes nouveau ici ?" Bredouilla-t-il, la voix hésitante suite à un
repas trop arrosé..
"Je
viens d’arriver en ville."
"Je
suis Carius, le préfet de Vindobona. Vous êtes...?"
"Mon
nom est Glaucus."
"Glaucus...
un nom peu commun."
Il
haussa les épaules. "Il est approprié."
"Vous
.. .êtes espagnol?"
"...Oui."
"Je
l’ai su par votre accent. Habitué d’avoir un général ici qui était espagnol…
avait pas l’habitude de venir en ville."
Glaucus
sentit un courant électrique parcourir son corps et il se força à garder son
calme.
Il
ne pensait pas qu’un contact aurait pu se produire si rapidement. Il choisit
ses mots avec soin.
"L’Espagne
est vaste. Je suis sûr que vous avez de nombreux espagnols ici."
"Pas
tellement. Juste ceux de l’armée. J’ai entendu que le temps est meilleur en
espagne. Pas beaucoup de raison de venir ici , je suppose. Quelle route
vous avez prise ? "
"Par
les Alpes."
Carius
grogna. "Beaucoup plus courte mais parfois il y a du mauvais temps."
"Je
dois avoir été chanceux."
"C’est
votre cheval dehors ? L’étalon noir ?"
"Ultor...
oui. Pourquoi?"
"Pas
eu souvent l’occasion de voir un cheval comme celui-là en dehors de ceux des
officiers de l’armée."
Le
préfet visiblement cherchait à avoir des informations. Glaucus se demandait
s’il était toujours aussi curieux. "Ma famille élève des étalons pour
l’armée... et pour les empereurs."
"Oh,
C’est pour ça que vous êtes ici, vous
venez vendre des chevaux."
Glaucus
se contenta de sourire en laissant l’homme croire ce qu’il souhaitait.
Carius
lança un oeil injecté de sang sur la fine tunique de laine moire du jeune homme
et évalua la fibule en or. "Doit bien payer. Serait prudent avec une
babiole de ce genre si j’étais vous."
"Je
le suis, faites-moi confiance. Il y a des voleurs en Gaule avec trois doigts en
moins après avoir eu l’idée de la dérober."
Carius
digéra l’information. "Etes en deuil?" Demanda-t-il.
"Oui."
"Un proche?"
"Oui."
Où
était donc la servante?
"Oh,
suis désolé. Mon père est mort, ma mère aussi. Une perte terrible,"
ajouta-t-il et il se rassit en voyant le vin arriver.
Avec
un plateau par-dessus la tête, la fille plaça son corps de telle manière que sa
poitrine frémissante se trouvait proche de la figure de Glaucus. Elle était
tellement occupée à le regarder qu’elle ne s’aperçut pas que le gobelet qu’elle
prenait du plateau se renversait légèrement ajoutant une autre tache sur son
tablier. "J’ai envoyé un garçon à l’auberge d’en face et ils retiennent
leur meilleure chambre pour vous."
A
contrecœur, Glaucus chercha une pièce dans son sac et la lui tendit.
"Oh,
merci, Monsieur," cria-t-elle. "Vous n’étiez pas obligé!" Mais
elle fit glisser vite la pièce dans le devant de sa robe où elle alla se nicher
entre ses seins opulents.
"Un
autre gobelet pour le préfet, s’il vous plaît. Et j’espère que le repas ne tardera
plus?" Insinua Glaucus.
"Il
sera bientôt là, Monsieur."
Glaucus
poussa son gobelet devant le préfet qui l’accepta sans hésitation. Le jeune le
regarda en boire la moitié avant de demander négligemment. "Qui est
général ici, actuellement?"
"Vesnius.
Il est le bras droit de l’empereur. Septime Sevère vient souvent ici. Habitué
d’être le général ici lui-même avant de marcher sur Rome avec ses
troupes."
Le
préfet rota. "Le général n’est plus ici pour longtemps, cependant."
"Non?
Pourquoi pas?"
"Il
a des ambitions, comme tous les chefs de l’armée semblent en avoir de nos
jours. Il passe son temps – et celui de l’armée—à combattre les opposants
politiques plutôt que les étrangers."
"Donc
il n’est pas un bon général?"
"Aussi
bon que n’importe lequel, je pense. Ses hommes le supportent. Ils peuvent. J’ai
jamais vu des soldats avec autant d’argent et de temps libre pour le
dépenser."
"Ca
doit vous rendre heureux."
"Oh,
c’est bon pour Vindobona, pas de doute. Pas comme d’habitude, cependant, quand
les soldats étaient payés ce qu’ils valaient et étaient loyaux à leur général
parce que leur général méritait leur loyauté. Non ce n’est pas comme
c’était."
"La
légion est-elle au camp actuellement?"
"Non.
Non ils sont quelque part à faire on ne sait quoi. Sait pas quand ils
reviendront. Ils vont et viennent comme il leurs plaît et ne nous avertissent
de rien."
"La
forteresse est-elle loin de la ville?"
"Non,
elle est toute proche. Il suffit de prendre plein nord par la route principale
et vous y arriverez. C’est tout près de la rivière."
Le
vin et la nourriture de Glaucus arrivèrent et il ignora la poitrine qui se
balançait devant sa figure pendant que la servante déposait un plat devant lui.
"Y-a-t-il
encore beaucoup d’hommes dans la légion qui y étaient déjà il y a environ…vingt
ans.?
"Non,
très peu."
Les
espoirs de Glaucus s’envolèrent.
"Il
y a le vieux Jonivus, cependant. Il est retraité mais il a décidé de revenir
ici parce que son fils y est enterré. Il a une petite maison, facile à
apercevoir, le long de la route. Il était chef ingénieur de l’armée au temps de
Maximus comme il aime à le rappeler.
C’était le bon temps alors, mon jeune ami."
"Voulez-vous
encore un peu de vin, Monsieur?"
L’homme
déclina l’offre mais Glaucus appela la servante pour un nouveau tour. Il
voulait qu’il continue de parler.
"Vous
connaissiez le général Maximus?" Glaucus essayait de garder un ton
détaché.
"Pas
personnellement. En ce temps là un général ne se mêlait pas beaucoup avec les
autochtones mais il était toujours là quand nous avions besoin de lui. Il y a
eu une terrible fois quand les tribus ont attaqué la ville. Maximus l’a fait
évacuée entièrement avant de penser à lui ou à ses hommes Il était un homme bon
ou du moins nous pensions qu’il
l’était."
Glaucus
était en train de prendre une bouchée du délicieux pâté mais il la redéposa
lentement sur le plat et regarda Carius dans les yeux. "Que voulez vous
dire?"
"Hmm?"
"Vous
dites que vous pensiez que le général Maximus était un brave homme. Pourquoi
avez-vous changé d’avis?"
"Et
bien…le préfet ivre redressa le dos essayant de récupérer une dignité plus
appropriée à sa fonction.
"Ce
fut un terrible choc pour chacun quand nous avons appris qu’il avait comploté
de renverser l’empereur et de s’emparer du titre. Il a été exécuté pour
cela, juste après la mort de l’empereur."
Carius
fit signe au jeune homme de se rapprocher ce que fit Glaucus et il reçut en
face une haleine avinée.
"Certains
pensent que l’empereur est mort d’abord assassiné par Maximus."
Glaucus
sursauta, les poing fermés, les ongles enfoncés dans ses paumes.
"Ca
n’a pas de sens," gronda-t-il. "Il n’avait rien à gagner en faisant
cela. C’est Commode qui héritait du trône pas lui."
Carius
éleva les deux mains essayant de calmer l’étranger.
"Je
vous raconte juste ce que j’ai entendu, c’est tout."
L’appétit
coupé, Glaucus repoussa son plat.
Carius
secoua tristement la tête. "Je crois que tous les hommes dans cette
position ont de telles ambitions. Nous pensions juste que le Général Maximus
était différent, c’est tout. En fait, il a prouvé qu’il était juste comme les
autres."
Glaucus
se caressa le menton, une habitude qu’il avait quand il était tendu, fatigue ou
perdu dans ses pensées.
"Où
puis-je trouver cet homme, Jonivus?"
"Prenez
la route de la forteresse ; vous verrez sa maison sur la gauche ;
Vous ne pouvez pas la manquer."
Glaucus
se leva sans tendre la main à l’homme.
"Merci,
j’ai apprécié cette conversation," dit-il plutôt froidement.
"Bonne
chance pour vendre vos chevaux, jeune homme. Ultor? C’est comme cela que vous
l’appelez?" Carius rit. "Pourquoi le nommer ainsi? Vous chercher à
vous venger?"
"Vous
n’en avez pas idée," murmura Glaucus amèrement tandis qu’il posait son sac
sur l’épaule et traversait la taverne encombrée.
Chapitre 8 - Jonivus
Glaucus se mit en selle,
ignorant les curieux qui s’était rassemblés pour admirer son magnifique étalon.
Ils se retirèrent rapidement
quant il fit tourner le cheval et qu’il se dirigea plein Nord sur la voie
principale.
Comme toutes les cités
romaines, Vindobona était entourée d’une enceinte et était dessinée suivant un
plan quadrillé, suivant la technique d’Hippodamos de Milet, avec des portes aux
endroits où les deux routes principales – le cardo et le decumanus – et les
murs se rencontraient.
La place du marché était un
lieu encombré situé au centre de la ville où les femmes venaient acheter des
provisions pour les repas de la journée et où les vendeurs proposaient toutes
sortes de chose des tissus aux petits animaux et aux armes.
Les artisans locaux, qui
travaillaient le métal, le cuir et la céramique, avaient des étals tout autour
de la place. Il y avait aussi des marchands qui proposaient des objets de
fabrication romaine et grecque.
Glaucus s’émerveillait des
similitudes qui se rencontraient dans toutes les parties de l’empire.
La plupart des édifices
publics du centre ville étaient en pierre avec des toits de tuiles rouges et
des colonnades composées de colonnes de type corinthien.
Des statues de bronze et de
pierre de la déesse Epona, la déesse celtique protectrice des chevaux et des
cavaliers, montrée chevauchant en amazone ou se tenant entre deux chevaux
ornaient les immeubles.
Pas étonnant que tout un
chacun admirât autant Ultor !
Une grande colonne de
calcaire se tenait au centre de la ville. Son sommet – une large pierre
carrée -
était sculptée de figures de Junon. Au sommet de la colonne sculptée se
trouvait un cavalier anguipède – mi-homme pour la partie supérieure et
mi-serpent pour la partie inférieure.
Le long de la route du nord, les immeubles commencèrent à se modifier. Les
édifices publics de type romain construits en pierre étaient remplacés, peu à
peu, des deux côtés de la route par des habitats individuels de structure et de
matériau traditionnels.
Les maisons étaient
réalisées en bois avec de solides poteaux verticaux supportant des murs en
rondins et des toits de chaumes.
L’extérieur de certaines des
habitations rectangulaires était couvert de branches maintenues en place par de
l’argile afin de les préserver de l’humidité et du vent.
Ces maisons ressemblaient
aux fermes qu’il avait longées lorsqu’il approchait de Vindobona.
Glaucus contemplait la
chaussée pavée tandis qu’il se dirigeait vers la rivière. Combien de fois son
père avait-il emprunté cette même route ? Son cheval avait-il touché les
mêmes pavés ? Son père avait-il regardé ces mêmes arbres ?
Apprécié une brise similaire ?
Senti ces mêmes odeurs douces et sauvages?
D’une certaine manière,
Glaucus se sentait plus proche de Maximus ici, près de son camp de base qu’il
ne l’était en Espagne. Peut-être parce que c’était ici que Maximus avait passé
tant de temps à l’âge adulte… ou bien parce que c’était ici qu’il avait été
trahi.
Glaucus tira rudement les
rênes et Ultor renâcla de mécontentement.
Juste en face se trouvait
une solide maison de pierre, à un étage, avec un toit de tuiles rouge et dont
la façade blanche était trouée de quelques hautes fenêtres étroites. De type romain… de toute évidence.
Elle devait appartenir à
Jonivus, l’ingénieur.
La maison se trouvait en
retrait de la route au milieu d’une grande étendue herbeuse entourée de pins et
de chênes massifs.
S’il n’avait pas été si bien
renseigné, il aurait pu croire qu’elle était abandonnée car il n’y avait pas le
moindre signe de vie alentours.
Glaucus descendit de cheval
et lia Ultor à un arbre loin de la route et ordonna à Zeus de rester près du
cheval.
Il s’approcha de
l’habitation avec prudence, essayant de suivre le chemin envahi par les
mauvaises herbes qui lui balayaient les genoux.
Cela ressemblait à une
forteresse. C’était totalement inhospitalier et il avait presque l’impression
qu’une nuée de flèches enflammées allaient tomber du ciel sur lui.
Tout en essayant de tirer de
sa sandale une mauvaise herbe et en se tenant sur un pied, il frappa sur la
solide porte de chêne 3 fois et retirant de sa tunique les semences d’herbes
qui s’y trouvaient, il attendit.
Après quelques minutes sans
réponse, il frappa à nouveau. Toujours pas de réponse…Jonivus ne serait-il pas
chez lui ?
Glaucus se déplaça à travers
les hautes herbes vers le côté sud de la maison dont le mur de pierre était
aussi imposant que celui de devant. Il
n’y avait aucune possibilité de savoir s’il y avait quelqu’un à l’intérieur.
Cependant ses oreilles
détectèrent un son et il s’approcha doucement de l’arrière de la maison.
Plaçant sa main sur le mur
chauffé par le soleil, il regarda par delà le coin à l’intérieur du jardin de
la propriété.
Un vieil homme arrachait
furieusement les mauvaises herbes qui menaçaient d’envahir les quelques plants
de son petit potager.
Ne voulant pas le
surprendre, Glaucus se racla la gorge. Pas de réaction. Il toussa. Toujours
aucune réaction. Le vieil homme était-il quasi sourd comme l’avait été son
grand-père ?
Il s’attarda au coin de la
maison jusqu’à ce que l’homme finalement saisisse son panier bas, se redresse
et se retourne. Il était petit et trapu avec un ventre proéminent et des bras
et des jambes décharnés.
Jonivus ne semblait pas
s’apercevoir qu'il était observé. Glaucus estima qu’il devait avoir dans la
soixantaine d’après ses cheveux gris clairsemés, les rides profondes de sa
figure rasée de près, ses joues charnues et son nez bulbeux.
Sa tunique en lin était
d’une longueur démodée et tâchée de terre. Il ajouta davantage de crasse en
s’essuyant les mains dessus. Glaucus bougea lentement et Jonivus finalement
s’aperçut de la présence d’un visiteur.
Immédiatement, il leva sa
binette, en défense, et Glaucus réprima un sourire. Il parla à l’homme,
"Je viens en ami chercher des informations, Monsieur."
Le vieil homme porta la main
à l’oreille et Glaucus répéta sa phrase, d’une voix plus forte cette fois-ci.
Il s’avança doucement et Jonivus baissa sa binette et regarda de côté.
Glaucus bougeait lentement,
les mains légèrement en avant afin de montrer qu’il n’avait aucune intention de
nuire. "Votre nom est Jonivus, Monsieur?"
"Qui veut savoir?"
La voix était ferme sans la trace de chevrotement qui caractérisait les
personnes âgées.
"Glaucus, mon nom est
Glaucus." Il continua de s’approcher.
"Quelle sorte de nom
est-ce donc? Quel est votre nom de famille?" Demanda-t-il.
"Je suis à la recherche
d’informations, Monsieur." Il se rapprocha, son visage illuminé par le
soleil.
Jonivus le regarda de biais
mais il y avait une hésitation dans sa voix maintenant et un froncement étonné
sur son front. "Je refuse de parler à un homme qui ne veut pas me révéler
son nom."
Glaucus se rapprocha au
point de toucher le vieil homme et dit de sa profonde voix rocailleuse,
"Je viens d’Espagne et mon nom de famille est Decimus."
Jonivus ferma les yeux et
chancela, son faux pas arrêté par le robuste bras de Glaucus.
"Parlez,"
murmura-t-il. "Parlez encore," dit-il les yeux toujours clos.
"Je recherche des
informations et le préfet de Vindobona m’a dit que vous pourriez m’aider."
Jonivus cligna rapidement
des paupières puis ouvrit les yeux, un voile obscurcissant leur clarté. Il prit
entre ses doigts, déformés par l’arthrite, le visage de Glaucus et murmura,
"Marcus?"
Glaucus sursauta. "Non
monsieur, je ne suis pas Marcus."
Le vieil
homme cligna ses yeux laiteux et s’approcha si près que leurs deux corps se
touchaient presque. Il étudia le visage du jeune aussi bien qu’il en était
capable
"Vous
avez sa voix et vous êtes son portrait."
L’émotion étreignit la gorge
de Glaucus et il dut avaler plusieurs fois sa salive avant de pouvoir
continuer.
"Marcus était mon
frère, Monsieur. Il est mort il y a des années."
Jonivus agrippa les bras de
l’étranger, les yeux troubles du vieil homme examinant son visage à la
recherche de la vérité.
"Ton père. Tu es
l’image de ton père. Tu as sa voix. Quel est ton nom
complet?"
"M-Maximus Decimus
Glaucus, Monsieur." Glaucus achoppait sur le nom qu’il n’avait pas
l’habitude d’utiliser et serra les poings pour contrôler son tremblement.
"Je ... Je suis le plus
jeune fils du général Maximus Decimus Meridius."
Les doigts noueux de Jonivus
s’enfoncèrent dans les bras de Glaucus
et il attira rudement le jeune homme contre lui, plaçant sa tête contre la
poitrine de Glaucus. "Tu ne me mens
pas. Tu ne raconterais pas un si vil mensonge à un vieil homme ?"
"Non, Monsieur. Je suis
le fils du Général Maximus."
Jonivus chercha à nouveau
son visage. "Quel était le nom de ta mère?" Demanda-t-il gravement.
"Olivia. Mon frère,
Marcus, avait environ 5 ans quand vous l’avez rencontré ici. Il est mort à
presque 8 ans avec ma mère. Ils ont été assassinés."
Jonivus lança un regard aux
alentours même si ses yeux ne pouvaient plus distinguer que des ombres.
Il tira sur les bras de
Glaucus et murmura.
"Nous devons aller à
l’intérieur là où on est en sécurité. Viens avec moi."
Il ouvrit une porte en bois
dans le haut mur de pierre et poussa Glaucus à l’intérieur d’un jardinet de
fleurs empli de papillons, d’abeilles, riche en couleur et en parfums.
Bien qu’imposante vue de
l’extérieur, la maison était étonnamment accueillante à l’intérieur. Derrière
le jardin, se trouvait une petite cour avec une table en pierre et des bancs et
derrière elle, un atrium.
A la droite de l’atrium se
trouvait une étroite cuisine et à sa gauche ce qui semblait être deux chambres.
Tout était compact, net et en ordre.
Le temps qu’ils atteignent
la cour, Jonivus était à court de souffle suite aux efforts et à l’excitation.
Il désigna un banc mais Glaucus l’aida d’abord à s’asseoir, effrayé qu’il
puisse mourir sous ses yeux.
Jonivus saisit les mains de
Glaucus au-dessus de la table de pierre.
"Tu as ses mains
– très larges et bien découplées – tu as sa voix, tu as sa figure."
Il secoua la tête
émerveillé.
"Je n’ai jamais pensé
que je le verrais. Je pensais que la famille était détruite quand le petit
Marcus fut tué." Le ton de sa voix se chargea d’une rage assassine.
"Commode!" Cracha-t-il. "Maudit fils de putain. Il a tué ta mère
et ton frère."
"Oui, Monsieur. Je sais
cela. Mais j’ignore ce… qui est arrivé à mon père et je suis venu ici chercher
des informations le concernant."
"Quel âge as-tu,
fils?"
" 20 ans, Monsieur.
J’en aurai 21 le mois prochain."
"20 ans. J’ai connu ton
père quand il avait 20 ans."
Jonivus se rassit et
contempla le ciel, ses yeux laiteux ne voyant que la lumière. Glaucus réalisa
que les pensées de l’homme s'étaient tournées vvers la jeunesse de son père et
il était content d’entendre tout ce qu’il pourrait lui raconter.
"La première fois que
j’ai rencontré ton père, il était un jeune garçon. Rusé …. Fort, expérimenté,
de bonne apparence. Il avait du tempérament, cependant – chose qu’il apprit à
contrôler en vieillissant. Chacun savait qu’il était destiné à un grand destin.
Marc Aurèle l’avait vu
aussi. Nous l’avions tous vu. Personne
ne fut plus heureux que moi de le voir gravir les échelons de la hiérarchie si
vite. Certains parmi nous pensaient que sa destinée était d’être plus que
général."
Glaucus était étonné.
"Que vous voulez vous dire, Monsieur?"
Jonivus hocha tristement de
la tête. "Cela ne devait pas être. Commode le détruisit. Commode
détruisait tout ce qu’il touchait." Jonivus, soudainement, martela la
table furieux puis ses émotions changèrent en un éclair et il gloussa de joie.
"Il pensait qu’il avait
détruit toute sa famille mais il t’a manqué, n’est-ce pas ?"
Il s’approcha Glaucus et
siffla,
"Maintenant tu vengeras
la mort de ton père. Tu réhabiliteras sa mémoire."
"J’en ai l’intention,
Monsieur … mais j’ai besoin de savoir ce qui lui est arrivé d’abord."
"Quel âge avais-tu
quand il est mort?"
"Je ne sais ni quand ni
où il est mort ou … même s’il est mort. J’avais deux ans quand ma mère et mon
frère ont été assassinés."
"Maximus ne mentionna
jamais l’existence d’un second fils. Il était si fier de sa famille. Je suis
sûr qu’il l’aurait fait. Es-tu certain de ne pas être un bâtard?"
Glaucus ne put s’empêcher de
rire.
"Non, je suis né de
parents mariés. Olivia, ma mère était la femme de mon père. Mon père ignorait
mon existence parce que ma mère choisit de la lui taire. Je suis né en juillet 177 … presque 7 mois après le
retour de mon père en Germanie."
"Ah... c’est pourquoi tu es en vie alors. Si Maximus
l’avait su alors tu serais mort aussi."
"Parfois, je ne suis
pas sûr que je n’aurai pas préféré cette solution. Etre avec eux … en famille …
même dans la mort."
Jonivus attrapa Glaucus et
l’étreignit fort.
"Il y a une raison à
cela, fils. Tu as été épargné pour une raison."
"Monsieur, est-ce que
quelqu’un sait ce qui lui est arrivé?"
"Hélas, non."
Jonivus pouvait sentir le
désappointement du jeune homme et sourit compréhensif.
"Tout ce que nous
savons de certain est qu’il a terrassé et tué trois prétoriens armés malgré le
fait que lui était désarmé et blessé. C’était ça, notre Maximus!" Jonivus
gloussa à nouveau mais redevint rapidement sérieux.
"A part cela, on ne
sait rien."
Glaucus se taisait.
Jonivus tapota sa main.
"Tu étais venu chercher, ici, des réponses."
Le jeune homme approuva et,
se rendant compte que le vieil homme
n’avait pu voir sa hochement de tête, dit "Oui".
"Eh bien, j’ai cherché
des réponses pendant ses 18 dernières années et maintenant, les Dieux t’ont
envoyé pour les fournir."
"Je n’ai pas de
réponses," dit Glaucus, maussade. "Je n’ai rien que des
questions."
"Tu as l’esprit de ton
père et ses instincts et sa vigueur. Tu trouveras ce que tu cherches. Tu dois
être patient."
"Vous n’avez vraiment
pas la moindre idée où il aurait bien pu aller s’il avait échappé, ici, à la
mort?"
"Seulement des rumeurs
bizarres. Ton père est supposé être apparu partout de la Bretagne à l’Egypte
après avoir disparu. Nous avons entendu dire qu’il avait été capturé par les
Germains et réduit en esclavage. Nous avons ouï qu’il était parti en Bretagne
où il était devenu le roi d’un petit royaume. On dit aussi qu’il était en Gaule
où il s’était remarié. On raconte qu’il était en Egypte et vendait des
chameaux. On prétend qu’il était à Rome esclave et gladiateur, qu’il était en
Afrique …" Jonivus leva les mains. "Rien que du vent, rien de
concret. Il y a encore d’autres rumeurs toutes plus folles les unes que les
autres."
"Je ne sais pas par où
commencer," dit Glaucus calmement.
"Tu es venu au bon
endroit. Là où ton père était aimé et respecté plus qu’aucun homme que j’ai
connu. Sa mémoire est restée ici."
Glaucus mordilla sa lèvre
inférieure et contempla le jardin.
"Des gens d’ici pensent
qu’il fut un traître."
"Bah, seul les
idiots pensent cela. Des idiots qui
n’ont pas connu ton père comme moi je l’ai connu. As-tu déjà été à la
forteresse?"
"Non, Monsieur. Je suis arrivé
aujourd’hui. J’ai entendu parler de vous par le préfet de la
ville."
"Alors je t’y
conduirai. Tu resteras ici cette nuit et demain je t’y emmènerai. Je dois te montrer la maison que j’ai
construite pour lui. Elle est toujours debout."
"Nous laisseront-ils
entrer, monsieur?"
"L’armée n’est pas ici.
Je le sais car ma maison est si proche du camp que je peux les entendre quand
les soldats y sont. Il y aura des gardes, bien sûr, mais ils peuvent aisément
être convaincus ou … soudoyés. Ce n’était pas le cas du temps de ton père."
"Mon oncle Persius
…"
"Je me souviens de
Persius. Agréable jeune homme."
"Oui. Il m’a raconté
que ma mère avait peint des fresques sur les murs de la maison que vous avez construite pour mon père. J’ai vraiment
très envie de les voir. Je … veux voir à quoi ressemblait mon père."
Jonivus sourit, ses dents
étonnamment blanches et fortes.
"Jette juste un œil
dans un miroir, garçon. Même avec ma faible vision, je peux voir la
ressemblance. Si tu avais les cheveux plus courts, comme ton père, tu
effrayerais quelques personnes. Ils croiraient que tu es son fantôme."
"Monsieur …"
"Appelle-moi Jonivus
comme ton père le faisait."
Glaucus opina.
"Jonivus...," il hésita, inquiet de la réponse à sa question.
"Vous pensez qu’il est
mort?"
Au lieu de répondre, Jonivus
se leva et disparu dans la petite cuisine ; il revint rapidement avec du
vin et deux verres colorés.
"Que veux-tu
entendre?"
"La vérité."
Le vieil homme versa le vin,
en en renversant un peu sur la table de pierre.
"Non... tu veux que je
te dise que je crois qu’il est encore en vie après toutes ces années,, n’est-ce
pas ?"
Glaucus regarda à nouveau le
jardin.
"Je suppose."
"Je souhaiterai pouvoir
dire cela."
Glaucus soupira et porta le
verre à ses lèvres. Son estomac était chamboulé et il ne savait pas si le vin
le rendrait malade ou l’aiderait. Les deux hommes restèrent un moment
silencieux puis Glaucus dit
"Votre jardin est
vraiment charmant, Jonivus."
"Il signifie beaucoup
pour moi, ce jardin. C’est l’endroit où mon fils tomba et mourut quand les barbares
attaquèrent Vindobona, il y a des années."
Il parlait sans émotion
comme si le temps avait émoussé sa peine. Glaucus se demandait si le temps
émousserait aussi la sienne.
"Je suis désolé,
Jonivus."
"Inutile. Il est mort
pour la meilleure raison qui soit. Il est mort pour sauver la vie d’un homme
qu’il adorait."
Glaucus approuva simplement,
sans faire de rapprochement et Jonivus ne l’y aida pas. Le vieil homme
frissonna légèrement quand le soleil de la fin d’après-midi disparu derrière le
sommet des hauts arbres.
Glaucus, rapidement, retira
sa cape pour en couvrir les épaules voûtées, la précieuse fibule toujours
accrochée.
"Merci Maximus,"
dit Jonivus.
Etonné, Glaucus resta à ses
côtés, se demandant si les pensées du vieil homme avaient, à nouveau, replongés
dans le passé. Jonivus sentit sa confusion et le regarda.
"C’est bien ton nom, n’est-ce pas?"
"Oui mais je ne l’ai
jamais utilisé. Il appartient à mon père, pas à moi."
"Il t’appartient
aussi."
"On ne m’a jamais
appelé ainsi. On m’a toujours appelé Glaucus. Mes parents adoptifs étaient
inquiets pour ma sécurité et ils voulaient cacher ma véritable identité."
"C’était sage.
D’accord, je t’appellerai Glaucus, mais tu dois te préparer à porter fièrement
le nom de ton père … qui est aussi le tien … quand tes recherches seront
finies."
"Je ne suis pas certain
d’être digne de ce nom."
"Tu l’es et un jour tu
le comprendras."
Jonivus sourit amicalement.
"Tu resteras ici
pendant ton séjour à Vindobona, bien sûr. J’ai rarement de la visite et avoir,
sous mon toit, le fils de Maximus ... eh bien , c’est un grand honneur."
"Merci, Jonivus.
Y-a-t-il un endroit où je puisse abriter mon cheval? Il a une grande valeur et
attire l’attention. J’ai aussi un chien."
"Bien sûr. Il y a un
petit appentis au fond de la propriété et je suis certain que ton cheval y sera
bien. Pour le chien … fais le entrer. J’ai veillé sur le chien de ton père
après sa disparition. Son nom était …"
"Hercules."
"Oui... un grand loup
gris. Le serviteur de ton père, Cicero, gardait Hercules mais il ne revint pas
d’un voyage qu’il avait fait à Rome alors que nous étions stationné à Ostie
quelques mois après la disparition de ton père et j’ai gardé le chien et l’ai
emmené avec moi ici. C’était une bonne compagnie. Je l’ai enterré dans le jardin."
"Mon chien est de la
même lignée, Monsieur, le grand-père de mon cheval engendra les deux chevaux de mon père," dit-il
fièrement.
Jonivus se leva et tapota
l’épaule de Glaucus.
"Les bonnes lignées
sont toujours là, mon garçon. Es-tu aussi obsédé par tes chevaux que l'était
ton père? Savais-tu qu’il avait risqué sa
vie pour en sauver un et qu’il avait du être secouru par l'armée
entière? L’empereur lui-même a mené les opérations. Marc Aurèle n’aurait laissé
personne d’autre le faire. Maximus a eu droit à un savon... et il le
méritait!" Jonivus rit. "Ah, il y a tant à te raconter ...."
"Je veux tout entendre."
"J’en suis certain.
J’ai des tonnes d’histoires sur ton père. Va conduire ton cheval et rentre ton
chien et nous passerons la soirée à en parler après que j’ai préparé quelque
chose à manger."
Glaucus était dans le jardin
avant que Jonivus ne finisse sa phrase.
"Je reviens de
suite," cria-t-il avant de disparaître derrière la porte.
"Ne commencez pas sans
moi," cria-t-il par-dessus le mur avant de s’encourir vers ses animaux.
Zeus secouait la queue et était prêt à accueillir son maître d’une langue
affectueuse.
Chapitre 9 – La forteresse
Glaucus et Jonivus se
rendirent à la forteresse, à pied. Le jeune homme regardait avec respect la
structure qui avait été le domicile de son père et son quartier général en
Germanie.
Des portes de chêne qui
semblaient aussi épaisses qu’un arbre décourageaient les visiteurs ainsi que
les soldats armés dans les tours de pierre qui s’élevaient haut au-dessus de
leurs têtes. De massifs murs de pierre s’étiraient de part et d’autres avec des
tours à chaque coin. L’endroit était vaste et vraiment intimidant.
Il nota à peine les
profondes fosses garnis de pieux acérés et les créneaux au sommet des murs.
"Etait-ce ainsi du
temps de mon père?" Murmura Glaucus, la voix étranglée par l’émotion.
Jonivus rit. "Oui,
l’extérieur est resté en tout point le même."
Glaucus retrouva la voix.
"Vous êtes responsable de cela, n’est-ce pas?"
"En effet, je le
suis," dit fièrement le vieil homme. "Et il y a bien plus que ce que
tu as pu apercevoir. Des défenses cachées qui découragent tout le monde sauf
les attaquants les plus braves … ou les plus insensés."
Jonivus regarda vers les
tours.
"Combien soldats
vois-tu là?"
"Hum... 20, je crois."
"J’espère que j’en
connais au moins un," dit Jonivus en mettant ses mains en porte voix avant
de crier,
"Je suis Jonivus,
l’ingénieur qui a construit cet endroit et servi sous le général Maximus! J’ai
à faire ici!"
Glaucus vit les soldats se
consulter du regard avant qu’un ne s’avance et risque un oeil par-dessus le
mur. Il inclina la tête vers son compagnon puis cria.
"Qui est l’homme qui
t’accompagne, Jonivus?"
"Le fils d’un ami. Son
nom est Glaucus et je souhaite lui montrer mon travail!"
Après encore quelques
conciliabules, les portes massives s’ouvrirent lentement en grinçant sur leurs
gongs et l’intérieur du camp fut révélé petit à petit à Glaucus.
La première chose qu’il
remarqua furent les longues baraques en pierre situées bien en arrière du mur.
Elles semblaient s’étirer dans les deux directions.
Glaucus s’avança pour avoir
une meilleure vision mais une main heurta brutalement sa poitrine pour
l'arrêter.
Il regarda le soldat casqué,
un glaive pendu à la hanche, droit dans les yeux.
"Plus un pas,"
gronda le garde.
"Non Monsieur,"
répondit Glaucus, avec, il espérait, dans la voix, un mélange de déférence et
de courtoisie
"Qui êtes-vous?"
"Je... mon nom est
Glaucus et je viens d’Espagne. Jonivus est un vieil ami de la famille et je lui
rends visite pour la première fois."
Le garde, lentement le
dévisagea de la tête aux pieds, un léger pli de contrariété au front.
Tout en continuant d’étudier
Glaucus, il s’adressa à Jonivus. "Qu’est ce que tu veux lui montrer vieil
homme?"
"Le camp s’il vous
plait, Monsieur."
"Il n’y a personne ici
pour l’instant comme vous pouvez le voir. Tu peux tout lui montrer sauf le
Praetorium et la Principia. Cela vous est interdit."
"Ah... J’espérais
pouvoir montrer au garçon la maison que j’avais construite pour le général
Maximus. C’est vraiment unique pour un camp romain et j’en suis très
fier."
"Le Général Vesnius
n’est pas là mais il est attendu sous peu."
"C'est parfait ainsi
car on ne le dérangera pas."
"Le Praetorium est
interdit aux civils, Jonivus, et tu devrais le savoir."
"Je ne suis pas
exactement un civil, Monsieur. Je suis un soldat à la retraite comme vous le
savez bien."
"Ton jeune ami lui est
un civil." Le garde regardait la tunique noire.
"Ou vous acceptez ces
conditions ou vous vous en allez."
Glaucus tira le vieil homme
par la manche pour l’empêcher de continuer à argumenter
"C’est très bien ainsi,
Monsieur. J’apprécie votre autorisation de me laisser voir le camp. Allons-y,
Jonivus."
"Vous avez seulement
une heure," dit le garde en tournant le dos, totalement convaincu qu'ils
étaient inoffensifs.
Ils s’engagèrent sur la
route du périmètre et Jonivus glissa,
"Je pensais que tu
voulais voir les peintures de ton père."
"Je le veux,"
murmura Glaucus.
"Dans ce cas tu aurais
du me laisser négocier avec lui."
"Il était prêt à nous jeter dehors. Laisse moi voir tout ce
que je peux et après nous réessayerons."
Glaucus regarda les
alentours et secoua la tête émerveillé.
"Je ne peux croire que
je suis ici. C’est le camp de mon père.
Tout ici se ressemble ;
il y a des rues droites et des édifices de pierre partout. C’est quadrillé
comme le plan des villes."
"Les camps sont conçus
pour être efficaces et non pour être beaux. Viens. Nous nous promènerons sur
les extérieurs et ensuite nous essayerons de nous rapprocher du Praetorium. Je
connais encore quelques hommes là bas. Nous verrons bien qui en garde la
porte."
"Y-a-t-il encore des
soldats qui étaient sous les ordres de mon père?"
"Un peu mais ils ne
seront peut-être pas là aujourd’hui."
"Ce serait une bonne
chose."
"Pas si tu veux entrer
dans le Praetorium."
Tout en marchant, Jonivus
désigna les écuries, l’atelier, les bains et la prison mais l’attention de
Glaucus était constamment attirée par l’aire encerclée de murs bas au centre du
camp et par le toit de tuile de la maison de pierre qui avait été celle de son
père. Il entendit que Jonivus lui racontait que les baraquements avaient été
construits depuis l'époque de son père. Dans le temps, les troupes étaient en
perpétuel mouvement et vivaient donc sous tente. Le jeune homme s'irritait un
peu de tous ces changements intervenus dans le camp tout en sachant que cette
irritation était ridicule car Maximus était parti depuis 18 ans et la vie
devait continuer sans lui.
"Tu ne m'écoutes
pas," reprocha Jonivus.
"Désolé. Je suis
trop... Comment dire... excité, nerveux. Cela fait si longtemps que j'attends
cet instant et j'ai du mal à imaginer qu'il est arrivé et que je suis enfin
ici."
Il regarda à nouveau en
direction du Praetorium.
"Qui vivait là avec mon
père?"
"Son serviteur, Cicero,
ainsi que ceux qui faisaient partie du haut commandement et que ton père aurait
pu devoir consulter." Jonivus hésita avant d'ajouter, "Quintus vivait
ici... le légat de ton père."
Glaucus s'arrêta,
l'étonnement se lisait sur son visage.
"Quintus... J'ai déjà
entendu ce nom auparavant. Je ne me rappelle pas où..."
Jonivus attrapa son bras et
le fit avancer.
"Pas ici ! Nous
discuterons de Quintus, cette nuit, chez moi. Continuons."
Les deux homes s'engagèrent
dans la via Principalis qui les amènerait juste derrière le Praetorium et la
Principia qui était le quartier général des légionnaires et contenait les
bannières des légions ainsi que les bureaux officiels du commandement.
"Avance
lentement," commanda, tout bas ,Jonivus, "et voyons si nous pouvons
apercevoir l'un ou l'autre vieil ami."
Il avait à peine finit de
parler qu'il fut hélé par un garde du Praetorium.
"Jonivus, vieil homme.
Qu'est-ce qui t'amène ici?"
"Abito, C'est toi? Ma
vue est de moins en moins bonne."
"C'est moi."
Un large sourire s'épanouit
sur le visage de Jonivus.
"Je suis juste en train
de faire visiter ma forteresse à mon jeune ami venu d'Espagne. Abito,
j'aimerais te présenter Glaucus. Maximus... Decimus... Glaucus," dit-il,
prononçant, délibérement, chaque mot séparément.
Glaucus regarda le vieil
homme alarmé mais le visage de Jonivus était calme et assuré. Il porta son
regard sur le garde qui avait quitté son poste, d'étonnement.
Glaucus se figea pendant que
l'homme armé venait vers lui en se grattant la barbe. Les yeux du soldat
étaient arrondis par l'étonnement et sa bouche se fermait et s'ouvrait comme
celle d'un poisson fraîchement pêché. Finalement, il retrouva la voix pour
demander avec étonnement.
"Son fils est
vivant?"
Suite à la confirmation de
Glaucus, l'homme poussa des cris de joie attirant l'attention de ses camarades,
empoigna Glaucus aux épaules et le secoua éclatant d'un rire homérique.
"Mon garçon," dit-il, "ton père était le meilleur homme que j'ai
jamais connu."
"Merci Monsieur,"
répondit Glaucus tout en essayant de maîtriser l'émotion qui commençait à
lui étreindre la gorge.
Abito jeta un œil aux
alentours d'un air de conspirateur, et poussa Glaucus vers le Praetorium.
"Entre, Entre."
"Mais.. les gardes à la
porte …" commença Glaucus.
"Nous serions
enchantés," interrompit Jonivus en plaçant sa main dans le bas du dos de
Glaucus pour lui donner une légère impulsion.
"Tu es garde senior,
maintenant, Abito, n'est ce pas? Beaucoup d'anciens?"
"Ne te préoccupes pas.
Tu veux voir où ton père vivait, Glaucus?"
"Oui, cela me ferait
énormément plaisir, Monsieur."
"Je vais te faire faire
le tour," dit Abito et il dit tout bas aux autres gardes "c'est le
fils de Maximus " avant de pousser Glaucus vers la porte du Praetorium.
L'estomac de Glaucus se
serra. Le moment qu'il attendait depuis 5 ans se présentait enfin. Ses yeux
étaient rivés sur la porte d'entrée en chêne de la maison de pierre et il
entendait à peine le babillage d'Abito sur l'histoire du Praetorium. Abito
finalement ouvrit la porte et fit pénétrer Glaucus dans l'atrium. Le jeune
homme marchait sur sol couvert de tessères que son père avait arpenté tant de
fois. Il prit une profonde inspiration et expira lentement l'air de ses poumons
avant de se tourner vers Jonivus en souriant.
"Heureux?" Demanda
le vieil homme tout en sachant sa question inutile.
Glaucus pu seulement
incliner la tête et il écouta poliment la description que Jonivus faisait des
caractéristiques de la maison qu'il avait bâtie. Elle était de plan romain ce
qui paraissait évident à Glaucus mais il approuva avec intérêt. Elle était en
pierre du pays et les artisans de Vindobona avaient fourni toute la
métallurgie. Les tuiles rouges du toit étaient importées de Gaule car rien de
semblable n'existait dans la région.
Comme ils s'avançaient dans
la petite cour, Jonivus lui raconta l'épisode où l'atrium avait été transformé
en hôpital pour y accueillir les blessés suite au raid barbare sur Vindobona.
C'était durant ce raid que son père avait presque été blessé à mort et que le
fils de Jonivus était mort. Plus tard, son frère était tombé malade et y avait
aussi été soigné.
Glaucus regarda l'atrium
vide essayant de l'imaginer rempli de lits, de malades et de docteurs.
Il essayait d'imaginer les
bruits et les odeurs qui avaient envahi ce lieu paisible.
La cour contenait deux
bancs, une table en pierre et un petit bassin pour récolter l'eau de pluie.
Elle était entourée d'une
colonnade en pierre et Glaucus pouvait imaginer son frère en train de jouer là
pendant que ses parents se détendaient sur les bancs.
"...Tout était chauffé
par en-dessous," entendit Glaucus et il se secoua mentalement pour se
concentrer sur les mots que prononçait Jonivus.
"C'était inhabituel
dans ces régions et à cette époque maintenant c'est plus répandu. J'ai
construit beaucoup de bâtiments publics à Vindobona c'est pour cela que je le
sais."
Jonivus s'arrêta finalement
devant une massive porte de chêne sculptée et Glaucus sut qu'il s'agissait de
la chambre de son père … et que le portrait de celui-ci se trouvait juste
derrière la porte. Jonivus lui murmura à l'oreille,
"Regarde directement à
droite en entrant," et il ouvrit la porte pour laisser entrer le jeune
homme. Voulant entrer à son tour, il le heurta car Glaucus s'était figé tout de
suite après avoir pénétré dans la pièce.
Le jeune homme était
silencieux … totalement submergé par l'émotion, pensait Jonivus.
"Ce n'est pas
ici," dit Glaucus, la voix éteinte. "Il n'y a rien. Si c'est ici, les
peintures ont disparu."
"Quoi!" Cria
Jonivus en pénétrant dans la pièce. Il examina le mur mais mis à part la
tapisserie qui pendait les murs étaient blancs. Furieux, Jonivus se retourna et
affronta Abito. "Qui a fait ça?"
"Je ne savais pas ce
que vous cherchiez," dit le garde, sur la défensive.
"J'aurais pu vous
prévenir. Les peintures ont été recouvertes, il y a des années, à la demande de
l'empereur Septime Sévère alors qu'il n'était encore que général, avant sa
marche sur Rome. De nombreux généraux ont vécu ici depuis Maximus."
Glaucus était glacé. Il
détourna finalement les yeux du mur blanc et regarda l'aménagement de la pièce.
Elle était extrêmement décorée avec des objets partout.
Il ne pouvait imaginer
son père aimant ce genre de chose. Ses
soupçons furent confirmés par Abito
"Rien ici n'a appartenu
à ton père. Septime a fait brûler tout ce qui lui appartenait."
La fureur s'empara de
Glaucus.
"On peut s'attendre à
ce qu'un général ne veuille pas contemple le visage d'un traître, n'est-ce
pas?". "On ne peut s'attendre qu'il ne veuille pas toucher les
affaires d'un traître!" Cracha-t-il amèrement.
"Personne ne croit
…" commença Abito.
"Oh si! Ils le croient,
beaucoup le pensent," gronda Glaucus en se tournant vers le mur d'où la
mémoire de sa mère et de son père avait été totalement effacée en quelques
coups de pinceaux.
Jonivus, ma mère a-t-elle peint sur plâtre sec ou plâtre humide?"
Jonivus comprit à quoi il
était en train de penser;
"Sur plâtre humide.
Nous avions placé une couche spéciale sur les murs afin qu'elle puisse peindre
les fresques."
Glaucus était déjà à genou
en train de gratter la peinture blanche de ses ongles.
Après quelques essais, la
peinture s'écailla et en tombant révéla de la couleur.
Glaucus se releva et tout en
regardant le mur devant lui parla aux deux hommes qui se tenaient derrière lui.
"Il est toujours là, …
juste voilé … caché mais il est toujours là. Avec du temps et de la patience,
on pourrait le dégager." Soudain Glaucus ri tandis qu'il réalisait que le
mur était une parfaite métaphore de la recherche de son père.
"Qu'elle était la
taille de la peinture, Jonivus? Où serait sa figure?"
"Elle était grandeur
nature et il était assis sur son cheval
au centre du mur."
Glaucus souleva la
tapisserie et jeta un oeil en dessous.
"Maintenant
attends," prévint Abito. "Je ne peux t'autoriser à gratter le mur.
Cette chambre appartient maintenant au général Vesnius. Je t'ai laissé entrer
pour regarder mais tu ne peux toucher à rien."
Glaucus laissa retomber la
tapisserie qui retomba doucement contre le mur.
"J'apprécie votre
permission de voir la maison, Monsieur. Vraiment beaucoup. Je ne vais pas
déranger plus longtemps. Tout ce qui reste vraiment ici de mon père est une
coquille vide. Il n'y rien d'autre qui
me fasse penser à lui."
Jonivus paraissait effondré
et Glaucus lui tapota gentiment l'épaule.
"Personne ne peut
retenir le temps qui passe, Jonivus. Mon père a quitté cet endroit il y a
longtemps."
"Je l'ai construite
pour lui..." dit Jonivus d'une voix tremblante.
"Je sais. Allons-nous
en." Glaucus prit le bras de Jonivus et le guida vers la sortie même si le
vieil homme connaissait mieux le chemin que lui.
La porte franchie, Glaucus
aspira une profonde bouffée d'air frais afin d'évacuer la nausée qui lui
étreignait l'estomac. Il quitta la Praetorium, ignorant les gardes qui le
regardaient tout comme il ignora les gardes de la porte d'entrée qui
murmuraient en le voyant approcher; il ignora les palefreniers, les forgerons,
et les maroquiniers qui le regardaient, étonnés et effrayés.
Il était déjà loin sur la
route de la maison de Jonivus avant qu'il n'éclate en sanglots désespérés.
Jusque tard dans la nuit,
les deux hommes assis dans la cour de Jonivus burent le vin dilué plus que de
raison jusqu'à être tous les deux ivres. Zeux était étendu sur le gravier, les
ignorant autant qu'il le pouvait.
"Désolé, je ne savais
pas," marmonna Jonivus. "Si j'avais su…."
"C'est bon,
Jonivus," essaya de le rassurer Glaucus. "Ca va. Un jour ou l'autre,
je reviendrai près de ces murs, même si je dois… entrer dans l'armée pour ce
faire. Je me glisserai là, une nuit, quand le général Vesu... Vensiv...quand le
général sera endormi et dégagerai la peinture moi-même." Il soupira
profondément.
"Jonivus, tu as
mentionné un homme nommé Quintus aujourd'hui. T'as dit que tu m'en parlerais.
Qu'avait-il avoir avec mon père? Me rapp'le pas avoir entendu ce nom …
avant."
A la surprise de Glaucus,
Jonivus cracha à terre.
"Quintus, bah! J'espère
qu'il est mort horriblement. Non... non... j'espère qu'il pourrit en prison
quelque part souhaitant mourir!" Les yeux laiteux de Jonivus étaient
injectés de sang maintenant.
"Il était le légat de
ton père. Ils se connaissaient depuis leur entrée dans l'armée. Quintus a
toujours été jaloux de ton père p'rce qu'il devint général et lui pas. Il était
issu d'une grande famille romaine qui esp … espérait mieux pour lui, tu
vois?" Glaucus acquiesça et rota.
"Il a fa … fait quelque
chose po …our s'élever à une plus haute position, tu vois? Si bien que quand
ton père défia Commode, le gamin ordonna
à Quintus de l'arrêter … et il le fit... Commode fit de Quintus le préfet du
prétoire et ils partirent pour Rome au milieu de la nuit avant que les soldats
ne sachent ce qui était arrivé à ton père. Ce lâche bâtard. Il savait que s'il
res…tait nous l'auri…ons tué."
Jonivus tapa la table avec
fureur tombant presque du banc emporté par son élan.
"Mon père a défié
Commode?". "Pourquoi?"
"Parce qu'il avait tué
l'empereur et que ton père le savait. Maximus ne pouvait le souffrir. Ton père
aurait du être empereur, pas cet incapable."
"Commode a assassiné
son père? Tu es sûr?"
Jonivus approuva
vigoureusement.
"Faut que j'trouve
Quinnus," dit Glaucus dans élan de bravade fortement entamé par son
ébriété.
"Il est à Rome?"
"C'est là où il est
parti avec Commode. Maintenant j'sais pas où il est."
"J'vais tuer Quinnus.
Il doit payer pour avoir trahi mon père."
"Tue-le pour moi
aussi," grommela Jonivus tandis que ses yeux se fermaient et sa tête
tombait sur sa poitrine.
"T'es ivre!"
Gloussa Glaucus.
"Noon, suis pas,"
dit Jonivus dignement juste avant de glisser du banc. Sa chute fut heureusement
interrompue par Glaucus, qui malgré son mauvais état parvint à le rattraper.
Il prit le vieil homme dans
ses bras et traça son chemin jusqu'à la chambre de Jonivus où il déposa
celui-ci, endormi, sur sa paillasse. Il eut le temps de tirer une couverture
sur son ami avant de perdre l'équilibre et de s'effondrer sur le sol, à côté du
lit, où sa chute fut amortie par une descente de lit en fourrure.
Il se roula immédiatement en
boule et joignit ses ronflements à ceux de Jonivus. Zeus les regarda tous les
deux du pas de la porte puis choisit d'aller dormir dans l'atrium moins
encombré et surtout moins bruyant.
Glaucus gémit puis se
retourna, la bouche pâteuse et la tête peuplée d'élancements qui concurrençaient
les raideurs qu'il ressentait dans le dos.
Avant qu'il puisse étendre
ses membres ankylosés, une langue humide lui lécha la face. Il leva un bras et
le passa autour du corps du chien qui était étendu à côté de lui, par terre. Il
gémit à nouveau et fut léché à nouveau. Lentement il se souleva sur un coude, ses yeux au niveau du
bord du lit, il vit Jonivus toujours plongé dans un profond sommeil. Il s'écroula sur le sol et gémit à nouveau.
Il n'avait plus été ivre
depuis la fois où ses frères aînés lui
avait fait boire une bouteille de vin non dilué pour ses 16 ans.
Cette fois là, il avait
passé la journée du lendemain à vomir et à espérer ne plus devoir connaître un
tel désagrément.
Il laissa ses yeux se
refermer puis sursauta choqué quand Zeus aboya dans ses oreilles avant de se
ruer vers la porte d'entrée. Il s'efforça de s'asseoir. L'aboiement continuait.
Il lutta pour se mettre debout et tituba à travers l'atrium pour atteindre la
porte et l'ouvrir. Momentanément aveuglé par le soleil matinal, Il leva une
main pour se protéger les yeux. La figure d'une jeune femme, graduellement,,
émergea du contre-jour. Elle était magnifique et il se sentait bouseux.
Embarrassé, il lissait sa tunique froissée et remuait les orteils, réalisant
qu'il avait perdu ses sandales à un moment donné au cours de la nuit.
"Ainsi... c'est
vrai," dit une voix musicale.
"M'dame?"
"Le fils du Général
Maximus est arrivé en Germanie."
Glaucus imitait
inconsciemment Jonivus et regardait la fille par le côté. Elle ne devait pas
avoir plus de 17 ou 18 ans et avait de longues boucles auburn qui cascadaient
sur son dos, retenues au niveau de la nuque par une pince.
Sa peau couleur de crème
était sans défaut et sa bouche rose avait une adorable lippe pulpeuse.
"On parle de vous en
ville ... Glaucus, c'est cela?"
"Oui, m'dame. Et vous
êtes...?"
"Katerina."
Il s'attendait à ce qu'elle
complète son nom mais elle ne le fit pas.
"Katerina. Que puis-je
faire pour vous, Katerina?"
"Vous paraissez avoir
eu une rude nuit," elle lui sourit pendant qu'elle se baissait pour
caresser Zeus qui était en train de renifler ses vêtements.
"Vous ne ressemblez pas
à la description qui est faite mais peut-être qu'après un bon bain et avec
d'autres vêtements…" Elle s'arrêta pour s'emparer d'une manne à linge en
bois qu'elle cala dans ses bras.
"Le linge de Jonivus.
Vous trouverez peut-être là-dedans quelque chose à porter."
"Ah... Je vous demanderais bien d'entrer M'dame
mais Jonivus est toujours endormi et probablement pour un bout de temps encore."
"Je ne suis pas venue
voir Jonivus. Combien de temps allez-vous rester à Vindobona?"
"Quelques jours, sans
doute."
"Eh bien alors pourquoi
ne pas me rendre visite? Je suis sûre que nous pourrons trouver un tas de
sujets de conversation."
Glaucus avait eu de
nombreuses expériences avec des femmes mais peu avait été aussi belle que
celle-ci.
Il se passa la main à
travers les cheveux dans l'espoir futile de repousser les lourdes boucles de
son front. Il vit les yeux de Katerina le détailler et aperçut sa grimace. Elle
s'avança et murmura,
"J'espère que toutes
les parties de votre corps ne se comportent pas comme le font vos
cheveux."
Avait-il bien entendu?
"M'dame?"
"Pourquoi ne pas venir,
Glaucus? Cette nuit, c'est bien pour moi. Je peux vous préparer à souper."
Elle lui jeta un dernier regard appréciateur avant d'ajouter en s'en allant,
"Mon père était un
soldat sous le commandement du vôtre."
Cela capta son attention
comme elle l'espérait. "Quelle heure, M'dame?"
"Quand vous
voulez," jeta-t-elle par-dessus son épaule, ondulant des hanches avec
provocation
"Je serai chez moi
toute la journée."
"Où?"
"La dernière maison à
droite juste avant d'entrer en ville."
Chapitre 10 – Katerina
Le soleil venait de
disparaître derrière les arbres situés à l'arrière de la maison de Katerina
quand Glaucus frappa à la porte. Elle
l'ouvrit vivement, comme si elle se trouvait juste derrière en train de
l'attendre. Il s'inclina légèrement et lui offrit les fleurs qu'il avait cueillies
dans le jardin de Jonivus. Il espérait que le vieil homme ne s'en apercevrait
pas. Il était toujours en train de ronfler quand il était parti si bien qu'il
lui avait laissé un petit mot d'explication et ordonné à Zeus de le veiller.
Elle respira posément les et
les lys pendant qu'elle évaluait les changements apparus chez Glaucus depuis le
matin.
Visiblement, il s'était
lavé; ses cheveux étaient brossés en arrière en vagues souples encore
légèrement humides. Une boucle s'obstinait à pendre sur son front, cependant.
Sa barbe brun clair était taillée de près et il portait une cape noire fermée
par une fibule ornée de joyaux à l'épaule gauche sur une courte tunique de la
même couleur.
Ses jambes musclées et
bronzées étaient visibles entre le haut de ses bottes et le bas de sa tunique
qui se terminait bien au-dessus de ses genoux. Elle repoussa ses boucles de
cheveux et sourit de contentement. La description qui circulait en ville était
la bonne. Il n'était pas attirant … il était magnifique.
Glaucus jeta un coup d'oeil
circulaire à la maison tandis qu'il la suivait à l'intérieur.
Elle était en torchis posé
sur un clayonnage comme les autres maisons qu'il avait remarquées précédemment
et il s'était presque attendu à voir apparaître cette structure à l'intérieur
aussi.
Les murs étaient plafonnés
et peints en rouge mat.
La maison avait plein de
recoins et avait été visiblement étendue au cours des années.
La pièce où il se trouvait
avait un plafond bas et semblait être la maison originelle. D'une pièce plus
spacieuse se trouvant au-delà émergeaient de délicieuses senteurs qui
chatouillèrent agréablement ses narines. Il n'avait pas mangé de la journée et
il appuya sur son estomac qui grognait sourdement.
Katerina rit.
"Ne soit pas gêné. Je
considère cela comme un compliment. As-tu déjà été dans une maison comme
celle-ci avant, Glaucus?" Demanda-t-elle en l'entraînant dans la cuisine.
"Non, madame. Je les ai
seulement vues de la route."
Katerina déposa les fleurs
dans un vase en céramique ligné de bleu et les arrangea avec soin accordant les
couleurs et les hauteurs.
"S'il te plait...
appelle-moi Katerina. Il n'y a pas de place pour les formalités ici."
Elle lui sourit, un beau
sourire éclatant qui le fit sourire à son tour.
"La maison est assez
ancienne. Mon père la construisit après son mariage avec ma mère et ajouta au
fil du temps d'autres pièces.
Il était soldat dans l'armée
romaine; il était originaire d'Italie et ma mère était germaine. A l'origine,
la maison n'avait qu'une seule pièce que se partageaient humains et
animaux." Katerina rit devant l'air consterné de Glaucus.
"Et oui... je ne peux
me l'imaginer non plus mais de nombreux fermiers dans la région vivent encore
de cette manière."
"Où se trouve ta
famille?"
"Il n'y a plus que moi
maintenant." Devant l'air surpris de Glaucus, elle expliqua,
"Je me suis mariée , à
14 ans, avec un soldat qui était bien plus âgé que moi. Il est mot dans un
accident de cheval. Mon père, lui, était mort des années auparavant, quelques
années après que le tien ait disparu. Si bien que ma mère et moi avons aménagé
ici afin que je puisse prendre soin d'elle. Elle s'en est allée l'année
dernière et maintenant je suis seule. Je lave les vêtements et fais de la
couture pour gagner ma vie."
"Tu dois te sentir bien
seule ici."
"Parfois, quelqu'un de
proche me manqué mais le plus souvent j'apprécie cette liberté qui me permet de
faire mes propres choix. Peu de femmes de mon âge ont cette opportunité."
"Peu de femmes de ton
âge sont veuves."
"Non... et le veuvage
apporte, avec ses problèmes, une grande liberté. J'ai la liberté d'aller où je
veux et de vivre où je veux. J'ai en projet d'aller à Rome un jour. Tu y as
déjà été?"
"Non mad... Katerina.
C'est vraiment mon premier voyage loin de l'Espagne."
"Ta famille possède un
élevage de chevaux."
Les sourcils de Glaucus se
relevèrent marquant son étonnement.
"Oui. Comment sais-tu
cela?"
Tu plaisantes," rit
Katerina. "La ville entière parle du fils du grand général Maximus. La
rumeur disait que la famille entière du général avait été détruite alors tu es
une vraie surprise. Tous ceux à qui tu as parlé racontent des histoires et bien
plus encore inventent de t'avoir parlé."
Glaucus devint brusquement
suspicieux.
"Est-ce pourquoi tu
m'as fait venir cette nuit? Pour confirmer les histoires?"
Katerina mit les mains sur les hanches et dressa la tête tout en lui
souriant.
"Ne soit pas cynique.
Non... J'ai simplement pensé que tu pouvais avoir envie et profiter d'une bonne
cuisine pour changer car je ne crois pas que ce soit un des talents du vieux
Jonivus et … je voulais te rencontrer. Quand j'étais gamine mon père parlait
tout le temps du tien."
Glaucus croisa les bras.
"Vraiment? Et en bien
ou en mal?"
"Pardon?"
"Les gens d'ici ont
différentes opinions. Lles uns croient que mon père était un grand homme trompé
et les autres un traître qui n'a eu que ce qu'il méritait."
"Je crois ce que mon
père disait de lui. Il adorait ton père et disait que c'était un homme brave,
juste et loyal.
La légion était terrassée
après sa mort. Le moral des hommes était si bas qu'ils ont quitté la Germanie
complètement.
Mon père a préféré se
retirer que de les suivre. Lorsque nous avons appris, après, que la légion
avait été dissoute mon père a su qu'il avait fait le bon choix. Voudrais-tu un
peu de vin, Glaucus?"
"Oui, merci."
Katerina sourit malicieusement
tout en versant le liquide rouge dans deux verres colorés.
"Il me reste juste à
espérer que tu n'en consommeras pas autant que le nuit dernière."
"Jonivus et moi avions
eu une journée décevante à la forteresse. Je présume que c'était notre manière
d'oublier notre déception."
"De nombreux
généraux ont servi ci depuis ton père.
Assieds-toi, Glaucus."
Il avança une chaise pour
elle puis en prit une pour lui-même près de la table en bois, dans la cuisine
d'où elle pourrait surveiller la cuisson du repas.
"Je sais mais
j'espérais de manière un peu enfantine que rien n'aurait change."
Katerina le regarda
intensément.
"Tu cherchais après les
fresques, c'est ça?"
Glaucus était abasourdi.
"Tu les connais?"
"Oui, je les ai vues
une fois. Il y a eu de grandes agitations ici, après la mort de Commode, avec
tous ces changements de commandement à Rome.
Nous n'en avons pas su grand
chose mis à part le fait que les généraux changeaient chaque fois qu'il y avait
un nouvel empereur. A un moment, quand personne n'avait la charge, mon père
m'emmena au camp pour me montrer à quoi ressemblait une maison romaine en
pierre."
Elle sourit. "Je me
souviens qu'au premier abord, la peinture me terrifia. Elle était si grande et
si …. puissante." Elle frissonna. "On avait l'impression que ton père
allait jaillir du mur."
Glaucus contemplait
pensivement les mouvements du liquide rouge dans son verre. "Je suis venu
dans l'espoir de la voir mais on avait repeint au-dessus. On me dit que je
ressemble à mon père mais je n'ai jamais pu voir cette ressemblance."
"A en juger d'après la
réaction des gens en ville, tu dois certainement lui ressembler." Katerina
avança la main et tapota celle de Glaucus puis ne fit aucun mouvement pour la
retirer. Peu après, il retourna sa main et emprisonna entre ses doigts ceux de
Katerina.
"Es-tu marié?"
Demanda-t-elle faussement désinvolte.
Glaucus secoua la tête.
"Non."
"N'est-ce pas
inhabituel pour un homme de ta situation et de ton âge de ne pas l'être?"
"Pas vraiment. J'ai eu
trop de choses en tête depuis l'âge de 15 ans pour penser à prendre une
épouse."
"Que s'est-il passé
quand tu as eu 15 ans?"
"C'est à ce moment là
que j'ai appris qui était ma vraie famille … et ce qui était arrivé à ma mère
et à mon frère. Je ne sais toujours pas ce que fut le destin de mon père."
Il lui caressa les doigts
qui, en dépit de son travail, étaient doux et souples.
"C'est dur de ne pas
savoir," murmura-t-elle.
"C'est plus dur que de
connaître la vérité même si celle-ci est terrible."
Il lui pressa les doigts.
"Tu n'es pas ennuyée
d'être, seule, ici, avec moi?"
"Le devrais-je?"
Il savait ce qu'elle voulait
dire mais il choisit de l'interpréter différemment.
"On peut jaser. Ce que
les autres peuvent dire ne te contrarie pas? Même si nous ne faisons ici qu'être
assis, parler et manger, ta réputation peut souffrir des éventuels racontars.
Les femmes ne sont pas censées se trouver seules avec …"
"Glaucus, Je suis une
veuve pas une jeune fille. Une fois mariée, une femme est juste une épouse même
si elle est jeune et … raisonnablement belle."
"Belle. Tu es
belle!"
Katerina essaya de rejeter
le compliment d'un rire mais du rose lui monta aux joues. Elle retira sa main
et se leva pour tourner dans le ragoût ne lui montrant plus que son dos.
"Tu n'as pas d'enfants?"
Lui demanda Glaucus regrettant de suite sa question voyant qu'elle se
raidissait.
"J'ai donné naissance à
une fille mais elle était mort-née … quand j'avais 15 ans."
"Je suis désolé,"
souffla Glaucus, regrettant sincèrement d'avoir soulevé ce sujet.
"Ca va aller. Cela ne
devrait plus me heurter mais … je suis trop sensible …je crois...."
Elle continua à remuer le
ragoût alors que ce n'était plus nécessaire.
"Il n'y a pas beaucoup
d'hommes comme toi dans cette ville. La plupart sont des soldats ou des fermiers
ou des marchands et ils voyagent tout le temps."
Glaucus rit. "Je
déteste te faire perdre tes illusions mais je suis un fermier et mon père
l'était avant de devenir commandant des légions du nord de l'armée de Marc
Aurèle. Ma mère a eu une vie d'épouse de fermier."
Katerina retourna à la table et s'y appuya. "Tu es différent
cependant."
Glaucus se leva et alla près
d'elle prenant sa main dans les siennes. Elle ne la retira pas.
"En quoi suis-je différent?" Murmura-t-il
dans ses cheveux.
"Tu es éduqué … plus
sophistiqué. C'est peut être du à l'endroit où tu as grandi. Cela doit être
différent d'ici."
Elle détacha sa main et mis
ses bras autour de son dos en dessous de la cape qu'il avait oubliée de
retirer.
Ses doigts caressaient la
fine et douce tunique en laine ainsi que les muscles fermes et chauds qui se
trouvaient en dessous.
"Tu es un homme qui a
une mission … un homme qui sait ce qu'il veut et comment il va
l'accomplir."
"Je souhaite que cette
dernière partie soit vraie," murmura Glaucus contre sa bouche avant de
prendre, avec gentillesse, sa lèvre supérieure puis sa lèvre inférieure entre
les siennes. Elle l'embrassa pleinement;
Une des mains de Glaucus
soutenait sa tête tandis que l'autre s'emparait de sa taille et pressait son
corps contre le sien.
Elle se fondit contre lui et
ne résista pas quand il la hissa pour l'asseoir sur la robuste table en bois.
Il releva le vêtement de Katerina juste assez pour ses jambes se meuvent à
l'aise de part et d'autre de son corps
Le baiser se fit plus profond.
Elle s'empara de sa langue pour la sucer avidement dans sa bouche pendant qu'il
lui agrippait le bas du dos pour la serrer contre lui.
Plutôt que de s'écarter de
ses hanches, elle se tortilla contre lui.
Glaucus regardait les objets
sur la table se demandant s'il devait arrêter leur élan pour enlever
délicatement les plats de céramique ou s'il devait les laisser glisser sur le
sol et lui en acheter de nouveaux demain.
Il venait juste de se
décider pour la seconde solution quand
le feu augmenta et cracha. Des étincelles jaillirent, le ragoût déborda et se
répandit sur les flammes en dessous.
En un éclair, Katerina se
dégagea de son étreinte et écarta les plats soigneusement avant de sauter sur
ses jambes et de se diriger vers la marmite.
Elle attrapa un chiffon,
prit le pot et le déposa sur le sol de pierre pour éviter de perdre davantage
de nourriture.
Pendant ce temps, Glaucus
serrait les coins de la table pour essayer de contrôler sa passion. Il leva les
yeux et vit qu'elle le regardait avec une envie non déguisée.
"Tu as des yeux
magnifiques," susurra-t-elle avant de se rasseoir sur la table et de se
remettre dans ses bras.
Il l'attira contre sa
poitrine et souffla,
"Où est ta chambre à
coucher?"
Il suivit son regard et se
dirigèrent vers la porte qu'elle ouvrit d'un coup de pied. Elle alla heurter le
mur de la chambre avant de revenir frapper l'épaule de Glaucus.
"Attends!"
Dit-elle et se figeant dans ses bras et en tendant l'oreille pour écouter.
"Qu'est-ce que
c'est?"
"Je n'ai rien entendu,"
dit Glaucus avant de reprendre ses lèvres. Pendant un moment, elle lui retourna
ses baisers avec la même passion puis se recula si brutalement qu'il en resta
interloqué.
Elle commença à se
tortiller.
"Laisse moi aller,
Glaucus. Quelqu'un est à la porte et on sait que je suis à la maison."
De mauvaise grâce, il la
laissa et dit
"Débarrasse-t-en. Je
t'attends sur le lit."
Elle acquiesça puis couru
jusqu'à la porte ne s'arrêtant que pour lisser ses cheveux.
Quand elle ouvrit la porte
un immense chien noir bondit ans la pièce suivi de près par vieil homme.
"Jonivus!"
Dit-elle sourdement, espérant que Glaucus n'entendrait pas derrière la porte
fermée de la chambre.
"J'ai vu la lessive et
j'ai réalisé que je ne t'avais pas payée, ma chère. Je n'aime pas avoir de
dette."
Jonivus essaya de voir
derrière elle-même si ses yeux ne pouvaient plus voir grand chose.
"J'ai vu la note de
Glaucus. Il est venu dîner ici?"
"Oui, oui! Glaucus est
venu ici pour dîner, Jonivus!" Katerina se tenait de manière à faire face
à la porte de la chambre.
"Pas la peine de crier,
ma fille, je ne suis pas sourd." Il renifla.
"Mmm... Ca sent
drôlement bon ici."
"C'est le ragoût. J'ai
juste fait du ragoût."
Elle attendait qu'il s'en
aille mais il restait là avec un sourire plein d'espoir sur le visage.
"Vou... voudrais-tu te
joindre à nous, Jonivus?"
"J'adorerais, ma
chère."
Il passa devant elle avec
une surprenante agilité et se dirigea vers la cuisine où il faillit entrer en
collision avec Glaucus qui venait de quitter la chambre et se tortillait pour
maintenir en place un Zeus particulièrement excité.
"Jonivus... Je ...
J'étais juste en train de déposer ma cape sur le lit."
C'était l'exacte vérité. Il
ne portait plus sa cape et il avait entrepris de remettre sa tunique.
"Qu'est-ce qui t'amène
ici?"
"J'ai été invité à
dîner," dit allègrement Jonivus tout en rajustant la tunique du jeune
homme. Parfois, Glaucus était convaincu que le vieil homme pouvait voir
beaucoup plus qu'il ne le laissait croire.
Comme Jonivus s'installait
sur une chaise près de la table, Katerina haussa les épaules, en signe
d'impuissance, à Glaucus.
Durant tout le dîner
Katerina bavarda avec Jonivus tandis que Glaucus répondait seulement aux
questions directes qu'on lui posait.
Il était mécontent contre
Jonivus et il voulait que le vieil homme le sache via ces rebuffades.
Comme la soirée s'étirait,
Glaucus essaya plusieurs fois de suggérer qu'il était temps pour les personnes
âgées d'aller se coucher mais Jonivus ignora la suggestion en soulignant le
fait qu'il avait dormi toute la journée, qu'il se sentait frais comme un gardon
et qu'il … aimerait bien encore un peu de vin.
Finalement, Katerina les
quitta pour aller se rafraîchir et Jonivus fouilla sous sa cape et en tira un
petit paquet enroulé qu'il jeta sur la table devant lui.
"Ici,"
siffla-t-il. "Si tu insistes pour coucher avec cette femme alors utilise
au moins cela. Ton père veillait à ne pas laisser de bâtards et j'attends que
tu fasses de même."
Glaucus fut ahuri et chercha
ses mots.
"Ne t'inquiètes pas...
Katerina utilise probablement une éponge."
"Ne prends pas de
risques."
Glaucus déroula le petit
paquet et sa stupéfaction se transforma en gloussement car il savait bien de
quoi il s'agissait.
Il éclata de rire devant
l'état lamentable de la gaine en peau de poison.
"Pourquoi ris-tu?"
Siffla-t-il. "Utilise-le!"
Glaucus continuait à rire.
"J'ai les miennes,
Jonivus, et elles sont beaucoup plus récentes que celle-ci."
Il tint la gaine oblongue et
transparente devant la lumière de la lampe feignant de l'examiner.
"J'y vois des trous.
Quel âge a-t-elle? Elle ressemble à une que mon père aurait pu utiliser."
"Ton père n'en avait
pas besoin," dit, avec indignation, Jonivus.
"Oh vraiment ?"
Dit Glaucus riant sous cape. "Il préférait vivre dangereusement?"
"Non, il était
complètement fidèle à ta mère."
Cela prit un moment à
Glaucus pour comprendre ce que cette déclaration impliquait "Tu veux dire
… qu'il est resté des années sans femme?"
"Oui," dit
Jonivus, piqué par l'incrédulité de Glaucus.
"Que...," Glaucus
était totalement consterné, "Qu'est-ce qui n'allait pas avec lui?"
Un jeune homme de 20 ans
dont le corps et l'esprit s'éveillaient à peine avait du mal à appréhender une
telle attitude.
"Tout allait bien. Il
était, en tout point, un homme parfaitement normal.
"Jonivus,"
interrompit Glaucus. "Ce n'est pas normal. Tu n'as probablement pas connu
ce qu'il faisait. Il est plus que probable qu'il avait une femme magnifique
planquée dans chaque camp le long de Danube. Il voyageait tellement que ce ne serait
pas étonnant,"
Glaucus rit à gorge
déployée.
Le visage de Jonivus était
de pierre comme sa voix." Tu insultes tant ton père que ta mère. Beaucoup
de femmes ont voulu ton père ... tu n'en as pas idée. Des femmes importantes et
majestueuses, pas des petites blanchisseuses. Ton père était un homme honnête
et fidèle. Quand il s'est marié, il a fait le vœux d'être fidèle et il l'a été.
C'était tout à fait différent quand il avait ton âge et qu'il était
célibataire.
J'espère que quand tu
trouveras une femme un jour que tu voudras épouser, tu lui seras aussi dévoué
que ton père l'était à ta mère."
Glaucus appuya les coudes
sur la table et se croisa les doigts sur la bouche, totalement maté.
"Je suis désolé,
Jonivus," dit-il derrière ses mains.
"Je suis heureux qu'il
ait été fidèle à ma mère. C'est juste un autre point sur lequel je ne pourrais
jamais me mesurer avec lui."
Glaucus regardait la table.
"Il était
parfait."
"Tu seras capable de
faire de même quand tu auras trouvé la femme qui te convient."
"Pendant des années?
J'en doute." Il soupira et laissa retomber les mains qui s'emparèrent
d'une cuiller. Il la tourna et la retourna étudiant ses reflets.
"Jonivus, Qui
était la femme que tu as mentionnée, la
femme importante et majestueuse qui voulait mon père?"
"Elle aimait ton
père."
"Elle? Qui
était-elle?"
"Je te le dirai
demain." Jonivus se leva. "Maintenant, je suis très fatigué et je
retourne chez moi."
"Je te
raccompagne," offrit Glaucus.
"Pas la peine. Tu peux
rester ici."
Glaucus se leva et prit le
vieil homme par le bras.
"Oh, J'ai l'intention
de revenir, Jonivus. Je n'aime pas l'idée que tu trébuches sur une pierre et
que tu restes toute la nuit sur la route avec une hanche brisée."
Il cligna de l'oeil à
Katerina comme il passait devant la porte de la chambre qu'elle avait
légèrement ouverte et il se demandait ce que la "petite
blanchisseuse" avait bien pu entendre.
Il s'arrêta un instant pour
caresser sa joue lisse et lui embrassa les doigts indiquant qu'il allait
revenir en dépit de ce qu'elle avait pu surprendre.