Chapitre
41 - Evasion
Le martèlement
sur la porte, la nuit suivante, réveilla toute l’insula.
Dame Honoria
bougonna tout en posant sa lourde perruque auburn sur sa tête et en enfilant un
peignoir sur ses vêtements de nuit.
Il y avait
intérêt que cela soit important ! La tirer de son lit, au milieu de la
nuit, alors que les esclaves étaient endormis.
Bang! Bang!
Bang!
Elle trébucha
en traversant l’atrium sombre ce qui sur le moment l’énerva encore plus.
"Du
calme! Du calme! J’arrive!" Brailla-t-elle.
Elle s'arrêta
à la porte et posa une oreille contre elle avant de crier.
"Qui
êtes-vous ? Que voulez-vous ?"
"Ouvrez
au nom de l'empereur!"
Quelques
jeunes hommes ivres faisant une farce, pensa-t-elle méprisante.
"Partez
avant que je n'appelle à la garde urbaine!" Hurla-t-elle.
"Domina,
nous sommes les prétoriens de l'empereur et nous avons l'affaire ici! Ouvrez la
porte!"
"Qu’est-ce
que c’est, Madame ?" Demanda Marius du seuil tout en nouant le ruban de
son peignoir. Ses frisettes indisciplinées étaient ébouriffées et ses yeux
gonflés de sommeil.
Honoria le
regarda avec inquiétude.
"Ils
disent qu’ils sont des prétoriens."
"Merde"
Murmura-t-il pour lui-même puis il s’adressa à sa propriétaire.
"Demandez-leur
ce qu'ils veulent."
"Que
voulez-vous ?" Demanda-t-elle en s’assurant que sa voix ne trahisse pas
son intimidation.
Des pieds
chaussés frappèrent le bois.
"Ouvrez
la porte ou nous la démolissons!"
Marius
s'aventura dans l'atrium en même temps que les femmes âgées, à l’habillement
plus ou moins en ordre, apparaissaient sur le pas de leurs portes.
"Oh ma
chère, Oh ma chère," murmuraient-elles.
"Il vaut
mieux faire ce qu’ils disent, Madame" Conseilla Marius et il se prépara
mentalement à ce qui allait suivre.
Le loquet
était à peine tiré que la porte s’ouvrit avec fracas et que six prétoriens,
lourdement armés et vêtus de noir, envahirent l'atrium.
Les vieilles
poussèrent des cris aigus.
Marius avala
sa salive.
"Où est
Maximus Decimus Glaucus ?" Exigea leur chef.
Dame Honoria
allongea autant qu’elle le put sa petite taille mais n’arriva qu’à la hauteur
de la poitrine de l'homme.
"Eh Bien
... endormi, je pense, comme tous les gens civilisés
à ce moment-ci de la nuit."
"Montrez-nous
son appartement."
Dame Honoria
remua dédaigneusement la tête puis raffermit sa perruque avant de traverser
l’atrium, non éclairé, et d'entreprendre de monter laborieusement l'escalier,
six prétoriens impatients sur ses talons.
En haletant et
en soufflant, elle atteignit le troisième étage.
"Glaucus",
appela-t-elle doucement, "il y a les gens ici pour …"
Le chef des
prétoriens la poussa, grossièrement, sur le côté et martela sur la porte. Il
n'y eut pas de réponse.
"Les
clefs!" Gronda le chef et il les arracha de la main d'Honoria après
qu’elle les eut tirées, à contre-cœur, de la poche de son peignoir.
La porte
s'ouvrit, finalement, et les prétoriens déferlèrent dans l'appartement, les
épées tirées.
Marius se
tenait debout avec les dames terrifiées, observant, du vestibule, les hommes de
Sévère ouvrant chaque porte et vérifiant dessous et derrière chaque meuble.
"Il n'est
pas ici!" Hurla un prétorien.
"Fouillez
tout le bâtiment."
Le garde
exigea les clefs de chaque appartement puis ses hommes les fouillèrent tous,
ignorant les cris de protestation en provenance du hall à la vue des meubles
brisés contre les murs et de la draperie et des vêtements réduits aux lambeaux.
"Il n'est
pas ici, Monsieur" Annonça un garde à son chef qui bouillait positivement
de fureur.
Celui-ci se
tourna vers Marius.
"Vous
êtes son ami, n'est-ce pas ?"
Marius tint
bon.
"J'étais son ami."
"Où est
il ?"
"Je ne
sais pas."
"Vous
mentez!"
"Non !
Je sais que vous le faites suivre. Quand nous avez-vous vus, ensemble, pour la
dernière fois?"
Le prétorien
rétrécit ses yeux, mais ne répondit pas.
"Il y a
quelques jours, n'est-ce pas ?" Affirma Marius. "Nous avons eu une
dispute. Je ne l'ai pas revu depuis et je ne m’en soucie pas."
"À propos
de quoi vous êtes-vous disputés ?" Demanda, soupçonneux, l'homme armé.
"Il n'appréciait l'honneur de mon amitié. Je
me suis lassé."
"Et vous
ne savez pas où il est ?"
"Je n’en
ai pas le moindre indice."
L'homme
s’avança, menaçant, vers Marius jusqu'à être nez à nez avec lui.
"Vous
feriez mieux de ne pas mentir."
"Pourquoi
mentirais-je pour le protéger ?"
Les deux
hommes tournèrent, simultanément, la tête suite à l’agitation soudaine en
provenance de l'extérieur.
Deux autres
gardes arrivaient en courant.
"Monsieur!
Monsieur! Son cheval est parti!"
Un visible
moment de panique déforma le visage du chef des prétoriens avant qu'il ne ferme
ses yeux d’effroi.
Ce n'était pas
bon, pas bon du tout. Comment pourrait-il jamais expliquer tout ceci à
Plautianus. Il préférait lutter contre un lion affamé dans l'arène que se
trouver face à Plautianus en colère.
Après avoir
jeté un dernier regard de rage impuissante aux habitants de l'insula, il se
détourna et quitta, silencieusement, l'atrium, suivi par le reste des hommes
armés, considérablement plus tranquilles que quand ils étaient arrivés.
"Et bon
débarras!" Cria Honoria avec courage
en faisant claquer la porte puis elle se retourna vers les autres dames
gazouillantes acceptant leur admiration.
Marius resta,
seul, dans l’obscurité, un sourire lent s'étendant sur son visage.
Le chariot, avec
l'étalon noir lié derrière, parvint à la villa près d'Ostie dans les dernières
heures sombres de la nuit. Les passagers débarquèrent, rapidement, et le
véhicule et les chevaux furent emmenés au loin, Ultor vers une partie isolée de
la propriété.
Julia,
Apollinarius et Glaucus se faufilèrent vers la villa sans l'aide d'une torche,
ne souhaitant pas alerter quelqu'un de leur présence.
Le vieil homme
ferma la porte de son appartement avec soulagement. Il devenait trop vieux pour
ce genre d’aventure !
Julia entra
dans son appartement suivie de Glaucus.
Elle ferma la
porte et la verrouilla.
"Les
domestiques ne sauront pas que tu es ici" Expliqua-t-elle. "Ils
savent que je tiens à ma vie privée et ils n'entreraient pas dans mon
appartement sans ma permission."
Glaucus ne lui
posa pas de questions sur ses actions pas plus qu'il ne l'avait interrogée
quand elle avait demandé sa tunique et manteau noirs et lui avait fourni des
vêtements bruns ordinaires à la place.
Il avait senti
son urgence quand elle avait pris des dispositions pour qu’un domestique, qui
était de la taille et de l’aspect de Glaucus, reste à Rome et fasse, de temps à
autre, des apparitions passagères dans les rues sombres juste assez souvent
pour faire croire aux prétoriens que Glaucus était toujours là.
Il ne l'avait
pas non plus interrogée quand un domestique apparut à son appartement au milieu
de la nuit amenant son cheval ni sur leur départ précipité pour Ostie sous le
couvert de l’obscurité.
Il avait
seulement eu le temps de rassembler quelques affaires dans son propre
appartement et d’expliquer brièvement la situation, pour ce qu’il en
comprenait, à Marius, qui lui promit de continuer la recherche de Quintus.
Maintenant à
la villa de Julia, il laissa tomber son paquetage sur le sol et regarda autour
de lui. Il était incapable de voir beaucoup dans l'obscurité mais il sentait la
taille imposante de l’endroit et l'imaginait être très luxueux.
"Tu
dormiras là," dit Julia en indiquant une chambre à coucher à côté du
living. "c'est là ton père dormait quand …"
Quelqu'un
frappa à la porte.
"Maman ?
Es-tu là? J'ai entendu le chariot arriver. Pourquoi n'y a-t-il pas de lumière
dans la maison ?"
Julia porta la
main à sa bouche et ses yeux s’arrondirent.
Maman ? Es-tu
là? Papa est-il avec toi?"
Brusquement,
Julia poussa Glaucus vers la chambre à coucher et lui chuchota,
"C'est ma
fille Julia Apollinaria. Elle ne s'attendait pas à me voir revenir si vite et
elle ne s'attend certainement pas à un visiteur. Nous ... nous n'avons jamais
de visiteurs. Je dois aller lui parler. Installes-toi confortablement."
Puis, elle
quitta précipitamment la pièce et ferma la porte.
Glaucus plaça
ses mains sur ses hanches et réfléchit à ce qui venait d'arriver.
Julia se
comportait vraiment curieusement depuis qu’elle avait découvert que l'empereur
l'avait fait suivre.
Maintenant
elle s’alarmait que sa fille sache qu'il était ici. Ou était-elle alarmée qu'il
sache qu'elle avait une fille ?
Pourquoi se
soucierait-il qu’elle et Apollinarius soient parents ?
Il se demanda,
brièvement, si la fille était aussi belle que la mère.
Mais il était
si fatigué qu'il pensa qu'il pouvait attendre jusqu'à demain pour découvrir ce
qui se passait.
Il s’assit sur
le lit. Son père avait dormi ici, dans ce
lit. Il s'allongea avec contentement et dormit bientôt à poings fermés.
Chapitre 42 – Ensemble
Glaucus fut réveillé par une conversation animée qui
se déroulait de l’autre côté de la porte.
Il sortit les jambes du lit et s’aperçut qu’il avait
dormi tout habillé.
Il resta assis, un moment, le temps que son cerveau
se mette à fonctionner convenablement et scruta la chambre qui était faiblement
éclairée.
Elle était très large et bien aménagée mais pas
encombrée comme aurait pu l'être une chambre de femme.
Une grande carpette en laine qui couvrait
pratiquement tout le sol en mosaïque rendait la pièce très douillette.
Des peintures champêtres décoraient les murs et
débordaient sur le plafond qui était peint pour représenter le ciel.
Cela lui donnait, presque, l’impression d’avoir dormi
dehors en dépit du fait que la pièce n’avait pas de fenêtres.
Deux grandes armoires en bois dominaient l'ensemble
et, curieux, il en ouvrit une.
Elle était emplie de linges propres et d’un
assortiment de fournitures dont un hôte inattendu pouvait avoir besoin.
Il passa directement devant la deuxième garde-robe
pour se diriger vers une porte fermée..
Il frappa délicatement puis, comme il n’obtenait pas
de réponse, tourna le bouton.
Elle donnait sur une grande salle de bain carrelée qui
était très bien équipée avec toilette, baignoire et évier et qui était
illuminée par un dôme en verre.
Il pénétra dans la pièce et s’arrêta. Il regarda ses
pieds, le sol était chaud ! Il agita les orteils. Cet endroit était le
paradis.
Il retourna dans la chambre et prit des effets dans
l'armoire puis passa quelques minutes à se laver, se brosser les cheveux et se
rendre présentable.
Il se rassit sur le lit et plongea dans son sac où il
trouva une tunique noire propre qu’il enfila.
Des coups retentirent, fermement, sur la porte.
Il releva la tête
"Vas-tu un jour sortir de là?" Exigea une
voix féminine d’un ton impatient. Puis il entendit Julia prononcer quelques
mots inintelligibles d’un ton de réprimande.
Il passa rapidement une ceinture autour de sa taille
svelte et la ferma puis il enfila des sandales en pensant qu’il devait être
inapproprié de porter ses bottes dans la maison.
Il s’examina dans un haut miroir et se trouva aussi
présentable que possible étant donné les circonstances.
Il ouvrit la porte et, en pénétrant dans le salon de
Julia, ... fonça, presque, dans une jeune femme qui se tenait debout, juste
derrière la porte, les mains sur les hanches.
Julia était assise dans un divan, pâle et nerveuse.
Glaucus s’inclina vers elle.
"Madame." Puis ses yeux revinrent vers la
femme qui se trouvait sur son chemin et il releva les sourcils en signe de
curiosité.
Les yeux bleu-vert pétillaient de malice.
"Est-ce une manière de saluer sa soeur?"
Il eut un mouvement de recul comme si on venait de le
frapper.
"Je vous demande pardon?" Il regarda Julia
pour avoir des explications mais celle-ci avait fermé les yeux.
"Julia Maxima... tu m’avais promis que tu ne le
ferais pas" Dit Julia durement.
La jeune femme secoua ses longues boucles noires.
"Oh pourquoi pas maman?" Dit-elle en
tournant, lentement, autour de Glaucus pour le jauger.
"Ainsi, il ressemble exactement à mon
père?"
Elle envoya un sourire ironique à sa mère puis
redressa un sourcil tout en lançant un long regard oblique à son frère.
"Tu m’avais dit que mon père était
séduisant."
Incertain, le regard de Glaucus allait d'une femme à
l'autre. Etait-ce une plaisanterie? Non décida-t-il. Pas une plaisanterie …
Julia paraissait trop fâchée pour que ce soit une plaisanterie.
"Ma soeur?" S'étrangla-t-il.
"Oui," Maxima grimaça. "Ma mère
voulait te l’annoncer en douceur mais je préfère être directe."
Elle secoua la tête, à nouveau, et le regarda droit
dans les yeux.
"Je crois que nous avons le même père... Maximus
Decimus Meridius."
Glaucus battit des paupières puis prit une
respiration tremblante.
"J’ai une soeur?" Souffla-t-il.
Julia finit par quitter le divan et se fraya un
chemin vers sa fille.
"Glaucus, je suis désolée que tu l’apprennes de
cette manière. J’avais songé te le dire à ma façon quand tu aurais été
prêt."
Elle jeta un regard mécontent à la jeune femme qui se
contenta de sourire.
"Mais Maxima, visiblement, avait d’autres
plans."
Elle lui prit les mains qui étaient étonnamment
froides.
"Viens et assieds-toi, mon cher."
Elle essaya de le tirer vers le divan mais ses jambes
cotonneuses refusaient de le porter.
Un éclair de compassion traversa le fin visage de
Maxima.
"Je suis désolée, Glaucus, parfois je suis un
peu trop taquine. Viens et assieds-toi. Nous avons à parler."
Ses jambes finirent par obéir à son cerveau et il
suivit les deux femmes dans la pièce, ses yeux étudiant la fine silhouette de
la femme aux cheveux noirs tandis qu’elle marchait devant lui. Quelle âge
pouvait-elle avoir ? 17 ans ? 18 ans ?
"J’ai dix-huit ans" Dit Maxima comme si
elle avait lu ses pensées. "Quel âge as-tu?"
"Euh... vingt-deux" Répondit Glaucus en se
laissant tomber sur une chaise.
Elle était grande … aussi grande que Julia et...
extraordinairement belle. Ses cheveux noirs chatoyaient autour de ses épaules
et entouraient l’ovale parfait de son visage. Sa peau était sans défaut et
crémeuse, son nez droit et fin. Sa bouche avait la forme d’un arc comme la
sienne! Et elle avait sa fossette dans le menton aussi, la même fossette que
celle de leur père.
Il ne pouvait y croire. Il avait une sœur. Il ne
savait quoi dire.
Heureusement, Julia retrouva la voix.
"Je vous dois des explications à tous les
deux."
Deux paires d’yeux se braquèrent sur elle dans
l’attente d’une explication.
"Glaucus, Maxima sait depuis qu’elle est enfant
qui est son père et ce qui lui est arrivé, information que, toi, tu viens juste
de découvrir. Je ne t’ai pas parlé d’elle parce que ces derniers temps tu as
été submergé de nouvelles dramatiques. J’avais l’intention de t’en entretenir
aujourd’hui et de vous présenter demain."
Julia lança un regard à une Maxima souriante qui ne
pouvait détacher ses yeux de son frère aîné.
"Cependant, mon obstinée de fille avait,
visiblement, d’autres idées et je m’en excuse. Glaucus, elle a découvert, la
nuit dernière, qu’elle avait un frère puisque moi-même, je l’ignorais jusqu'à
il y a peu."
"Elle a bien prit la nouvelle !" Dit
Glaucus en souriant timidement. Il aimait bien sa petite sœur désinvolte. Enfin
… petite …c'était beaucoup dire car elle était une femme accomplie.
"Ainsi c’est à cela que ressemble un
général!" Dit Maxima d’un ton sincère. "Je ne suis pas déçue... pas
déçue du tout."
Elle soutint son regard tout en s'adressant à sa
mère.
"Est-ce que mon père avait la même voix?"
"Oui, la même" Répondit Julia, doucement,
en contemplant les deux enfants de l’homme qu’elle aimait.
"Eh bien, je sais maintenant pourquoi tu as
craqué pour le général espagnol, maman !"
Julia rit. Que pouvait-elle faire d’autre?
"Julia... Comment ton mari s'est-il accordé de
ceci?" Demanda Glaucus, espérant ne pas se montrer trop curieux.
"Apollinarius est, depuis des années, un grand
ami. Il l'était, déjà, du temps de mon mariage avec Marius Servilius. Quand
j’ai découvert que j’étais enceinte et, après la mort de ton père, Apollinarius et moi nous sommes mariés pour
que je puisse donner un nom à ma fille … chose qu’une femme non mariée ne peut
faire.
Il l’a élevée comme si elle était la sienne même si,
comme je te l’ai dit, Maxima a su très jeune qui était son vrai père et ce qui
lui était arrivé. Toi, Glaucus, tu ajoutes une nouvelle dimension à nos
vies."
"Et vous à la mienne. J’ai grandi en croyant que
mes cousins étaient mes frères et je me suis senti déchiré quand on m'a raconté
que ce n'était pas le cas et que mes vrais parents n'étaient ni ma tante ni mon
oncle et que ma mère, mon frère et ma soeur étaient morts et que mon père était
parti.
La semaine passée a été un processus de
reconstitution pour moi … en apprenant des parties de ma vie qui étaient
mystérieuses. Et maintenant … en trouvant une sœur."
Il se sentait ridiculement timide auprès de cette
jeune femme si sûre d'elle
Il ne savait pas comment la regarder … ou s'il devait
la regarder. Est-ce que ses regards admiratifs seraient mal interprétés?
Voyant ses regards fixer le sol et sentant son
inconfort, Maxima dit sereinement.
"J'ai souhaité un frère ou une soeur toute ma
vie, Glaucus. Tu es le plus beau cadeau que je pouvais recevoir."
Lentement, le jeune homme leva les yeux pour
rencontrer le regard humide de sa sœur d'où les larmes étaient bien prêtes de
couler
Légèrement embarrassé, il cacha son émotion derrière
un sourire timide. Maxima sourit à son tour. Glaucus lui sourit plus
ouvertement et elle élargit le sien. Alors tous deux éclatèrent de rire,
ensemble.
En se tamponnant les yeux, Julia sereinement quitta
la pièce.
Quand un peu plus tard, Apollinarius pénétra dans
l’appartement de Julia, il fut heureux de trouver Maxima et Glaucus assis, côte
à côte, sur un divan, leurs épaules se touchant presque.
Il les embrassa tous les deux puis s’assit sur une
chaise près de Julia qui avait retrouvé son calme.
Sa famille rassemblée autour d’elle, Julia prit un
ton solennel.
"Quand Maximus et moi avons passé ces jours,
ici, ensemble, quelques semaines avant sa mort, il m’a raconté beaucoup de
choses sur sa vie. Ce ne fut pas facile pour lui car il était un homme très
secret et très réservé mais il m’ouvrit son cœur et me raconta des choses qu’il
n’avait jamais dites à quiconque auparavant. Il m’a demandé de les taire et
depuis toutes ces années, j’ai respecté son souhait, même envers toi Maxima et
toi, Apollinarius. Mais, maintenant, je dois parler parce que tu te trouves
mêlé à quelque chose que tu ne comprends pas, Glaucus. Quelque chose de très
dangereux."
Glaucus se caressa pensivement la barbe et Julia
vacilla quand elle remarqua ce geste familier.
Elle respira profondément avant de continuer.
"Vous savez déjà que Maximus était le général
favori de Marc Aurèle. Il aimait votre père comme s’il était son fils... plus
qu’il n’aimait son véritable fils, Commode.
Quand l’empereur fut, en Germanie, en 180, avec ton
père, il lui révéla qu’il était mourant et qu’il voulait désigner son
héritier."
Elle regarda sa fille puis Glaucus avant de reprendre
une profonde inspiration.
"Il raconta à Maximus, en privé, qu’il voulait
lui transmettre ses pouvoirs pour qu’il rétablisse la république à Rome."
Elle s’arrêta pour leurs laisser le temps d’assimiler
cette information.
Après un long silence, Apollinarius fut le premier à
prendre la parole.
"Tu veux dire que Maximus devait devenir
l’empereur de Rome?"
Maxima et Glaucus la dévisageaient.
"Oui" Répondit Julia. "Mais Maximus
voulait seulement rentrer chez lui auprès de sa famille dont il avait été tenu
éloigné depuis presque 3 ans. Il refusa l’offre mais Marc Aurèle lui demanda de
reconsidérer sa position. Il lui donna jusqu’à la tombée de la nuit pour lui
communiquer sa décision définitive et votre père finit par accepter."
Les deux jeunes gens étaient ébahis.
"Il ne voulait pas de cet honneur mais ne
pouvait désappointer son empereur bien aimé. Il avait l’impression aussi que
c’était son devoir vis-à-vis de Rome. Des contrats furent rédigés et signés.
Maximus en prit un et l’empereur garda l’autre. Plus
tard, cette nuit là, Maximus pense que Marc Aurèle en informa Commode qui,
alors, tua l’empereur, en l’étranglant, dans un accès de rage. Maximus fut
réveillé par Quintus et emmené à la tente de l’empereur où il trouva Commode réclamant
le pouvoir à côté du corps sans vie de son père. Lucilla était là aussi. Il
retourna à sa tente, mit son armure après avoir dissimulé le contrat sous sa
tunique, et ordonna à Cicero, son serviteur, de
convoquer les deux sénateurs qui étaient en visite dans le camp. Mais
Quintus arriva avec quatre prétoriens armés et dit à Maximus que l’empereur
avait donné l’ordre de l’exécuter lui et … sa famille."
"Mais il s’échappa," dit Glaucus calmement.
"Oui" Confirma Julia, "Vous connaissez
le reste. Mais... imaginez les implications de la nomination de votre père
comme héritier du trône."
"Il est devenu un esclave, cependant, et non un
empereur" Dit Maxima.
"Attends... Attends!" Glaucus fronça les
sourcils pensivement.
"Julia, Quand il est mort dans l’arène, il fut
porté comme un empereur … il a donné des ordres qui ont été exécutés...."
"Oui" Murmura Julia. "Pendant les
quelques instants qui séparèrent la mort de Commode de la sienne, il fut
l’empereur non déclaré de Rome. Quintus le savait. Lucilla le savait. Je le
savais. Pas le peuple."
Julia considéra, à tour de rôle, leurs yeux étonnés
comme si elle voulait souligner sa déclaration.
Glaucus essaya de relier ce qu’il venait d’apprendre
à sa propre situation.
"Mais pourquoi, quelques 20 ans plus tard, Septime
Sévère me ferait-il suivre? Je ne
suis pas une menace pour lui."
"Mais si tu l’es" Répliqua Julia.
"Septime Sévère s’est autoproclamé fils adoptif de Marc Aurèle et, donc,
dirigeant légitime de Rome, même s'il s'est emparé du pouvoir grâce à sa puissance
miliaire.
Sévère n’est pas apprécié par beaucoup d’aristocrates
influents mais le peuple le tolère parce qu’il croit qu’il est le choix de Marc
Aurèle. Que se passerait-il si un contrat était trouvé stipulant que c’est
Maximus le choix de Marc Aurèle et non Sévère... et, puis, que l'on découvre
que Maximus a un fils?"
Glaucus blêmit.
"Sévère pense que je pourrais … que je lui
revendiquerais le titre d'empereur ?"
"Je pense qu’il imagine que tous les hommes sont
aussi ambitieux que lui. S’il s’agit de quelque chose qu’il souhaite absolument il peut penser que tu le veux aussi. Glaucus, Il est anxieux de créer une dynastie,
que son fils hérite du trône et le fils de son fils. Tu es une menace pour sa
dynastie !"
"Mais... même si je ne veux pas du trône … Pourquoi me croirait-on si je disais que mon
père avait été nommé empereur?"
"Le contrat" Enonça Apollinarius qui était
en train de trouver tout cela très excitant en fait.
"Mais je n’ai pas le contrat."
"Peut-être que Sévère pense que oui"
Suggéra Maxima.
"Mais il me tenait prisonnier. Il pouvait
avoir... oh."
"Quoi?" demanda Maxima en lui prenant la
main et en la serrant
"Quoi?"
"Ca explique beaucoup de choses. Je n’ai jamais
eu d’explications quant à mon emprisonnement et Sévère a prononcé des paroles
qui n’avaient pour moi aucun sens en ce temps là. Maintenant, elles en
ont."
"Quoi?" Répéta Maxima.
Les pensées de Glaucus se reportèrent aux instants
qu’il avait passés en Germanie
Sévère
frappa le bras de son trône.
"Ainsi … vous l’admettez, vous admettez pourquoi
vous êtes réellement ici!"
Déconcerté,
à nouveau, par les paroles de l'empereur, Glaucus secoua simplement la tête
sans dire un mot.
"Les
Dieux en ont décidé autrement, n’est-ce pas jeune homme? Les Dieux choisissent
leur empereur."
"Je
... Je ne comprends pas, Sire."
"Oh,
vraiment?" La voix de l'empereur était sarcastique. Il se rassit, haut sur
son siège.
"Ainsi
vous vous êtes lancé dans une quête. Qu’espérez-vous exactement trouver?"
"La
vérité, Sire."
Le
prétorien se déplaça lentement jusqu'au trône, se tourna et croisa les bras,
les yeux toujours fixés sur Glaucus.
L’empereur
croisa aussi les bras. Ils offraient ainsi une formidable vision d'opposition.
"Et
où espérez-vous que vous mènera la vérité?"
Les yeux
verts de Glaucus allaient de l’un à l’autre.
"Je...
Je cherche seulement la paix de l’âme, Sire. J’ai juste besoin de savoir ce qui
lui est arrivé. Je ne cherche rien d’autre."
"Il pensait que j’étais en train de chercher …
le contrat."
Glaucus regarda sa soeur.
"Il pense que je le recherche et me fait suivre
afin de s’en emparer quand je l’aurai trouvé. Autrement, il m’aurait laissé
pourrir en prison."
Ses sourcils se froncèrent davantage
"Mais comment a-t-il su pour le contrat? Julia,
tu as dit que mon père avait une copie et l’empereur l’autre. Qu’est-il arrivé
à la copie de mon père?"
"Elle est en Espagne, Glaucus," dit
gentiment Julia. "Maximus l’a enterrée avec ta mère."
"Oh" Dit-il puis il soupira tristement.
"Il a enterré sa famille et ses obligations
vis-à-vis de Rome en même temps."
Julia approuva.
"Mais l’autre copie, celle de l’empereur?"
Demanda Apollinarius.
"Sévère ne peut l’avoir," intervint Maxima,
"autrement, il ne te ferait pas suivre. Commode l’aurait-il
eue ?"
"Pas nécessairement," ajouta Julia.
"Marc Aurèle peut avoir dit ses
intentions à Commode sans lui montrer le contrat. Dans la confusion qui a
entouré sa mort, n’importe quoi aurait pu arriver à cette copie."
Soudain, Glaucus fut debout.
"Il y avait peu de monde, dans cette pièce, la
nuit de la mort de l’empereur, Commode, Lucilla, Quintus, mon père... et le
docteur. Mon sentiment est que soit Quintus soit le docteur l’a prise."
"Mais, alors, comment Sévère connaît-il son
existence?" Demanda Maxima en regardant son frère, vraiment intriguée par ce
mystère.
"Ca je ne sais pas" Admit Glaucus.
"Cela n'a pas de sens. Ce que je dois faire maintenant est de retrouver
Marcianus et Quintus. Je dois trouver ce contrat. C’est mon seul moyen de faire
taire les rumeurs qui disent que mon père était un traître et de rétablir son
honneur. Je le lui dois."
"Tu sais où se trouvent Marcianus et
Quintus?" Demanda Apollinarius.
"Pas vraiment. Mon ami, Marius, pense que
Marcianus peut être à Petra. Quintus est en exil quelque part."
"Il y a au moins un chose dont je suis certaine,
Glaucus, c’est que tu ne peux rester ici" Dit Julia avec détermination.
Maxima regarda sa mère, choquée.
"Ce n’est pas que je veux que tu partes parce
que je ne … j’adorerais te garder avec nous pour toujours … mais tôt ou tard,
notre ruse sera découverte et les prétoriens viendront, ici, pour te chercher.
Tu ne dois pas être ici. C’est trop dangereux pour toi … et pour ma fille.
Sévère ne sait rien d’elle et je ne veux pas qu’il sache."
"Bien sûr, bien sûr" Balbutia Glaucus.
"Je n’ai pas l’intention de mettre la vie de quiconque en danger. Je … Je
partirai demain."
Maxima se leva alarmée.
"NON... mère, je viens juste de trouver un frère
et maintenant tu le forces à nous quitter?"
"Maxima, ta mère pense uniquement à notre
sécurité" Répliqua Glaucus avant de laisser la moindre chance à Julia de
s’expliquer.
"NON... mère...," supplia Maxima
Le visage de Julia était sévère.
"Il n’y a pas d’autres solutions. Tu pourras
passer du temps avec Glaucus quand votre sécurité sera assurée."
"Tu ne penses qu’à cela … ma sécurité! Tu es
obsédée par elle! Je n’ai jamais été nulle part … même pas à Rome. Elle
t’obsède!"
"Maxima, elle a raison" Dit Glaucus, en lui
agrippant le bras et en essayant de calmer sa révolte.
"Je reviendrai, je te le promets."
Maxima se dégagea de l'emprise de la main de son
frère.
"Tu es de son
côté?"
Des larmes surgirent de ses superbes yeux et sa voix
se brisa.
"Tu m’empêches, simplement, d’avoir une vie à
moi."
Elle se détourna et s’enfuit de la chambre en
sanglotant
Glaucus tressaillit quand la porte claqua.
"Je suis désolé, Julia …" commença-t-il
"Rien n’est de ta faute dans tout ceci, Glaucus.
Rien. J’admets lui avoir un peu trop serré la bride ... J’étais si effrayée à
l’idée de perdre Maxima, vois-tu."
Elle se frotta les tempes comme si elle souffrait
d’une soudaine migraine.
"Je m’arrangerai avec elle demain. Maintenant,
je dois prendre des arrangements pour que tu puisses partir en toute sécurité.
J’aurai un bateau équipé et tu pourras être à bord, demain soir, afin qu’il
puisse appareiller à l'aube après-demain. La plupart des ports ferme, en hiver,
mais je peux faire partir ce navire juste avant qu’ils ne le soient. Tu pourras
aller, chez toi, en Espagne, où tu seras en sécurité."
"Julia, je vais partir pour Petra."
Julia ferma les yeux. Il était le portrait de son
père.
"Glaucus, sais-tu quelle sorte de voyage se
sera?"
"Probablement pas, mais j’ai l’intention de
l’effectuer de toute manière. J’apprécierais beaucoup si ton bateau me déposait
plutôt à Alexandrie autrement je devrai
décliner ton offre généreuse."
Julia le considéra un moment … il avait la figure de
son amant... la voix de son amant... puis elle sourit et dit
"Il semble que les deux enfants de Maximus aient
hérité de l’entêtement et de l’indépendance de leur père. Le bateau t’emmènera
le plus loin possible sur ta route vers Petra."
"Maxima?" Appela Glaucus tout en grattant,
doucement, à la porte de l’appartement de sa sœur.
"Puis-je te parler?"
Pas de réponse.
Il frappa à nouveau.
"Maxima? S’il te plaît, ouvres la porte."
La porte s’entrouvrit et un œil bleu bordé de rouge
apparut.
"Que veux-tu ?"
"J’ai quelque chose à te montrer."
Elle renifla, ouvrit la porte puis le précéda pour le
conduire vers la terrasse.
Glaucus savait, à peine, que dire à cette jeune
femme, une étrangère en réalité, qui était du même sang que lui.
Il se tint sur le seuil de la porte ne voulant pas
envahir son espace privé.
"Je pars demain soir, Maxima. Nous avons jusque
là pour parler."
"Tu m’offres un jour entier de ta vie, mon
frère?" Interrogea sarcastiquement Maxima. " Comme c’est
magnanime!"
Les sourcils de Glaucus se relevèrent d'un coup sec.
"Où as-tu appris ce mot ?"
Maxima se raidit. La raillait-il ?
"De la même manière que ma mère l’a appris,
d’Apollinarius."
"Il a été ton tuteur?"
"Oui... Il m’a délivré son enseignement dans
cette pièce. Cette même pièce où j’ai passé la plus grande partie de ma
vie."
Elle la parcourut du regard.
"Elle est charmante, n’est-ce pas? Une superbe
prison. J’ai été emprisonnée dans cette villa toute ma vie alors que tout ce
que je désire est d'être libre ... juste comme les autres femmes de mon
âge."
"La plupart des femmes de ton âge ne sont pas
libres, Maxima. Elles sont mariées et ont des enfants. Au moins, ta mère ne t’a
pas forcée à te marier."
Elle finit par se retourner, sa stola d’un blanc
soyeux se gonflant dans la brise du soir qui balayait la terrasse.
"Seul mon père peut me donner en mariage,
Glaucus. Et cela présente un problème
intéressant, n’est-ce pas? Mon père est mort."
"Apollinarius est ton père légal."
"Apollinarius est un gentil vieillard, Glaucus,
et je l’aime énormément mais pas comme un père... un gentil vieil oncle,
plutôt. J’ai été consciente, très jeune, que je n’avais pas de père."
"Tout comme moi."
"Oui. Mais, au moins, tu as pu croire
autrement."
Glaucus inclina la tête.
"Au lieu de cela, j'ai grandi en désirant
fortement connaître l'homme que ma mère pleurait ... dont ma mère portait le
deuil. Cet homme, tellement parfait, qu’aucun autre ne pouvait le
remplacer."
"C’était seulement un être humain, Maxima."
"Pas aux yeux de ma mère. Pour elle, c’était un
dieu."
Elle s’installa sur une chaise et invita Glaucus à
prendre place sur le siège qui se trouvait en face du sien.
"J'ai eu longtemps envie d’un frère ou d’une
sœur pour soulager ma terrible solitude. Quand j'ai été assez âgée, j'ai fini
par prier ma mère d'avoir un autre enfant et elle m'a dit que ça n'arriverait
jamais. Que, jamais plus, elle ne partagerait le lit d’un autre homme que
Maximus ... et il n'était plus là!"
"Comment Apollinarius ressent-il cela?"
Maxima rit.
"Glaucus... il préfère les hommes. Leur mariage
est idéal. Ils ont des rapports de camarades sans la complication de
l'intimité."
Glaucus émit un "oh" silencieux puis la
laissa parler sans interruption.
"Maximus ne m’a jamais vue, ne m’a jamais tenue
dans ses bras. Ma mère a essayé de prendre contact avec lui, à Rome, après que
Proximo l’ait ramené là-bas mais elle ne put l’approcher. Elle finit par
réussir à convaincre Proximo d’accepter une lettre pour lui... Mais il est
mort, le lendemain, dans l'arène, dans ce combat contre Commode. Il peut ne
jamais avoir su que ma mère attendait son enfant ... moi."
"Nous sommes, donc, tous les deux, dans la même
situation car il n’a jamais rien su de moi, non plus."
"Au moins, tu portes son nom. Je n’ai même pas
cela.. Je suis sa fille non déclarée. Je pensais à lui constamment en
grandissant. Je me demandais à quoi il ressemblait, comment était sa voix. Je
n’ai jamais vu d’armée. Je n’avais pas la moindre idée de ce que pouvait être
un général. J'ai imaginé qu'il était le plus bel homme fort qui ait jamais
existé et, en même temps, un homme aimant et tendre qui aurait joué avec moi,
qui m’aurait bercé dans ses bras pour que je m’endorme. "
"Ton rêve est très proche de la réalité, je
crois. Il était, aussi, un homme très sérieux qui ne prenait pas ses
responsabilités à la légère. Il était conscient de l'importance de son travail.
Ses soldats l’adoraient et le respectaient. L’empereur l’aimait. Sa femme et
son fils l’aimaient."
Elle fut ragaillardie par cette déclaration.
"Il était un homme qui émouvait beaucoup de
personnes."
Maxima sourit à travers ses larmes.
"Sais-tu que, plus âgée, je me suis demandée
s’il n’était pas un pur produit de l’imagination de ma mère, une manière
d’expliquer ma présence. A l'exception de sa tunique bleue d’esclave que ma
mère avait gardée, tu es la seule preuve tangible de son existence pour moi …
et aussi la preuve qu’il était beau
et fort."
Glaucus lui fit un timide sourire.
"Merci."
Il se mordilla la lèvre, pendant un instant, avant de
poser, enfin, la question qui l’avait tracassé toute la nuit
"Maxima tu connais beaucoup de la vie de notre
père ... mais que connais-tu de celle de ta mère ?"
Elle répondit rapidement.
"Tu veux dire qu’elle était une
prostituée?"
Glaucus ne put cacher sa surprise.
"Oui, elle ne m’a rien dissimulé. Je sais, même,
que je fus conçue … sur un bateau, au milieu d’un étang à poissons, qui fait
partie de la propriété. J’admets que découvrir que ma mère fut une esclave et
une prostituée pour le Général Cassius me choqua, de prime abord, mais,
maintenant, je ne l'en admire que davantage. Regardes d’où elle vient et ce
qu’elle a accompli."
"C’est une femme remarquable."
"Oui ... mais elle doit aussi savoir lâcher
prise. Elle doit me laisser mener ma propre vie. J’y suis prête."
"Pour elle, c’est comme perdre Maximus une
nouvelle fois."
"Je ne peux rien y faire."
"Non... non, tu n’y peux rien. Que veux-tu
faire, Maxima?"
"Je veux partir d’ici" Dit-elle avec
enthousiasme. "Je veux voir l’empire. Je veux voyager et être libre de
mener ma vie comme je l’entends."
Glaucus sourit.
"Je ne connais personne qui ait une vie comme
ça."
"Notre père …"
"Non" L’interrompit Glaucus.
"Justement pas lui. Il était général alors que tout ce qu’il voulait,
c'était d’être fermier. Il vivait en Germanie alors qu’il voulait résider, chez
lui, en Espagne. Il n’était pas libre, Maxima, même pas avant d’être
esclave."
Sa sœur fixa l’obscurité au-delà de la terrasse.
"Je suppose que tu as raison."
Glaucus essaya de l'encourager.
"Je t’avais promis de te montrer quelque
chose."
"Vas-y." Dit-elle mais elle continuait à
contempler le ciel étoilé.
"Maxima, regardes ceci."
Elle reporta son attention sur lui et sursauta en
voyant le glaive magnifique et le fourreau qu’il tenait entre ses mains. Il les
lui présenta et elle les toucha, respectueusement, du bout des doigts.
"C’est le glaive que Marc Aurèle donna à Maximus
quand il le fit général. Il l’a utilisé jusqu’à la nuit où l’empereur est
mort."
Les yeux écarquillés sous l'effet de la surprise,
Maxima accepta le glaive des mains de son frère
"Oh... il est lourd!" S’exclama-t-elle en
sentant ses bras s’affaisser sous le poids considérable de l’arme.
"Oui, Et il avait l'habitude de le manier des
heures durant, lors des batailles, le passant d’une main à l’autre suivant que
le danger venait de gauche ou de droite."
"Je ne savais pas qu’un glaive pouvait être si
beau. Il ressemble à un ornement" Dit-elle quand la lumière de la lampe
fit étinceler le laiton.
"Ce n'est pas un ornement. Qui sait combien de
sang fut versé suite à un coup de ce glaive. "
"Où l’as-tu eu?"
"D’un vieux collègue de notre père qui vit en
Germanie. C’était l’ingénieur en chef à Felix III, la légion de Maximus.
Cicero, son serviteur, était parti chercher l'épée après la mort de Marc Aurèle
mais Quintus apparut, soudain, dans la tente pour arrêter Maximus qui n’eut pas
le temps de le prendre pour se défendre. Ainsi, le glaive est resté avec Cicero
jusqu’à sa mort puis Jonivus le prit et l’a tenu caché toutes ces années."
Maxima saisit la poignée et tira le glaive du
fourreau d’un geste long et lent puis elle le tint verticalement et admira la
danse de la lumière sur la lame.
Elle rit sottement, c’était la première fois que
Glaucus entendait une manifestation puérile de sa part.
"Il est trop grand pour ma main."
"Il fut fait pour correspondre à sa main."
"Penses ... ses doigts se sont posés où se
posent les miens. Sa paume fut au même endroit que la mienne. Ses yeux ont vu
cette lame, cette garde."
La voix de Maxima diminua au point de ne plus être
qu’un murmure respectueux.
"J'ai presque l’impression de le toucher."
"Je ressens la même chose quand je le
tiens."
Maxima le regarda avec une lueur sérieuse au fond de
ses yeux bleu-vert.
"Vraiment?"
Elle laissa retomber, lentement, la pointe du glaive
vers la carpette, son attention maintenant concentrée sur son frère.
"Sais-tu que c’est la première fois de ma vie
que j’ai l’impression que quelqu’un me comprend vraiment. Je me sens proche de
toi, maintenant, comme je ne me suis jamais sentie proche de quelqu’un."
Elle avala lourdement sa salive.
"Glaucus, s’il te plaît, ne pars pas."
"Je dois partir."
"S’il te plaît, restes."
"Maxima, je suis au début de mon expédition.
T’avoir trouvée est, certainement, la chose la plus fabuleuse qui me soit
jamais arrivée … et j’ai plus appris, sur mon père, durant ces quelques jours
que je ne le pensais mais je veux en connaître davantage et je dois trouver ce
contrat. Je dois le trouver !"
Maxima sembla se résigner à le perdre.
"Combien de temps seras-tu parti?"
"Je n’en sais rien. Des mois, sans doute."
"Tu reviendras?" Demanda-t-elle, sa figure
reflétant l’espoir et le doute, tout à la fois.
"Bien sûr !"
Il nota le scepticisme dans ses yeux
"Je vais te laisser mon cheval comme preuve de
ma parole. Mis à part ce glaive, Ultor est la possession à laquelle je tiens le
plus. J’apprécierais que tu en prennes soin jusqu’à mon retour."
Maxima accepta d’un signe de tête car elle craignait
que sa voix la trahisse.
Glaucus eut un petit rire incertain.
"Il semble que je disperse mes animaux partout
dans l'empire."
Le sourire de Maxima ne fut qu'une ombre fugace sur
ses lèvres.
Elle remit lentement la lame dans le fourreau en cuir
et rendit le tout à Glaucus en le regardant avec des yeux lourds de tristesse.
"A bientôt, mon frère, à bientôt."
Chapitre
44 – Le port
"Tu
dormiras sur le pont dans cette tente, Glaucus" Indiqua Julia tout en
guidant le jeune homme vers la petite cabine du navire.
Elle avait
choisi un vaisseau de taille moyenne et à la voilure importante, estimant qu'il
naviguerait ainsi plus rapidement poussé par les vents de cette fin d'automne
et sans qu'il y ait besoin d'un nombreux équipage.
De plus, le
capitaine du bateau avait l’habitude de véhiculer le blé d'Alexandrie à Ostie
et connaissait parfaitement l'itinéraire.
Elle ouvrit la
porte de la cabine.
"Il ne
fera sans doute pas très chaud sous la tente mais comme tu peux le voir, la
cabine est vraiment très petite et elle est réservée au capitaine Aemilius. Si
tu as trop froid tu peux toujours descendre dans l’entrepont mais il n’y a
qu’une pièce minuscule là-dessous. J'ai fait remplir la cale d’amphores et de
barriques de vin et d’autres denrées non périssables afin que le voyage ne
paraisse pas suspect. Néanmoins, la plupart des barriques sont vides afin
d’alléger le navire au maximum."
"Merci
beaucoup pour tout, Julia. Je ne trouve pas les mots pour t’exprimer ma
gratitude et ma joie de t’avoir trouvée et d’avoir trouvé... Maxima."
"Je suis
heureuse que tu le ressentes ainsi. Je craignais un peu que tu ne m’en veuilles
du petit rôle que j’ai tenu dans la vie de ton père."
"T'en
vouloir! Loin de là! Tu lui as donné l’amour quand il n’y avait plus personne
pour lui en donner. Et tu lui as donné un enfant et …, à moi, une sœur. Je ne
te remercierai jamais assez pour cela."
Julia sourit
et masqua son émotion en l’agrippant aux épaules et en l’embrassant rapidement
sur les deux joues
"J’espérais
que Maxima serait ici pour me dire au revoir."
"Je l’ai
interdit, Glaucus. Ce n’était pas sûr pour elle."
"Bien
sûr."
"Elle est
très en colère contre moi pour l’instant. Nous nous sommes querellées tôt ce matin
et, maintenant, elle ne veut plus me parler. Elle s’est retirée dans sa chambre
pour protester contre ton départ mais elle en sortira. Nous avons des
différends, Glaucus, mais nous sommes réellement très proches."
"Ai-je
encore le temps de poser quelques questions avant que nous ne mettions la
voile?"
"Oui,
mais vraiment très peu. Le capitaine est presque prêt."
Le pont
bourdonnait de l’activité des hommes d’équipage préparant le navire pour ce
voyage non planifié.
Comme Julia
refermait, posément, la porte de la cabine pour plus d’intimité, Glaucus dit,
"Maxima
m’a mentionné que tu avais essayé d’entrer en contact avec mon père à l’école
de gladiateur."
Julia
acquiesça et la tristesse descendit sur elle pendant qu'elle se remémorait ses
tentatives restées vaines.
"Oui,
mais sans succès. Proximo considérait que j’étais une distraction et avait
ordonné aux gardes de me tenir éloignée."
Il y eut une
longue pause avant qu’elle n’ajoute,
"Je n’ai
plus jamais eu l’occasion de parler à ton père après son départ de la
villa."
Glaucus
étudiait son fin profil qui était mis en valeur par un rai de lumière provenant
de l’étroite fenêtre de la cabine et dans lequel de fines particules de
poussière voltigeaient
"Mais tu
lui as fait transmettre une lettre?"
Elle lui fit
face brutalement.
"Maxima
t’a raconté cela? Oui, je l’ai fait mais j’ignore si Maximus l’a reçue. J’ai
rencontré Proximo à une taverne près du Colisée et l’ai prié de prendre la
lettre."
"Puis-je
savoir...?"
"Ce qu’il
y avait dans la lettre?" Compléta Julia à sa place. "Je disais à
Maximus que je pensais que j’étais enceinte. J’espérais qu’une telle nouvelle
l’inciterait à vivre."
"Et
Proximo a pris la lettre?"
"Oui."
Julia se
dirigea vers la petite table qui se trouvait au milieu de la cabine et, tout se
croisant les bras sur la poitrine, s'y accota.
"C’était
un autre homme, Glaucus. Il n’était plus aussi bravache ni aussi assuré. Il
regardait, sans cesse, par-dessus son épaule et paraissait très nerveux. Son
attitude vis-à-vis de Maximus avait changé aussi. Il voyait ton père
différemment … comme un homme et non plus comme un esclave."
"Qu’est-ce
qui avait amené ce changement?"
" Je
l’ignore totalement mais j’y ai longuement réfléchi. Je pense qu’il fut pris,
volontairement ou non, dans l’intrigue politique qui se nouait autour de
Commode à cette époque. Il y eut des rumeurs de complots contre l’empereur et
certains sénateurs y étaient inclus ainsi que Lucilla. Malheureusement, Commode
commença à soupçonner que quelque chose se manigançait ... et cela peut avoir
entraîné directement la mort de ton père dans l'arène. En fait, Glaucus,
Maximus a donné sa vie pour Rome, comme il s’y était engagé en tant que soldat.
La mort de Commode, pour Maximus, évolua d'une vendetta très personnelle vers
un but beaucoup plus noble."
"Pourquoi
penses-tu que Lucilla... et mon père... puissent avoir été inclus dans un
complot contre Commode?"
"Parce
que les prétoriens se sont rapidement débarrassés d'elle après la mort de son
frère. Ils n'ont pas voulu qu’elle continue à intervenir politiquement. Elle
était puissante ... elle avait l'appui de quelques sénateurs. Je crois qu'elle
peut avoir enrôlé l'aide de Maximus via Proximo."
"Comment
es-tu au courant de cela?"
Julia sourit.
"J’ai mes
propres espions. Je n’étais pas autorisée à rencontrer Maximus mais il semble
que Lucilla ne souffrait pas des mêmes restrictions! L’avantage d’être la sœur
d’un empereur ! Elle a rendu visite à Maximus à l’école de gladiateur
apparemment au moins deux fois."
Glaucus fronça
les sourcils, entraîné par le poids de ses pensées.
"Mais en
quoi était-il capable de l’aider? Il était enchaîné ... il était un
esclave."
"Ton
père, en dépit de son statut d’esclave, était un homme très puissant. Il avait
le support total des armées, ne l’oublie pas, mais ces dernières pensaient
qu’il était mort. Si Maximus avait été libéré, il aurait disposé d'un support
militaire qui lui aurait permis de marcher sur Rome et de s’emparer du pouvoir
par la force."
Julia soupira
profondément, sa figure adorable envahie par la tristesse.
"Je n’en
suis pas sûre mais je pense qu’il peut y avoir eu une tentative
d’évasion."
De surprise,
les épaules de Glaucus se redressèrent.
"Une
évasion?"
"Oui.
Lucilla doit avoir organisé quelque chose. Je sais, de source sûre, qu’il y eut
un soulèvement à l’école de gladiateur la nuit qui a précédé le dernier combat
de ton père dans l’arène. De nombreux gladiateurs moururent ou furent blessés
mais ton père n’était pas parmi eux. Puis, il est apparu, le jour suivant,
gravement blessé et fut obligé de combattre Commode jusqu’à la mort. Je ne
comprends pas ce qui s’est passé cette nuit-là mais quelque chose a forcé
Commode à cet affrontement final."
"Je
souhaiterais pouvoir parler à Lucilla."
Julia secoua
tristement la tête.
"Elle est
morte, Glaucus."
"Oui, je
sais. C’est juste parce qu’elle doit avoir les réponses aux question qui me
restent. C’est terrible qu’une fille et un petit-fils d’un grand empereur comme
l’était Marc Aurèle puissent avoir été traités comme cela."
"Pour
autant que je le sache, son fils vit toujours. Il s’appelle Lucius Verus. Il
n’était qu’un enfant au moment des faits mais je suis sûre qu’il est en vie. En
fait, je crois que Septime Sévère lui a donné une place de gouverneur quelque
part dans l’empire, probablement en contrepartie de son support à sa prétention
d’être le fils adoptif de Marc Aurèle. Il est forcé de bien traiter Lucius, en
réalité, ou cela semblerait suspect."
"Tu
rappelles-tu où il pourrait être? Il se souvient peut-être de ce qui s’est
passé."
"Non, je
ne sais pas mais je peux, peut-être, le trouver. J’essaierai d'avoir la réponse
pour ton retour."
"Excuse-moi...
puis-je encore te demander une autre faveur?"
Julia sourit,
la tendresse qu'elle éprouvait pour le jeune homme faisait rayonner son visage.
"Bien
sûr."
"A Rome,
mon ami, Marius, sera très préoccupé quand il ne me verra pas revenir. Si je te
transmets son adresse, pourrais-tu le contacter, discrètement, pour lui
annoncer où je suis parti? Assures-le aussi que je reviendrai."
"D’accord,
je le ferai. Maintenant, il est temps, pour moi, de quitter le bateau et, pour
toi, de t’y installer. Bientôt, il sera remorqué vers la haute mer et, si les
vents sont favorables, tu seras à Alexandrie dans quelques semaines."
D’un geste
maternel, elle lui caressa sa joue barbue.
"Sois
prudent, Glaucus."
Peu après, les
câbles reliant le navire marchand à un plus petit bateau manœuvré par des
rameurs se tendirent et le navire marchand fut entraîné vers la haute mer.
Alors, les
voiles furent déployées et la course s’orienta vers le sud.
Glaucus était
appuyé contre la rambarde observant le phare d’Ostie disparaître, lentement, et
méditant sur les nouvelles richesses de sa vie. En vérité, il savait, à coup
sûr, maintenant qu'il ne rencontrerait jamais son père, mais il avait une soeur
... une soeur vraiment pleine d'entrain ... et une merveilleuse nouvelle
famille en Julia et Apollinarius.
Il offrit son
visage au vent du large toujours doux malgré la saison et le laissa rejeter de
sa figure les épaisses boucles de ses cheveux noir.
La vie était
une aventure et un nouveau chapitre était sur le point de commencer.
Chapitre
45 – L'expédition
Trois jours
plus tard, très tôt le matin, Glaucus fut éveillé par un chahut provenant du
pont. La voix irritée d'un homme se mélangeaient à celles amusées d'autres
hommes ... et aux cris offensés d'une femme.
"Oh
non," marmonna Glaucus. "Oh non."
Avec
appréhension, il passa la tête à
l'extérieur de sa petite tente et ses pires craintes furent confirmées. Maxima
était debout, là, sur le pont brumeux qui tanguait, solidement maintenue par le
capitaine qui lui braillait des injures.
Un petit
groupe de marins amusés mais appréciateurs entourait le couple en regardant,
d'un air béat, la jeune beauté en pantalon et tunique sales.
Glaucus rampa
pour sortir de la tente et se releva en faisant la grimace, son dos était,
comme d’habitude, raide de sa nuit sur le pont en bois humide du bateau.
Il jeta un
regard à Maxima qui le lui retourna en secouant la tête. Visiblement, elle
n’était pas intimidée par ces hommes.
"C’est
bon capitaine," dit-il conciliant. "C’est ma soeur. J’endosserai la
responsabilité de ses actions."
Maxima arracha
son bras de la poigne d’Aemilius.
"J’assumerai
les responsabilités de mes actions, merci
beaucoup!" Fulmina-t-elle en frottant la meurtrissure de son bras.
"Elle
était dans une des barriques, sûrement depuis des jours !" Cracha le
capitaine.
"Je
n’aime pas qu’il y ait des femmes à mon bord. Je n’aime vraiment pas. Ca
apporte le mauvais oeil. Elle a déjà renversé et brisé la plupart des amphores.
Il y a des tessons d’argile partout dans la cale."
La poigne de
Glaucus remplaça celle du capitaine et Maxima tressaillit sous la douleur
pendant qu’il s’exclamait
"A votre
place, je serais prudent sur ce que je dis sur cette femme-ci, Aemilius. Elle est l’enfant unique de la femme qui possède ce bateau."
Il relâcha sa
poigne, mais n’abandonna pas le bras.
"Je vous
conseillerais de la traiter avec le plus extrême respect."
Bien qu'il ait
regardé le capitaine, ses mots étaient à destination de tous les hommes et ils
eurent l'impact souhaité.
Les marins
baissaient les yeux vers le pont ou regardaient fixement vers le haut des
voiles, n’importe où pour éviter de regarder la jeune femme d’une manière qui
pourrait être interprétée comme offensante.
Ils avaient vu
l'épée que Glaucus possédait ... et ils ne tenaient pas beaucoup à perdre leur
emploi, non plus. Lentement, ils se dispersèrent pour retourner à leurs postes.
Glaucus se
tourna vers sa sœur qui se tenait, paisiblement, à ses côtés regardant, d’un
air suffisant, le capitaine qui reculait.
Il lui tira le
bras et siffla.
"Que
penses-tu être en train de faire, au nom de tous les dieux?"
"Je
pensais que c’était évident, Glaucus. Je viens avec toi."
"Je ne
peux prendre la responsabilité de tes …"
"Tu viens
juste de dire le contraire, je crois" sourit-elle, un adorable sourcil
relevé en signe de défi.
"Néanmoins,
je peux prendre soin de moi-même."
"Oh
vraiment?" Dit-il tout écumant de colère. "Que penses-tu qu’il se
serait passé si je n’avais pas été ici pour te protéger?"
"Lâches
mon bras."
"Réponds-moi."
Elle soupira
et répondit comme si elle était en train de s’adresser à un très jeune enfant.
"Si tu
n’étais pas ici, mon frère, je n’y serais pas non plus, n’est-ce pas?"
Elle lissa sa
tunique sale de sa main libre.
"En
réalité, je suis heureuse d’avoir été découverte. Les vapeurs de ce baril me
donnaient mal à la tête. Et c'était froid et étriqué. Ce sera beaucoup plus
agréable en haut ici sur le pont avec toi."
"Tu ne
peux pas rester."
Maxima regarda
la mer puis son frère.
"Où
proposes-tu que j’aille, hmmm?"
Glaucus
relâcha son bras écoeuré. Il savait qu’elle avait raison et qu’il était dans le
pétrin.
Où
pouvait-elle aller, en effet?
"Ta mère
va être malade d’inquiétude."
"Probablement,
mais elle le surmontera. J'ai laissé une lettre pour Apollinarius expliquant
que j'étais avec toi et que tu prendrais soin de moi."
Glaucus rejeta
sa tête en arrière, les mains posées sur son front.
"Ils
penseront que je t’ai aidé à projeter cela. Julia va me haïr!"
"Oh, ne
t'inquiètes pas. Je lui ai dit que tu n’étais au courant de rien. J'ai précisé
dans ma lettre que quitter la maison était entièrement ma décision."
Elle leva les
yeux vers les voiles qui, au-dessus d'eux, claquaient dans le vent.
"C'est si merveilleux. Toute ma vie j'ai
observé ces bateaux de ma terrasse et j’avais très envie d'être sur l’un
d'entre eux ... peu importait lequel, peu importait sa destination. Et
maintenant j’y suis."
Son rire
joyeux amena, finalement, un doux sourire sur le visage de son frère.
"Je suis
si heureuse, Glaucus. Je n'ai jamais rêvé
que je pourrais connaître une telle joie."
Elle étreignit
les épaules de son frère et lui rendit son sourire.
"Tu l'as fait
pour moi."
Glaucus lissa,
doucement, en arrière, les épaisses boucles noires qui tourbillonnaient autour
de la tête de sa soeur en un sauvage abandon.
"Nous
nous sommes apportés, l'un l'autre, beaucoup de bonheur. Mais, Maxima, cela va
être un voyage très difficile ... et probablement très dangereux. Si l'empereur
parvient à me rattraper, alors, il te trouvera aussi. Je crains pour ta
sécurité."
"Maximus
était, aussi, mon père. Si tu es en danger alors je le suis aussi. Je veux
partager ce périple avec toi. Je veux tout connaître de lui ... et de toi. Nous
avons beaucoup à rattraper, mon frère et c’est une merveilleuse occasion de le
faire ainsi, tu ne le penses pas ?"
Glaucus balaya
du regard le navire de la poupe à la proue
"Je
crains qu’il n’y ait peu de place pour que tu aies une vie privée."
Elle regarda
la tente.
Il soupira et inclina la tête, résigné.
"Je
dormirai sur le pont avec les marins."
"Merci.
Tu es gentil," dit-elle enjôleuse.
Il releva la
tête et la considéra.
"Comment
as-tu planifié de vivre pendant trois semaines dans un baril ?"
"Je n'y
étais pas la plupart du temps. Les marins étaient occupés et n'étaient pas
intéressés par la cargaison. J'ai apporté des aliments et de l'eau avec moi,
suffisamment pour deux semaines si je mangeais très peu."
Elle jeta un
coup d'oeil à sa tunique sale.
"Je
regrette vraiment l'impossibilité de pouvoir me baigner pendant si longtemps,
cependant"
"Tu
pourras te baigner quand nous nous arrêterons en Crète pour nous
réapprovisionner. De là, j’ai compris que nous naviguerions en droite ligne
vers Alexandrie."
Elle ferma les
yeux et eut un sourire rêveur.
"Alexandrie...
oh, Alexandrie, Glaucus. Alexandre... Cléopâtre... les pyramides. J’ai toujours
voulu voir Alexandrie."
"As-tu
toujours voulu monter à dos de chameau?"
"De
chameau?"
"Oui, à
travers le désert vers Petra. Cela n’a rien d’une excursion."
"Je
réalise cela. Mais je peux contempler toutes les choses qui se présenteront sur
le chemin, n’est-ce pas?"
Elle lui
offrit un sourire désarmant.
Le reste du
voyage fut calme et le temps fut agréable. La nuit, Maxima occupait la tente et
Glaucus s’enroulait dans une toile goudronnée sur le pont du navire. Ce n’était
pas très confortable mais il devait admettre que la compagnie de sa sœur lui
plaisait plus qu’il ne l’aurait pensé.
Elle était
intelligente, volontaire, pleine d’esprit et plus cultivée que lui.
Loin d'être
frivole, elle s'avéra être attentive et réfléchie.
Il se rendit
bientôt compte que sa personnalité apparemment épineuse était secondaire par
rapport à son humeur normalement accommodante et leur relation se transforma,
rapidement, en une amitié confortable. Ils se racontèrent les anecdotes de
leurs enfances respectives, leurs craintes secrètes, leurs désirs et leurs
rêves pour l'avenir.
Au moment où
ils découvrirent, au loin, la flamme de la tour de l’île de Pharos à
Alexandrie, il leur sembla qu’ils se connaissaient depuis des années.
Alexandrie
La ville
d’Alexandrie, qui était entourée du grand port circulaire, était dominée par le
phare le plus grand de l'empire, plus de cent mètres de haut, dont la flamme
visible jusqu’à 60 km alentours était agrandie par un grand miroir poli.
La ville
elle-même s’étendait le long du rivage sur l’étroite bande de terre située
entre la mer et le lac Maréotis et faisait face à l’île de Pharos.
Elle brillait
de palais colorés, de temples, de théâtres, de bibliothèques, de monuments et
de bâtiments publics.
De chaque côté
de la ville, des plages de sable blanc étincelaient, des marais étreignaient le
littoral et de gracieux palmiers se balançaient remués par les brises chaudes
et douces.
Cette ville,
qui était un centre culturel, intellectuel, scientifique et spirituel important
de l'empire, était stupéfiante.
À l'origine,
le village de Rhakotis avait été reconstruit sur les ordres d'Alexandre le
Grand par l'architecte grec Dinocrates de Rhodes.
Les rues de la
ville formaient des blocs droits et rectangulaires de forme régulière.
La rue
principale, la via Canopica, était orientée Est-Ouest et la Porte de la Lune
située dans le mur ouest à la Porte du Soleil perçant le mur Est.
La via Soma
courrait perpendiculairement à la via Canopica et joignait le Grand Port au
Port du lac.
A l’extrémité
occidentale du Grand Port, un canal permettait aux bateaux de naviguer vers le
lac Maréotis tandis qu’à son extrémité orientale, un autre canal se connectait
avec celui qui rejoignait la grande Rivière du Nil. Un plan simple ... mais
d’une beauté incroyable.
Alexandre
était mort sans laisser d’héritier et la lutte pour sa succession parmi ses
généraux vit Ptolémée affermir sa position en Egypte avec Alexandrie comme
capitale où il y établit une dynastie qui dura plus de trois cents ans.
Vers la fin de
cette dynastie, cependant, des dissensions familiales permirent à l'influence
romaine de s'immiscer dans cette ville sur laquelle l'empire comptait tant pour
ses provisions de blé.
Le dernier des
Ptolémées, la Reine Cléopâtre, essaya, hardiment, de sauver son trône et sa
ville en ayant, d’abord, un enfant avec Jules César puis en s'engageant avec
Marc Antoine dans une affaire, totalement, vouée à l'échec qui vit la reine
égyptienne perdre la bataille décisive d'Actium en Adriatique.
Après sa mort,
la ville tomba sous la coupe de l'empire romain qui fit main basse sur le
contrôle de la richesse agricole du Nil.
Maxima raconta
tout cela à Glaucus pendant qu’ils flânaient dans les rues de la ville
bras-dessus bras-dessous, visitant les sites comme les autres touristes
romains.
Ils avaient
pris des chambres, s’étaient baignés, s’étaient changés et, maintenant, Maxima
voulait voir tout.
Bien qu'il
connaisse beaucoup sur l’histoire de la ville, Glaucus était étonné de
l’étendue des connaissances de sa soeur et reconnaissait qu'Apollinarius
l’avait convenablement instruite.
Elle était
d’une merveilleuse compagnie, cette belle jeune femme cultivée et pleine
d'entrain qui s’enchantait de tout ce qu'elle voyait.
Maxima jeta un
regard oblique à son frère.
"Les
Egyptiens pouvaient épouser les membres de leur famille. Savais-tu cela ?
Ptolémée le Deuxième, qui était appelé le Philadelphe, épousa sa soeur Arsinoé.
Ptolémée le Troisième, surnommé Evergetes, épousa sa cousine Bérénice. Cela n'a
pas impressionné les Grecs, crois-moi."
"C’est tout à fait incestueux."
"On le
considère, certainement, ainsi de nos jours mais c'était une façon de garder le
pouvoir dans la famille."
La tête de
Maxima pivota de gauche à droite.
"Regardes
tous ces gens, Glaucus. Ils semblent, tous, si différents, il y a tellement de
couleurs de peau différentes. Je me demande d'où ils viennent tous ?"
"De tout
l'empire et de l'Est, j’imagine. Rome est un peu comme ça aussi. Des gens de
partout." "Quand j'étais à Rome, ma mère prenait garde de ne pas me
laisser voir trop de la ville. Je ne comprenais pas pourquoi auparavant mais,
maintenant, je suppose que je le sais. Elle se préoccupait de ma sécurité, elle
s’inquiétait que l'empereur ne me découvre. C’est si merveilleux d'être dans un
endroit qui est si éloigné de Rome et d’Ostie."
Elle
sautillait sur les pavés regardant de tous côtés comme un enfant lors de sa
première sortie.
"Nous
pouvons rester pendant un jour ou deux, n'est-ce pas ?" Demanda-t-elle.
"Bien
sûr," Dit Glaucus en se
laissant fléchir. Il avait déjà attendu si longtemps pour trouver Marcianus,
quelle différence pourrait faire un jour ou deux en plus ?
Ainsi, ils se
comportèrent comme des touristes et rejoignirent un groupe de Romains qui se
dirigeait vers l'île de Pharos et vers le grand phare.
Pharos n'était
plus une île car elle était reliée au continent par un brise-lames, l’Heptastade, et la
promenade était facile.
La structure
n’avait pas d’équivalence dans tout l’empire. Sa base était carrée, au deux
tiers du sommet, elle devenait octogonale puis circulaire. Au sommet, au-dessus
de la flamme, il y avait une statue de Zeus Soter qui tournait en suivant le
soleil.
La base
puissante du phare était entourée d’une colonnade en marbre et, à côté, se
trouvait le gracieux temple d'Isis Pharia.
Il faisait
frais dans l'île car les premiers vents d'hiver balayaient la terre d’embruns
salés. Le fret s'était arrêté pour la saison et le phare faisait la sentinelle
pour une mer dont les eaux aigue-marine étaient vides de navires et de bateaux
car ceux-ci préféraient rester amarrer dans le port afin d’éviter tous risques.
Au-delà du
port, et directement, au-delà de l'île de Pharos, se tenait l'immense palais
royal, magnifique avec ses éblouissants bâtiments aux colonnades blanches et sa
profusion de fleurs épanouies.
Le gardien du
phare accueillait volontiers les visiteurs car il avait moins à faire pendant
les courts mois d'hiver.
Son travail
principal, bien sûr, était d’entretenir la flamme et il leur montra l’imposante
masse de combustible qui occupait une pièce entière à la base du phare.
"Du bois,
des excréments, du papier, du charbon de bois, tout ce qui peut brûler."
Expliqua-t-il.
"Nous
stockons tout le combustible, ici, puis il est hissé vers le sommet dans ces
paniers."
Il indiqua des
cordes pendantes qui semblaient disparaître dans les cieux.
L’esprit
aventureux, le jeune couple se dirigea vers l'escalier qui entourait le
périmètre de la structure.
Maxima regarda
Glaucus d’un œil pétillant.
"On fait
la course ?" Le défia-t-elle.
Glaucus lui
saisit la main et la retint car elle semblait prête à s’encourir.
"En
aucune façon. C'est une longue montée et je préfère marcher."
"Tu as
juste peur que je te batte" Le taquina-t-elle.
Mais ce fut
lui qui dut prendre la main de sa soeur et la tirer sur le dernier tronçon de
l’escalier quand elle se plaignit qu’elle ne parviendrait pas au sommet.
Elle
s'effondra sur la dernière marche, haletante, et chercha à retrouver son
souffle tout en frottant ses jambes douloureuses.
Quand,
finalement, elle se releva, elle se trouva face à l'énorme flamme ronflante qui
semblait aspirer l'air du ciel.
Maxima
maîtrisa ses cheveux flottants, les emprisonna avec un ruban et les dissimula
dans sa stola de peur qu’ils ne s’enflamment.
Un esclave,
vêtu de cuir humide, alimentait le feu et tournait le miroir en bronze poli.
Alors,
seulement, Maxima remarqua que le maître du phare était aussi vêtu de cuir et
portait, maintenant, en plus un casque en cuir.
Assourdie par
le bruit, elle se couvrit les oreilles et rejoignit Glaucus qui, appuyé contre
la rambarde, admirait la ville qui se trouvait très loin au-dessous d’eux.
Les bateaux,
dans le port, ressemblaient à de simples jouets comme ceux avec lesquels, elle
avait l'habitude de naviguer sur l'étang à poissons de la villa.
La forme
circulaire du port était clairement visible comme le Lac Maréotis et les canaux
qui sillonnaient la ville.
Glaucus
approcha sa bouche de l’oreille de sa sœur et lui cria tout en indiquant une
direction du doigt.
"Regardes
les bateaux sur le lac. C’est le chemin le plus rapide pour rejoindre le Nil.
Après cela, nous irons à dos de chameaux."
Maxima
acquiesça simplement, craignant que sa réponse ne soit pas perçue à cause du
ronronnement du feu.
"Il
commence à faire trop chaud!" Cria Glaucus à Maxima qui approuva. Il lui
prit la main et ils entamèrent la longue descente pour rejoindre le pied du
phare.
A l'arrivée, elle s'effondra le long de la colonnade et pria son frère
d'attendre qu'elle récupère son souffle.
"Je ne
suis pas une athlète comme toi tu sembles l’être !" Déclara-t-elle.
"Je parierais, volontiers, que tu serais capable de gravir et descendre
ces escaliers une douzaine fois."
"Ce
serait dur mais je dois admettre que je ne suis pas trop fatigué. Je pratique
de nombreux sports depuis mon enfance, rappelle-toi, et, donc, gravir ces
escaliers ne me dérangent pas."
"J’ai
bien l’impression qu’ils n’auraient pas dérangé Maximus non plus !"
Dit-elle en se laissant aller contre le dossier d’un banc en marbre.
Un homme, assis sur un banc proche, à l’ombre, sursauta à la
mention de ce nom familier.
Probablement
pas. Peux-tu imaginer tous les déplacements qu’il fit comme soldat, à travers
tout l’empire."
"Penses-tu
qu’il soit venu ici ?"
"C’est
peu probable mais qui sait. Je pense qu’il a, principalement, été stationné
dans le Nord. Rome peut avoir été le point le plus méridional de ses
voyages."
L'homme, à l’ombre, regardait fixement le jeune couple
par-dessous ses sourcils froncés, une expression moqueuse sur son
visage sombre.
"C'est
une honte... il est mort si jeune. Quel âge aurait-il, maintenant, s’il était
toujours en vie?"
"Dans la
cinquantaine c’est à dire assez âgé."
"Ce n’est
pas si vieux. Apollinarius a bien dix ans de plus."
"Je
suppose mais je ne peux imaginer Maximus autrement que comme un jeune
général."
L’homme se redressait, maintenant. Il était à moitié debout
quand il se rattrapa et se laissa reglisser sur le banc.
Il devait, à sa bonne mémoire et à son attention pour les
détails, d’être, sans doute, le seul prétorien à Alexandrie à se rappeler la
lettre de l'empereur qui était arrivée, il y a des mois ordonnant à tous les
prétoriens de l'empire de rechercher le fils de Maximus Decimus Meridius et
d’annoncer, immédiatement, à Rome sa présence si elle était soupçonnée.
Les soldats avaient baillé à la lecture du rapport quand
celui-ci avait été lu, pourquoi devraient-ils s’attendre à ce que l'homme
apparaisse en Egypte ? Mais, lui, avait soigneusement classé l'information
dans sa tête.
Comme ses yeux détaillaient le jeune homme assis sur le banc
voisin, il se remémorait la description qui en avait été faite : un peu plus de
vingt ans, barbu, les cheveux châtains clairs, longs, grand, bien constitué.
Espagnol. Ce fut l’élément décisif. Cet homme avait un évident accent espagnol.
Il ne se rappelait pas que l’on avait mentionné une femme
mais elle pouvait l'avoir rejoint n'importe où. Il attendrait jusqu'à ce que le
couple parte avant d’aller trouver le capitaine des prétoriens à Alexandrie
pour lui faire son rapport.
Maxima se pencha et posa son menton dans la paume de ses mains.
"Sais-tu
comment je l’imagine?"
Glaucus secoua
la tête.
"Comme un
père."
Glaucus
détourna la tête puis sourit, doucement, et acquiesça.
"Comme un
père. Viens ... il y a encore beaucoup à voir et il est encore tôt."
Le tombeau
d'Alexandre se trouvait à l'intersection de la Via Soma et de la Via Canopica.
C'était un endroit sacré et les visiteurs, empreints de piété, descendaient
dans une cavité sombre éclairée par des flambeaux à la lumière vacillante.
Au centre,
protégé par un épais dôme de cristal, se trouvait le corps momifié d'Alexandre
portant une armure d'or.
Maxima fixa le
corps. Elle avait le visage pâle et ses yeux s’étaient arrondis devant cette
vision. Glaucus, délicatement, prit sa main et elle lui étreignit les doigts en
signe de remerciement.
Après quelques
moments, il sentit sa sœur frissonner et ils quittèrent le tombeau.
Maxima était
très calme pendant qu’ils longeaient les belles et larges colonnades de la Via
Soma.
"A quoi
penses-tu ?" Demanda paisiblement Glaucus.
" A
Maximus."
Elle s'arrêta
et regarda son frère.
"Nous ne
savons pas ce qui est arrivé à son corps, n'est-ce pas ?"
Glaucus secoua
la tête.
" Non ...
mais rien comme ceci."
"Comment
peux-tu le savoir ? Des choses épouvantables peuvent être arrivées à son corps.
Nous n’en savons rien."
"Non,
nous n’en savons rien. C'est une des nombreuses choses qu’il nous reste
toujours à découvrir."
"Je
trouve cela horrible, cette présentation du corps d'Alexandre comme ça.
Monstrueux. Il était si jeune et si beau quand il est mort et regarde à quoi il
ressemble maintenant."
Glaucus,
espérant soulager la détresse de sa soeur dit
"La
bibliothèque n'est pas trop loin. Pourquoi ne pas y aller ?"
Elle se
redressa immédiatement.
" Ce
n'est pas la bibliothèque originale, tu sais Car elle a brûlé complètement
entraînant la perte de livres irremplaçables. Les volumes de la bibliothèque
actuelle sont des cadeaux faits à Cléopâtre par son amant Marc Antoine après
son raid sur la bibliothèque de Pergame en Asie mineure. Elle était si
contrariée, vois-tu, suite à la perte de sa bibliothèque... "
Glaucus
étouffa un sourire. Sa soeur était, de nouveau, heureuse, montrant sa
connaissance de l'histoire, connaissance due à la bienveillance d'Apollinarius.
En soirée ils
dînèrent paisiblement avant de se retirer dans leurs chambres pour la nuit.
Glaucus tenait
beaucoup à se mettre en route de bonne heure pour son voyage vers Petra