Chapitre 21 – Le jardin    180 A.D.

 

Maximus détourna la tête et grimaça quand le forgeron balança son marteau vers son poignet.

Clang! Le fer tenait toujours !

"Encore une fois," dit le forgeron et Julia se masqua les yeux, à nouveau.

Clang! Le lien était rompu. L'autre suivit bientôt.

 

Maximus remercia d'une inclinaison de tête tout en enlevant les lourds bracelets en fer. Il les détestait. Ils étaient un rappel froid, lourd et tangible de la perte de sa liberté. Il les laissa tomber sur le sol puis les envoya balader d'un coup de pied.

Julia l'aida à dérouler les bandes en cuir qui entouraient ses poignets puis doucement massa les marques qu'elles avaient laissées sur sa peau. Elle, aussi, tenait beaucoup à effacer tous les signes physiques de son esclavage.

"Un bain t'attend ainsi que des vêtements propres," sourit-elle, "puis nous pourrons manger le petit déjeuner." 

 

 Comme ils revenaient vers la maison Maximus dit,

"Nous semblons mélanger les heures. J'ai l'impression que nous nous approchons du crépuscule, et non du temps du petit déjeuner."

"Eh bien, tu as tellement bu que tu as dormi tout le jour" Taquina Julia. Elle avait aimé chaque minute des heures qu'elle avait passées avec sa tête reposant tranquillement sur sa poitrine.

 

Maximus regardait la maison dans son entièreté pendant qu'ils marchaient le long de la colonnade du bassin miroitant aux fontaines dansantes, leurs reflets ondulants les suivant.

Maximus s'arrêta et regarda fixement, dans l'eau, le reflet de l'homme musclé dans sa tunique bleue et son armure en cuir noir et celui de la femme mince dans sa tunique de soie blanche. Ils n'étaient que contraste.

 

Il n'avait plus vu sa propre image depuis la Germanie et il était stupéfié de voir qu'il ressemblait toujours au Général Maximus. Peut-être Julia avait-elle raison, peut-être qu'il n'avait pas autant changé après tout. 

 

Julia passa son bras sous le sien et regarda son reflet, aussi.

"Tu es très beau," Musa-t-elle. "L'armure te va bien. Il est évident que les gens qui suivent les jeux le pensent aussi. Ton nom est griffonné sur les murs de l'amphithéâtre avec des suggestions de ce qu'ils voudraient faire avec toi et des poupées d'étain à ton image sont vendues à l'extérieur du bâtiment - des poupées vraiment très viriles. Pendant les jeux, les vendeurs proposent même des plateaux peints avec ton image et ils tombent très vite à court de marchandise, dès le matin, le jour où j'étais là."

 

"Je suis bon pour les affaires," Murmura Maximus, son humeur s'assombrissant. Julia tira sur son bras et le dirigea vers les jardins espérant garder une ambiance aussi légère que possible étant donné les circonstances actuelles.

 

"Tu aimes les jardins, Maximus ?" 

"Cet endroit est un véritable enchantement. Je n'ai jamais rien vu de tel."

Julia fut heureuse du compliment.

"Mon mari m'a laissé les concevoir – avec l'aide d'architectes, bien sûr. J'aurais aimé quelque chose de moins démonstratif mais il a insisté sur leurs tailles et leurs somptuosités. Il emmenait des clients, ici, et voulait les impressionner."

"Son affaire de bateau doit avoir été prospère."

"Oui, et, maintenant, c'est la mienne."

"Tu la gères ?"

"Oui", Julia jette un regard oblique à Maximus.

"Tu es étonné?"

"Non," dit-il honnêtement car rien de ce que pouvait faire cette femme ne l'étonnait.

 

"A quoi passes-tu ton temps - celui que tu ne consacres pas à essayer de sauver des esclaves ingrats - maintenant que tu es seule en ce vaste domaine?"

Julia sourit de la référence à leur conversation de la veille au soir mais elle redevint vite sérieuse.

"J'ai beaucoup lu. Je n'ai jamais eu d'éducation, Maximus, mais Apollinarius m'a enseignée et j'ai découvert que je souhaitais ardemment en savoir davantage. Et, aussi, je joue avec mes chats et me promène dans les jardins, bien que ce soit beaucoup plus plaisant d'y flâner avec toi. J'ai aussi un appartement très agréable à Rome." 

 

"Tu devrais te remarier. Avoir des enfants."

"Oh Maximus, tu essaies toujours de prendre soin de ceux qui t'entourent."

Julia guida Maximus vers un banc de marbre veiné, s'y assit et l'attira près d'elle.

"Je préfère rester seule que de faire un autre mariage sans amour."

"Tu pourrais trouver quelqu'un à aimer si tu ne te cachais pas ici. Va à Rome …" "Maximus, rappelle-toi que je t'ai dit hier soir que je ne voulais plus me donner à un homme que je n'aime pas. J'ai eu mon compte de cela! Si j'entreprends une relation elle sera basée sur l'amour ... ou je resterai toute seule."

 

Maximus posa ses avant-bras sur ses genoux et regarda fixement la rose qui poussée par une légère brise, effleurait doucement sa peau.

 

Julia bougea légèrement avant de dire avec hésitation.

"Hier dans la nuit ... je ne voulais pas révéler de cette manière mes sentiments pour toi. Je suis vraiment embarrassée de ce que j'ai fait. Mais ... c'est peut-être mieux que tu saches ce que je ressens. Je n'ai jamais pensé que je parcourrais ces sentiers avec toi-même si j'en ai souvent rêvé. C'est étonnant pour moi, de t'avoir ici ... même si c'est pour peu de temps." 

 

Maximus semblait captivé par la rose rouge couleur de sang. Il tendit la main vers elle et Julia observa ses grands doigts robustes caresser avec tendrement les pétales de velours.

 

"L'amour est la chose la plus importante qu'il y ait," chuchota-t-elle.

Il ne la regarda pas.

"Il n'y a aucun avenir pour nous, Julia." Elle tressaillit légèrement à son ton sans appel.

"Je le sais. Tu as clairement dévoilé quel serait ton avenir."

"Même si j'étais libre, nous ne pourrions pas nous marier. Un homme de ma position ne peut pas légalement épouser une femme libre."

Julia rit.

"Maximus, tu n'es d'aucune classe maintenant. Si tu es libéré, tu seras un homme libre, libre comme moi."

"Peut-être".

"Pourquoi 'peut-être' ?" Maximus plaça la paume de sa main sur le dossier du banc, derrière Julia, puis s'y appuya, infléchissant son corps légèrement vers elle.

Son bras caressa le dos de Julia et elle se sentit envahie par une vive chaleur.

Ses cheveux flottaient libres et, soulevés par la brise chaude, effleuraient le bras de Maximus.

 

Sa voix calme se fit profonde.

"Je sais que tu penses que je vis seulement pour venger les morts de ma famille, mais il y a beaucoup plus que cela." 

 

Son visage était très près du sien. Il continua.

"Tu sais que Commode a une sœur."

"Lucilla ... oui."

"Bien, elle a un fils nommé Lucius. Lui et mon fils sont ... étaient ... du même âge. Lucius est l'héritier du trône après Commode."

Maximus sourit légèrement.

"Il est très jeune ... si ... innocent et il vit sous le nez de son oncle. Je sais déjà combien Commode est impitoyable et qu'il n'épargnerait pas même un enfant. Si Commode se sent menacé d'une façon ou d'une autre, je crains qu'il ne fasse du mal à Lucius."

 

"Pourquoi supposes-tu cela ?"

"Sa mère me l'a dit." Julia sursauta.

"Tu as parlé à Lucilla ? Depuis ton arrivée à Rome ?"

"Oui. Elle m'a rendu visite à l'école de gladiateur, une nuit."

Julia se sentit envahie par une vague de jalousie, si puissante qu'elle en devenait presque palpable.

"Pourquoi a-t-elle fait cela?" 

 

"Lucilla et moi, nous connaissons depuis longtemps. Elle était en Germanie avec son frère quand l'empereur ... est mort. Elle savait que son frère avait ordonné mon exécution et elle fut choquée de me revoir comme gladiateur au Colisée. Elle est venue me voir pour me confier ses soucis."

"Pourquoi ? Comment pourrais-tu l'aider?"

"Elle sait que je planifie de tuer Commode. Je n'en ai pas fait vraiment un secret. Elle m'a juste donné une autre raison de le faire... pour protéger son fils ... le petit-fils de mon empereur, Marc Aurèle."

 

"Elle complote contre son propre frère?"

"Sshhh. Julia."

Il jeta un rapide coup d'œil aux alentours pour s'assurer qu'ils étaient bien seuls.

"Je sais que je peux te faire confiance parce que j'ai mis ma vie entre tes mains en Mésie et que tu ne m'as pas laissé tomber. Cette information doit rester secrète." 

"Bien sûr," répondit-elle sincère, ravie qu'il se confie si facilement à elle.

"Je veux juste que tu comprennes que, si j'ai refusé ton offre, ce sont d'autres raisons que mon seul besoin de venger ma femme et fils qui m'y ont poussé. C'est compliqué, comme je l'ai déjà dit."

 

Après un long moment, Julia trouva le courage de demander,

"Tu te soucies de Lucilla ?"

"Oui ... je me soucie d'elle." Julia déglutit péniblement.

"Tu l'aimes ?"

"Non, je ne l'aime pas. Du moins ... pas de cette façon."

"Tu m'as dit que tu l'avais connue, il y a longtemps. L'as-tu aimée alors ?" Maximus  sourit à cette batterie de questions et chassa une boucle de cheveux qui s'était enroulée autour de la gorge de Julia.

" Il y a très, très long longtemps. Depuis lors nous avons mené des vies tout à fait différentes ... et tous les deux nous nous sommes mariés et avons eu un enfant." Julia contemplait ses mains.

"Parfois le vieil amour peut renaître." Maximus secoua sa tête.

 

Julia se tourna pour lui faire face, ses yeux sérieux regardant droit dans les siens.

"Maximus, tu n'as pas peur de mourir ?" 

Il soupira.

"J'ai vécu avec la mort pratiquement toute ma vie. Je voyais ma propre mort et celle de mes soldats, lors de chaque bataille. Je fais face à la mort, chaque jour, maintenant, dans l'arène. Non, je n'ai peur de mourir. En plus, ma femme et mon fils attendent que je les rejoigne."

 

Julia se pressa contre lui mais aucune intimité n'était  possible avec l'armure en cuir. "Je ne peux pas croire que ta femme voudrait que tu meures, Maximus. Elle t'aimait. Elle voudrait que tu vives une vie longue, heureuse et non que tu te précipites la rejoindre pour n'importe quelle raison."

"Julia-"

Elle saisit son menton barbu et tourna son visage vers elle.

"Non .. écoutes-moi. Une femme qui aime un homme renoncerait à tout pour lui ... sacrifierait tout pour son bonheur. Olivia ne te surveille pas et ne t'en veut pas des parcelles de bonheur dont tu profiterais les jours qui te restent à vivre. Elle aurait voulu que tu acceptes mon offre de liberté ... pour vivre une vie longue et heureuse même sans elle. Pour retrouver l'amour. Elle sera toujours là pour toi ... dans dix, vingt ans."

 

Julia renifla et refoula les larmes qui menaçaient de couler.

"Il ne s'agit pas de ce que ma femme voudrait mais de ce que je veux."

En colère, Julia essuya violemment les larmes qui coulaient de ses yeux.

"Tu es un égoïste. Tu ne penses pas à ceux qui, ici, t'aiment et veulent que tu vives. Tu penses seulement à toi." 

 

Maximus, doucement, essuya ses larmes avec son pouce.

"Julia, si je pouvais trouver la solution pour accomplir ce que je dois et rester en vie ensuite ... je la choisirais. Je sais qu'Olivia et Marcus m'attendront le temps qui me reste à vivre."

"Mais je t'ai offert une solution et tu ne l'as pas acceptée."

"Il y a des bonnes raisons pour cela."

"Je sais, je sais... Juba. Tu ne penses pas que Juba sacrifierait volontiers sa vie pour ta liberté?"

"Peut-être. Mais ce n'est pas mon choix. Et je ne sacrifierai pas ta vie pour ma liberté."

Effrayée, Julia s'assit.

"Quoi ? De quoi que parles-tu?" Maximus regarda la cime des arbres.

 

"La ville près d'ici c'est Ostie, n'est-ce pas ? Il y a une armée à Ostie?"

Les yeux de Julia s'agrandirent.

"Oui. Oui." Une lueur d'espoir apparut dans ses yeux.

"Tu pourrais …" Maximus posa un doigt sur ses lèvres pour endiguer son excitation.

"Je pourrais m'approcher de cette légion et la trouver, plus que probablement, sous le contrôle d'un général fidèle à Commode. S'il me reconnaissait, je serais abattu immédiatement et s'il ne me reconnaissait pas, alors, il me retiendrait jusqu'à ce que mon identité soit révélée. Dans l'un ou l'autre cas, je serais mort et Commode toujours vivant." 

"Mais, et s'il y a des hommes que tu connais et qui soutiennent ta cause ?"

"C'est peu probable parce que mes armées sont au Nord. Mais, même si c'était une des légions Felix, je ne pourrais toujours pas partir d'ici, Julia."

"Mais, tu pourrais aller les voir et revenir ensuite ici. J'irai avec toi. Tu pourrais faire des projets …"

"Non." Julia ferma les yeux et secoua sa tête par frustration.

"Maximus, pourquoi non ? Cela n'a pas de sens. Tu es un commandant d'armée et il y a une armée tout près."

"Non, je n'en suis plus un. Julia, tu ne sais à quel point Commode est un homme rancunier. Tu ne sais pas ce qu'il est capable de faire."

 

Julia resta silencieuse un moment avant de demander,

"A qui ?"

"À quiconque contrarie ses plans ... à quiconque me vient en aide."

"Tu veux dire moi."

"Oui."

Julia se saisit des avant-bras de Maximus et le secoua légèrement dans sa frustration.

"Maximus, tu ne comprends pas ? Je désire prendre ce risque."

"Moi pas."

 "Maximus ...," implora-t-elle.

"Julia, combien de fois as-tu été à l'amphithéâtre pour voir les jeux ?"

"Maximus, ne changes pas de sujet."

"Réponds-moi simplement."

"Seulement une fois. Pour te voir."

"Es-tu restée toute la journée ?"

"Non, je ne suis restée à l'extérieur jusqu'à ce que j'entende la foule scander ton nom."

"Alors, tu n'as aucune idée des atrocités qui se passent là."

"Je ... j'en ai une certaine idée."

 

Maximus secoua sa tête.

"Les gladiateurs comme moi combattent en fin d'après-midi. Des gladiateurs, particulièrement habiles, se battent à un contre un. Mais, plus tôt dans la journée, l'arène est remplie de paires de gladiateurs - des douzaines d'hommes en même temps - qui sont lancés les uns contre les autres et contre des animaux sauvages qui sont entraînés à tuer des hommes. La plupart des animaux ne tuent pas spontanément les gens, tu sais, même s'ils sont affamés. Ils doivent être entraînés pour tuer cela. Le carnage est épouvantable."

"C'est quelque chose que je ne veux jamais voir."

Julia se demandait quel était le lien avec l'aide qu'elle voulait lui apporter pour son évasion. 

 

"Et c'est loin d'être le pire." Maximus parlait bas contemplant le crépuscule.

"Le matin, les représentations sont particulièrement terrifiantes. C'est quand les hommes condamnés sont liés et jetés aux animaux sans avoir la possibilité de se défendre. Les femmes et les enfants, de cultes religieux ou prisonniers de guerre subissent le même sort. Ils sont déchirés en morceaux alors qu'ils sont vivants."

 

 Il s'éclaircit la gorge.

"Et j'ai vu pire. La semaine dernière, nous avons été emmenés à l'arène, tôt, pour quelque raison et laissés dans des cellules pratiquement toute la journée. On donne les meilleures cellules aux gladiateurs les plus valeureux - juste un peu en dessous du niveau du sol - ainsi nous pouvons voir dans l'arène et entendre tout ce qui s'y passe."

 

Il inspira profondément.

"Les jeux sont offerts par des fonctionnaires espérant être réélus et ils savent que celui qui propose la meilleure représentation a les meilleures chances de l'être.

Par ' meilleure représentation ', je veux dire la plus sanglante et la plus dépravée. Beaucoup de ces spectacles dépasse la limite de la 'simple' brutalité pour proposer des représentations basées sur la de perversion sexuelle."

Il arrêta de parler et fixa les étoiles qui commençaient à apparaître. Julia lui donna le temps de rassembler ses pensées avant de le presser à continuer sachant qu'il avait besoin d'en parler.

"Continues, il est assez difficile de me choquer, tu sais." 

 

Il se frotta la face de ses mains avant de continuer.

"Sais-tu que les spectateurs pique-niquent pendant qu'ils observent ces choses? Ils mangent tranquillement pendant que des gens comme eux sont détruits devant leurs yeux. Ils sont complètement insensibles aux actes les plus barbares."

 

Son cou se tassa, sa voix était maintenant presque inaudible.

"Ils ont poussé une femme dans l'arène. Une belle femme. Elle était nue et fut fixée, le visage en bas, sur un chariot doré aux décorations complexes qui ressemblait à un autel. C'était comme une offrande humaine aux  dieux. Après avoir poussé le chariot tout autour de l'arène afin que chacun puisse la voir correctement, ils l'ont couverte de peaux d'animaux. Alors, un homme est entré dans l'arène avec un animal qu'il avait évidemment particulièrement dressé ... et l'animal a violé la femme."

 

Julia eut le souffle coupé, ses ongles creusant des sillons sur le bras de Maximus.

"Je ne te dirai pas quel genre d'animal c'était … je n'aurais pas cru cela possible. Ses cris perçants étaient épouvantables. Inutile de dire qu'elle fut gravement blessée et qu'elle saignait abondamment. Des animaux sauvages ont alors été lâchés pour la terminer. La foule a adoré."

 

Un sanglot échappa à Julia et Maximus la prit dans ses bras. Ses larmes inondaient le cuir noir.

"Et Il y a plus, "chuchota-t-il.

" Je ne veux pas l'entendre, " pleura-t-elle, la tête enfouie contre son épaule, ses paroles assourdies. 

 "Tu dois l'entendre."

Il attendit que ses pleurs diminuent.

"Une file de chariots entra, chacun portant une femme nue. Quand elles furent déchirées et étripées, mais toujours vivantes, les animaux ont été envoyés pour les terminer. Et ce n'est pas le pire que j'ai vu. Le pire impliquait environ une douzaine de jeunes filles blondes – certaines avaient l'air de ne pas avoir 10 ans - probablement des Germaines. Je suis peut-être même responsable de leur présence là. C'étaient des prises de guerre."

Maximus frissonna et chuchota,

"Je ne peux te raconter ce qui leur est arrivé."

Maximus doucement frotta le dos de Julia qui était serrée contre lui, inerte.

 

"Comprends-tu maintenant," demanda-t-il d'une voix incertaine,"pourquoi je ne veux pas t'impliquer dans un complot pour me libérer ? Tu pourrais terminer dans cette arène comme divertissement pour la foule. Je ne veux pas vivre avec cela."

Elle inclina la tête contre son épaule et renifla.

Ils restèrent ainsi très très longtemps se consolant mutuellement, se réconfortant l'un l'autre.

Finalement, Julia se redressa et prit le visage de Maximus entre ses mains.

"Je suis désolé d'avoir dit que tu étais égoïste."

Il sourit et lui embrassa le bout des doigts.

"Tout va bien." 

 

"La nuit dernière, tu as dit que tu étais responsable de la mort de ta famille et que tu méritais de mourir. Maximus ... qu'est-ce qui leur est arrivé ?"

Elle le sentit se contracter.

"Je préférerais ne pas en parler ce soir."

 

Elle posa ses mains sur les épaules de Maximus et étudia son visage tiré.

"Je comprends," dit-elle comme elle se torturait les méninges pour alléger l'atmosphère pesante qui les environnait.

L'estomac de Maximus gronda en réponse.

"Oh, j'ai oublié que tu n'avais pas mangé depuis si longtemps. Tu dois être affamé." Maximus se frotta l'estomac.

"En réalité, Je le suis."

 

Julia se leva et le prit par la main.

"Viens, le repas nous attend dans mon appartement. C'est probablement froid maintenant."

Maximus plaisanta.

"Ce n'est probablement plus là du tout. Tes chats l'ont sans doute, à nouveau, dévoré! Les chats les mieux nourris que j'ai jamais vu!"

Julia rit.

"Non, j'ai ordonné aux domestiques de le couvrir cette fois."

 

Son bras glissa autour de la taille de Maximus et ce dernier la prit par les épaules. Attiré par le rire de Julia, Apollinarius jeta un coup d'œil de la terrasse de sa chambre et vit le couple émerger du jardin et s'approcher des portes de l'atrium ... et il sourit. 

 

Chapitre 22 - Rome

 

La route semblait symboliser la puissance et la force de l'empire romain – droite et forte, elle traçait son chemin, à travers les collines et les rochers et franchissait les rivières sauvages, vers la capitale de l'empire.

Glaucus pressa Ultor à un petit galop et prenait plaisir à voir les autres voyageurs esquiver le puissant étalon, lui ainsi cédant le passage sur la Via Flaminia, la principale route reliant le Nord de l'empire à Rome. Son dos était aussi droit que la route l'était, sa volonté aussi dure que les pierres sous les sabots de son cheval.

 

Glaucus avait perdu tout intérêt depuis des jours pour les prétoriens qui le pistaient car il était totalement concentré maintenant sur sa tache. Il eut l'estomac serré par l'excitation lorsque les gracieuses arches du pont Milvius qui enjambaient le Tibre au Nord de la cité se dévoilèrent à sa vue. Il arrêta Ultor sur le pont et regarda un long moment les reflets des rayons du soleil couchant miroiter sur les friselis de la surface de l'eau puis il releva les yeux et regarda la boucle nonchalante de la rivière qui enserrait une colline, au loin, sur les pentes de laquelle d'élégantes villas peintes en blanc étaient bâties parmi les oliviers et les citronniers et dont les terrasses offraient des vues imprenables sur la cité.

C'étaient de luxueuses villas champêtres où les puissants de Rome pouvaient échapper au remue-ménage permanent et à la chaleur de four de la cité.

 

Il y était presque. Rome était toute proche, maintenant.

Mais après avoir franchi le pont, Glaucus ne put avancer qu'au pas car c'est par la Via Flaminia que convergeaient vers la cité tous les trafics en provenance du Nord et de l'Est de l'empire, l'engorgeant presque complètement.

 

 

Des chariots encombrants, des charrettes lourdement chargées et des chars légers  disputaient l'espace aux des cavaliers impatients et aux piétons prudents; tous faisaient des affaires dans la vaste capitale de l'empire.

 

Des poulets et des oies poussaient des cris rauques et agitaient leurs ailes dont des plumes flottaient dans les airs, des porcs reniflaient et grognaient dans leurs cages exiguës.

Des fermiers conduisaient des vaches le long de la route vers les marchés de viande se trouvant à l'intérieur des murs assurant la viande fraîche aux citoyens, mais créant un désordre malodorant sur les routes, désordre aggravé encore par la présence de chevaux et de bœufs tirant les véhicules.

 

Des cargaisons de toutes sortes se dirigeaient vers les grands marchés de Rome incluant la cargaison humaine destinée aux marchés d'esclave et aux arènes.

Des hommes, des femmes et des enfants aux yeux vides d'expression le fixaient d'un regard morne à travers les barreaux de leur cage et il détourna les yeux incapable de rencontrer leurs regards fixes et désolés.

 

Un chariot, renversé, interrompit le trafic pendant presque une heure jusqu'à ce que le véhicule soit relevé et que sa cargaison de tuiles rouges brisées soit enlevée par des esclaves, permettant aux voyageurs, ennuyés, de finalement passer au moment où le soleil allait bientôt plonger derrière les collines. La route était, maintenant, longée des deux côtés par des monuments de marbre et des mausolées de toutes les tailles formant de longs murs ininterrompus, route et voyageurs étant pris au piège, au milieu. D'abord, les monuments décoratifs déconcertèrent Glaucus, puis ils l'intriguèrent car son voyage lent lui donnait tout le temps d'en examiner  les inscriptions.

 

Des hommes, des femmes et des enfants étaient immortalisés ici – des gens qui avaient vécu et qui étaient morts dans la grande cité mais qui, suivant la loi, étaient enterrés à l'extérieur de l'enceinte aux murs épais.

Son cœur s'emballa.

Allait-il trouver le nom de son père parmi ceux inscrits sur les monuments?

Allait-il trouver un monument à un général romain, décédé loin de sa famille, dans des circonstances mystérieuses?

 

Lentement, Glaucus zigzaguait sur la route au sommet de son étalon noir essayant de lire chaque nom obligeant les voyageurs fatigués à s'écarter. Ils le maudissaient et lui montraient le poing.

Maximus était-il ici?

Combien de milliers de mausolées se trouvaient là ?

C'était juste une des routes principales de Rome - toutes seraient comme celle-ci.

Choqué, il prit plusieurs longues inspirations pour se calmer. Il devait supposer que Maximus était du monde des vivants et non de celui des morts.

Il devait entrer dans la cité

 

Finalement, Rome émergea de la brume vespérale comme quelque magnifique mirage. Même à cette distance, sa grandeur était inimaginable.

 

 

De grands bâtiments ornés de colonnes aux toits de tuile rouges et aux dômes majestueux se dressaient haut au-dessus des murailles, se superposant autant que l'œil pouvait en voir.

C'était le crépuscule quand il arriva à la Porte Flaminia. C'était une grande porte en pierre qui gardait l'entrée Nord de Rome.

 

Le trafic se réduisit finalement car les piétons se dirigeaient vers les auberges qui se pressaient contres les murs extérieurs de la ville, choisissant d'attendre jusqu'au matin.

Glaucus, lui, resta avec les véhicules qui ne pouvaient entrer à l'intérieur des murs que la nuit.

Il voulait mettre son cheval dans une étable sûre près de lui.

Il ignoraient s'il y avait encore des chambres disponibles à cette heure mais il ne pouvait plus attendre encore une nuit supplémentaire avant d'entrer dans la cité qui potentiellement détenait la réponse à ses questions

 

Glaucus finalement franchit la porte et entra dans Rome juste au moment où le soleil plongeait derrière une colline.

 

La Via Flaminia continuait tout droit et Glaucus la suivit, scrutant les allées ombrées et courbes qui partaient de chaque côté.

Il tint Ultor sous un contrôle serré mais l'animal qui n'était pas habitué aux foules qu'il rencontrait depuis ces dernières heures, devenait ombrageux.

Quand un conducteur de chariot impatient effleura ses flancs, le cheval se dressa et, en colère, fouetta l'air de ses pattes.

 

Glaucus lutta pour reprendre le contrôle puis mit pied à terre pour tenir la tête de l'étalon entre ses mains et lui murmurer des paroles apaisantes tout en le conduisant sur le bord de la voie.

Cela marcha jusqu'à ce qu'un homme ivre émerge de l'obscurité et trébuche devant l'animal agité. Glaucus sut alors qu'il était temps de trouver un refuge pour la nuit.

 

Peu après, il trouva une auberge avec une étable où il y avait de la place pour Ultor.

Il nourrit et soigna l'étalon puis s'enveloppant dans son manteau, il se pelotonna aux pieds de l'animal, implorant celui-ci d'être prudent dans ses déplacements.

Glaucus n'avait pas l'intention de laisser seul l'animal avant d'avoir inspecté l'endroit à la lumière du jour pour être certain qu'il rencontre tous les besoins de Ultor.

 

 

Le matin suivant, Glaucus partit explorer la cité, à pied.

Un peu raide d'avoir dormi sur la paille et non-habitué aux bruits nocturnes de la ville, il était fatigué.

Qui aurait supposé que la ville ne dormait jamais ?

Toute la nuit, le roulement incessant des chariots sur les pavés avait grondé, près de l'auberge, accompagné du clip clap des sabots des chevaux et des conversations et des cris des conducteurs.

Habitué aux sereines nuits d'été peuplées par les chants des crickets et au bercement des brises douces, il avait très peu dormi.

Mais l'étable avait prouvé être totalement adéquate pour Ultor et il avait pris des mesures pour l'y faire héberger jusqu'à ce qu'il ait, de nouveau, besoin de lui.

 

Dans la lumière dorée du soleil matinal, la ville semblait beaucoup plus hospitalière, mais était tout autant encombrée.

Les chariots et les charrettes étaient remplacés par des hordes de piétons portant des paniers, prêts pour faire les achats du jour.

À la différence de Glaucus, ils semblaient tous avoir une destination spécifique et, comme il errait dans les rues, on le bousculait et on le heurtait constamment.

 

Il se laissa finalement porter par la marée humaine vers le centre de la ville jusqu'à ce qu'un bâtiment haut et rond attire son oeil.

Sa main quitta la poignée de son épée seulement assez longtemps pour qu'il puisse se frayer un chemin jusqu'aux deux obélisques de granit roses énormes qui marquaient l'entrée souterraine du mausolée du grand empereur Auguste et de sa famille.

Fasciné, Glaucus fixa le sommet de la structure entouré de gracieux cyprès.

Placée tout au sommet de l'édifice, une statue en bronze doré de l'empereur, étincelait sous les rayons du soleil matinal.

 

 

Il flâna autour de l'édifice et eu envie de prolonger le plaisir qu'il avait à se trouver dans cet endroit paisible.

Mais au lieu de cela, il se replongea dans la cohue, déterminé à poursuivre ses recherches.

Des magasins longeaient la rue maintenant et des marchands vantaient la qualité de leurs produits et se précipitaient pour arrêter le chaland, essayer de le séduire et le pousser à acheter.

Des vendeurs lui secouaient sous le nez des légumes, du savon du pain et même un poulet vivant, attirés qu'ils étaient par ce jeune homme au glaive impressionnant et à la fibule étincelante.

Il finit par lever une main pour les avertir qu'il n'était pas d'humeur à acheter.

 

Rapidement fatigué de la foule, Glaucus s'en détacha et s'avança sur une place spacieuse et calme entourée de bâtiments publics - le Champ de Mars.

Au milieu, isolée, une grande et belle colonne aux gravures en spirale la recouvrant entièrement se dressait fièrement vers le ciel.

Il renversa la tête afin d'en observer le sommet puis se dirigea vers sa base qui était beaucoup plus haute que lui.

Quand il vit le nom qui y était gravé, il frissonna. Marc Aurèle. La colonne était en l'honneur de Marc Aurèle, le dernier, grand empereur.

 

Glaucus tendit, timidement, les doigts et suivit le tracé de chacune des lettres du nom.

C'était l'empereur de son père. Reculant, il contourna, lentement, la colonne, examinant les reliefs remarquables. C'était un monument dédié aux victoires de l'empereur et chaque scène qu'il pouvait voir montrait des batailles. Son père était-il ici? L'image de son père était-elle gravée là, enregistrement permanent et immortel des liens entre Maximus et ce grand homme?

Mais, comment pourrait-il le savoir?

Glaucus voyait seulement le bas de la colonne et les premiers reliefs et, encore, même ceux-là, vu la hauteur, étaient difficilement déchiffrables.

 

Il recula encore un peu et mit sa main en visière pour mieux voir les statues de l'empereur et sa femme, Faustine, qui se trouvaient au sommet.

Il fit la promesse silencieuse à l'empereur qu'il justifierait son général des méfaits qu'on lui imputait même si c'était la dernière chose qu'il ferait jamais. Ses doigts se crispèrent puis il ramena son poing contre sa poitrine en salut au grand homme.

Il savait qu'il reviendrait ici.

 

Le nom de la route se changea en Via Lata puis elle se courba et se rétrécit pour devenir le Clivis Argentarius et Glaucus savait qu'il était, presque, dans la vieille ville. Le soleil était haut dans le ciel quand il franchit l'étroite porte du Mur de Servius qui avait été autrefois le mur extérieur de l'ancienne Rome.

Glaucus se retrouva bientôt à l'extrémité occidentale du Forum romain, le centre politique, religieux et commercial de Rome.

 

Il resta figé, impressionné. Il n'avait jamais imaginé la splendeur de cette place. Elle était vaste, ouverte avec une série de colonnes monumentales aux dieux et aux déesses descendant vers le centre. Le sénat était ici avec des palais, des temples, des arcs et des statues

 

 

Partout, les gens étaient rassemblés en groupes pour parler politique ou échanger des rumeurs tandis que d'autres vaquaient à leurs occupations et que les visiteurs, comme lui, déambulaient simplement dans cette magnificence pure.

Cela scintillait et brillait - du marbre blanc, du vert et du gris, le plus souvent laissé à l'état naturel, parfois taillé et peint.

Des statues de bronze et d'or, des mosaïques complexes, des terrasses remplies de fleurs et des fontaines pétillantes ajoutaient à sa gloire.

 

Lentement, Glaucus marcha le long du forum, touchant, regardant, et s'émerveillant de tout ce qu'il voyait.

Il s'arrêta au milieu et regarda le temple de Jules César avec ses hautes colonnes et ses énormes portes de bronze.

À sa droite, se trouvait le temple rond de Vesta et, plus loin, sur la colline derrière, s'étendait ce qui devait être le palais royal.

 

A l'autre extrémité, au-delà des bâtiments du Forum, le mur courbe du Colisée dominait la ligne d'horizon et les cris perçants des spectateurs étaient portés jusqu'à ses oreilles par la brise.

Glaucus monta l'escalier du Temple des Dioscures et s'assit sur la dernière marche à l'ombre fraîche des colonnes massives.

Il ferma les yeux et se laissa imprégner par les odeurs et les sons de la grande ville. Quand il les rouvrit, il observa la population de Rome allant à ses affaires - des gens d'origine ethniques multiples provenant de toutes les parties de l'empire.

Ils étaient des milliers.

Des milliers et des milliers.

Soudain, Glaucus fut submergé par la tache titanesque qu'il avait entreprise et ses épaules s'effondrèrent.

Comment trouverait-il jamais quoi ou qui que ce soit dans un endroit de cette taille? Une putain rousse? Un ancien commandant des prétoriens?

Son père? Comment le retrouverait-il? 

 

Chapitre 23 – L'Insula

 

Glaucus allait frapper pour la troisième fois sur la porte quand celle-ci s'ouvrit brutalement. Il n'y avait personne.

 

"Oui?" Aboya une voix de femme.

Il abaissa son regard vers la silhouette d'une toute petite femme se trouvant dans l'ombre de l'atrium mais la seule chose qu'il aperçut fut une haute pile de boucles auburn entrelacées.

"Vous avez un appartement à louer?" Demanda-t-il.

"Qui vous l'a dit?"

"Hum... le propriétaire du restaurant en bas. J'ai dîné là et j'ai demandé …"

 

"Bien, je moi soucie de ceux à qui je loue mes places."

Elle commença à fermer la porte mais il la bloqua de son pied.

Irritée, elle recula et lentement, de manière dédaigneuse, l'évalua de la tête aux pieds.

"Pourquoi êtes-vous habillé comme ça ?"

"Je suis en deuil." Glaucus la regarda aussi attentivement. 'Vieille' fut sa première impression.

"De qui ?"

"Ma mère et mon frère."

"D'où venez-vous?"

"D'Espagne".

Elle voulut, à nouveau, fermer la porte et Glaucus l'en empêcha encore une fois.

"Je ne loue pas à des gens comme vous," affirma-t-elle avec conviction.

"A des gens comme moi? Que voulez-vous dire?"

"Ce que je veux dire est que je loue seulement à la classe sénatoriale. Vous – visiblement – n'en faites pas partie." 

En fait, j'en fais partie."

Elle continua à le regarder fixement de manière soupçonneuse puis dressa la tête, un air de supériorité émanant de chaque fibre de son être.

 

Au même moment, un jeune homme mince en toge blanche apparut à l'embrasure, derrière Glaucus et cria agréablement,

"Bonsoir, Dame Honoria."

Elle l'ignora. L'homme ralentit le pas comme il traversait l'atrium et jeta un coup d'œil curieux à Glaucus.

"Prouvez-le," exigea-t-elle, doutant toujours du pedigree de Glaucus.

Glaucus déposa son sac sur le seuil et fouilla à l'intérieur après les documents de son père. Il remit le document approprié à la femme et l'observa quand elle se rapprocha de la lumière et tint le contrat à bout de bras, louchant pendant qu'elle lisait.

Glaucus jeta un coup d'œil, à son tour, à l'homme dans l'atrium qui, appuyé contre une porte, observait l'échange avec un amusement évident.

 

"Votre père est un général ?" Demanda-t-elle.

"Oui, Domina."

Elle lui rendit le document puis levant la tête, examina la fibule scintillante qui était au niveau du sommet de son crâne.

"L'appartement est cher. Vous avez de l'argent?"

"Combien ?" 

 

Elle lui a dit et il sursauta.

"Le loyer est payable chaque début de mois. J'exige le paiement de 3 mois d'avance."

"Puis-je voir la place?"

"Pouvez-vous vous permettre de voir la place?"

"Oui... Je voudrais le voir."

"Vous ne pouvez pas introduire des femmes ici."

"Oui, je comprends."

"Pas de réceptions."

"Oui …"

"La plupart de mes locataires sont des gens très calmes et ne supportant pas le manque de savoir-vivre."

"Bien sûr, Domina. Vous ne saurez même pas que je suis ici, je vous assure."

"Bien, venez alors. Suivez-moi." La femme menue se tourna et disparut dans l'obscurité.

"Psst!"

Glaucus s'arrêta et regarda le jeune homme qui se trouvait dans l'atrium.

"Pouvez-vous lire le grec ?" Siffla-t-il.

"Le grec ?"

"Oui ... pouvez-vous le lire?"

"Oui "

"C'est bon. Le contrat de location est en grec ce qui lui permet d'éliminer les sans instruction et les indésirables."

L'homme fit un clin d'œil à Glaucus puis introduisit une clef dans la serrure de sa porte.

" Bonne chance." 

 

"Vous venez?" Brailla la propriétaire de l'autre côté de la pièce et Glaucus grimpa pour la rattraper. Tout en marchant, il essayait de deviner son âge. Assez vieille était tout ce qu'il pouvait en dire. Elle portait une perruque ... il en était certain. Les épaisses boucles auburn n'allaient pas avec le visage profondément ridé. Ses joues étaient fardées et ses lèvres barbouillées de rouge foncé qui s'épanchait dans le sillon des rides qui entouraient sa bouche. Elle était parée d'un vêtement au tissu cher mais mal adapté à sa silhouette ... trop serré à certains endroits et trop lâche à d'autres.

 

Elle parlait tout en marchant si bien que Glaucus devait se concentrer pour entendre ce qu'elle disait.

"... la pierre est solide et donc aucune chance d'incendie," se vanta-t-elle.

"Peu d'autres insulae à Rome peuvent le revendiquer. Haut plafond aussi."

Elle bougea la main, par-dessus sa tête et Glaucus remarqua les lourds anneaux à chaque doigt.

"Regardez-ceci." Elle atteignit un escalier et l'escalada laborieusement, prenant son temps et elle atteint le troisième étage à bout de souffle.

 

"Le rez-de-chaussée est réservé aux magasins et aux restaurants, comme vous l'avez remarqué … des magasins très sélects au cas où vous ne l'auriez pas remarqué."

"Ils étaient très agréables." En vérité, il ne les avait pas même regardés.

"C'est ce qu'il y a de mieux dans ce secteur de la ville. Nous sommes, seulement, à quelques pas du palais, vous savez et les citoyens les plus fameux de Rome habitent dans les maisons proches d'ici. Il y a très peu d'insulae par ici et je peux me permettre d'être très sélective dans mes choix de locataires."

"Oui, Domina. Je comprends." Elle inclina la tête.

"Je vis au deuxième étage." Glaucus se demandait qui était l'homme aux cheveux noirs qui avait ouvert une porte à cet étage avec une clef. Il vivait visiblement là aussi.

 

"Il y a quatre appartements à cet étage, un à chaque coin."

Elle fit une pause devant une lourde porte en chêne sculptée et retira une clef du corsage de sa robe.

Elle ouvrit la porte et disparut dans la pièce puis se remit à parler.

"C'est la salle de réception, comme vous pouvez voir. Marbre vert agréable ... aucune pierre banale, ici. Sol en mosaïque. La salle à manger est par là, "indiqua-t-elle. Sa voix s'affaiblit car elle s'était précipitée dans une autre pièce et Glaucus avait à peine le temps de regarder autour de lui.

"C'est la chambre à coucher. Elle n'est pas grande mais tout à fait confortable pour une personne. De bons meubles comme vous pouvez voir. J'attends que tout cela reste dans cet état."

 

Elle se détourna brusquement puis, poussant Glaucus sur le côté, elle regagna la salle de réception qu'elle traversa pour se diriger vers la cuisine.

"La cuisine, "Indiqua-t-elle de la main.

"La salle de bains est là-bas, avec l'eau courante et les évacuations – c'est très rare à Rome."

Elle lui jeta un coup d'œil pour être sûr qu'il avait entendu et il inclina la tête en remerciement.

En vérité, il était impressionné par l'endroit.

 

"Regardez par cette fenêtre là-bas, " exigea-t-elle.

Glaucus regarda, par dessus le toit de tuile rouge, une belle cour avec des arbustes à fleurs, une fontaine et des statues en marbre. Un grand citronnier ombrageait deux bancs. Une femme somnolait sur l'un d'entre eux, le menton affaissé sur la poitrine et le corps affalé en une masse informe. Elle ronflait fort.

"Très agréable"Dit-il.

"Vous pouvez y parvenir du rez-de-chaussée."

 

Elle plaça les mains sur ses hanches amples.

"Et bien?" 

"C'est merveilleux. J'aurais plaisir à être locataire, ici, Domina."

Elle le considéra un long moment essayant de décider s'il réunissait les conditions puis dit,

"Attendez ici. Je vais chercher le contrat. Ne touchez à rien."

Glaucus profita de son absence pour mieux regarder l'appartement. C'était brillant, coloré et impeccable. Les peintures murales représentant des scènes de jardin apportait, à l'intérieur, un peu du grand air de l'extérieur.

Il avait eu de la chance d'avoir trouvé cet endroit.

"Et bien ?" Demanda une voix masculine. Glaucus se retourna pour trouver l'homme du rez-de-chaussée debout dans l'embrasure. Il ne savait pas encore s'il devait être ennuyé ou amusé.

"Je vais le prendre."

"Excellent!"

L'homme tendit la main.

"Mon nom est Marius Vipsanius Agrippa et je vis au rez-de-chaussée."

Glaucus lui prit la main.

"Glaucus. Maximus Decimus Glaucus."

"Un nom approprié," sourit Marius comme il  jaugeait le nouveau venu.

"Vous avez réussi tous les tests jusqu'ici ... est-ce que vous êtes prêts pour le suivant ?"

"Lecture de grec ?"

"Oui."  

 

"Cela ne devrait pas poser de problèmes, mais merci de m'avoir averti."

"Je l'ai fait pour une raison purement égoïste, croyez-moi. Je suis si fatigué d'être le seul mâle en cette place et la seule personne sans un pied dans la tombe. Cet immeuble est peuplé de vieilles et riches veuves qui ont cédé leurs maisons sur la colline pour emménager ici. Vous ne savez pas combien vous êtes favorisé d'avoir eu son approbation."

 

Glaucus sentit sa sympathie s'éveiller au contact de cet homme accommodant qui était, à peu près, de son âge.

Ses cheveux étaient une masse de frisettes noires indisciplinées et ses yeux d'un brun profond.

Il n'était pas particulièrement beau - son nez était trop grand et sa bouche trop mince - mais sa bonne nature le rendait attirant.

"Visiblement, vous avez du réussir les tests aussi."

Marius sourit.

"Je n'ai jamais du passer les tests. Mon père qui est sénateur est l'actuel gouverneur de la Cappadoce. Il vit, ici, quand il est à Rome. Ma mère et mes sœurs sont à notre villa d'été à l'Ouest de la ville et moi je reste ici tandis que j'étudie."

"Qu'étudiez-vous ?"

"La politique! Quoi d'autre? Mon père me forme pour les honneurs. Je passe mes journées avec des professeurs privés ou aux bibliothèques ou au sénat. Mes nuits, hélas, sont très mornes."

 

Il baissa la voix et se mit à chuchoter d'un air de conspirateur.

"Cela pourrait changer maintenant que vous êtes ici." 

"J'ai beaucoup à accomplir pendant mon séjour à Rome, Marius."

L'homme haussa ses épaules minces.

"Vous ne pouvez pas travailler tout le temps. Depuis quand êtes-vous ici?"

"Je suis juste arrivé aujourd'hui."

"Etes-vous déjà venu à Rome auparavant?"

"Non."

"Bien alors, permettez-moi d'être votre guide."

"Merci. J'apprécie votre proposition."

"Que voudriez-vous voir d'abord ?"

"Les prisons, puis les bordels."

Marius fut momentanément déconcerté, mais récupéra rapidement.

"La plupart des personnes veulent voir les palais, les temples et les arènes. Je peux comprendre les bordels et je suis personnellement au courant des meilleures adresses ..., mais pourquoi les prisons ?"

"Raisons Personnelles." 

"Ah... très énigmatique," Musa Marius.

 

Il indiqua le flanc de Glaucus.

"Je parierai que ce glaive est bon pour démarrer des conversations … ou pour les terminer."

Les doigts de Glaucus se refermèrent instinctivement sur le pommeau.

"Il appartenait à mon père."

"N'est-ce pas le sceau de Marc Aurèle sur la garde?"

Glaucus abaissa son regard sur le glaive puis réévalua Marius. Peu de choses échappait à son regard aigu.

"Oui, c'est bien le sien."

"Bien... Ce serait formidable de vous avoir ici, Glaucus."

"Merci …"

 

"Le voici," dit la propriétaire en s'engouffrant dans la pièce sans un regard pour Marius.

"Lisez et signez."

Glaucus prit le contrat et alla à la fenêtre pour plus de lumière. Le document était, en effet, écrit en Grec, un grec très académique.

Glaucus remercia mentalement son professeur d'avoir insisté pour qu'il apprenne les langues car c'était une connaissance primordiale pour devenir un grand homme.

Cela ne l'intéressait pas à l'époque car il préférait monter à cheval à tout autre chose. Mais maintenant ses études étaient payantes.

 

Soudain sa figure s'assombrit et il regarda la femme et Marius qui se tenait, discret, près de la porte.

"Un an? Je dois signer pour un an? Je n'ai pas l'intention de rester à Rome un an, Domina."

"C'est une clause à laquelle je tiens beaucoup. Je ne veux pas avoir sans arrêt du va et vient chez moi. C'est un an."

"Je... Je suis désolé. Je vais devoir chercher ailleurs alors." Il était vraiment déçu.

"Combien de temps avez-vous eu l'intention de rester ?" Demanda-t-elle.

"Quelques mois au plus."

"Ça ne peut pas aller. J'insiste sur un minimum de huit mois et je ne l'ai jamais fait pour un autre."

"Je suis désolé." Glaucus rendit, à contrecœur, le contrat et prit ses effets.

"Pouvez-vous me dire où je peux chercher?"

"Vous ne trouverez pas d'autres appartements par ici, jeune homme. Il y a très peu d'insulae dans ce secteur et il n'y a pas de places vacantes." 

 

"Vous pouvez essayer Suburre. Il y a de nombreuses insulae là bas," dit Marius pour l'aider.

La vieille femme se contenta de renifler.

"Comment puis-je m'y rendre?"

"Il faut retourner vers le Forum puis tourner à droite sur Clivus Orbius. Prendre la première à gauche puis aller à droite vers Subura Major. Vous ne devriez pas avoir beaucoup de chance à cette heure de la nuit, cependant."

"Je dois tenter ma chance. Domina... Je suis désolé de vos avoir fait perdre votre temps. Marius se fut un plaisir de vous rencontrer."

"On se reverra, mon ami," cria Marius à Glaucus qui descendait les escaliers.

 

Chapitre 24 - Suburre

 

Les indications de Marius étaient très précises et Glaucus quitta bientôt le centre de Rome pour un de ses faubourgs.

Les rues se rétrécissaient et devenaient plus sombres à mesure que la nuit tombait et qu’il y avait moins de torches pour éclairer le chemin.

Plus d’une fois, Glaucus s’arrêta pour évaluer le danger d’un voyage de nuit dans un territoire inconnu mais Suburre n'était plus loin et il avait besoin d’un endroit où séjourner.

 

Il sentit Suburre avant de la voir.

Il fronça le nez dégoûté par les émanations putrides des égouts à ciels ouverts, une combinaison aigre de matière fécale, d’urine et de vomi.

Le maigre scintillement des étoiles était occulté par les hautes bâtisses délabrées de neuf étages qui s’élevaient des deux côtés de la voie étroite.

La seule lumière, pour le guider, venait de torches disséminées et de pâles rais de lumière qui traversaient les fentes des murs en bois des insulae, créant d'informes flaques jaunâtres sur les pierres de la rue. 

 

Glaucus jeta un coup d’œil, par-dessus son épaule, cherchant les prétoriens qui étaient sensés le suivre ... espérant, pour la première fois, les détecter dans les recoins obscurs.

Amis ou ennemis, leur présence familière l’aurait consolé. Mais il était seul. Son instinct lui disait de s’enfuir mais, au lieu de cela, il resta figé sur place, tétanisé par l'horreur de l’environnement.

La tension, déferla à travers son corps et hérissa les poils de ses bras et de ses jambes, comme l’électricité statique faisaient dresser les poils sur le dos d’un chat. Il fléchit les genoux et tira son épée et tourna la tête de droite à gauche.

 

Des ruelles sombres se tortillaient loin dans l'obscurité, la faible lumière révélant des piles d'ordures grouillantes de rats et des chiens faméliques qui grondaient en se dirigeant vers leur repas nocturne.

Ils disputaient les détritus à des humains, perclus et criblés de difformités qui leurs donnaient des coups de pieds pour les éloigner et qui se battaient entre eux sur les débris infestés de vermine.

 

D'autres étaient couchés, empilés en tas, contre les murs grossiers, endormis ou inconscients, baignés par le bruit incessant des cris d'enfants, des hurlements d'adultes et des gémissements de douleur et de désespoir.

 

Glaucus était horrifié et fasciné. Il n’avait jamais imaginé que Rome puise être comme cela. Il avait imaginé que la cité toute entière était, comme le glorieux forum, élégante et parfaite.

Suburre était quelque chose qu’il n’avait jamais vue ni même imaginée.

Comment des gens pouvaient être autorisés à vivre ainsi dans la plus grande cité de l’empire?

 

Glaucus recula en virevoltant quand quelque chose le saisit soudain par la manche, l’épée à la main prête.

La femme ne recula pas devant l’arme mortelle. Ses yeux le détaillèrent courageusement.

"Qu’est-ce que tu veux, mon mignon? Jolie fille? Branlette? Pipe? Je peux t'faire une affaire si tu veux les deux."

 

La puanteur de la femme lui tourna l’estomac et il recula.

"Qu'est-ce qui ne va pas, chéri ?" Dit la femme en s’approchant.

Elle était effroyablement mince et sa tunique en lambeaux pendait sur ses épaules osseuses.

Des plaies ouvertes de ses jambes suintaient du pus jaune.

"Pourquoi tu n’dis pas c’que tu veux ... hmm ?"

Soudain, elle se tourna et cria à une forme derrière elle.

"Pars! Je l'ai vu en premier!"

La forme s'encourut au loin.

 

Frénétiquement, Glaucus fouilla dans sa tunique et en retira quelques pièces de monnaie.

"Ici ... Ici, prenez ça et allez chercher quelque chose à manger."

Il jeta l'argent à ses pieds.

Les yeux de la femme flamboyèrent soudain et ses doigts osseux ramassèrent les pièces de monnaie.

Elle se détourna et fut happée par les ténèbres.

Glaucus comprit, trop tard, son erreur. Des formes humaines de toutes les tailles maintenant glissaient vers lui. Il brandit son épée, paniqué.

"En arrière! En arrière! Je n'ai plus rien."

 

"S'il vous plaît, Monsieur, pria une forme. Je suis affamé. Sa plainte fut reprise par des douzaines d’autres voix.

Glaucus recula lentement jusqu'à ce que ses mollets rencontrent quelque chose qui cracha de fureur. Le chien aboya et Glaucus trébucha avant de tomber à genoux à côté d'une fosse d'aisance ouverte.

Sa main heurta les ordures qui l’empêchèrent de s'étaler mais qui le mirent en contact avec quelque chose de visqueux et putride. Le chien gronda, le poil hérissé, attentif à l'objet, le secouant dans sa gueule.

Glaucus aperçut des côtes et une épine dorsale. C'était les restes d'un bébé humain.

Il bondit sur ses pieds et s’enfuit. Ses pieds touchaient à peine terre tandis qu’il volait en direction du forum ... et vers la lumière, la propreté et la sécurité.

C’est seulement quand il fut sûr que les apparitions de Suburre étaient loin derrière lui qu’il s'arrêta pour vomir sur le côté de la route.

Se secouant, il s'obligea à repartir et se dirigea vers le Palatin.

Il avait un compte à régler.

 

"Eh, Glaucus, heureux de …" les mots de Marius furent stoppés net par le poing de Glaucus le frappant à la mâchoire, la tête projetée en arrière, il chut sur le sol en mosaïque de son appartement et y glissa sur le dos, la bouche ouverte, ébahi.

 

Il resta assis sur le sol se frottant le menton et son expression effrayée se changea en sourire comme il  considérait l'Espagnol en colère.

"Fils de garce. J’aurai pu être tué!"

Marius rit.

"C'était hautement improbable à moins que cette épée à ta hanche soit juste un ornement. J'ai choisi de croire que tu savais t’en servir."

Il ne fallut pas une seconde pour que l’épée en question soit sous son menton le forçant à reculer la tête. Le sourire de Marius s’effaça et il leva une main implorante.

"Maintenant soit raisonnable Glaucus et retire la. Il ne t’est rien arrivé."

 

"J'ai eu la peur de ma vie. Cet endroit défie toute description et tu savais où tu m’envoyais."

La main de Glaucus tremblait de fureur et Marius écarta d’un doigt prudent le bout du glaive.

"C'est vrai et je ne crois pas que j'aurais osé envoyer là un autre homme que toi parce qu'il aurait été probablement déchiré en milles morceaux par des chiens et des gens si affamé qu'ils mangeraient la chair humaine. Ton père était général et tu portes son épée et comme, je te l'ai déjà dit, tu sembles savoir t’en servir. De plus, rien n'est arrivé et tu es de retour là où tu devais être. Maintenant pourquoi tu ne vas pas récupérer ce contrat pour le signer?"

"Tu m’as envoyé à Suburre juste pour me faire revenir ici ?"

Glaucus était si incrédule qu’il baissa son arme, inconsciemment.

"Pourquoi ?"

 

"Je te l’ai dit. Je suis égoïste. Je m’ennuie parmi ces vieilles femmes, à l'humeur variable, à les écouter se lamenter sur leurs maux et leurs douleurs."

Il tendit le bras. "Allez. Aides-moi à me relever."

Glaucus l'ignora et lui tourna le dos. Marius se releva, testant sa mâchoire et lissant sa toge.

"Tu as un sacré coup de poing." Son commentaire fut accueilli en silence.

"Tu sais quoi. Restes ici ce soir, tu pourras signer le contrat demain. J'ai une chambre d'ami ... et un bain. Crois-moi, Glaucus, tu as besoin d’un bain" rit Marius,

Glaucus rengaina son épée, mais était toujours agité en se dirigeant vers la porte. "Je dois la voir, ce soir, si je vais louer ici. Elle pourrait louer l'appartement à quelqu'un d'autre."

 

"Elle ne fera pas. J'ai déjà payé l'acompte de trois mois pour toi. Tu me rembourseras."

Glaucus se retourna et fixa, stupéfait, l'homme amusé.

"Tu es un bâtard arrogant, n'est-ce pas ?"

"Absolument!"

"Je n'ai pas vraiment le choix, n'est-ce pas ?"

"Non pas vraiment. Glaucus, je suis désolé de t’avoir envoyé là ce soir. Tu viens de la province, n'est-ce pas ?"

Comme Glaucus fronçait les sourcils Marius ajouta rapidement.

"Ce n’est pas une insulte ... loin de la. J'ai simplement voulu dire que tu n'avais probablement jamais vu quelque chose comme Suburre"

"C'est un euphémisme."

"Tu es plus choqué que je ne l’aurai pensé."

"Pourquoi Rome laisse-t-elle une place comme ça exister ?"

 

Marius sourit, tristement, en se déplaçant vers un meuble d’où il prit deux verres et une carafe ornée. Tout en versant le vin, il expliqua,

"Les sénateurs ne doivent rien y faire parce que l’endroit prend soin de lui-même." Devant les sourcils levés de Glaucus, il continua.

"Des incendies. Tout le temps. Ces places sont de véritables boîtes d'amadou qui prennent feu au moins chaque mois dégrossissant la population de Rome considérablement." Il invita Glaucus à prendre place sur une chaise en cuir et s’assit en face de lui sur une autre chaise.

"De plus, beaucoup de sénateurs font bon usage de la place."

Glaucus se rappela la putain et pensa qu'il comprenait l'allusion.

"Sexe bon marché."

 

 "J'ai vu les éléments de ce 'sexe bon marché '. Je ne peux croire qu’un homme risquerait à toucher ces femmes rongées par la maladie."

"Oh, ce n'est pas les femmes qu'ils veulent. Les hommes qui vont là veulent le fruit interdit ... d'autres hommes ... des garçons. Ils satisfont des désirs qu'ils ne se risqueraient pas à assouvir dans la Rome respectable. Les hommes et les enfants de Suburre savent qu'ils survivront tant qu'ils se tairont sur leurs clients. S'ils en soufflent mot, ils meurent et tout le monde s’en fout."

 

Glaucus resta silencieux un moment puis il fixa le sol.

"Rome n'est pas ce que je pensais qu'elle serait," dit-il tranquillement.

"Désillusionné déjà ?" Taquina Marius.

"Et tu n’as pas encore vu le plus mauvais."

"Que veux-tu dire?"

"Les prisons. Tu as dit que tu voulais les visiter."

Glaucus inclina la tête.

 

"Pour une raison particulière?"

"Je cherche quelqu'un qui peut avoir été emprisonné à Rome."

"Qui ?"

Glaucus regarda Marius dans les yeux et dit d’une voix égale,

"Mon père."

Marius se leva sous le choc, le vin sauta de son verre se répandant sur sa main et  dégouttant de ses doigts comme du sang.

"Le général ?"

Glaucus était heureux d’avoir été capable de choquer ce jeune homme insolent. "Oui, le général. Général des légions de Felix et commandant des légions du Nord sous Marc Aurèle."

Il soupira profondément et chuchota,

"Mon père."

 

Marius s'effondra sur sa chaise.

"Glaucus, il n’y a qu’une prison, à Rome, où un homme comme ton père puisse être retenu - la Prison Tullière – mais …"

"Où est-ce?"

"Tu retournes au Clivus Argentarius qui est, je suppose, la voie par laquelle tu es entré à Rome, puis tu tournes à gauche sur Vicus Pallacinae. Il y a un camp militaire là où les prétoriens vivent et la prison fait partie de ce grand complexe.

Les prétoriens dirigent la prison Tullienne qui fait partie de la Prison Lautumiae."

 

Glaucus se demanda si c'était là que ses prétoriens logeaient.

"Pourquoi les prétoriens la dirigent-ils?"

"Parce que c'est une prison d'état où sont tenus les prisonniers politiques. Les gens importants... La sœur de Cleopatre, Arsinoe, a été emprisonnée là. Les chefs de tribu aussi après qu'ils aient défilé dans Rome. Ils sont exécutés là. Les criminels sont tenus dans la Prison Lautumiae avant d'être envoyés aux arènes pour mourir. Glaucus," dit Marius avec hésitation, "les conditions de vie sont ... indescriptibles ... affreuses et les prisonniers y vivent rarement longtemps. Depuis quand ton père serait-il là ?"

"Je ne sais pas s’il a jamais été là, mais si oui ... cela ferait presque dix-huit ans."

 

Marius secoua juste la tête puis se leva lentement et s'approcha de Glaucus, le prenant par l’épaule de manière compatissante.

"Viens, mon ami et je vais te montrer où se trouvent le bain et ta chambre à coucher. Il est très tard  et tu vas certainement au-devant de moments difficiles."

Glaucus se leva et lui fit face.

"Je peux rester quelque temps loin de mes études," continua Marius. "Je t’aiderai dans ta recherche de ton père. Je suis seulement très désolé que ton premier voyage à Rome doive se faire dans de telles circonstances."

Glaucus hocha la tête et soupira de nouveau. Marius lui frappa légèrement le menton en une espiègle imitation du coup qui l'avait atteint plus tôt.

Glaucus finalement sourit.

"Et ensuite je te ferai faire un tour des bains et des bordels les plus fameux de Rome, mon ami. Nous devons faire de ton séjour un amusement d'une façon ou d'une autre."

 

 

Chapitre 25 – La lettre pour la famille

 

Glaucus prit une feuille de papyrus, plongea sa plume dans l'encre noire et commença à écrire:

Très chers maman et papa,

Il s’arrêta d'écrire et tapota l’extrémité supérieure de la plume contre sa lèvre inférieure pendant qu’il soupesait ces mots. Il était peu habituel de commencer une lettre sur une note aussi familière mais il hésitait à utiliser les termes plus formels de " mère et père" préférant maintenant réserver ces termes chers pour ses parents réels, Olivia et Maximus.

 

Il avait besoin, d'une façon ou d'une autre, de distinguer les gens qui l'avaient élevé - sa tante et son oncle - de sa chair réelle et de son sang; de scinder ses parents qui ne l'étaient pas vraiment de l'homme et de la femme qui lui avaient donné la vie. Et donc, Augusta et Titus seraient "maman et papa " ce qui convenait à l'amour et au rapport familier qu'il avait partagé avec eux. En effet, il n'avait toujours pas de vision claire de son père.

 Maximus était toujours obscur et indistinct dans son esprit et quelque peu éloigné dans son cœur. Cela changeait lentement, cependant, comme il en découvrait davantage sur lui et il séparait graduellement Maximus l'homme de Maximus le général.

Mais ils ne s'étaient jamais vus, n'avaient jamais ri ensemble, n’avaient jamais partagé un repas ... n’avaient jamais eu le moindre contact. Il plongea la plume maintenant sèche dans l’encre et continua :

 

Je suis à Rome depuis deux jours maintenant et suis en sécurité dans un appartement situé dans un quartier honorable près du palais impérial.

J’inclurai l’adresse en fin de lettre afin que vous puissiez me répondre.

Sachez que je vais bien et que je me suis déjà fait un ami qui m’a promis de m’aider dans mes recherches sur mon père. Son père est gouverneur d’une province romaine et je suis certain de pouvoir lui faire confiance.

 

Glaucus soupesa ces derniers mots. Il ne voulait pas écrire quelque chose qui alarmerait sa tante et son oncle en impliquant qu’il y avait des personnes en qui il ne pouvait faire confiance mais c’était sa troisième tentative de rédaction de la lettre et il ne voulait plus la recommencer encore. Il devrait choisir ses mots avec soin.

 

Rome est une cité étonnante, très grande avec des habitants provenant de tous les coins de l’empire. Certains quartiers sont moins élégants que d’autres mais je peux vous assurer que je séjourne dans un secteur vraiment correct.

 

Etait-il en train d’essayer de se rassurer lui-même ?

 

J’ai été accompagné durant mon voyage depuis la Germanie par Ultor car j’ai laissé Apollo avec Jonivus, l’ancien ingénieur de mon père à Vindobona. J’irai le rechercher dès que j’aurai atteint mon but.

Ultor est en de bonnes mains même si je n’ai pas pu le garder près de moi car les chevaux ne sont pas admis à l’intérieur de la cité la journée à l’exception de ceux des prétoriens.

 

Glaucus s’était juré de ne plus mentionner le mot ‘prétorien’ à nouveau et n’avait pas l’intention de leurs raconter qu’il avait été suivi par des agents de l’empereur depuis la Germanie. Il ne voulait pas les rendre soucieux ni pire les inciter à lui demander de rentrer.

 

Jonivus fut une importante source d’informations mais il a aussi soulevé un certain nombre de questions dont j’espère trouver les réponses ici.

Je suis à la recherche d’une femme que mon père a connue quand il contrecarra le complot de Cassius de détrôner l’empereur.

J’espère aussi retrouver l’ancien commandant en second de mon père, Quintus, qui fut, si j’ai bien compris, nommé commandant des prétoriens sous Commode.

Comme vous le savez, j’espère retrouver mon père vivant et Jonivus m’a donné des informations suffisantes pour étayer vos présomptions sur le fait que mon père ait échappé à la mort en Germanie et soit revenu en Espagne. Après cela, la piste tourne court mais j’espère trouver des gens qui, ici, pourront me renseigner sur sa disparition. Demain, je visiterai la prison Tulienne pour voir s’il y aurait, là, une trace d’emprisonnement le concernant.

Après cela, j’ai d’autres projets mais Marius, mon nouvel ami, insiste que je prenne un peu de bon temps. J’hésite à perdre du temps …

 

"Glaucus?" La voix de Marius était étouffée par l’épaisseur de la porte.

"Oui, Je suis là. Entre," cria Glaucus.

… mais Marius insiste pour me guider et me montrer les sites de la ville.

Un souffle froid souleva le bord du parchemin lorsque Marius ouvrit et referma la porte.

"Que fais-tu?"

"J’écris une lettre."

Marius roula des yeux.

"Ca je peux le voir."

"A ma tante et mon oncle, même si ce n’est pas ton affaire. Je ne les ai plus contactés depuis que je suis parti et je veux les rassurer sur mon sort."

Glaucus soupira.

"Je crains de ne pas être un grand épistolier. Je n’ai jamais écrit à personne avant."

 

Marius cala son corps mince dans un fauteuil en cuir et posa un genou sur un des bras en bois poli, sa jambe se balançant nonchalamment tandis qu’il regardait Glaucus avec intérêt. Le cuir craquait doucement à chaque mouvement.

"Je savais que c’était ton premier voyage loin de chez toi," le taquina-t-il.

Glaucus l’ignora et essaya de continuer, se demandant ce qu’il pourrait écrire de plus.

Ma maison ainsi que les vertes collines d’Espagne me manquent et la famille et les chevaux aussi mais j’ai l’impression que j’accomplis ce que je dois faire.

 

Il jeta un coup d’œil à Marius qui était en train de contempler ses ongles manucurés. Une contusion pourpre ornait sa mâchoire gauche mais Glaucus n’éprouva aucun remords. Il retourna à sa lettre.

 

J’ignore combien de temps me prendra ma quête mais soyez assuré que je reviendrai dès j’aurai les réponses à toutes les questions que je me pose …

 

"Y aurait-il une raison pour que quelqu’un te suive?"

Glaucus le considéra, étonné, sa pointe faisant une grosse tâche d’encre à l’endroit où le papyrus était percé.

Il jura et tenta d’effacer la tache du mieux qu’il le pouvait. Il essaya de donner à sa voix une intonation naturelle

"Pourquoi demandes-tu cela?"

"Parce que j’ai noté deux hommes se cachant dans les recoins, la nuit où tu es arrivé ici."

 

Marius leva les yeux pour rencontrer ceux de Glaucus.

"Les mêmes que ceux qui t’ont suivi à Suburre."

"Ils l’ont fait?"

"Ainsi... tu l’admets?"

Glaucus regarda sa lettre et plongea sa plume dans l’encrier mais sa concentration était  partie. Sa plume resta suspendue au-dessus du papyrus jusqu’à ce qu’une goutte tombe de la pointe et fasse une autre tache d’encre sur la lettre

Il la déposa et se cala dans son fauteuil, croisant les bras. Il ne dit rien.

 

"Ils sont à nouveau là. Je suis certain qu’ils croient être bien cachés mais je suis un bon observateur … et je ne crois pas qu’ils me suivent ou suivent les vieilles femmes qui vivent ici."

Il releva un sourcil.

"Alors... de quoi s’agit-il? Me suis-je mis dans une situation compromettante en t’aidant?"

"Probablement."

"J’apprécie ton honnêteté." Marius continua à contempler son nouvel ami.

 

"Qui sont-ils?"

"Des prétoriens."

Maintenant les deux sourcils étaient remontés.

"Bien... Je suis impressionné mon ami. Tout le monde n’attire pas l’attention personnelle de l’empereur."

Glaucus se caressa la barbe.

"Je suis très flatté," dit-il sarcastique.

 

"Qu’as-tu fait?"

"Apparemment, j’ai posé trop de questions parce que si c’est pour autre chose je n’ai pas d’idées."

"Questions sur...?"

"Mon père."

"Oh." Marius hocha la tête pensivement.

"Ainsi, l’empereur a entendu parler de ta curiosité et a ordonné à ses hommes de trouver pourquoi?"

"L’empereur n’en a pas entendu parler car je lui ai parlé directement …"

 

Marius se redressa.

"Quoi? Je n’ai jamais rencontré l’empereur …" Il tourna la tête en direction du palais " et je vis pratiquement sous son nez."

Pensif, il fronça les sourcils.

"Où l’as-tu rencontré?"

"En Germanie, il y a quelques semaines."

"En Germanie ! J’ai entendu dire qu’il était à l’Est."

"Il ne l’était pas quand je l’ai rencontré. Il était dans la forteresse de mon père à Vindobona... vivant dans la maison qui avait été construite pour mon père."

 

Marius détecta de l’amertume dans ces mots.

"L’empereur possède toutes choses dans l’empire, Glaucus," dit Marius gentiment. "S’il voulait venir ici et prendre cette insula pour lui-même, il le pourrait."

 

Glaucus regarda la lettre et se demanda s’il devait mentionner sa rencontre avec Septime à sa famille. Peut-être une autre fois, décida-t-il. Ce serait très difficile à expliquer. Marius attira son attention.

"Es-tu en danger?" Le ton de Marius était plus curieux qu’alarmé.

"Honnêtement, je n’en sais rien."

Marius se leva et alla à la fenêtre avec la grâce fluide d’un jeune homme dégingandé et appuyant les mains sur le rebord il se pencha pour examiner la cour.  

 

Finalement, il tourna le dos à la fenêtre, sa silhouette se dessinant à contre-jour.

"Tu ne me fais pas confiance, n’est-ce pas?"

Glaucus répondit sans la moindre hésitation.

"Je ne te connais pas et tant que je ne comprends pas pourquoi je suis suivi, je ne sais pas en qui je peux avoir confiance et je t’en ai sans doute déjà trop dit."

"Je ne te blâme pas car à ta place je réagirai de même."

"Merci de ta compréhension."

"Je dois admettre, cependant, que je suis curieux … sur toi et ton père. Le peu que tu m’as raconté attise mon intérêt. Je connais l’histoire, Glaucus, étudiant la politique comme je le fais. Je suis un admirateur de Marc Aurèle. Rome n’a plus jamais été la même depuis sa mort et la prise de contrôle de Commode.

Et puis ce fut pire encore quand il fut tué dans l'arène et que le pouvoir alla au plus offrant sous le contrôle des prétoriens."

 

Glaucus décida de profiter du tour que prenait la conversation.

"Tu n'as jamais entendu parler d'un commandant des prétoriens appelé Quintus? Je ne connais pas d'autre nom."

"Oui. Il fut commandant des prétoriens sous Commode." La tête de Marius tomba et il ferma les yeux comme si se couper du monde lui  permettrait de retrouver l'information désirée.

"Clarus. Son nom est Quintus Clarus, je crois."

"Tu as une bonne mémoire."

"J'ai la tête à retenir les futilités."

"Pour moi, ce n'est pas une futilité. Avant d'être le commandant des prétoriens, Quintus Clarus fut le légat de mon père. Il fut promu commandant la nuit de la mort de Marc Aurèle et de la disparition de mon père."

"Eh...C'est très intéressant, vraiment très intéressant, en fait."

"Que lui est-il arrivé?"

"Il prit le contrôle de Rome comme chef des prétoriens après la mort de Commode. Il y avait un sénateur en ce temps là, du nom de Graccus, je crois qui était chargé de transformer l'empire en république. Je ne suis pas sûr de celui qui lui a donné l’autorité pour le faire. Le jeune Lucius Verus aurait du succéder à Commode mais c'était juste un enfant et Graccus juste un sénateur. Aucun des deux n'avait le moindre pouvoir. Quintus et les prétoriens prirent le contrôle de Rome et mirent le trône à l'encan, les rentrées financières étant pour eux. Ce fut une des périodes les plus sombres de l'histoire romaine et l'empire fut très instable pendant un certain temps."

 

"Combien de temps?"

"Jusqu'à ce que Septime Sevère prenne le contrôle càd un certain temps."

"Qu'est-il arrivé à Quintus alors?"

"Sevère ne faisait pas confiance en ceux qu'il ne connaissait pas personnellement. Quand il fut entré dans Rome avec les armées du Nord, il remplaça tous les prétoriens par ses propres hommes. Je ne me rappelle pas de tous les détails mais ce fut une période intéressante. Sevère regroupa tous les prétoriens précédents, leurs enleva tout pouvoir et les envoya en exil."

"En exil?"

"Oui. Ils furent pas autorisés à vivre à moins de cent milles de Rome. Ils furent dépossédés de toutes leurs terres et de toutes leurs richesses, même de leurs chevaux. Je me rappelle maintenant ... une histoire sur prétorien dont le cheval a essayé de le suivre. Il a tué le cheval puis s'est tué. Ils ont été totalement disgraciés."

"Ainsi Quintus ne serait pas à Rome."

"C'est peu probable... même s'il est toujours vivant."

La bouche de Glaucus se pinça en une fine ligne.

"J'espérais le trouver ici car il a les réponses à bon nombre de mes questions."

"J'ai la possibilité de t'aider, Glaucus. J'ai des amis... des contacts... qui sont à Rome depuis longtemps. Des amis de mon père. Ils sont capables de t'aider à le retrouver."

 

Glaucus se leva et traversa la pièce pour s'appuyer contre le mur afin de voir le visage de Marius en pleine lumière.

"j'apprécie ton offre mais si tu m'aides saches que tu mets en jeu ta propre position ici. Sévère, quelqu'en soit les raisons, ne veux pas que je cherche des informations. Il a essayé de m'envoyer vers l'Orient et je suis sûr qu'il n'a pas apprécié que j'ai ignoré ses recommandations."

"Ce n'est pas un homme qui supporte que ses vœux ne soient pas exaucés," confirma Marius. "mais je suis un homme qui aime faire des pieds de nez même à ceux qui détiennent la puissance. Gardes ceci à l'esprit, Glaucus, un homme n'est empereur que tant qu'un autre homme n'essaye pas de le devenir. Les chances de régner longtemps ces jours-ci sont minces. C'est actuellement une fonction très incertaine. Sévère espère établir une dynastie mais ses chances de réussite sont extrêmement minces. Regardes le nombre d'empereur qui ont été assassinés …"

 

"Comme Marc Aurèle."

"Il y a eu de rumeurs à ce sujet mais rien ne fut jamais prouvé. Tu penses qu'il a été assassiné?"

"Oui."

"et... cela a quelque chose à voir avec ton père?"

"Il n'a rien à voir avec la mort de l’empereur," Dit Glaucus avec véhémence puis il baissa la voix, "mais il peut avoir su ce qui s'était passé. Comme je te l'ai dit Commode a ordonné son exécution la nuit de la mort de Marc Aurèle mais tout prouve qu'il a pu s’échapper."

 

"Pour aller où?"

"Je ne sais pas. Il est peut-être revenu en Espagne pour peu de temps puis après il disparaît."

"et c'est pourquoi tu penses qu'il peut avoir été emprisonné ici?"

"C'est possible."

"S'il a jamais été à Rome il y a de fortes chances pour qu'il ait échoué à la prison Tulienne mais personne ne peut survivre très longtemps dans ce trou infernal hanté par la maladie, donc ne place pas tes espoirs trop hauts. Les romains sont réputés pour tout écrire et tout enregistrer, cependant, si bien que s'il a été dans une prison, sa présence aura été enregistrée."

 

Marius avança pour faire face à Glaucus.

"Veux-tu que j'y aille à ta place? Ce serait plus sûr si tu restais dans l'ombre."

"Non, je dois le voir par moi-même." Il sourit pour adoucir ses propos. "Merci, Marius, mais j'ai besoin de le faire moi-même."

"Alors je viens avec toi." Il leva la main pour imposer le silence aux protestations de Glaucus.

"Tu n'as pas idée à quel point ma vie était ennuyeuse, mon ami, avant que tu n'arrives et apportes le mystère avec toi."

 

Il frappa l'épaule de Glaucus.

"Je ne m'attends pas à ce que tu me fasses confiance tant que je ne t'ai pas prouvé que tu le pouvais. En attendant, laisses-moi juste te suivre et t'aider de toutes les façons possibles."

Glaucus hésita un court moment avant d'accepter.

"Bien. Maintenant amusons-nous à perdre ton escorte de prétoriens."

"Que suggères-tu de faire?"

Marius grimaça et désigna la fenêtre.

"j'ai déjà joué ce genre de tour."

Le visage de Marius s'obscurcit comme il pensait. "Oh. Eh bien... ils ne feront pas attention à un groupe de vieilles femmes quittant l'insula?"

Ce fut au tour de Glaucus de hausser les sourcils.

 

"Chaque après midi, trois des dames vont faire des courses avec leurs servantes. Ca peut devenir un groupe de cinq."

"J'ai de la barbe au cas où tu ne l'aurais pas remarqué et tu es trop grand pour être une vieille dame."

"Rases-toi et... je me courberai. Les dames nous prêteront des vêtements et des perruques car elles s'ennuient aussi."

Glaucus se renfrogna.

"Arrêtes, ta barbe repoussera en quelques jours."

Glaucus grognant en portant la main à son menton puis il soupira et approuva et sa mauvaise humeur se changea progressivement en une grimace tandis qu'il suivait Marius hors de l'appartement.

 

Deux heures plus tard, cinq dames en train de bavarder et accompagnées de leurs servantes quittaient l'insula. De l'ombre, par delà la rue, les deux hommes  regardèrent distraitement le groupe avant de reporter leur regards sur la porte et de se réappuyer contre le mur espérant qu'ils seraient bientôt décharger de l’ennuyeuse mission de suivre Maximus Decimus Glaucus.

 

 

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