Secrets sous les étoiles – 180 AD

Avant que Maximus ne revienne au bateau, j’avais eu le temps d’accomplir de nombreuses choses

Reprendre la maîtrise de mon fou rire ni la moins importante … ni la plus facile.

Rafraîchie et enveloppée dans une robe bleu nuit, je me hâtai de remettre un peu d’ordre dans la cabine.

J'allai chercher la chaise dans son coin et la rapportai à sa place. Je ramassai les débris de nos vêtements et les enroulai dans le couvre-lit chiffonné.

Pourchasser les aériennes et insaisissables plumes vert bleu se révéla trop ardu pour ma patience et je les laissai flotter tout autour dans la brise vespérale et changeai plutôt les draps de lit usagés par d’autres, en lin, propres et frais avant de déballer la robe que j’avais apportée pour Maximus.

Ceci fait, je pris la lampe et allai sur le pont à la recherche de lanternes que j’allumai et suspendis tout autour, créant un halo de douce lumière dorée.

Lorsque j’eus fini, je revins à la cabine, roulai un des tapis persan qui couvrait le plancher et le sortis puis j’y retournai chercher une pile de coussins et, après réflexion, une carpette plus petite et aussi plus douce.

J’étendis les deux tapis sur le sol, sous le mat principal, et empilai les coussins en soie de manière à ce que l’on puisse s’y accoter.

Un dernier trajet jusqu’à la cabine et je rapportai un des paniers et la jarre d’eau fraîche.

A la vue du nombre croissant de moustiques dansant autour des lanternes, je me mis à la recherche d’un brûle parfum sur lequel je versai de l’encens afin de garder les insectes à distance.

Très vite, une fumée au parfum épicé sinua dans la brise nocturne.

Le retour de Maximus fut annoncé par le bruit de ses sandales résonnant sur les pierres qui menaient au bateau puis par le doux balancement de la coque quand il grimpa à bord.

Quand les pas se rapprochèrent, je levai les yeux et du faire un effort pour ne pas rester bouche bée devant cette vision étourdissante de Maximus seulement revêtu de son sous-vêtement, de la cordelette en cuir encerclant son cou et de ses sandales, sa peau bronzée sur ses muscles saillants brillant, à la lueur des lanternes, d’une appétissante couleur dorée.

Et mon coeur entama sa course folle comme toujours quand il s’agissait de Maximus.

Et je ne pouvais faire autrement que penser qu’une telle magnificence ne pouvait être simplement emprisonnée dans une quelconque enveloppe mortelle...

Il resta debout, la selle posée sur un de ses bras puissants, les cheveux toujours humides de son bain dans l’étang, sur les lèvres son sourire si juvénile légèrement teinté de timidité.

Et à la vue de ce sourire mon coeur manqua un battement et je me mis à rougir comme une jeune mariée en face de son mari après une nuit de noce incroyablement extraordinaire.

"Donc, tu as trouvé le cheval." Dis-je un peu platement pour essayer de masquer le trouble que sa seule présence déchaînait toujours en moi.

"Oh, oui. Il n’était pas loin ..." Répondit Maximus en cherchant des yeux une place où déposer la selle.

Tout en parlant, j’ouvris le panier et commençai à déballer le repas froid que Nicia m’avait fourni.

"En dépit de son apparence sauvage, Fulmen est en fait un étalon qui a bon caractère." Dis-je en plaçant les olives farcies, le fromage, la venaison fumée, le brochet et les crudités, les rouleaux cuits, le poulet rôti ... et je n’avais déballé que la moitié du contenu du panier !

Je pouvais toujours faire confiance à Nicia et à mon cuisinier pour improviser un repas gigantesque en si peu de temps.

Je notai mentalement d’ajouter un couple de denarii (*) à leurs appointements réguliers.

Ils avaient bien mérité leur bonus.

"Il est magnifique." Acquiesça Maximus et il déposa la selle sur le pont puis prit appui contre le mur extérieur de la cabine.

"Tu le montes?"

"Je ne l’ai monté que deux fois, dans le paddock et sous la surveillance de Sempronius. Fulmen a bon caractère mais il a trop de tempérament pour que je puisse le maîtriser."

Le sourire de Maximus fut éclatant et quelque peu facétieux.

"Je ne peux croire ce que je viens d’entendre! Dame Julia Antonina admettant qu’il existe quelque chose qu’elle ne puisse maîtriser?"

Il siffla d’admiration et je fis semblant de me renfrogner.

"Pour votre information, Général, je ne mène pas une jument grosse et lente mais un grand hongre très vigoureux!"

Maximus releva les sourcils.

"Sidereum," Précisais-je. Je te le présenterai quand nous serons de retour à la villa ".

"Où as-tu trouvé Fulmen?" Demanda Maximus, incapable de réprimer son intérêt pour les chevaux et l’élevage.

C’était une bonne chose que j’aime aussi les chevaux. La plupart des femmes auraient trouvé offensant qu’un si bel homme veuille parler canasson à la place de flirter ou de tenter leur chance avec elles.

"L’été dernier, un de mes clients - éleveur de chevaux - a eu quelques problèmes pour payer pour un stock de grain." Expliquais-je tout en continuant à piocher dans le panier qui semblait sans fond. Et les œufs farcis, les crabes cuits saupoudrés de persil rejoignirent le pique nique.

"Alors il m’offrit un de ses étalons et deux de ses juments qui attendaient des petits. J’étais prête à allonger son crédit car c’était un bon client mais j’abordai le sujet avec mon maître d’écurie qui me supplia d’accepter les animaux ..."

J’étais jusqu’à présent à genoux et comme ceux-ci commençaient à devenir douloureux, je décidai de m’asseoir.

Je croisai les jambes comme j’avais l’habitude de le faire lorsque je lisais des rapports ou des lettres au lit et disposai soigneusement ma robe en soie autour de celles-ci … mais pas trop vite cependant pour permettre à l’œil d’aigle de Maximus d’avoir un aperçu de mes longues jambes nues.

Contrairement à lui, je connaissais le flirt … et venais juste de découvrir à quel point cela pouvait être plaisant !

"Comme je te l’ai dit, j’envisage de me lancer dans l’élevage de chevaux … en fait, pour l’instant il s’agit surtout d’un projet car c’est à peine si j’ai suffisamment de temps pour m’occuper des affaires et des bateaux ... Mais tu peux faire confiance à Sempronius pour ne pas me le laisser oublier."

Je continuai tout en souriant au souvenir de l’avidité peinte sur le large visage d’ébène de mon maître d’écurie quand il parlait des magnifiques chevaux que nous pourrions élever en quelques années si je prenais les pur-sang que l’on m’offrait. "Il insista qu’il n’est jamais trop tôt pour disposer d’un bon étalon et d’une paire de juments d’élevage alors je l’envoyai dans le Nord avec une lettre à mon client qui lui disait que sa dette serait effacée si les chevaux trouvaient grâce aux yeux de mon maître d’écurie..."

Visiblement captivé par le récit, Maximus s'appuya contre la rambarde.

"Il est revenu, un mois plus tard, avec Fulmen et deux juments dans ses bagages, rayonnant de fierté et disant que j’avais réalisé le genre de marché que tout éleveur de chevaux rêve de faire ..."

Tout en parlant, je disposais au centre du tapis, les petits plats et les bols contenant la nourriture.

Puis je tirai du panier des serviettes et des gobelets propres.

"Sempronius essaie toujours de me convaincre d’agrandir les écuries même si elles sont déjà très vastes. Je lui réponds toujours qu’il n’y a aucune raison de se hâter même si le but est d’utiliser Fulmen pour la reproduction ... quelque chose pour laquelle ce cheval semble être d’accord. Parfois j’ai l’impression qu’il conspire avec Sempronius pour accélérer mes plans! Et dans quelques jours nous pourrons voir à quoi ressemble sa descendance "!

J’avais fini de disposer les serviettes impeccablement près de la nourriture. Nicia aurait été très fière de ma dextérité.

"Il ne lui fallut que très peu de temps pour engrosser une de mes propres juments. Quelques jours après son arrivée, Fulmen s’est arrangé pour échapper à ses dresseurs et pour persuader la meilleure jument, Luna (**), de le suivre. Le temps qu’on les rattrape, il l’avait déjà montée ..."

Je fronçai les sourcils à ce souvenir.

Mon expression n’échappa pas à Maximus.

"Cela semble te déplaire ..."

Je soupirai.

"Nebula (***) et Lux (****), les juments déjà enceintes, sont des animaux matures de plus de 5 ans et poulinent avec facilité. Mais ma Luna est une très jeune pouliche. A peine 3 ans et elle est sur le point de mettre un poulain au monde. C’est trop vite et je suis contrariée. C’est un bel animal très doux. Je détesterais la perdre ou le poulain … ou les deux ..."

Je soupirai à nouveau.

"Mais il n’y a rien d‘autre à faire que d’attendre et d’espérer... "

C’était la vérité et bien plus fréquent que ce que étions prêt à l'admettre.

Attendre et espérer le meilleur et, peut-être aussi dans le cas de Luna, faire une offrande au temple local de Neptune – le Grec Poséidon - maître des tremblements de terre et protecteurs des chevaux, divinité marine qui était aussi le protecteur de ma flotte.

Mais en bonne incroyante, je gardais toujours une superstition privée et déstabilisante : que les Dieux prendraient les offrandes que je leurs ferais comme autant d’insultes personnelles et que si j’en faisais, ils déchaîneraient leur fureur – à tout le moins leur sens de l’humour tordu – sur moi ce qui n’aurait que des résultats désastreux.

Et donc je préférais ne pas tenter leur caractère versatile et espérai que si, volontairement, nous nous ignorions mutuellement, nous pourrions garder une neutralité bienveillante.

Appelez cela une trêve armée si vous préférez.

"Il n’y a rien d‘autre à faire que d’attendre et d’espérer..." Répétais-je. "aussi que Fulmen soit bon quand il s'agit de se reproduire ..."

Maximus se détacha de la rambarde et s’approcha.

"Il a un excellent pedigree et il est certain qu’il engendrera de nombreux bons poulains mais je suis d’accord avec toi en ce qui concerne la pouliche. Elle est trop jeune pour pouliner. Est-elle de petite constitution?"

J’acquiesçai tout en réarrangeant les plats et les bols non parce que c’était nécessaire mais pour garder mes mains occupées.

A la différence de sa mère, Je n’avais jamais pris Luna comme cheval de monte avant l’arrivée de Sidereum mais je ressentais une profonde affection pour la pouliche et, chaque fois que je me rendais aux écuries, je pouvais sentir ses doux yeux confiants me regarder comme s’ils me posaient des questions silencieuses sur les choses bizarres et peut-être inquiétantes qui se passaient dans son utérus. Choses que je trouvais aussi étranges et inquiétantes et sur lesquelles j’en connaissais encore moins qu’elle ... Pourtant, peut-être le temps viendrait où je devrais donner l’ordre de l’abattre pour lui épargner une mort encore plus atroce.

Maximus lisait tout sur mon visage même si je ne le regardais pas directement.

"Je ne te mentirai pas, Julia. Cela peut être dangereux pour la pouliche et, de toute manière, cela ne sera pas un accouchement aisé mais ton maître d’écurie semble être très compétent...." Dit-il calmement puis il ajouta. "Tu veux que j’aille la voir?"

Je relevai la tête et lui souris de soulagement et de gratitude et aussi d’espoir.

Si les choses étaient destinées à mal se passer, il était peu probable qu’il puisse sauver la pouliche mais savoir qu’il s’inquiétait – pour moi, pour Luna – m'aidait et pas un peu.

Car Maximus paraissait toujours si assuré, si fort, si puissant qu’il était impossible de ne pas penser qu’il pouvait rendre tout possible que ce soit libérer de l’esclavage une prostituée de 18 ans ou sauver une pouliche et son poulain.

"Merci, Maximus. Peut-être suis-je trop sensible au sujet de Luna," Dis-je doucement. "Elle n’est pas mon cheval de selle mais … elle … elle est à moi et me fait confiance … merci..."

"Quand as-tu commencé à t'intéresser au chevaux?" Demanda Maximus m’éloignant ainsi avec doigté de mes inquiétudes ce dont je lui fus reconnaissante.

"Oh, il y a toujours eu des chevaux autour de moi et j’ai appris à les monter quand j’étais enfant. Les chevaux ne m’ont jamais effrayée contrairement aux autres filles … j’aime les chevaux ..."

"Et les chats ..." Ajouta Maximus avec un sourire.

Je ris.

"Oui et les chats ..."

"Mais pas les chiens."

Je me renfrognai.

"J’aime beaucoup les chiens même si je n’en ai pas chez moi à cause des chats ... mais en ce qui concerne les chats et les chevaux c’est différent... c’est ... c’est … comme s’ils avaient des choses à me raconter et que je peux les comprendre … pour les chiens ce n’est pas le cas ..." Dis-je calmement, une partie de mon esprit s’émerveillant de la façon dont j’avais réussi à exprimer mon attirance pour ces animaux.

Je n’avais jamais réussi à mettre des mots sur ce que je ressentais pour les chats et les chevaux et maintenant, ceux-ci jaillissaient de mes lèvres sans aucun effort.

Cependant je n’en étais pas si surprise car la présence de Maximus semblait faciliter beaucoup de choses. Je n’étais plus seule. Et j’étais avec quelqu’un qui me comprenait que ce soit au sujet de mon passé, de mes peurs et de mes espoirs que j’avais si souvent décidés de garder pour moi seule.

"Mais je les aime et j’en ai plus que tu ne l’imagines. Et j’aime le mastiff de Sempronius plus que bien des êtres humains!"

Maximus gloussa

"Mais pas Ferox..."

Je fis la grimace.

"Sale bête," grommelais-je. "mais Sempronius s’occupera bien de lui et de son arrogant petit maître..."

Maximus rit de bon coeur.

"Tu sais, Julia, tu me surprendras toujours..."

Je levai les sourcils.

"Oui, toujours. Tu es propriétaire d’une flotte maritime et tu parles cargos, frets et affaires avec la même aisance que la plupart des femmes parlent de leurs enfants, de leurs vêtements, et de leurs bijoux puis tu passes aux livres, aux chevaux, à l’élevage de chevaux avec la même facilité ..."

Je décroisai les jambes et les ramenai devant moi puis je les entourai de mes bras d’un geste protecteur. C’était un geste de défense et j’en étais pleinement consciente.

Mais de quoi étais-je en train de me protéger ?

De l’esprit incisif de Maximus?

De l’aisance avec laquelle il semblait maintenant capable de lire en moi?

Etait-ce que d’être comprise et entourée d’affection m'avait fait baisser ma garde et que, par cela, j'étais incapable de lui cacher quoique ce soit?

Etait-ce que, même si je désirais lui ouvrir mon coeur et mon âme, je restais effrayée de la vulnérabilité qui s'y trouvait encore ?

"Tu estimes qu’il est indécent que je m’y connaisse non seulement en argent et en affaires mais aussi en accouplement de chevaux et en reproduction?"

Maximus m’offrit un sourire qu’on ne pouvait qualifier autrement que d’aimant. Mon estomac frissonna à cette vue et, soudain, je compris ce que les gens veulent dire quand ils parlent de papillons frémissant dans le ventre.

"Je pense que c’est fabuleux ..."

"J’aime les vêtements ..." Précisais-je toujours sur la défensive.

Le sourire de Maximus s’élargit.

"Je l’avais noté ..."

"et les bijoux ..."

Il rugit.

"Et les enfants..." Ajoutais-je in petto, ravalant avec détermination la boule qui obstruait ma gorge au souvenir du bonheur éclatant de la si vivante petite fille de mon rêve …et du garçon aux yeux verts dans le ruisseau.

Maximus s’avança vers moi et caressa mon visage détourné de ses doigts chauds et calleux puis se pencha et m’embrassa légèrement sur les lèvres.

"Assise ainsi tu ressembles à une petite fille ... que faisais-tu et qu’est-ce que tout ceci?"

"Dîner," arrivais-je à murmurer car ma gorge s'était nouée devant la délicatesse de son toucher. C’était une bonne chose que je sois assise autrement mes jambes m’auraient sûrement trahie.

"Tu as dis que tu étais affamé ..."

"Et tu dois l’être aussi." Dit-il tout en continuant à me caresser le visage.

En effet, j’étais affamée, si affamée que ma tête tournait légèrement, mon dernier repas datant du petit déjeuner de la veille.

Je caressai sa main qui me caressait la joue.

"Viens ..." Murmurais-je, perdue dans les profondeurs de ses yeux aigue-marine.

Maximus se redressa et fit passer son poids d’un pied sur l’autre, geste sans équivoque d’un parfait malaise masculin.

"Hmmm ... tu as mentionné que tu avais apporté des vêtements pour nous?" Demanda-t-il en essayant de prendre un ton naturel.

Un rire naquit dans ma gorge mais je réussis à ne pas le laisser éclater.

"Et?" Dis-je en feignant de ne pas comprendre.

Maximus parcourut du regard son corps à peine vêtu. Je ne pus m’empêcher de suivre ses yeux … et le sang courut plus vite dans mes veines. Oh oui, mon désir de lui était sans fin.

"Hmmm... Je pense que je passerais bien quelques vêtements..." Il me jeta un rapide coup d’œil. "Je ne suis pas habillé pour passer à table ..."

"Il n’y a pas de table ..." L’interrompis-je.

Il fronça les sourcils.

"Tu es habillée ..." Argumenta-t-il.

"Je suis à peine habillée ..." Poursuivis-je. "Ce n’est qu’un peignoir et je n’ai pas de ..."

"Julia, où sont ces vêtements?" Grogna-t-il avant que je puisse continuer à le taquiner.

Tout en parlant j’avais décroisé mes longues jambes ce qui ne laissait planer aucun doute sur le fait que je ne portais rien sous mon peignoir.

Maximus déglutit en réponse.

Dans la cabine," murmurais-je. "regarde sur le lit ..."

Maximus s’échappa de suite et je me dépêchai d’aller chercher l’amphore que j’avais mise à refroidir dans l’étang en début d’après-midi.

Cela ne prit guère de temps.

J’avais à peine fini de verser le vin froid dans nos gobelets qu’il émergeait de la cabine nouant la ceinture du peignoir que j’avais choisi pour lui.

Et la vue de Maximus enveloppé dans la plus fine laine, couleur lie de vin, que l’on puisse trouver me coupa littéralement le souffle.

J’avais spécialement choisi ce peignoir car je voulais le voir revêtu de la teinte glorieuse que les officiers commandants affichaient durant les cérémonies et les parades officielles mais aussi parce que je voulais le voir habillé d’habits riches et élégants comme il le méritait.

Il était un peu juste au niveau de la poitrine mais ses plis tombaient à la perfection et le discret galon doré entourant le décolleté et les poignets ajoutait une touche de sereine splendeur qui magnifiait l'aspect superbement viril de Maximus et sa prestance de commandant.

"Et bien, Général, vous ressemblez à un potentat oriental!" Dis-je en levant mon gobelet en signe de respect et d’admiration.

"Tu es tel que paraîtrait un empereur romain!" Cria mon esprit mais encore une fois je me forçai à ne pas prêter attention à ma voix intérieure.

Maximus m’offrit son superbe sourire juvénile et tira légèrement sur le tissu, pour essayer de mieux le placer sur sa large poitrine.

Le léger décolleté de la robe laissait apparaître un triangle de peau douce et bronzée qui appelait les baisers et, à la seule pensée d’y presser mes lèvres, de goûter sa saveur salée et ensoleillée si unique, je sentis des frissons parcourir mon ventre.

"Je suis désolée c’est un peu serrant ..." M’excusais-je cherchant à m’éloigner de cette évocation.

"A qui est cette robe? Apollinarius?"

"Non, je l’avais faite faire pour mon mari ..."

Maximus leva les yeux du vêtement et les plongea dans les miens.

"Ce devait être un cadeau d’anniversaire ... pour son dernier anniversaire ..." Dis-je doucement car le souvenir de mon défunt mari s’accompagnait toujours d’un pincement au cœur. "Mais il ne l’a jamais portée car cela a pris des mois pour fabriquer le tissu et le temps qu’elle soit prête, il était déjà trop malade pour quitter son lit. Il est mort peu après ..."

"Je suis désolé." Dit Maximus calmement.

Je hochai la tête sans dire un mot, acceptant ses condoléances pour la mort d’un homme qu’il n’avait jamais connu et, pourtant, sa sincérité était évidente car Maximus n’était pas le genre d’homme à énoncer des platitudes juste pour le plaisir de parler.

"Il était presque aussi grand que toi mais plus mince ..."

Maximus tritura encore le tissu, incapable de dissimuler sa fascination. Il n’avait probablement jamais porté quelque chose d’aussi riche ni d’aussi somptueux. Pas même son uniforme.

"Le tissu vient de Tyr. C’est pourquoi il a mis tant de temps à arriver." Expliquais-je. "Il est très spécial. Une laine très fine tissée avec de la soie et teinte avec la meilleure teinture ... La couleur te va à merveille, Maximus..."

Et encore merveille était un euphémisme ... sous la lumière dorée, dispensée par les lanternes, le tissu lie de vin intensifiait la couleur de la peau tannée de Maximus, la faisant ressembler à du vieil or poli et ses cheveux foncés resplendissaient comme de la soie noire. En contraste, le feu de ses éblouissants yeux bleu vert semblait brûler avec un regain d’énergie.

Tout en parlant, j’avais posé les deux gobelets pleins à mes côtés et m’étais allongée sur les coussins avec une aisance née d’une longue pratique.

"Viens." Dis-je en tapotant la carpette orientale sur laquelle j’étais étendue. "Le dîner est prêt ..."

Maximus fit un pas vers moi mais je le stoppai en posant mon pied nu contre sa cheville.

Etonné, il fronça les sourcils.

"Retires tes sandales ..." Murmurais-je tout en caressant de mes orteils les muscles de son mollet. La moue de Maximus se transforma en sourire . Mais ce ne fut qu’après avoir délié ses sandales, les avoir retirées et s’être avancé sur le tapis qu’il comprit le sens de ma demande.

La sauvegarde du tapis oriental ou les bonnes manières concernant les dîners couchés ne m’avait pas le moins du monde motivée, non ce que je voulais c’était qu’il s’aventure pieds nus pour éprouver tout le moelleux du luxueux tapis

Je voulais qu’il connaisse tout le confort et tous les plaisirs et toutes les joies que sa vie de combats et d’épreuves lui avait refusé.

Je voulais lui donner tout ce qui lui avait été dénié ou lui avait été enlevé de la même manière qu’il m’avait donné tout ce qui m’avait été dénié ou enlevé …

Le sourire de Maximus s'élargit, ensoleillé, si juvénile et innocent et si plein de crainte respectueuse que mes yeux se remplirent de larmes

Tout en clignant des yeux pour les chasser, je le vis effleurer du bout des orteils le moelleux du tapis et mes larmes se transformèrent en sourire quand il posa sa grande carcasse à côté de mon corps mince.

S'allonger est plus qu'un art c'est une science et cela demande aussi de la pratique.

Visiblement, Maximus en était dépourvu. Je ne pouvais l'en blâmer.

Même si c'est élégant et raffiné, dîner allongé n'est pas aussi confortable qu'il y parait.

Je suis néanmoins prête à concéder que c’est pratique quand il s’agit de parler ou de débattre.

Mais Maximus n'avait sans doute pas participé à suffisamment de banquets futiles ou de débats pour affirmer son style. Il était même probable qu'il ne l'avait plus fait depuis que nous nous étions rencontrés, en Mésie, lors de cette soirée où je l'avais persuadé de prendre place sur un divan au milieu de la tente où se déroulait la dernière soirée organisée par Cassius.

Cette nuit-là, il avait joué avec mes cheveux et caressé mes bras pendant que je le nourrissais de petits morceaux de viande rôtie et de légumes et je rougissais et tremblais comme une vierge qui vient de découvrir le désir … alors que j'étais une putain expérimentée!

Trouver une position confortable lui demanda quelques essais. Il ajusta les coussins en soie puis tira sur sa robe.

Et quand enfin il me fit face, le plaisir et l'émerveillement brillant dans ses yeux me dit que, contrairement à la soirée en Mésie, aujourd'hui, il appréciait pleinement l'expérience.

Je lui souris mais quelque chose dans mon regard, lui fit lever les sourcils d'un air interrogateur.

Toujours en alerte!

Toujours aussi soldat!

Y avait-il quelque chose que je pouvais lui cacher ?

Il était évident qu'il attendait une réponse à sa question non exprimée oralement.

Et j'étais plus qu'heureuse de satisfaire sa demande.

"Tu es magnifique." Soupirais-je.

Les yeux de Maximus s'agrandirent comme des soucoupes.

"Julia..."

Il semblait embarrassé.

"Tu es magnifique." Répétais-je.

"Les hommes ne sont pas magnifiques." Grommela-t-il non plus uniquement embarrassé mais aussi vaguement scandalisé.

Un rire perla au fond de ma gorge.

"Tu as raison." Concédais-je de la voix la plus rauque que mon allégresse me permettait de produire. " Les hommes ne sont pas magnifiques … toi seul l'es ..."

Ma voix se fondit dans la brise embaumée et je capturai sa bouche dans un rapide baiser.

Je l'avais pris complètement par surprise et,avant qu'il ne puisse réagir, je lui avais fourré dans la main un gobelet de vin frais.

Maximus se remit rapidement, accepta le vin et en but une grande gorgée. Il sursauta quand le vin riche, généreux et … froid traversa sa gorge.

Connaissant l'âpreté fruitée du vin que j'avais choisi, je lui pris la coupe et la remplaçai par un oeuf fourré.

Ses éblouissants yeux se rétrécirent comme ceux d’un chat soupçonneux puis Maximus mordit prudemment dans l'œuf. Alors sa méfiance se transforma en une grimace de plaisir quand la délicieuse pâte de saumon qui le fourrait titilla ses papilles.

Mentalement, j'ajoutai une autre pièce d'argent aux gages de ma cuisinière.

A la réflexion, je décidai d'ajouter un aureus (*****) car quiconque était capable de provoquer un tel sourire chez Maximus méritait au moins l'or légendaire de Troie.

Maximus s'empara d'un deuxième oeuf qu'il enfourna dans sa bouche avec un tel enthousiasme que je me dépêchai de prendre un, avant qu'il ne vide le plat et, bientôt, nous fîmes un sort au délicieux dîner froid.

Je mangeais de bon coeur car j'étais réellement affamée et, comme toujours, ma cuisinière avait donné le meilleur d'elle-même mais j’appréciais plus la vue de Maximus en train d’engloutir son dîner que la saveur de ma propre nourriture.

Comme je l'ai déjà dit, il avait de bonnes manières pour un fermier et un soldat et même le fait d'être affamé ne les lui faisait pas oublier.

Mais il y avait quelque chose de fondamental et de profondément excitant dans le plaisir qu'il montrait à dévorer sa nourriture. C'était comme regarder un jeune et puissant prédateur dévorer sa proie, ses dents blanches étincelant dans sa face bronzée.

La main de Maximus s'arrêta à mi-chemin de sa bouche laissant en suspens un rouleau fraîchement cuit.

"Tu ne manges pas?"

Je revins sur terre.

Perdue dans le ravissement que me procuraient chacun de ses mouvements et de ses gestes, dans la joie de contempler son plaisir évident, j'avais complètement oublié de continuer à grignoter l'olive que j'avais choisie.

"Si, si... c'est juste que j'étais en train de penser ..."

Je mordis dans l'olive pour éviter de devoir m'exprimer davantage.

Maximus mangea le rouleau puis fronça les sourcils comme si, soudain une pensée avait surgi dans son esprit

"Tu manges ainsi tous les jours?" Demanda-t-il du ton d'un enfant qui demande s'il peut avoir sa natalicia (******) célébrée plus d'une fois par an et, encore une fois, l'image du garçon dans le ruisseau se présenta à mon esprit.

"Et bien." Commençais-je, "ma cuisinière est une honnête femme qui croit que l’on mérite ses gages ..."

Maximus fronça davantage les sourcils puis il m’envoya son sourire plein d’humour qui faisait toujours palpiter mon coeur.

"Tu sais, Julia, avec toute cette nourriture, jour après jour, tu devrais être plus dodue ..."

Je ris.

"Nannion -- ma masseuse et l'épouse de Sempronius – m'a raconté que ma cuisinière pense qu’un peu de poids en plus me ferait grand bien. Elle lui a raconté que quelques rondeurs de plus me siéraient parfaitement ..."

Maximus me regarda pensivement.

"Tu n'as pas besoin de plus de 'rondeurs’... tu est parfaite comme tu es ..."

Avant que je puisse imaginer ce qu'il allait faire, Maximus m'embrassa.

C'était un baiser qui ne ressemblait à rien de ce que j'avais expérimenté depuis que nous avions franchi le seuil de l'intimité quelques heures auparavant. C'était un effleurement délicat mélangé à une tendresse infinie, une sensualité affirmée et à la promesse de plaisir ineffable.

Et cela dura le temps d’un battement de coeur.

Avant que je puisse lui rendre son baiser, il libéra ma bouche … mais pas avant d'avoir légèrement mordillé ma lèvre inférieure.

Me laissant le souffle coupé, il s'appuya contre les coussins et m'offrit un sourire divin.

Ce fut mon tour de boire une gorgée de vin.

Peut-être avais-je tort. Peut-être que le Général connaissait le flirt mieux que je ne le croyais ou peut-être, comme moi, venait-il de découvrir à quel point c'était plaisant?

Maximus resta ainsi à me contempler puis murmura.

"Tu es parfaite comme tu es ... une vraie déesse..."

Une déesse?

Moi?

Apollinarius aussi avait dit que j'étais une déesse mais que voulaient-ils dire tous les deux quand ils m'appelaient ainsi?

De plus, l'idée d'être comparée aux déesses romaines, capricieuses et vengeresses, me déstabilisait quelque peu et aussi me terrifiait.

"Je pensais que je ressemblais à une reine..." Marmonnais-je, terrassée à la fois par ses mots et par une terreur superstitieuse.

Même si j'étais incroyante, je ne pouvais me libérer complètement de la crainte d'offenser les puissances divines...

Le regard de Maximus s’adoucit au point de devenir transparent.

"Une reine ... une déesse... " Dit-il tandis que son index suivait gentiment les contours de ma gorge. "Belle ... Sereine... Parfaite... "

Il n'ajouta pas "Et à moi "mais nous avions perçu tous les deux ces mots comme s'il les avait prononcés à voix basse.

Alors la douceur disparut de ses yeux bleu vert et la flamme familière qui embrasait tout mon corps, jaillit du fond de ses prunelles.

Incapable de supporter son regard de braise, je détournai les yeux et pris une autre gorge de vin.

Nous finîmes de manger en silence.

Et ce silence, comme précédemment, ne fut pas inconfortable. Il n'était que douce intimité. Les mots étaient aisés entre nous mais nos silences possédaient ces mêmes qualités de puissance et de grâce que lorsque nous nous ouvrions mutuellement nos coeurs et nos âmes à travers nos paroles.

Enfin repus, Maximus se laissa aller sur les cousins et ferma les yeux.

"Tu as fini?" Demandais-je, prêtes à ranger les bols et les plats quasiment vides.

"Gagné," Grommela-t-il. "Je ne peux me rappeler avoir jamais été aussi gavé de toute ma vie ..."

Je ne pus m'empêcher de glousser.

"Il reste le dessert ..."

Maximus eut un comique gémissement de désespoir.

"Si je me mets à penser à un dessert, je vais tomber malade ..."

Un sourire complice sur les lèvres, je plongeai dans le panier et en extirpai un paquet entouré d'une serviette,

"Je pense que tu vas prendre en considération l’effort à faire ..."

Maximus croisa ses avant-bras sur ses yeux comme pour éloigner la tentation.

Je déballai une demi douzaine de biscuits aux noix de pin, aux raisins et au miel.

Maximus resta immobile.

J'en pris un que je m'empressai de balancer juste sous son nez.

Maximus se raidit et renifla avidement.

Je ris car il me faisait penser non plus à un enfant mais à un chiot perdu à la recherche du confort maternel. Ou à Rubia quand je la tentais avec un morceau de poisson fumé afin de l'empêcher de jouer parmi les plantes en pot de ma terrasse.

J'approchai le biscuit de sa bouche.

Ses lèvres s'ouvrirent et un petit bout de langue, tout rose et tout humide, émergea.

Faisant un énorme effort pour résister à la tentation de capturer, en un baiser vorace, ses lèvres sculpturales, je rapprochai encore le biscuit.

Les yeux toujours fermés et cachés par ses avant-bras, Maximus grignota délicatement le biscuit avant de le mordre franchement.

Quand il eut fini de mâcher le biscuit, je lui en offris encore deux autres.

Et quand il eut avalé le troisième, je décidai de garder les trois derniers pour le déjeuner. Alors il lécha les miettes sur mes doigts avant de les mordiller légèrement et de les sucer puis il ouvrit les yeux et me récompensa de mes efforts par un rire venant droit du coeur.

J'éclatai de rire à mon tour.

"Encore un peu de vin?" Demandais-je quand nous eûmes retrouvés un peu de calme et que j'eus rangé les plats et les bols sales dans le panier.

"Non ... Si je continue à boire, je crains de ne plus t'être d'aucune utilité ..."

Je levai un sourcil interrogateur.

"Ce qui veux-tu dire?"

Maximus eut une grimace moqueuse.

"Que se passerait-il si Ferox, ce sale chien mangeur de chat, te courres après et que je sois en train de ronfler, abruti par le vin?"

"Oh," Répondis-je du même ton moqueur. "Je crains que Sempronius ne te le pardonne jamais!"

Ce fut au tour de Maximus de lever les sourcils.

"Ce qui veux-tu dire?"

"Et bien ... Sempronius m'a conduite ici ... et il ne voulait pas m'y laisser seule ..."

Les sourcils de Maximus se levèrent encore plus. Il avait les sourcils les plus expressifs que j'ai jamais vus.

"Il voulait rester juste au cas où j'aurais eu besoin d'un protecteur ... mais il promettait de ne pas interférer ..."

Les sourcils de Maximus atteignirent une hauteur incroyable.

"Sempronius est plein d'attention ... et très discret ..." Ajoutais-je.

"Je pense que je devrais avoir une petite conversation avec ton Sempronius ..."

"Oh, tu l'aimeras beaucoup." Promis-je.

Maximus caressa doucement de son index la peau sensible de ma gorge et, en réflexe, sous son doigt chaud et légèrement rugueux, je déglutis.

Il descendit tout le long de mon cou jusqu’au creux où ma veine palpitait fortement ... et s'arrêta.

Il fronça les sourcils.

Je pressai mes lèvres l'une contre l'autre pour réprimer mon fou rire.

"Qu'est-ce ... " Commença-t-il avant de rougir furieusement.

Je serrai les lèvres encore plus fort.

Maximus se racla la gorge.

"Ai-je ...?"

"Oui." Lui répondis-je, l'expression de mon visage mortellement sérieuse.

Sa barbe avait légèrement brûlé la naissance de ma gorge là où il avait embrassé, léché et sucé la peau où transparaissait le battement de mon pouls.

A la seule pensée de sa barbe râpant ma peau et de sa langue humide et brûlante jouant avec cette surface déjà sensible, mon cœur bondit dans ma poitrine.

J’ai vite des ecchymoses, ma peau crémeuse étant si délicate ... et ce n'était pas la seule marque que ses élans passionnés avaient laissée sur mon corps … juste la plus visible.

"Oh."

Il avait une manière de dire "Oh" qui était unique, un mélange d'émerveillement, d'innocence et d'embarras qui m'enchantait.

Maximus se racla à nouveau la gorge et demanda d'un ton délibérément neutre.

"Ai-je ... je veux dire ... est-ce que ...?"

"Non..." L'interrompis-je tant pour essayer de le mettre à l'aise que pour contrôler mon accès de gaieté

"Je suis désolé ..."

"Ne le sois pas ..."

"Je sais que j'étais trop ... J'aurais du être plus ..." et il devint cramoisi.

Alors j'emprisonnai ses lèvres et mis fin à son embarras par un baiser enflammé.

Maximus sursauta contre mes lèvres puis il m'entoura de ses bras musclés pour essayer de me serrer contre lui mais je m'échappai de son étreinte et il sursauta, à nouveau, quand je libérai ses lèvres.

"Il n'y a rien à regretter ..." Murmurais-je contre ses lèvres. "Rien à excuser... Tu es … parfait..."

"Un dieu ..."Ajoutais-je en moi-même tant il était vrai que l'appeler ainsi ne semblait ni offensant ni sacrilège seulement juste.

Je l'embrassai à nouveau, tendrement cette fois, et me laissai aller dans ses bras. Il resserra son étreinte autour de moi et nous nous arrangeâmes afin d'être mieux installé l'un contre l'autre. Sa gentillesse et sa chaleur naturelles ne manquaient jamais de me surprendre.

Si j'avais été un chat, il aurait eu bien des difficultés à m’empêcher de me blottir contre lui à chaque fois que je l'aurais aperçu.

Je posai ma tête sur son épaule et soupirai de contentement.

Je n'étais pas un chat mais j’eus vraiment la sensation de ronronner et quand Maximus me caressa le dos, je l'arrondis sous sa main comme Rubia avait l'habitude de le faire quand je la caressais.

Ma main droite se glissa par l'ouverture de la robe et je me mis à caresser la peau nue de sa poitrine. La main de Maximus marqua un arrêt.

"Ne vous inquiétez pas, Général." Marmonnais-je contre son cou. "Votre vertu n'a rien à craindre. Je suis trop lasse pour vous violer ..."

C'était vrai.

Qui aurait pu penser que le bonheur était si épuisant? Ou peut-être était-ce le vin ... non que j'aie beaucoup bu mais avec cette douce satisfaction courant dans mes veines, il est possible qu'un simple gobelet soit de trop.

Maximus pouffa et sa main reprit son mouvement traçant de vagues cercles paresseux sur mes omoplates.

"Si tu es si fatiguée, nous pouvons aller à l'intérieur ..." Dit-il contre mes cheveux.

"Non." Répondis-je tout en me raidissant de la même manière que Rubia quand elle se rebellait contre l'indignité d'être poussée sur le côté. "Je ne veux pas bouger..."

"Tu ne dois pas bouger. Je te porterai ..."

"Non!" Répétais-je et mes mains agrippèrent le fin tissu de sa robe.

Les bras de Maximus renforcèrent leur étreinte et il me rapprocha de lui tout en embrassant ma tempe.

"Shhh, Julia. D'accord. Nous n'irons pas à l'intérieur si tu ne le veux pas ..."

Je soupirai puis me perdis dans la chaleur de son grand corps musclé.

Il y eut un silence car Maximus me donnait le temps d'en finir avec ce qui me troublait et de décider si je voulais le partager avec lui ou pas.

"J'ai toujours voulu passer une nuit couchée sous les étoiles ..." Dis-je d'une toute petite voix après avoir recommencé à caresser son torse.

Mes doigts atteignirent le lacet en cuir mais j'évitai de toucher aux dents de loup qui y étaient attachées. Elles étaient tout ce qui restait de son enfance et de sa famille et les toucher semblait bizarrement plus sacrilège que de comparer une mortelle imparfaite à une déesse.

"Tu l'as fait tout au long du chemin qui t'a menée en Mésie et durant tout le trajet qui t'a ramenée à Rome. J'aurais pensé que pour une femme de la ville comme toi tu aurais eu ta dose de camping pour ta vie durant ..."

Je tirai sur Ies poils parsemant sa poitrine.

Maximus glapit.

Je souris contre sa peau chaude.

"J'ai toujours dormi dans une tente." Arguais-je. "Les tentes sont étroites et sans air. J'en ai eu ma dose pour le reste de ma vie. Ce que je veux c'est dormir en plein air et me réveiller pour voir les étoiles au-dessus de ma tête ..."

"Tu veux dormir sur le pont?"

"Oui..."

"Il va pleuvoir."

Avec la rapidité de l'éclair, il s'empara de mon poignet avant que je ne puisse lui tirer encore les poils.

"Tu te moques de moi," protestais-je. "La nuit est magnifique ..."

"Il va pleuvoir." Répéta-t-il du ton inexorable employé par les augures pour formuler les mauvais présages concernant le futur de l'Empire.

"Comment peux-tu en être sûr?"

"Je peux sentir l'humidité dans la brise ... Le ciel est clair mais il pleuvra avant l'aube ..."

Je soupirai.

"De plus," continua Maximus, "il n'y a rien d'extraordinaire à dormir à la belle étoile. Je l'ai fait suffisamment pour le savoir ..."

Sa grande main tenait toujours soigneusement mon poignet afin de m'empêcher de tirailler ses poils alors je le mordis dans le cou.

Maximus glapit pour la seconde fois puis éclata de rire.

"D'accord, d'accord." Dit-il de bonne humeur. "J'admets n'avoir jamais dormi sous les étoiles couché sur un tapis d'Orient parmi des coussins de soies, le ventre plein d'un véritable festin et … avec une femme superbe dans les bras. Je suis prêt à essayer ..."

"Bien ..."

Nous restâmes silencieux un long moment, profitant de cette sensation si agréable d'être dans les bras l'un de l'autre, profitant de notre chaleur mutuelle. La passion couvait dans les braises du feu qui nous avait emporté ne demandant qu'à être rallumée d'un baiser ou d'une caresse et cette pensée était rassurante. Et il était doux de savoir que nous pouvions choisir quand le faire, prolongeant ainsi l'anticipation de la même manière que des amants expérimentés prolongent leur union pour augmenter leur plaisir.

Réchauffée par la nourriture, le vin et la proximité de son corps, Je devins de plus en plus engourdie et mon esprit vagabonda comme il le fait souvent quand on flotte dans cet état intermédiaire qui n'est ni veille ni sommeil.

Des images passèrent devant mes yeux sans que je puisse en saisir aucune.

Et je n'essayai pas non plus car je n'avais plus suffisamment d'énergie pour le faire ...

Pourtant il y avait quelque chose dans le fond de mon esprit qui insistait pour que je lui prête attention sans que je puisse vraiment le définir ni m'en débarrasser ... Pas tant que la main de Maximus caressait mes cheveux me distrayant.

Pourtant c'était quelque chose d'important ... quelque chose que j'avais besoin de savoir ... quelque chose à laquelle j'avais pensé bien souvent durant ces six dernières années alors que je soupirais après lui ... quelque chose...

"Maximus..."

"Hum?"

Il semblait aussi engourdi que moi et je souris.

"Quel âge as-tu?"

(*) Denarii: au singulier, "denarius". Une pièce romaine en argent équivalente à 10 sestertii.

(**) Luna: en Latin, "Lune".

(***) Nebula: en Latin, "Nuage".

(****) Lux: en Latin, "Lumière".

(*****) Aureus: une pièce romaine en or équivalent à 25 denarii et 100 sestertii.

(******) Natalicia: en Latin, "fête d'anniversaire ".

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