La leçon de natation

Mais quand je me réveillai, Maximus n'était pas là !

Ce ne fut pas un réveil agréable.

Ce ne fut pas une émergence languide comme j'aurais pu m'y attendre après la jouissance débridée de la veille et l'amour tendre et engourdi des heures qui avaient précédés l'aube.

Au lieu de cela mes yeux s'ouvrirent tout grands comme si mon esprit avait été dérangé par quelque son brutal.

Pourtant, il n'y avait pas eu de bruits, juste une brusque émergence d'un sommeil profond. Désorientée, le coeur battant la chamade, je m'assis et regardai autour de moi.

J'étais dans le lit de la petite cabine du Poséidon là où Maximus m'avait déposée quand il avait commencé à pleuvoir. Mon corps nu était recouvert d'une légère couverture qui avait glissé jusqu'à ma taille quand je m'étais assise.

La cabine avait été rangée avec un soin méticuleux qui dénotait un entraînement militaire. Mon peignoir avait été parfaitement plié et déposé sur une chaise, le panier et l'amphore sur le bureau, les tapis avaient retrouvés leur place et les coussins étaient empilés dans un coin.

La selle de Fulmen se trouvait contre le mur opposé.

Aucune de mes servantes n'auraient pu le faire plus soigneusement.

Le volet occultant le hublot était toujours en place mais un mince rayon de soleil s'insinuait à travers un espace entre deux planches en bois ne laissant aucun doute sur le fait qu'il ne pleuvait plus et que la matinée était déjà bien entamée.

Il ne devait pas être loin de midi.

La porte de la cabine était fermée

Et Maximus n'était pas là.

Peut-être était-ce l'absence de la chaleur de son corps qui m'avait réveillée si brutalement.

Peut-être qu'en roulant dans le lit à la recherche de cette chaleur, je n'avais trouvé qu'un vide froid, familier, redouté ...

Je paniquai en me rappelant un autre réveil solitaire, il y a six ans.

Où était-il?

Où était-il allé?

Il ne pouvait m'avoir abandonné … pas après cette nuit … pas après ce qui s'était passé entre nous la veille ...

Il m'avait promis qu'il serait là au matin, qu'il serait là quand j'ouvrirais les yeux.

Lui serait-il arrivé quelque chose de mal?

Proximo, irrité par la supercherie de Apollinarius, était-il revenu de Rome pour l'emmener même si les 9 jours prévus n'étaient pas encore écoulés (*)? Ou pire que tout, Commode avait-il envoyé ses prétoriens à la recherche de Maximus pour qu'ils le tuent?

En dehors de Rome, loin de la protection due à l'adulation de la foule, il était infiniment plus vulnérable aux exactions de l'empereur.

Aurais-je, involontairement, facilité les choses à ce dernier?

Aurais-je, involontairement, donné la chance à Commode de tuer Maximus comme j'avais, sans le faire exprès, permis aux gardes de Proximo de se moquer de lui et d'abuser de lui?

Mais si c'était le cas, comment ne m'étais-je pas éveillée? Maximus ne se serait pas laissé abattre sans combattre ... et pourquoi les prétoriens ne m'avaient-ils pas tuée?

Laisser derrière eux quelqu'un qui en connaissait autant que moi était un non sens ...

Ecartant ces pensées perturbantes de mon esprit qui courrait en tout sens, je bondis hors du lit, attrapai mon peignoir et fonçai dehors tout en nouant la ceinture tant bien que mal tellement mes doigts tremblaient.

La lumière du soleil m'accueillit violemment et je dus fermer les yeux pour lutter contre ce qui me sembla être l'attaque d'une myriade de minuscules couteaux brûlants et je vacillai.

J'avais l'impression que le pont roulait sous mes pieds et j'avais mal au coeur.

Mon estomac mit un certain à se remettre et ma tête à arrêter de tourner.

En tâtonnant, je parvins à saisir une corde et restai là un moment, respirant profondément et me maudissant, intérieurement, d'avoir quitté le lit si vite.

J'étais toujours là, agrippée à la corde et les yeux fermés, quand j'entendis un hennissement.

Je levai la tête brusquement, risquant une autre crise de nausée ... et ma gorge se serra à la vue s'offrant à moi : Maximus était en train de s'occuper de Fulmen près de la plage de l'étang. Il avait toujours sa robe couleur lie de vin mais en avait roulé les manches pour être plus à l'aise pour travailler. N'ayant ni brosse ni peigne, il utilisait une poignée d'herbe sèche pour étriller le dos du cheval.

Quand Fulmen hennit, pour la seconde fois, tout en secouant vigoureusement la tête, Maximus leva la sienne et me vit sur le pont, les joues pâles et les cheveux emmêlés.

Il sourit.

J'en eus une faiblesse et du m'agripper davantage à la corde pour ne pas tomber.

Puis je la lâchai et me précipitai vers lui en courant.

Avant d'aller s'occuper du cheval, Maximus avait positionné la passerelle du Poséidon afin d'éviter de devoir utiliser l'échelle de corde pour monter et descendre du bateau.

Mes pieds nus résonnèrent sur le bois tandis que je courrais vers lui et avant qu'il n'ait le temps de s'avancer vers moi, je me jetai dans ses bras.

Maximus m'attrapa, ma vitesse le forçant à faire un pas en arrière afin de garder son équilibre. Ses bras musclés se refermèrent, protecteurs, autour de mon corps et j'enserrai son cou des miens puis enfoui mon visage dans le creux de son cou, me pressant frénétiquement contre sa chaleur comme si je voulais m'y perdre … ce que je voulais en réalité.

"Tu es ici." Dis-je moitié riant moitié pleurant contre sa peau chaude, mon soulagement de le trouver ici et sain et sauf si intense que je ne pouvais contrôler les larmes brûlantes qui perlaient derrière mes paupières hermétiquement closes. "Tu es ici ... tu ne m'as pas abandonnée ..."

Maximus caressa mes cheveux emmêlés et pour me calmer embrassa ma tempe.

"Bien sûr que je suis ici." Murmura-t-il.

Incapable de m'arrêter, je sanglotais.

"Ici, ici..."

Maximus, gentiment, caressa ma nuque et sa voix profonde vibra dans les profondeurs de sa poitrine trouvant un écho dans la mienne comme je me tenais serrée fermement contre lui.

"Quand je me suis réveillée tu n'étais pas là," hoquetais-je. "Je pensais ... je pensais ..."

"Que je t'avais quittée?"

Avec un suprême effort, je me forçai à lever la tête et à plonger mon regard dans ses yeux couleur de mer.

Peu importe le nombre de fois que je les avais regardé, je ne pouvais m'empêcher de les trouver toujours aussi stupéfiants.

"Je craignais ..." Marmonnais-je ne voulant pas admettre que j'avais douté de lui même fugacement.

"Je craignais que quelque chose ... quelque chose de mal te soit arrivé ..."

Maximus sourit et son sourire était si doux, si plein de tendresse que je me sentis défaillir à nouveau et agrippai la fine laine de sa robe, mes jambes se dérobant sous le poids de mon corps.

"Je suis désolée de t'avoir effrayée," Dit-il toujours souriant, les rides aux coins de ses yeux s'approfondissant.

Mais comme ses cicatrices, ces rides ne gâtaient pas sa beauté rude et mâle. Au contraire, elles l'embellissaient, fières décorations d'un homme, qui assumait sa vie complètement et la vivait avec honneur et dignité.

Mes lèvres frémirent au son de la tendresse qui imprégnait sa voix.

J'essayais de les raffermir en les serrant l'une contre l'autre mais Maximus me devança en les caressant de son pouce calleux et, comme par enchantement, elles s'arrêtèrent de trembler avant de s'entrouvrir sous sa caresse.

Je suis un lève-tôt," continua-t-il. "C'est cela être soldat et fermier. Et si je reste au lit en étant pleinement éveillé, je deviens agité. Tu dormais bien et je ne voulais pas te réveiller ..."

"Tu aurais du me réveiller." Soufflais-je car, perdue dans la contemplation de ses yeux aigue-marine et si éperdue de soulagement, je pouvais à peine parler.

Maximus sourit à nouveau et entoura de ses grandes mains calleuses mon visage.

"J'admets que l'idée m'a traversé l'esprit ..." Dit-il doucement avec un petit sourire effronté. "mais tu semblais avoir grandement besoin de repos. Je suis resté longtemps à te regarder dormir ... "

A la seule pensée de Maximus me contemplant pendant que j'étais inconsciente, mes joues devinrent brûlantes car je me demandais ce qu'il avait vu pendant que j'étais allongée sans défense à ses côtés.

Comme s'il avait lu dans mon esprit, Maximus repoussa, de son autre main, une mèche de cheveux emmêlés de mon visage.

"J'aime te regarder quand tu dors. Tu ressembles à un chaton, tout de douceur, de confiance et de chaleur ..."

Me sentant devenir encore plus rouge, je baissai les yeux avec une modestie que, plus que probablement, la grande vestale aurait trouvée touchante.

Avant que je puisse parler, avant que je puisse dire que moi aussi j'aimais le regarder dormir, il y eut un doux renâclement et un souffle chaud chatouilla mon oreille.

Nous nous tournâmes et Fulmen poussa sa grande tête couleur bai entre nous ce qui nous fit rire aux éclats.

Maximus prit le licou de l'étalon d'une main et se baissa pour attraper de l'autre la poignée d'herbe qu'il utilisait pour le bouchonner et qu'il avait laissée tomber pour m'accueillir.

"Hello, mon précieux," Dis-je en attrapant aussi son licou et en caressant ses naseaux doux comme du velours.

Le cheval me répondit d'un autre doux renâclement. "Tu n'aimes pas que l'on t'ignore, n'est-ce pas ?"

L'étalon roula ses magnifiques yeux bruns si intelligents et je ris à nouveau. Oh, oui. Pour les chevaux et les chats nous nous comprenions parfaitement.

"Pauvre garçon." Continuais-je en frottant son front.

Maximus était retourné à son travail et sous cette double attention, le cheval exprima son contentement d'un doux hennissement de plaisir.

"Où étais-tu durant la pluie, hhm? Ton étable confortable te manquait?"

"Après l'avoir dessellé, je l'ai lié, lâchement, près des arbres si bien qu'il a pu s'abriter dessous. Quand je l'ai trouvé ce matin, il avait réussi à se libérer de son lien et était en train de pâturer près de l'étang, tout à fait sec." Commenta Maximus en continuant à étriller la croupe du cheval.

"Je t'avais dit que Fulmen était un cheval intelligent. " Dis-je tout en caressant le nez de velours de l'animal, animée d'une fierté de propriétaire. "Il a du talent quand il s'agit d'échapper à ses liens. C'est ainsi qu'il s'est enfui avec Luna."

L'étalon semblait suivre la conversation avec attention et, à la mention de la pouliche gris argenté, il retroussa légèrement les lèvres pour montrer ses dents.

Je ris puis demandai avec un sérieux feint.

"Ton descendant sera-t-il aussi finaud que toi, mon beau? Si oui, je vais devoir ordonner de renforcer vos liens à tous les deux!"

Maximus leva la tête.

"Pourquoi as-tu dit que tu verrais s'il transfère bien ses qualités quand Luna aura pouliné? Est-ce que les deux juments que tu as eues avec lui n'étaient pas enceintes?"

"Oh, si. Elles ont produit deux beaux poulains mais ce n'étaient pas les fils de Fulmen." Dis-je tout en cherchant une autre poignée d'herbe pour l'aider à frotter l'étalon.

"Quand Sempronius s'est rendu à la ferme de mon client pour choisir des chevaux, il a vu quelques bons étalons là-bas et il a choisi Fulmen et deux juments qui avaient été couvertes par d'autres étalons. Il a dit que ces étalons avaient engendrés déjà de beaux poulains et que si nous voulons nous lancer dans l'élevage et la reproduction, nous devons nous assurer de pouvoir avoir du sang de différentes lignées autrement nous risquons trop de croisement consanguin et d'avoir des animaux fragiles."

Maximus siffla d'admiration.

"Ton maître d'écurie connaît vraiment bien son métier." Dit-il. "Où as-tu eu ce trésor?"

Je souris satisfaire du fait que Maximus voie Sempronius de la même manière que moi sans l'avoir encore rencontré.

"Mon mari l'a acheté comme esclave pour le chantier naval deux ans avant notre mariage." Lui expliquais-je avant de commencer à frotter l'autre croupe de l'étalon. "Il était très jeune et très fort, à peine ... rompu..." dis-je en hésitant à utiliser ce mot.

Maximus poursuivais son travail comme si je n'avais rien dit.

"Puis, un jour, alors qu'il travaillait au chantier naval, il y eut un accident et un boeuf qui avait l'habitude de tirer un chariot fut blessé ..." Expliquais-je tout en frottant consciencieusement la peau bai brillante. "Le boeuf était blessé et effrayé et il devint sauvage et le contremaître allait donner l'ordre de le tuer avait qu'il ne crée un plus grand dommage au chantier naval quand Sempronius força un passage jusqu'à l'animal, en prit le contrôle et le calma avant de soigner la blessure."

"Les bœufs sont des animaux paisibles la plupart du temps mais il est vrai que quand ils sont effrayés ou blessés, il peuvent devenir dangereux." Exposa Maximus. "Il faut une sacrée force physique cependant pour les contrôler ..."

J'approuvai.

Sempronius était fort assez pour mettre à terre un cheval adulte à mains nues.

Je l'avais déjà vu faire quand il fallait soigner un cheval blessé.

"Mon mari fut très impressionné et quand le boeuf guérit grâce aux soins de Sempronius, il décida que c'était une perte que ce dernier continue à travailler au chantier et le ramena ici pour qu'il travaille aux écuries."

Maximus me regarda par-dessus le large dos de Fulmen mais ne dit rien.

"Quand il était jeune et en bonne santé, mon mari avait l'habitude de galoper et gardait de nombreux chevaux." Répondis-je sa question muette. "Puis il tomba malade et ne pouvait prendre le risque de faire une chute alors il décida d'arrêter les chevauchées. Mais il adorait toujours les chevaux … Sempronius faisait des miracles avec les animaux et démontrait qu'il s'y connaissait dans leur alimentation et dans les soins à leurs apporter. Si bien que quand le maître d'écurie de mon mari mourut l'hiver suivant, il hérita du travail et … continue à faire des miracles."

"Combien de chevaux as-tu actuellement?"

"20." Dis-je en me déplaçant vers les épaules de l'étalon.

Maximus siffla à nouveau.

"Tous ne sont pas des chevaux de selle." Dis-je. "Il y en a une paire qui tire mon attelage. Fulmen, Luna, Sidereum, Nebula et Lux et leurs poulains. Puis il y a les ancêtres dont deux sont si lents et si gras que même Apollinarius ose les monter!"

Maximus gloussa mais ne dit rien.

"Puis il y a quelques vieux animaux qui gagnent leur pitance en tirant les chariots du jardin tout en profitant d'une ballade au soleil."

"Il y a combien de personnes pour aider Sempronius?"

"3... plus l'inestimable Simacus."

"Et Ferox!" Ajouta Maximus avec un sourire en coin.

"Et Ferox, oui," Ris-je. "Je me demande ce que le mastiff de Sempronius a à dire de lui ..."

Tout en parlant nous finîmes de soigner l'étalon. La queue et la crinière devraient attendre notre retour à la villa pour être peignées à moins que je ne me serve d'une de mes brosses.

Maximus donna une petite tape sur la croupe de Fulmen et le cheval balança la tête avant de trotter vers un succulent coin d'herbe et de pâturer.

Nous regardâmes le cheval dans un silence complice pendant un moment puis Maximus passa un bras autour de mes épaules et m'attira contre lui.

Avec un sourire, j'encerclais sa taille de mes bras et enfouit, à nouveau, mon visage contre son cou, respirant avec avidité son odeur de male mélangée maintenant à une senteur de cuir et de cheval ... et, soudain, je pris conscience que j'étais nue sous mon peignoir en soie et sentait le sommeil et le sexe quelque chose que Maximus devait déjà avoir perçu.

"Tu n'as pas déjeuner, n'est-ce pas?" Demanda-t-il.

Je fis non de la tête.

Mon réveil avait été trop brutal et trop troublé que pour penser au déjeuner et, maintenant, à la mention de ce dernier, mon estomac tourna.

C'était vraiment très inhabituel.

Je me réveillai habituellement désireuse de mon eau aromatisée au citron et au miel et ne manquait jamais mes fruits coupés et mes céréales cuites.

Le déjeuner était un moment de la journée que j'appréciais vraiment beaucoup car c'était un moment paisible pour discuter avec Apollinarius, de politique, de travail ou tout simplement de rumeurs mondaines. Mais ce matin, la simple évocation de la nourriture non seulement ne m'attirait pas du tout mais me rendait vaguement malade.

"Tu veux quelque chose avant que nous continuions?" Demanda Maximus.

Mon estomac tourna à nouveau.

"Non," Répondis-je. "Je pense que j'ai trop mangé la nuit dernière. J'ai toujours la sensation d'être … pleine ..."

Maximus releva du bout de son index mon menton et je me perdis, à nouveau, dans les profondeurs chaudes de ses yeux couleurs de mer.

"Bien." Dit-il. "Ce serait dommage de gaspiller une aussi belle journée ..."

Il faisait, en effet, superbe, le ciel, au-dessus de nos têtes, était turquoise comme un dais de soie et le soleil brillait tel un disque en or poli, sa chaleur nous enveloppant comme une douce couverture.

"Qu'as-tu en tête?" Demandais-je en me blottissant encore plus contre lui.

"Et bien c'est une journée parfaite pour accompli une promesse." Me répondit-il.

Une promesse? De quoi parlait-il donc?

Je levai la tête et relevait les sourcils d'un air interrogateur.

Maximus sourit.

"La journée parfaite pour ta première leçon de natation ..."

Je flanchai comme si j'avais reçu le contenu d’un s’eau d’eau froide en pleine figure.

Une leçon de natation?

Pas question!

"Maximus..." Commençais-je.

Il posa un doigt sur mes lèvres pour me faire taire.

"Julia, Je t'ai fait une promesse, il y a six ans et j'y ai manqué. Or, je tiens toujours parole ..."

Je me débattis dans ses bras tentant de me libérer.

Sentant mon désarroi Maximus me laissa aller.

Je reculai d'un pas puis plongeai mon regard dans le sien.

"D'accord, Maximus, je te libère de ta promesse ..."

Il resta silencieux un moment puis hocha la tête.

"Tu peux me libérer de ma promesse, Julia, mais tu ne peux me libérer ni de ma responsabilité ni de mon souci ..."

"Que veux-tu dire?"

"Savoir nager c'est comme savoir monter à cheval. Cela peut te sauver la vie ..."

Je me tordis les mains nerveusement.

"Maximus, ma vie se passe ici et à Rome... Je ne vais jamais sur les bateaux... et quand je voyage – ce qui est rare – je le fais par voie de terre ..."

"Que se passera-t-il si tu dois voyager par bateau? Comment penses-tu que tu te sentiras si tu dois passer des semaines en mer, sans savoir nager?"

A cette simple idée, mon estomac tourna encore une fois mais j'écartai cette éventualité d'un geste de la main.

"Impossible. Je n'envisage pas d'aller où que ce soit en bateau. En ce qui concerne le travail ... je paie des gens pour faire les trajets ... et je les paie bien."

"Des voyages ne sont pas toujours planifiés. Parfois tu dois les faire sans avoir le choix ..."

Il alla à moi et quand il me prit dans ses bras, je n'offris aucune résistance.

"Julia, tu te rappelles ce que tu m'as dit quand tu m'as demandé si je t'apprendrais à nager?"

Est-ce que je m'en rappelais?

Oh, oui. Les évènements de cette nuit étaient gravés dans mon esprit comme tous les mots que nous avions échangés et tous les moments que j'avais passés avec lui.

Le coeur brisé et droguée par l'opium, mon corps nu à peine enveloppé d'une tunique couleur de mer si mince qu'elle ressemblait à une poignée d'écume, je l'avais prié d'enlever sa cuirasse en cuir et de me tenir dans ses bras.

Je l'avais prié de me tenir serrée contre lui puis avais rampé sur ses genoux et, brûlante du désir primitif de m'accoupler, de le sentir planter sa semence dans mon ventre, j'avais essayé qu'il me prenne.

Mais il m'avait rejetée une fois de plus et j'avais pleuré mon désespoir dans ses bras, balbutiant des paroles incohérentes et lui demandant de m'apprendre à nager

Ses derniers mots avant que je ne tombe endormie tourbillonnaient encore dans mon esprit.

"Oui, Julia. Je vous apprendrai à nager..."

Mais quand je m'étais réveillée, il n'était plus là et, durant les jours qui suivirent, je ne le vis plus qu'une fois, et de loin, quand il traversait le camp avec l'empereur.

Et puis était venu notre au-revoir, une aube d'été, moi assise sur ma monture et lui à mes côtés, revêtu de sa regalia.

La voix grondante de Maximus me ramena de mes rêveries.

"Tu as dit que tu avais peur de l'eau, que tu avais peur de te noyer et que tu n'aimais pas être effrayée … que tu ne voulais plus jamais être effrayée ..."

Ma gorge se serra au souvenir de la peine qui emplissait mon coeur quand j'avais prononcé ces paroles ... et une violente émotion m'envahit parce qu'il s'en souvenait.

"Julia," continua-t-il doucement, "Cela me contrarie que tu aies toujours peur de te noyer ..."

Je me détendis dans ses bras.

"Maximus, ce n'est pas vraiment nécessaire ..."

Il embrassa le sommet de ma tête.

"Julia, si tu ne veux pas le faire pour toi, voudrais-tu le faire, au moins, pour moi? S'il te plait?"

"J'ai peur ..." Laissais-je échapper.

"Il n'y a aucune raison d'avoir peur ..."

J'enfouis mon visage contre son épaule.

"Bien sûr que si." Protestais-je.

"Julia, as-tu jamais mis un pied dans l'étang?"

Le visage toujours enfouis dans son épaule, je fis non de la tête.

"Il est très peu profond... au point le plus bas, l'eau atteint à peine ma poitrine ..."

"C'est suffisant pour se noyer!"

Mes mots furent étouffés par sa robe.

Maximus gloussa.

"Je ne permettrai pas que quelque chose de mal t'arrive..."

J'essayai autre chose.

"L'eau doit être froide..."

"Fais-moi confiance elle est chaude assez. J'ai pris un bain un peu plus tôt et elle était parfaite ..."

Je me dandinai d'un pied sur l'autre.

"Le fond doit être vaseux ... je n'aime pas marcher sur la vase ..."

"Il n'y a pas de vase, Julia, juste du sable et des pierres arrondies ..."

A court d'objections, j'essayai une manoeuvre toute féminine.

"Je n'ai pas les vêtements adéquats ..."

Maximus éclata de rire. Il pris ma tête dans le creux de sa main et me força gentiment à le regarder.

"Julia, tu n'as pas besoin de vêtements pour apprendre à nager!"

A peine ces mots avaient-ils quitté ses lèvres qu'il se dégrisait et ajoutait.

"Quoique je ne pense pas que ce serait une bonne idée ... Tu n'as pas, sous la main, une ‘petite’ tunique comme celle que tu portais à la plage?"

Ignorant volontairement le mot ‘petite’, je rétorquai,

"Non! Je porte ces tuniques uniquement aux piscines de la villa ou à la plage ..."

Maximus réfléchit aux problèmes de notre garde-robe.

"Et une vieille tunique? Une que tu accepterais de déchirer afin de raccourcir la jupe?"

"Peut-être ..." Acquiesçais-je en fronçant les sourcils.

Maximus leva un sourcil.

"J'ai une vieille tunique de monte ..." Admis-je, à contrecœur, l'esprit toujours en train de chercher frénétiquement une échappatoire à cette leçon de natation non désirée ... et au risque de me rendre ridicule devant Maximus.

"Elle s'est déchirée quand j'ai frôlé une buisson épineux en venant un jour ici et je l'ai laissée sur le bateau après m'être changée ..."

"Cela fera l'affaire," Dit Maximus en souriant puis il me libéra et me poussa délicatement vers le Poséidon.

"Va la mettre. Enroule tes cheveux aussi, ce sera plus confortable. Je t'attends ici ..."

Je le regardai avec des yeux de jeune chiot suppliant mais il se contenta de me sourire et de me pousser à nouveau vers le bateau.

"Va." Répéta-t-il.

Je me forçai à faire ce qu'il me disait et, résignée, traînai mes pieds nus et humides jusqu'à la passerelle.

Je l'avais presque gravie quand Maximus m'appela.

"Julia?"

Je me tournai vers lui et le vit debout sur les pierres.

"Merci." Dit-il doucement et il me sourit de ce sourire plein d'amour qu'il m'avait déjà offert la nuit précédente quand nous parlions de chevaux et mon coeur bondit dans ma poitrine avant de fondre d'amour.

Risquer de se noyer était un prix honnête à payer pour un tel sourire.

J'essayai de retarder mon retour du plus que je pouvais mais il ne m'était pas possible de postposer l'inévitable.

Et je savais déjà que quand Maximus avait quelque chose en tête, il pouvait devenir aussi inexorable que le destin lui-même.

Alors, je me lavai, mis la tunique déchirée, coiffai mes cheveux en un chignon improvisé duquel mes boucles rebelles faisaient de leur mieux pour s'échapper et revins sur le pont avec l'enthousiasme d'un condamné à mort marchant vers le lieu de son exécution.

Je découvris Maximus toujours habillé, assis sur la passerelle, les jambes se balançant au-dessus de l'étang comme un garçon profitant d'un agréable et paisible moment de solitude.

Quand il me vit, il sourit mais ne se leva pas.

"Bien." Dit-il. "Très bien. Approche, Julia" et il tapota la passerelle à côté de lui.

Je fis deux pas et me retrouvai près de lui.

Maximus suivit du doigt la déchirure de la jupe là où elle avait été prise pas les épines et la contempla un moment puis il prit le tissu dans ses fortes mains et le déchira.

Après quelque tiraillements et déchirements supplémentaires, la tunique n'avait plus qu'une très courte jupe se terminant environ 4 pouces au-dessus de mes genoux càd qu'elle avait la même longueur que le coton que j'avais porté à la plage.

"Cela ira ainsi," Dit Maximus visiblement satisfait de son oeuvre. Pendant qu'il parlait une de ses mains calleuses caressait mes mollets me faisant frissonner.

"Des jambes superbes," Commenta-t-il d'un ton neutre en se levant. "mais ce n'est pas une nouvelle, n'est-ce pas? Tout chez toi est superbe..."

Je pensais qu'il allait m'embrasser et déjà mes lèvres s'entrouvraient spontanément mais au lieu de cela, il enleva sa robe, la plia soigneusement et la posa sur la rambarde puis il retira ses sandales et les jeta sur le pont.

Prenant ma main, il descendit la passerelle et je le suivis en rechignant.

Quand nous atteignîmes les pierres, il m'aida à poser les pieds dessus puis avant que je puisse me douter de ce qu'il allait faire, il sauta dans l'étang m'éclaboussant par la même occasion.

Instinctivement, je fermai les yeux.

"Viens, Julia," Dit-il et je les rouvris avec précaution.

J'étais sur les pierres, des gouttes d'eau glissant le long de mes jambes avec Maximus, devant moi, dans l'eau.

Elle était peu profonde, en effet, ... l'eau atteignait à peine la partie supérieure de ses puissantes cuisses ...

"Viens," Dit-il avec un sourire d'encouragement. "l'eau est délicieuse ..."

Je ne bougeai pas.

Maximus se rapprocha et effleura mon pied droit du bout de ses doigts.

"Viens." M'exhorta-t-il pendant que ses doigts caressaient ma cheville et le contour de mon mollet.

J'aurais voulu reculer mais il n'y avait pas assez d'espace pour une telle manoeuvre.

"Saute, Julia. C'est amusant." Dit Maximus en continuant à caresser ma cheville.

"Je ne peux pas," Marmonnais-je.

"Bien sûr que tu peux!"

"J'ai peur!"

J'étais proche des larmes et Maximus le remarqua. Il continua de caresser mon mollet et leva une main pour toucher la mienne.

En dépit de ma réticence à prendre part à la leçon de natation, je ne perdis pas un instant d'entrelacer mes doigts avec les siens.

"Julia, des enfants sont capables de nager avant même de savoir marcher correctement ..."

"Je ne suis pas un enfant!"

"Chaque être vivant peut nager." Insista-t-il. "Tu n'est pas différente."

"Les animaux naissent en sachant comment faire ... je suis née en ayant peur de l'eau!"

Maximus sourit.

"Julia, tu as appris à contrôler des choses plus difficiles comme gérer une flotte. Comparé à cela, nager est un jeu d'enfant. Viens..."

A nouveau, j'essayais de reculer, juste pour me rappeler qu'il n'y avait pas assez de place pour le faire.

La seule échappatoire semblait m'enfuir le long de la passerelle et de me barricader dans la cabine. Comparé à l'humiliation qui en résulterait, me noyer semblait un choix plus anodin.

Je sautai.

J'eus l'amère satisfaction de prendre Maximus par surprise mais, rapide comme l'éclair il m'attrapa et m'empêcha de tomber sur lui.

Je jetai mes bras autour de son cou et le serrai frénétiquement, mes orteils touchaient à peine le fond mystérieux et inquiétant de l'étang.

"Là, là." Dit-il en me serrant en retour. Mon coeur battait si violemment que j'étais certaine que Maximus pouvait sentir ses battements comme de petits coups contre sa poitrine.

"Tu vois?" Continua-t-il d'un ton très raisonnable. "L'étang est vraiment peu profond. L'eau atteint à peine tes hanches ... Et elle n'est pas froide n'est-ce pas?"

"Non," Grommelais-je.

Il avait raison.

Non, l'eau n'était pas froide, elle était délicieuse.

"Maintenant nous devons aller là où l'eau est un peu plus profonde ..."

Le peu de confiance en moi que j'avais réussi à rassembler s'évanouit comme un nuage de fumée dans le vent.

"Pourquoi ne pouvons nous pas le faire ici?"

"Parce que ce n'est pas assez profond et, avec toutes ces statues et leurs piédestaux à côtés du bateau, nous sommes un peu à l'étroit. Nous avons besoin de plus d'espace, d'accord?"

Se libérant de mon emprise, Maximus prit ma main et gentiment tira dessus.

"Viens. Ne soit pas effrayée, l'étang est peu profond et je suis à tes côtés ..."

Nous fîmes quelques pas puis je trébuchai sur une pierre lisse. Le bras puissant de Maximus entoura immédiatement ma taille et quand je recouvris mon équilibre, il me guida vers le centre de l'étang. A mi-chemin, l'eau atteignait mes fesses et j'hésitai.

"C'est parfait, Julia. Plus que parfait..."

Mais les six pas suivants firent s'envoler tout le courage que j'avais pu rassembler et même la considérable persuasion de Maximus n'y pu rien changer.

Finalement quand l'eau atteignit ma taille, il sembla satisfait.

"Maintenant c'est assez profond et pas dangereux. Tu te sens bien?"

J'acquiesçai en grommelant.

"Bien, maintenant je veux que tu te détendes. Il n'y a pas de secret dans la natation, Julia. Il faut juste se relaxer et laisser l'eau te porter …"

"L'eau ne peut me porter!" Protestais-je. "Si tu jettes une pierre dans l'eau, elle coule!"

Maximus gloussa.

"Les pierres coulent mais les gens qui sont finauds assez pour se relaxer, flottent … et flotter est la première étape de la natation."

Cela retint mon attention. Maximus le remarqua et comme l'aurait fait un bon professeur ne perdit pas de temps à continuer son enseignement.

Admiratif, Apollinarius aurait applaudit.

"Ceux qui sont effrayés par l'eau – comme toi, maintenant, ce qui ne sera plus le cas après que je t'aurai appris à nager -- se tendent et c'est pourquoi ils coulent. Quand tu te tends, tu arrêtes de respirer en même temps et cela t'aide à couler ..."

Je fronçai les sourcils.

Apollinarius m'avait enseignée quelques bases scientifiques mais je préférais la philosophie.

Maximus poursuivit avec la logique implacable et la précision d'un ingénieur militaire … ou d'un commandant de légion.

"Si tu te détends, l'eau te porte et tu flottes. Si tu respires profondément et calmement, tu flottes mieux. Nager n'est qu'une question de détente et de respiration régulière et profonde puis de quelques mouvements simples ... Il n'y a pas de secrets, Julia. Tout le monde peut le faire ..."

Tout en parlant, Maximus avait pris de l'eau dans ses mains et la versait sur mes épaules. Puis en reprit pour la verser sur ma poitrine. Mes mamelons se dressèrent en réponse et je frissonnai.

"Si tu restes comme cela sans mouiller ton corps, entrer dans l'eau te paraîtra désagréable ... car pour apprendre à nager tu vas devoir entrer dans l'eau ..."

Je lui lançai un regard féroce auquel il répondit par un sourire effronté, puis il m'aspergea tout le haut du corps … je le laissai faire.

Quand ma tunique fut bien mouillée, qu'elle se colla à ma poitrine et que mes bras ruisselèrent d'eau, Maximus plongea rapidement dans l'étang. Je n'eus pas le temps de sursauter qu'il refaisait déjà surface, l'eau dégoulinant sur sa peau tendue et bronzée, contournant ses muscles merveilleusement développés. Voyant cela, j'en oubliai presque ma peur de l'eau ...

"Maintenant, Julia, je vais mouiller ton visage ..."

"Non!"

Brutalement tirée de ma contemplation béate, je me détournai.

Maximus me laissa le temps de me calmer.

"Julia, tu ne peux apprendre à nager sans avoir le visage mouillé ..."

Tournant toujours le dos à Maximus, je m'étreignis dans un geste de détresse sans équivoque.

Entourant mes épaules de son bras, il m'obligea gentiment à me tourner vers lui et je le laissai faire.

"Ce n'est pas si terrible ... tu as le visage mouillé quand tu prends un bain ou quand tu te laves les cheveux ..." Dit-il doucement, ses lèvres contre ma tempe.

Sa voix était basse, et si douce que même ma peur animale de l'eau ne fut pas capable d’y résister.

Je lui offris un petit sourire nerveux. Maximus me répondit par un de ses sourires époustouflants.

"C'est mieux. C'est vraiment mieux..."

En disant cela, Maximus prit de l'eau et leva la main.

"Ferme les yeux. J'irais lentement ..."

Je ne pus qu'obéir et fermai les paupières dès que je sentis les premières gouttes sur mon visage. Elles glissèrent sur ma joue avant de dégouliner le long de mon cou.

Ce n'était pas désagréable.

Puis ce fut le tour de ma deuxième joue et puis celui de mon front.

Quand l'eau coula le long de mon nez, je sortis la langue pour happer quelques gouttelettes.

Maximus gloussa à nouveau.

"Tu vois? Ce n'est pas si désagréable?"

Il continua jusqu'à ce que ma figure soit complètement humide et que les quelques boucles qui avaient échappé à mon chignon, soient plaquées contre ma peau mouillée.

Maximus les repoussa et je rouvris les yeux juste à temps pour le voir me prendre dans ses bras à sa manière souple et déliée.

Puis … il s'engagea encore un peu plus loin dans l'étang.

"Que fais-tu?" Criais-je, un regain de panique m'envahissant et je resserrai la prise de mes bras autour de son cou.

Maximus m'embrassa la tempe.

"chuuut, Julia. Détends-toi. Ferme les yeux et détends-toi autant que tu peux ... "

Je mordis ma lèvre supérieure puis ma lèvre inférieure.

"Viens, Julia. Tu peux le faire ..."

"Je ne peux pas ..." Rétorquais-je d'une petite voix.

"Bien sûr que tu peux." Répondis Maximus d'une voix raisonnable et patiente en se déplaçant lentement.

"Respire profondément et calmement ..."

Je pris une grande inspiration frissonnante.

"Bien." Fredonna-t-il tout en marchant. "Très bien mais tu peux faire mieux ... Essaie encore ..."

Tiraillée entre ma crainte de l'eau et ma peur de me rendre ridicule aux yeux de Maximus, je déglutis péniblement et pris une autre inspiration profonde et tremblante.

"Cela n'ira pas ... je ne peux pas le faire." Murmurais-je mais Maximus fit comme s'il ne m'avait pas entendue.

"Julia, qu'as-tu ressentis la première fois que tu es montée à cheval?"

Je clignais des yeux avant de les ouvrir et de le regarder. La tête de Maximus était penchée vers la mienne et ses yeux verts n'étaient que douceur et gentillesse.

"Ce... C'était quelque chose que je n'avais jamais ressenti ... C'était excitant ..."

"Et tu n'as pas eu peur?"

Je fis non de la tête.

"Même pas un peu?"

"Peut-être un peu." Admis-je. "Je n'avais que 8 ans ... et le cheval n'était pas vraiment un poney ... Même si j'étais grande, le cheval était encore plus grand ..."

Comme je parlais, je relâchai mon étreinte sur son cou et reposai ma tête de manière plus détendue contre lui.

"Es-tu jamais tombée de cheval?"

Je pouffai.

"Des dizaines de fois ... et pas seulement quand j'étais enfant et le plus souvent quand j'essayais de sauter..."

"Sauter?"

Je pouffai encore plus.

"Je n'ai plus essayé depuis des années ... Je n'y suis pas bonne ... j'ai appris par moi-même ... J'avais environ 14 ans et le faisais en secret ..."

Je souris au souvenir de la peine que j'avais à tenir caché mes essais temporaires et les vêtements salis et les bleus qui ornaient mon corps après mes inévitables chutes … et de la rage de Turia quand ces bleus m'empêchaient de participer à une des soirées de Cassius.

Elle m'avait frappée mais le lui avait caché en lui racontant que je n'étais pas disponible autrement il l'aurait battue pour avoir été suffisamment négligente que pour me laisser risquer mon précieux cou en sautant les barrières de la villa.

Complètement distraite et par les souvenirs et l'excitation de les partager avec Maximus, je ne remarquai pas, que pour la première fois de ma vie, le passé ne me faisait pas mal et que, même, cet épisode me réjouissait.

"Ma... gardienne ... m'interdisait de le faire mais je m'échappais et le refaisais ... J'ai été punie plus d'une fois et puis quand nous sommes allés en Mésie je n'ai plus eu l'occasion de le faire …"

"Pourquoi continuais-tu à le faire en dépit du risque d'être punie?"

J'arrondis le dos et fermai les yeux.

Puis je parlai et ma voix me sembla lointaine, comme dans un rêve.

"Parce que si quand je chevauchais, je me sentais libre comme je ne m'étais jamais sentie ... quand je m'envolais avec mon cheval au dessus de la barrière, je me sentais … puissante … irrésistible ..."

Soudain, Maximus se pencha vers la droite et mon dos descendit abruptement vers la surface de l'étang tandis que mes jambes se levaient dans les airs. Je hurlai mais … de surprise.

Le mouvement rapprocha sa figure de la mienne tandis qu'il me laissait suspendue à la surface de l'étang.

"Nager c'est un peu comme chevaucher, Julia... On peut y trouver une forme de liberté ... et aussi une certaine forme de puissance ..."

Il se releva m'éloignant de l'eau.

Je fronçai les sourcils et un de mes doigts joua machinalement avec le lien en cuir encerclant son cou puissant pendant que je réfléchissais à ce qu'il venait de me dire.

"L'eau n'est pas une ennemie ..."

Mon froncement de sourcils s'accentua.

"Mais elle peut te tuer ..."

"Elle peut te tuer si tu ne sais pas comment te comporter avec elle ..."

Mon doigt continuait à jouer avec la lanière comme s'il était doué d'une vie propre.

"Tu peux te noyer même en sachant nager ..."

"Et tu peux te rompre le cou même en sachant monter à cheval ..."

Je levai les yeux pour le regarder.

"L'eau n'est pas ton ennemie, Julia." Insista-t-il "A moins que … tu ne t'en fasses une ennemie ... La même chose se passe avec les chevaux. Ils sont grands et forts et ont un esprit bien à eux et méritent le respect ... mais néanmoins tu peux les chevaucher..."

La logique de ses propos m'émerveilla et je plongeai dans ses yeux à la recherche de ce qui y brûlait au-delà de leur beauté, de leur couleur et de leur chaleur.

"Fais-moi confiance." Insistait gentiment Maximus.

Et c'est ce que je fis.

Je pris une profonde, très profonde inspiration, fermai les yeux et reposai ma tête sur son épaule.

Je pris une profonde, très profonde inspiration et, cette fois, sans frissonner.

Je pris une profonde, très profonde inspiration et me laissai envelopper par sa chaleur.

J'ignore combien de temps nous sommes restés ainsi mais, à un certain moment, Maximus parla et sa voix me sembla venir de très très loin ...

"Maintenant, je vais te plonger dans l'eau ... Ne t'inquiète pas, je te soutiens. Ce ne sera pas très différent que de te déposer sur ton lit ..."

"Hmmm?"

Une langueur profonde, très profonde semblait s'être emparée de moi.

Au loin, j'entendis le rire doux de Maximus et c'était comme écouter un tonnerre grondant dans le lointain.

Il m'abaissa dans l'étang prudemment et je ne protestai pas quand l'eau m'entoura, mouillant mes cheveux et atteignant mes oreilles.

Une de ses grandes mains chaudes supportait ma nuque tandis que l'autre soutenait mes reins.

"Bien ... Bien..."

L'eau n'était ni froide ni chaude plutôt quelque chose d'intermédiaire et de délicieux. Un peu comme une soie liquide qui me berçait doucement.

Je pense que je devais sourire...

"Etends les bras ..."

Sans soulever les paupières, j'obéis avec la confiance aveugle et entière de l'enfant qui sait qu'elle est protégée et en sécurité en dépit du fait qu'elle se trouve dans un environnement inquiétant.

Une fois étendus, mes bras semblaient bouger d'eux-mêmes, brassant lentement l'eau clapotante et soyeuse.

"Julia..."

"Hmmm?"

"Ouvre les yeux ..."

Cela me contrariait quelque peu d'être tirée de cet état confortable et apaisant mais je fis ce qu'il me demandait et vit Maximus me surplombant. Il avait son doux sourire et je lui souris en retour.

Puis, il caressa délicatement ma figure et je remarquai qu'il ne me soutenait plus du tout … je flottais sur le dos, complètement détendue, l'eau de l'étang me berçant gentiment ...

J'étais en train de flotter.

Flotter!

Je l'avais fait et ça n'avait pas été si difficile.

En vérité, cela n'avait pas été difficile du tout.

L'étonnement fut remplacé par une grande allégresse.

Oh oui, il avait raison.

Tellement raison.

C'était vraiment proche de la chevauchée.

Vraiment très proche du saut au-dessus de la barrière.

Il suffisait de se laisser aller ...

J'éclatai de rire et Maximus rit avec moi.

Je coulai.

Mon enthousiasme et ma gaieté me déséquilibrèrent et mes compétences en flottage furent insuffisantes à me garder à flot.

La dernière vision que j'eus avant de couler fut l'expression paniquée de Maximus qui, malgré sa hâte, ne put m'agripper avant que je ne plonge sous la surface de l'étang qui se referma au-dessus de moi et dont le bouillonnement des bulles qui se pressaient autour de moi, masqua aussitôt le chant des oiseaux et celui des cigales.

Machinalement, je notai que mes yeux étaient grands ouverts et que quelque part cela me semblait naturel ...

Puis dans un tourbillon de bulles et d'éclaboussures, Maximus m'attrapa frénétiquement et me hissa dans ses bras, l'eau dégoulinant de mes cheveux, l'éclaboussa quand il les écarta pour voir mon visage ...

Clignant des yeux et crachant, j'éclatai de rire

L'expression alarmée de Maximus fut remplacée par une comique expression de soulagement qui augmenta ma gaieté quelque peu hystérique.

Puis il grimaça et commença à rire lui aussi tout en me mettant sur mes pieds et en repoussant les boucles collant à mon visage.

Incapable de réfréner mon excitation, je lui agrippai la nuque avec force, lui fis baisser la tête et l'embrassai voracement.

Pris par surprise, il fallut un moment Maximus pour récupérer et me rendre mon baiser.

Je pressai mon corps mouillé contre le sien et notai mentalement que malgré le temps passé dans l'eau, son corps avait gardé toute sa chaleur.

L'eau dégoulinant de sa peau nue accentuait son habituel aspect soyeux et accroissait le plaisir de glisser contre elle.

Quand nous nous séparâmes, nous étions pantelant et brûlant tous les deux.

Maximus palpitait douloureusement contre mon ventre, l'urgence transformant l'intense bleu vert de ses yeux en deux lacs aux eaux saphirines.

"Oui," Haletais-je contre sa bouche. "Oui..."

Des éclairs flashaient dans les profondeurs de ses yeux incandescents et je me sentis devenir liquide

"Ici ... maintenant..."

Maximus jeta un rapide cou d'oeil aux environs puis me saisit par la taille et me porta pendant qu'il se hâtai vers l'arrière du Poséidon.

Avant que je puisse lui demander ce qu'il était en train de faire, il m'avait déjà guidée jusqu'au piédestal où se trouvait la statue de la sirène et je n'eus pas besoin d'en savoir davantage.

Il me poussa contre la pierre – pas trop gentiment – tandis qu'il luttait avec les liens de son sous-vêtement, l'impatience faisant trembler ses mains.

Il venait à peine de se débarrasser de son sous-vêtement qu'une de ses fortes mains plongeait sous ma tunique raccourcie à la recherche du mien ...

Ses yeux s'ouvrirent tout grands.

Je devins cramoisie.

"Je ... J'ai … ou … oublié ... de ..."

Le rire tonitruant de Maximus mit un terme à mon balbutiement embarrassé.

Puis ses mains pressées agrippèrent mes cuisses et il encercla sa taille de mes jambes.

Et j'en oubliai de balbutier et de me sentir embarrassée quand son invasion totale et douce de mon corps me fit sursauter, ma propre excitation ayant déblayé tous les obstacles et toutes les résistances possibles.

Resserrant son emprise sur moi, Maximus pressa mon dos contre le piédestal, me coinçant entre la chaleur de son corps et la froideur de la pierre et il ferma les paupières, maîtrisant furieusement son propre besoin, ses biceps gonflés par l'effort.

Haletant lourdement, Je me arquai contre le marbre froid pour amener sa chaleur palpitante plus profondément en moi.

Je dus lécher avidement mes lèvres sèches pour les humecter.

J'haletais pour trouver de l’air, ma poitrine se soulevant lourdement sous l’effort.

Il resta calme un long moment et, soudain, je ne pus plus supporter la tunique humide qui m’empêchait de sentir toute sa nudité et, frénétiquement, tirai dessus, me tortillant et me contorsionnant pour essayer de l’enlever.

Mes mouvements le ramenèrent à la réalité ... et faillirent lui faire perdre son contrôle de soi.

"Julia..."

Après quelques nouveaux tiraillement, le vêtement encombrant vola dans l’étang et mes mains arrachèrent les épingles et les peignes qui tenaient mes cheveux enroulés et les envoyèrent, un à un, dans l’eau où ils coulèrent, après avoir émis un doux 'plop' en trouant la surface de l’étang.

Dégoulinante, nue, la lourde masse de mes cheveux trempés croulant sur mes épaules et mon dos, celui-ci pressé contre le piédestal en marbre, les mains de Maximus me soutenant sous l’eau qui nous ceinturait, je rivai mes yeux dans les siens.

"Maintenant ..." Le pressais-je. "Maintenant ..."

Cette fois, ce fut Maximus qui se perdit dans les profondeurs de mes yeux et je savais que le feu sauvage qui les faisait étinceler était aussi intense que les flammes familières qui brûlaient dans les siens.

Soutenue par ses bras, emplie à éclater et pourtant toujours aussi insatiable, j'ancrai une main dans une de ses épaules, resserrai la prise de mes jambes sur sa taille et glissai mon autre main à l’arrière de sa tête que je tins fermement.

Puis je la guidai vers mes seins qui se trouvaient juste en face d'elle.

Il n’eut pas besoin d’autre encouragement et ses lèvres brûlantes et affamées se refermèrent sur mes mamelons dressés au moment même où ses hanches fléchirent et commencèrent leur aller et retour rythmique, mouvement auquel les miennes répondirent par un balancement cadencé.

Nus dans l’eau et sous le soleil, l’esprit seulement préoccupé d’être aussi proche qu’un homme et une femme peuvent l’être, oublieux de tout ce qui n’était pas le rythme parfait et exacerbant de notre union, nous voguions et flottions vers notre pic.

Et cette fois quand nous l’atteignîmes ce fut ensemble. Nos cris enroués se rejoignirent et furent si puissants que les oiseaux des environs, effrayés, fuirent vers les arbres proches dans un envol de plumes et de piaillements irrités.

Et, cette fois, ce fut moi qui m’effondrai sur Maximus, enfouissant mon visage dans son cou moite et il grogna légèrement quand il dut forcer ses jambes - qui je le savais devaient toujours trembler après la force de sa jouissance - à rester fermes de manière à pouvoir supporter le poids de mon corps épuisé.

Petit à petit, les battements fous de nos cœurs se calmèrent et nos halètements intenses se transformèrent en une respiration stable et profonde.

Le soleil était haut, près du zénith, et chauffait ma peau nue.

Les minutes passèrent sans qu’aucun de nous ne manifestent l’envie de bouger.

"Nous ferions mieux de t’éloigner du soleil avant que tu ne deviennes rouge comme un homard." Murmura Maximus, son souffle chaud effleurant doucement mon oreille.

"Tu parles comme ma femme de chambre." Soufflais-je en réponse et Maximus pouffa, un son inattendu provenant des profondeurs d’une poitrine si vaste et si puissante.

"Que les Dieux me protègent de la colère de ta servante si je te ramène couverte de tâches de rousseurs." Dit-il puis il soupira et ajouta. "Peux-tu marcher ou dois-je te porter?"

Je lui mordis le cou et il glapit doucement puis pouffa à nouveau, je ne pus m’empêcher de pouffer à mon tour.

"Bien sûr que je peux marcher !" Dis-je avant d’ajouter dignement "Et je peux aussi flotter ..."

Mais quand Maximus me remit sur mes pieds, je n’en fus plus si sûre.

Pendant que je tordais mes longs cheveux pour les essorer, il pêcha nos vêtements qui flottaient puis plongea à la recherche de mes peignes et épingles. Je me régalai sans vergogne de la vue de ses fesses rondes et brillantes ...

Le temps qu’il récupère une bonne partie de mes épingles, j’avais recouvré mes forces et, main dans la main, nous allâmes vers le bateau.

Et quand l’eau ne couvrit plus que mes hanches je ne pus m’empêcher de me sentir quelque peu provocante.

De la plage, Fulmen nous regarda avec intérêt puis nous offrit un hennissement aigu qui résonnait un peu trop comme un sarcastique commentaire chevalin sur les bizarreries du comportement humain pour mon propre confort mental.

Tournant la tête dans sa direction, je lui passai la langue.

L’étalon n’en parut pas particulièrement ému.

Nous nous séchâmes avec les serviettes que j’avais été cherchées dans l’armoire de la cabine puis retournâmes sur le pont après nous en être emmitouflés.

Il faisait plus chaud que la veille et, à cette heure de la journée, trop chaud pour rester dans la cabine, par contre, dehors, le soleil flamboyant ne laissait aucune ombre.

Je suggérai de nous réfugier sous les arbres proches mais Maximus farfouilla dans le navire tandis que je faisais pendre nos vêtements mouillés sur la rambarde et rapportais dans la cabine sa robe couleur de vin.

Quand je revins, Maximus avait trouvé une voile et des cordes de réserve et était en train d’installer un baldaquin improvisé au dessus de la porte de la cabine.

Il ne lui fallut que quelques minutes pour que la toile soit tendue et fermement arrimée créant ainsi un oasis à l’ombre délicieuse. Puis il rentra dans la cabine et en ressortit portant le matelas de plumes.

"Tes tapis orientaux sont beaux." Commenta-t-il "mais un peu trop minces pour couvrir le pont ..."

Je souris puis allai à mon tour dans la cabine chercher quelques coussins en soie. Il avait raison : le pont était, en effet, dur et le bas de mon dos un petit peu endolori.

Nous nous sommes installés confortablement sous le baldaquin et, cette, fois je ne protestai plus quand Maximus prit mon peigne et entreprit de démêler ma chevelure trempée et emmêlée.

Quand ce fut fait, nous dégustâmes un succulent dîner froid mais après deux ou trois bouchées, je fus forcée d’abandonner la viande rôtie que j’étais en train de manger.

"Tu te sens bien?" Demanda Maximus notant cela.

"Oui," Répondis-je en prenant à la place un artichaut cuit. "C’est juste que, l’autre nuit, j’ai trop mangé."

Je grignotai l’artichaut avec suspicion et comme mon estomac ne se rebellait pas, je continuai à manger des légumes.

Après le repas, nous restâmes étendus à l’ombre parlant de choses et d’autres et parfois restant silencieux, satisfaits de la présence l’un de l’autre. Et, entre deux silences, je nourrissais Maximus des biscuits aux noix de pin et aux raisins secs qui restaient.

Nous finîmes par tomber endormis et nous réveillâmes juste pour faire l’amour avant de nous rendormir à nouveau.

L’après midi était déjà bien avancée quand nous nous levâmes et que Maximus suggéra une nouvelle incursion dans l'étang … cette fois, je ne regimbai plus.

Ma seconde leçon de natation fut plus courte en partie parce que Maximus ne devait plus m'aider à me détendre mais aussi parce que s'aventurer dans l'étang, sans rien sur le dos, s'avéra être hautement distrayant.

La lumière baissait quand nous retournâmes au bateau, fatigués mais nous éclaboussant toujours comme des enfants.

Une fois à bord, nous nous sommes séchés et habillés sans prononcer un mot puis Maximus entreprit de démonter l'auvent improvisé.

Toujours sans prononcer une parole, je rangeai la cabine, lavai les plats et le temps qu'il prenne la selle et parte à la recherche de Fulmen, j'étais déjà en train d'empaqueter.

Quand il revint, il me trouva à la poupe, regardant le soleil couchant étinceler à la surface unie de l'étang.

Il se tint derrière moi, ses bras entourant mollement ma taille.

Fermant les yeux, je laissai mon corps aller contre sa vaste poitrine.

Je ne voulais pas quitter le Poséidon.

Je ne voulais pas quitter ce petit monde, enchanté et hors du temps, de l'étang et du bateau, capturé dans ses eaux toujours tranquilles, car j'avais l'impression que nous étions seuls au monde.

Je ne voulais pas retourner à la villa … je ne voulais pas que le temps que nous passions ensemble ait une fin.

"Nous reviendrons demain ..." Murmura Maximus contre ma tempe avant de l'embrasser doucement.

Ouvrant les yeux, je me forçai à tourner la tête et plongeai mes yeux dans ceux de Maximus, essayant par la même occasion de lui offrir un petit sourire tremblant.

Demain.

Oui il y avait toujours "demain" pour nous.

"Demain et quelques jours de plus.

Le monde réel nous attendait mais ce coucher de soleil étincelant et magnifique, cette douce intimité, ce petit moment suspendu dans le temps était nôtre et seulement nôtre et je ne voulais pas que sa beauté soit gâchée par la brutale laideur du monde.

"Bien sûr, mon amour ..." Murmurais-je en retour puis je me tournai complètement vers lui et embrassai sa bouche superbe et sculpturale.

Ce fut un long, très long baiser et, durant tout le temps qu'il dura, j'eus l'impression que ce n'était pas uniquement nos lèvres qui se touchaient mais aussi nos cœurs et nos âmes.

Et je savais que Maximus le ressentait ainsi aussi.

Puis ce fut tout et après avoir refermé la cabine, main dans la main, nous nous dirigeâmes vers l'étalon bai qui nous regardait avec cette curiosité non déguisée qui est si commune aux chevaux, aux chats et aux chiens intelligents.

Maximus m'aida à me mettre en selle, puis monta derrière moi et je blottis sans hésiter mon corps contre ses cuisses puissantes et sa poitrine musclée.

Prenant les rênes d'une main, il entoura ma taille de son autre bras et mena Fulmen vers la route en terre et la villa.

Maximus ne pressa pas le cheval mais, au contraire, le laissa aller à son propre rythme, prolongeant ainsi la douceur du moment que nous passions ensemble dans ce monde loin du réel.

Plusieurs fois Fulmen s'arrêta pour manger l'herbe grasse de l'été et quand Maximus oubliait de le diriger, il tournait sa tête vers nous et nous regardait par dessus son épaule luisante, visiblement intrigué par le manque de rigueur de ceux qui étaient censés être aux commandes.

Renonçant à nous impressionner Maximus ou moi, Fulmen opta finalement pour un pas nonchalant, seule sa queue bougeant brutalement quand il devait chasser les insectes nocturnes qui tournoyaient autour de lui.

Ce fut une bonne chose que l'étalon bai connaisse le chemin du retour car Maximus et moi étions trop occupé l'un de l'autre …

(*) La semaine romaine n'avait pas 7 jours comme maintenant mais neuf, s'étalant du premier jour du marché - appelé en latin nundinae – au premier du marché suivant.

Ce qui fit que la période s'étalant entre deux marchés reçut le nom de nundinium.

L'habitude de mesurer le temps en 7 jours vient de l'Est et était utilisée par les astrologues grecs. Il est historiquement prouvé que les romains connaissaient la méthode de calcul orientale dès le règne de l'empereur Auguste (- 27 to 14) mais il fallut des siècles pour qu'elle soit uniformément acceptée partout dans l'empire et remplace la période initiale de 9 jours.

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