Le chant de la sirène, partie II – 180 A.D.
À l'intérieur de la cabine, la fraîcheur remplaça la lumière du soleil tout comme le gazouillement des oiseaux et le crissement des cigales avaient été remplacés par un silence seulement brisé par nos halètements.
À l'intérieur de la cabine, il n'y avait pas de place pour la crainte ou le doute, il n'y avait pas de place pour le passé ou le chagrin ou la douleur. Seulement pour le besoin et le désir et l'urgence de satisfaire les deux.
À l'intérieur de la cabine, il n'y avait pas de place pour les fantômes, uniquement pour nous.
Maximus et Julia.
Homme et femme.
Chair chaude et vivante contre chair chaude et vivante.
Coeur battant contre coeur battant.
Dureté masculine contre douceur féminine.
À l'intérieur de la cabine, il n'y avait pas de place pour le malheur ou la mort, seulement pour la vie et la réaffirmation de celle-ci.
Passant mes doigts dans les cheveux coupés courts de Maximus, j'attirai son visage vers le mien et embrassai voracement sa bouche.
C'était comme si j'avais eu soif toute ma vie et que je venais juste de le découvrir.
C'était comme si j'avais eu soif toute ma vie et qu'il était la seule source au monde capable de l'étancher. Les lèvres de Maximus s'ouvrirent avec passion sous les miennes m'autorisant ainsi à m'abreuver de lui comme il s'autorisait à s'abreuver de moi en retour comme si lui aussi avait eu soif toute sa vie et que j'étais sa seule source d'apaisement possible.
Inaccoutumé à l'environnement, distrait par notre baiser enfiévré, Maximus trébucha contre la chaise qu'il envoya valdinguer, d'un coup de pied impatient. Elle atterrit bruyamment dans un coin.
Nous n'y prêtâmes pas la moindre attention.
Les rayons du soleil, pénétrant par le hublot rond, lui indiquèrent ce qu'il recherchait et Maximus se hâta vers le large lit où il mit un genou sur le doux matelas de plumes et m'y déposa tout en jetant à la hâte les coussins sur le plancher.
Refusant de le laisser, même pour un court moment, refusant de perdre sa chaleur et sa force, je couvris son visage de baisers humides, titillant avidement son oreille de ma langue, l'encourageant silencieusement à se dépêcher, le pressant silencieusement de me faire sienne, de me réclamer, de poser sa marque sur moi, de me guérir, de faire de moi une femme, de faire de moi la femme que j'étais destinée à être.
Le bruit de nos respirations fébriles emplissait le petit espace de même que le parfum de notre excitation mutuelle, celle du mâle et de la femelle à la recherche de l'accomplissement.
C'était une odeur qui m'était si familière ... Une odeur que j'en étais venue à abhorrer, une odeur que je n'avais plus sentie depuis six ans.
Et maintenant ... maintenant elle me semblait complètement différente comme ma soumission à Maximus était différente de mon habituelle soumission aux autres hommes.
Maintenant elle emplissait mes narines de son âcreté moite et je la humais avec avidité comme le fait une lionne seule, en sa saison, quand elle détecte enfin la présence d'un mâle proche et seul ...
Elle m'enivrait et je me délectais de cette preuve ancestrale de ce que son corps faisait au mien ... de ce que mon corps faisait au sien ... Et je le savourais d'avance … ce moment de plaisir primal de la femme sur le point d'être prise par l'homme qu'elle désire...
Maximus doucement m'étendit sur le lit, tenant tendrement ma nuque.
Mais mon esprit n'était pas tourné vers la gentillesse. Ni vers la tendresse. Le temps viendrait … pour les deux mais pour le moment, je voulais autre chose, une chose bien différente.
J'avais besoin d'autre chose, d'une chose totalement différente!
Et je la voulais et la désirais avec toute la violence de mon jeune corps excité ... avec toute l'impatience de mon jeune être affamé d'amour.
Saisissant sa tunique, je me hissai en position assise et déchirai avec force le tissu. J'en écartai les lambeaux et dénudai rapidement ses larges épaules bronzées et musclées que je m'empressai de dévorer des yeux, des mains et de la bouche.
La putain extraordinaire que j'avais été, savait tout ce qui se passait entre les hommes et les femmes quand ils se retrouvaient dans un lit ou … ailleurs mais ignorait tout de ce que les hommes honnêtes escomptaient des femmes avec qui ils choisissent de partager leurs corps dans l'intimité des draps.
Peut-être devais-je être douce, patiente voire docile mais cela m'était impossible.
Je ne le pouvais tout simplement pas.
J'étais une lionne en chaleur. Une lionne qui avait été seule trop longtemps et qui cherchait aveuglément l'accomplissement, qui cherchait aveuglément à se réaliser.
Agrippant fébrilement le cou de Maximus, je mordillai et sucelotai sa chair exposée, me délectant de la saveur salée de la sueur sur sa peau suave. Je frottai mes seins à peine couverts contre lui, gémissant et haletant, léchant et embrassant ce corps que j'avais tellement désiré. Ce corps qui m'avait été refusé si longtemps.
Et quand ses grandes et chaudes mains frôlèrent ma poitrine et caressèrent mes seins, je laissai échapper un petit cri et, instinctivement, m’arquai, recherchant leur contact.
Il les caressa encore et son contact était si doux, si léger qu'il était semblable à l'effleurement d'un papillon. Si incroyablement doux et léger que je criai plus fort et me pressai davantage contre elles, exigeant résolument la caresse hardie que mon désir réclamait.
Il n'eut pas besoin de plus d'encouragement.
Avec un gémissement, il étreignit fermement mes seins dans ses paumes calleuses et quand ses doigts frottèrent, roulèrent et pétrirent mes mamelons tendus, ce fut mon tour de gémir.
Je redressai le buste, accentuant la friction de ma chair exacerbée par ses mains expertes.
Et même cela ne fut pas assez. C'était à peine suffisant.
Je frottai ma poitrine contre ses paumes.
"Trop de vêtements ... trop de vêtements. " Gémis-je pantelante, tandis que je tirais encore sur les vestiges de sa tunique.
Maximus lâcha mes seins, se libéra de mon étreinte et se dressa sur ses genoux.
Pendant qu'il le faisait, je me laissai glisser en arrière sur le matelas et le regardai me chevaucher, me dominant tandis qu'il retirait d'un coup sec sa ceinture.
Instinctivement, comme mues par une vie propre, mes mains s'immiscèrent sous sa tunique et se mirent à caresser ses cuisses dures comme le roc, suivant leurs courbes et leurs creux, modelant leurs muscles tendus, durcis par une vie de guerre et de chevauchées, jouant, de mes ongles, avec les poils dorés qui les couvraient.
Il me laissa faire car il luttait contre ses sandales et quand il réussit à s'en libérer, il les envoya promener.
Le souffle court et rauque, l'étincelle de ses yeux bleus verts devenue fiévreuse, il saisit le bord de sa tunique qu'il passa par-dessus sa tête et qu'il rejeta au loin.
Je haletai.
Je n'avais vu Maximus déshabillé que dans mes rêves, mis à part, bien sûr, cette furtive et inattendue vision de son dos, par l'entrebâillement de la porte de la salle de bains.
Même revêtu de sa regalia, attribut de son rang militaire, ce que j'avais vu de lui ne laissait aucun doute sur ce que je pouvais espérer une fois ses vêtements enlevés.
Et ce bref aperçu de son dos nu et humide l'avait plus que confirmé.
Mais rien, absolument rien – pas même six ans de rêves, pas même une vie de prostitution - ne m'avait préparée à la vision de la plénitude de sa peau bronzée et nue, de ses muscles puissants et de son indéniable et superbe virilité.
Aucun marbre ne pouvait égaler l'or sombre et la perfection du corps de Maximus.
De larges et fières épaules donnaient naissance à des bras puissants aux muscles lourds parfaitement dessinés et idéalement découplés.
Son torse large était parsemé de poils blondis par le soleil, plus nombreux près des aréoles, petits disques bruns dorés. Sa taille était admirablement équilibrée et son ventre plat et dur était orné d'un nombril petit et délicieusement tentant, attirant les baisers, les suçotements et les mordillements.
Un modeste sous-vêtement de toile était enroulé autour de ses hanches, ne couvrant plus que partiellement sa virilité tendue et impressionnante.
Ses cuisses, écartées de part et d'autre de mon corps, avaient cette combinaison unique de force et de grâce que seuls possèdent les cavaliers nés.
Mes mains légèrement tremblantes exploraient son torse en une caresse aérienne, la vision de sa beauté rayonnante me rendant timide en dépit de mon expérience et de mon désir impérieux.
Mais je fus tirée de mon exploration fascinée par les mains de Maximus essayant d'écarter le tissu couvrant ma poitrine, essayant de trouver la manière de dégager mon corps de ce vêtement mystérieux qui le couvrait comme une seconde peau.
À la seule pensée des doigts calleux de Maximus luttant avec les innombrables et minuscules agrafes dans mon dos, je dus rire et mon rire fut comme celui qui avait résonné, cette nuit, en Mésie, quand nos chemins s'étaient croisés pour changer ma vie pour toujours.
C'était un rire jeune, libéré et espiègle, le rire d'une femme qui, belle et assurée, sait qu'elle est aimée et qui reconnaît sa chance de l'être.
"Oh, Maximus, déchire-le. Je ne m'en soucie pas." Dis-je tandis que j'essayais de m'asseoir, le cœur si léger et si plein de bonheur que je pensais qu'il allait éclater.
Les flammes réapparurent avec une ardeur accrue dans les profondeurs aigue-marine des yeux de Maximus mais, avant qu'il puisse s'exécuter, incapable de tenir plus longtemps sans sentir ses mains sur ma peau nue, je saisis le précieux tissu des deux mains et le déchirai jusqu'à ma taille, m'offrant à ses regards et à ses attouchements.
Mes seins s'offrirent ardemment à ses mains pressantes et je criai au contact de ses grandes paumes si chaudes … je criai encore quand je sentis la peau rugueuse de ses pouces malaxer mes mamelons dressés jusqu'à ce qu'ils palpitent et je me sentis défaillir sous ses caresses. Je défaillis à tel point que lorsqu'il me repoussa gentiment sur le lit, je n'offris aucune résistance.
Maximus n'eut pas besoin d'autres exhortations. Empoignant ma robe déjà dévastée, il déchira la jupe tout au long, ses articulations traçant un chemin de feu le long de mon corps nu.
La vision de ses puissantes mains bronzées sur ma peau crémeuse et douce si excitante que j'en perdis presque le souffle.
Fermant les yeux, je me tordis et m’arquai sous ses mains, pour l'aider à me débarrasser des restes de la robe de sirène et je me délectai de leur contact rude et pourtant si doux.
Et quand je les rouvris, ce fut pour le voir jeter en l'air ce qui restait de mon vêtement.
Il gonfla et flotta dans un nuage de plumes avant de doucement s'étaler sur le plancher.
Et un bref instant, j'imaginai que nous n'étions plus sur un bateau, ni même sur terre mais sur un nuage.
Un bref instant, j'imaginai que nous n'étions plus une ancienne putain et un ancien général … une affranchie et un gladiateur … un veuf et une veuve ... un homme et une femme mais un dieu et une déesse ... et que l'éternité s'offrait à nous.
Le cri étranglé de Maximus me ramena à la réalité et je vis les aigues-marines incandescentes qu'étaient ses yeux dévorer ma silhouette nue. Sous son regard affamé, mon coeur s'emballa si puissamment que je pouvais le sentir sous mon sein gauche palpiter comme un oiseau emprisonné et je me liquéfiai et m'embrasai comme jamais auparavant ...
Les doigts de Maximus se précipitèrent sur les liens de son sous-vêtement.
"Je craignais que mon imagination n'ait embelli ta beauté." Souffla-t-il tout en bataillant avec les cordons. "Tu es aussi magnifique que dans mes souvenirs …"
Après quelques tiraillements, le tissu couvrant ses hanches finit par glisser et Maximus impatiemment le rejeta. Dressé sur ses genoux, il exposa fièrement sa beauté et sa force si masculines … s'offrant, sans hésitation, à moi en tant qu'homme comme je m'étais offerte sans hésitation à lui en tant que femme.
"Toi aussi, mon chéri." Chuchotais-je en laissant courir mes yeux le long de son corps, m'attardant sur le nid de boucles brun foncé entourant sa virilité résolument tendue et j'en frissonnai anticipativement, "magnifique" décrivant à peine sa splendeur masculine.
Oh, non! Rien ne m'avait préparée à lui.
Rien ne m'avait préparée à sa chair masculine si vigoureusement excitée - puissance masculine et virilité indéniable ... Et pourtant ... Je la voulais.
Même si cela signifiait être dévorée.
Même si cela signifiait être déchirée.
Même si cela signifiait mourir ...
M'arquant contre le matelas, je tendis les bras et écartai les cuisses autant que les siennes qui me chevauchaient le permettaient, l'invitant comme la sirène à qui j'avais été comparée aurait invité le marin aux cheveux sombres qu'elle désirait.
"Viens, mon amour," Dis-je d'une voix plus rauque que d'habitude. "Cela fait trop longtemps que je t'attends."
Maximus ne bougea pas.
Au lieu de cela, il resta là, agenouillé sur le lit, me chevauchant, son corps nu dominant mon corps nu, ses yeux flamboyants dévorant chaque pouce de mon corps, ses narines palpitant comme celle d'un étalon quand il sent une jument en chaleur.
Couchée nue et offerte à son regard incandescent, je sentis des flammes naître au fond de moi, leur chaleur envahissant mon ventre avant de s'emparer de tout mon être après avoir embrasé mes veines … chaleur si intense que j'étais sûre que Maximus pouvait la sentir même sans me toucher.
Incapable de rester sans bouger plus longtemps, je fis remonter mes mains le long de ses cuisses, traçant les courbes parfaites et lisses de ses muscles, puis caressant sa taille avant de faire glisser mes paumes le long de ses reins et de m'emparer de ces subjuguantes fesses arrondies aux muscles durs comme la pierre que j'avais aperçues par l'entrebâillement de la porte de la salle de bains.
Maximus ferma les yeux mais resta toujours immobile, me donnant accès à son corps, m'accordant la liberté de l'explorer et, lentement, très lentement, mes mains revinrent vers son ventre.
Il laissa échapper un petit cri quand mes doigts effleurèrent la peau sensible de son bas-ventre et quand, après une brève hésitation, je m'en emparai, il se cambra et rejeta la tête en arrière en exhalant un gémissement sourd.
Mon coeur se gonfla devant cette manifestation de pure excitation masculine.
Et à la seule pensée d'être la première femme à le toucher intimement depuis des années, je crus que mon cœur allait s'arrêter de battre et la volupté, telle une flamme violente et incontrôlable menaçant de me consumer, s'empara de moi …
Je le caressai encore puis encore, déplaçant délicatement ma main sur sa chair dure et brûlante, m'émerveillant de sa texture, de sa taille et de sa vigueur.
Il était fer et velours.
Feu et soie.
Soudain, il ouvrit les yeux, repoussa ma main et me couvrit de son corps puissant.
Nous criâmes à l'unisson au contact mutuel de nos peaux nues ... contact tellement souhaité et si longtemps nié. La sienne était de velours brûlant recouvrant sa rigidité mâle. La mienne était de velours brûlant recouvrant ma douceur féminine.
Il se pressa contre moi et je me cambrai contre lui jusqu'à ce que nous soyons aussi près qu'il est possible de l'être pour un homme et une femme sans s'accoupler et nous avons gémi et haleté en ressentant les courbes et les creux de nos corps s'épouser et cette fusion si parfaite de nos chairs nous émerveilla ...
Maximus glissa une de ses cuisses musclées entre les miennes et, en réponse automatique, je recherchai son contact, je cherchai à plaquer mon sexe palpitant et moite contre son sexe brûlant et rigide.
Et, comme pour aller à la rencontre de mon mouvement, il glissa ses mains sous mes fesses, me serrant contre lui, guidant mon corps qui, spontanément, voulait se coller au sien.
Consumée par le désir, je cherchai aveuglément sa bouche, ma langue en exigeant impérieusement l'entrée et l'envahissant profondément quand il m'y donna accès, répondant ardemment à ma demande.
Bientôt le baiser se transforma en désir irrépressible.
Bientôt, les baisers ne furent plus suffisants ... plus suffisants du tout ...
Soudain, Maximus glissa son autre cuisse entre les miennes, les écarta et avant que je ne conçoive ce qui allait se passer, d'un mouvement rapide et souple, il entra profondément en moi.
J'arrachai mes lèvres des siennes et criai.
Il était grand et pour moi cela faisait si longtemps ... J'étais serrée comme une jeune fille et ni l'excitation, ni les préliminaires ne m'avaient préparée à cette intrusion rapide, profonde et totale.
Pantelante, je fermai les yeux pendant que je plantais mes ongles dans ses épaules et me forçais à rester calme, m'habituant à sa présence qui m'envahissait jusqu'à la rupture, qui m'envahissait de manière phénoménale, me rendant folle de désir, exigeante, impérieuse.
Au-dessus de moi, Maximus resta aussi immobile mais je le sentis frissonner une fois, deux fois, puis une troisième fois, plus intensément.
J'ouvris les yeux et mon cœur se serra.
Ses yeux étaient étroitement fermés, son visage, extraordinairement beau, était tendu par l'effort, la sueur perlait sur son large front.
La première nuit à la villa, en dépit d'avoir été enchaîné et laissé seul des heures durant croyant qu'il allait être violé et utilisé tel un prostitué, Maximus avait essayé de me réconforter de mon angoisse concernant son destin.
Maintenant, en dépit de son désir irrépressible qui le faisait palpiter intensément en moi, il utilisait chaque once de son incroyable sang-froid pour ne pas me rudoyer ...
Je caressai son visage et il frissonna à nouveau.
Me déplaçant lentement, très lentement, je soulevai mes hanches et enlaçai sa taille de mes longues jambes nous faisant, par ce geste, tous les deux haleter car ce mouvement l'entraîna encore plus profondément en moi.
Alors je pris tendrement son visage entre mes mains et fit balancer mon bassin.
Ses yeux s'ouvrirent brutalement.
Je resserrai ma prise sur lui et je balançai à nouveau.
"Julia ..." Haleta-t-il.
Saisissant ses courts cheveux, j'attirai sa tête vers moi, réclamant ses lèvres encore une fois, introduisant profondément ma langue dans sa bouche encore une fois et balançai pour la troisième fois.
Il perdit la tête.
Un grondement animal résonna profondément dans sa poitrine et trouva un écho dans la mienne pendant qu'il prenait les commandes, sa langue engageant la mienne en un ballet torride et frénétique, puis il fléchit les hanches et ne me ménagea plus.
Pas comme les soldats font avec leurs putains après une bataille sanglante mais comme les hommes utilisent leurs femmes quand, après s'être cru morts, ils découvrent, soudain, qu'ils sont vivants, si désespérément vivants, que ça en est blessant.
C'était âpre.
C'était sauvage.
C'était fruste
Ca aurait pu être douloureux.
Mais au contraire, c'était si exquis, si agréable que je pensais que j'allais en mourir.
Car je ne le ménageai pas non plus comme les femmes utilisent leurs hommes quand elles ont besoin d'eux pour remplir non seulement le vide de leurs corps mais également celui de leurs coeurs et de leurs âmes.
Bientôt il dévora mes sanglots.
Bientôt je le griffai, cherchant vainement une ancre dans l'orage qui m'avait englouti. Cherchant vainement un abri contre le feu qui menaçait de me réduire en cendre.
Bientôt je haletai, cherchant vainement l'air même si je savais qu'il n'y avait pas assez d'air dans le monde entier pour remplir mes poumons car je me noyais dans les eaux tourbillonnantes de la passion, ces eaux où je voulais désespérément me noyer depuis tant d'années.
Je me tordais et me balançais sous lui pendant que ses poussées devenaient plus dures, plus profondes et plus rapides.
Mon ventre se serrait, mes cuisses tremblaient sous mes efforts pour tenir Maximus et un mal sourd était en train de naître dans mes reins.
Et il continuait à pousser et à pousser, en butte à sa passion déchaînée
Et je pouvais la sentir mûrir en moi.
Et cela ne ressemblait à rien de ce que j'avais déjà expérimenté.
C'était une force qui, si lâchée, pouvait me tuer, qui, par chance, me changerait pour toujours
Et c'était angoissant quoique réconfortant.
Et c'était délicieux quoique effrayant.
Et elle me poussait vers l'inconnu avec une force inébranlable et implacable.
Soudain, instinctivement, je luttai contre cette force.
Je luttai contre Maximus mais je n'étais pas de taille contre sa force et sa détermination inflexible et chacune de ses poussées me rapprochait encore et encore de l'abîme que je n'avais fait qu'entrapercevoir six ans auparavant.
Et, alors, je sus.
J'avais été donnée un nombre incalculable de fois à un nombre incalculable d'hommes et chacun d'eux avait pris de moi ce qu'il avait voulu, que ce soit le plaisir, la douleur ou la simple soumission.
Un homme au-dessus des autres avait réclamé non seulement mon corps mais ma vie et mon destin et moi j'avais mis un terme à ces six années passées avec un poignard volé et la force engendrée par une vie de haine.
J'avais été à eux pour faire ce qu'ils voulaient.
J'avais été leur esclave.
J'avais été leur putain.
J'avais été leur jouet.
Mais, jamais, aucun d'eux ne m'avait possédée.
Aucun d'eux n'avait pu réclamer ce qui était au-delà de mon corps bien entraîné.
Aucun d'eux n'avait pu découvrir ce qui était dans mon coeur et me forcer à le lui donner comme ils m'avaient forcée à accepter leur rut égoïste.
Et ni mon entraînement, ni mon expérience ne m'avaient préparée à cela.
A la possession.
La possession totale, absolue, ultime.
Cela allait bien au-delà d'une chair enfiévrée se joignant à une autre chair tout aussi enfiévrée.
Cela exigeait non seulement mon corps mais également mon coeur et même réclamait mon âme ...
Je pris peur.
"Non ... Non ..."
Je ne pouvais pas … Ce n’était pas possible
Ce n’était pas possible de survivre à cela.
Ce n’était pas possible de franchir ce seuil et de continuer à vivre.
"Non... "
Les mains de Maximus me forcèrent à lever les hanches encore plus haut tandis qu’inlassablement il continuait à pousser.
Qu’inlassablement il prenait et donnait autant qu’il prenait.
Qu’inlassablement, en prenant et donnant, il m'enseignait que je pouvais donner et prendre sans fin. Qu’inlassablement il réclamait ce qui était à lui. Ce qui avait été à lui depuis que nos destins s'étaient croisés lors de cette soirée trouble en Mésie ... à moins que ce ne soit depuis la nuit des temps.
Q’inlassablement il réclamait ce qui était à lui car il se soumettait à ma demande et m'enseignait qu'il pouvait également donner et prendre sans fin comme je le faisais ... et il prenait plaisir aux deux.
Avec un gémissement fort et angoissé, je me laissai aller.
Mon corps serra si fort le sien qu'une fois de plus nous criâmes à l'unisson.
Et le monde se volatilisa tandis que ma chair se convulsait encore et encore et encore et que Maximus continuait à aller et venir et donner et prendre pendant que je frissonnais et sanglotais et gémissais et pleurais.
Non, rien ne m'avait préparée à cela. Pas même ce bref instant d'exaltation que j’avais connu dans l’alcôve en Mésie.
C'était non seulement ce qui pousse des juments et des lionnes à parcourir des kilomètres et des kilomètres, cherchant aveuglément leur compagnon et l'accomplissement que seuls ils peuvent leurs apporter, c’était ce qui pousse les hommes et les femmes à affronter des périls, des malédictions et à mettre leur vie en jeu sans s’en préoccuper. Sans s’en préoccuper le moins du monde.
C’était ce que chaque homme et chaque femme mourraient d'envie de connaître même s’ils vivaient et mouraient sans l’avoir connu.
Ce n’était pas ce que des hommes obtenaient des putains qu’ils payaient ou des esclaves dont ils abusaient. Ni ce que les guerriers triomphants, aux corps encore sanglants, obtiennent quand ils prennent les femmes de leurs ennemis défaits.
Ni ce pourquoi les riches matrones louent des gladiateurs ou forcent leurs esclaves mâles à faire.
Ce n'était pas de la simple luxure.
C'était l’accomplissement.
C'était la passion.
C'était l’amour.
Et, moi, Julia, l'esclave et la putain, le découvrait.
C’était sauvage.
C’était effrayant.
C’était plus terriblement beau que le plus terriblement beau des rêves.
Et rien, absolument rien, ne m'avait préparée à cette beauté sauvage et à cette douceur ineffable.
Je mourrais.
Et je renaissais.
Épuisée mais toujours frissonnante, trempée de sueur et toujours tremblante, toujours sanglotante, ma chair toujours frémissante sous les spasmes diminuants de mon violent climax, j'entendis Maximus crier d'une voix rauque quand il finit par trouver son propre accomplissement et qu’il se répandait, dans mon corps accueillant, en pluies blanches et chaudes, torrent apparemment intarissable qui suscita un autre gémissement de douleur de ma gorge déjà à vif.
Maximus s'effondra sur moi, son grand corps brillant de sueur écrasant le mien.
Cela me semblait si naturel, si délicieusement naturel d’être écrasée sous lui que je m’accrochai à lui au cas où il aurait essayé de se détacher de moi.
Je n’avais pas à m’inquiéter.
Il semblait tout simplement trop bien sur moi pour songer à s’écarter. Ou, peut-être, était-il tout simplement trop épuisé.
Peu importe.
La seule chose qui importait était que nous soyons ensemble, toujours uni en une étreinte intime, partageant l'aboutissement de notre passion, mes seins écrasés sous son imposante poitrine tandis que nos cœurs battaient follement à l'unisson, son visage barbu enfoui dans la courbe moite de mon cou, sa barbe râpant agréablement ma peau, son souffle chaud chatouillant le lobe de mon oreille pendant que le mien chatouillait la sienne, leur rythme éperdu se calmant petit à petit.
Puis, le silence tomba sur nous.
Silence doux, satisfait, intime.
"Maximus?" Chuchotais-je, mes lèvres effleurant légèrement son oreille.
"Hmmm?" Grogna-t-il et c'était un tel bruit de totale satisfaction masculine que je ne pus m’empêcher de sourire.
"Je t'aime..."
Il ne dit rien
Je ne m’attendais pas à ce qu’il le fasse … mais ses bras se resserrèrent autour de moi
Il n’avait pas besoin de dire quoique ce soit.
C’était amplement suffisant.
Levant légèrement la tête, je l’embrassai délicatement sous l’oreille là où une veine pulsait à travers la peau fine et douce puis je le léchai.
C’était délectable …cela goûtait le soleil, l’homme et la mûre.
Maximus soupira si profondément et avec un tel contentement et se relaxa si complètement et si soudainement que je ne pus m’empêcher de sourire à nouveau.
Toujours couché sur moi, il s’endormit brutalement.
Je léchai sa peau à nouveau, me délectant de sa saveur unique.
J’aurais voulu le lécher partout.
J’aurais voulu lécher chaque pouce de sa peau et me délecter de la saveur salée, musquée et ensoleillée qui la recouvrait … j’aurais voulu lécher chaque pouce de sa peau chaude et bronzée … mais j’allais devoir attendre pour le faire !
J’étais trop fatiguée …trop épuisée en fait.
Avec un léger soupir, je suivis Maximus dans l’oubli.
J’ignore combien de temps j’ai dormi.
Une minute, une heure, un jour, telle fut grande la profondeur de mon sommeil.
Un sommeil profond comme je n’en avais jamais connu.
Je fus réveillée par une étrange sensation de balancement et un son rythmé résonnant dans le lointain.
Petit à petit, j’émergeai.
Une partie de moi-même voulait rester dans cette douce torpeur qui m’enveloppait ... mais l’autre partie voulait faire surface, tirant la partie indolente comme si quelque chose l’attirait vers la conscience avec une urgence irrésistible.
Tant la sensation de balancement que le son devinrent plus forts …
Mes yeux s’entrouvrirent et, pendant un moment, je me demandai où je me trouvais.
Pas dans ma chambre à coucher ... il n’y avait pas de bois seulement du marbre, du velours et de la soie ...
Les rayons obliques du soleil passant à travers le hublot m’indiquèrent qu’il était tard dans l’après-midi … un hublot … j’étais sur un bateau … je ne dors pas sur un bateau …
Mes yeux s’ouvrirent tout grand et la réalité s’empara brutalement de moi.
Et, pour une fois, la réalité ne fut pas blessante.
Soudain, tout eut un sens.
Le bateau, la sensation de balancement et les bruits.
J’étais couchée sur le lit de la cabine de la réplique du Poséidon, la tête aux cheveux sombres de Maximus penchée sur mon corps nu et lui occupé à tranquillement mordiller, lécher et embrasser mes mamelons dressés et palpitants, le son rythmé n’étant rien d’autre que mes gémissements de plaisir.
Doucement, prudemment, essayant de ne pas le distraire, je levai la main et la posai sur l’arrière de sa tête, mon pouce caressant la peau douce en dessous de l’oreille
Maximus leva la tête et m’offrit son doux sourire juvénile et je sentis mon cœur se serrer devant la pure beauté de ce témoignage de jeunesse et de vulnérabilité.
"Je te veux encore ..." Murmura-t-il semblant quelque peu embarrassé comme si admettre son incapacité à contrôler son désir le mettait mal à l’aise en dépit de l’intimité que nous venions de partager ou … bien était-ce parce que nous venions tout juste de la partager ?
Qu’importe la raison !
Je resserrai mon emprise sur sa nuque et me cambrai sous lui, lui offrant un meilleur accès à mes seins.
Il n’eut pas besoin de plus d’encouragements.
Se penchant à nouveau sur moi, il lécha avidement mon mamelon puis ses lèvres affamées l’engloutirent et le sucèrent encore et encore et encore.
Et dans le délire qui s’ensuivit, mes seins durcirent et grossirent comme s'ils étaient en train de se gonfler de lait.
Avec un 'pop', la bouche de Maximus le libéra et glissa vers l’autre, l’avalant, avec gourmandise, dans l'humidité brûlante de sa bouche, sa barbe râpant au passage la peau sensible de l'aréole.
Je criai quand la douce torture recommença et les deux mamelons dressés vibrèrent et chacune de leurs vibrations trouvait un écho délectable entre mes jambes.
Un bras puissant ceintura ma taille, me figeant sur place tandis qu’il continuait à sucer encore et encore.
Me cambrant et me tortillant sans cesse sous Maximus, j’appuyai mon bassin contre sa cuisse aux muscles d'airain qu'il avait placée entre les miennes, cherchant, en vain, une satisfaction mais ne faisant, en réalité, qu’accroître mon désir.
"Maximus..." Gémis-je. "Maximus..."
Il continua à sucer mon mamelon, sa langue impitoyable s’enroulant sans relâche autour du bouton durci tandis que sa grande main chaude glissait le long de mon flanc, effleurant ma hanche au passage avant de caresser mon intimité qu’il avait libérée de son genou.
Et quand il se mit à la caresser de ses doigts habiles, j’eus l’impression de m’ouvrir comme une fleur s’offre à la caresse des rayons du soleil. J'accueillis leur intrusion désirant que ses doigts se fassent plus intimes, plus audacieux, plus hardis. Immobilisée par son corps, me cambrant davantage contre sa bouche, mes hanches allaient à la rencontre de ses doigts au même rythme parfait et affolant que ceux-ci qui, sans trêve, me conduisaient jusqu’au climax.
Je me balançais, je gémissais, je pantelais, je criais, je suppliais.
Mais je ne lui demandais pas de s’arrêter !
La langue de Maximus s’enroula une dernière fois autour de mon mamelon puis il planta ses dents dans la peau sensible et cette douleur inattendue combinée au mouvement incessant de ses longs doigts exigeants m’envoya au ciel.
En proie au spasme d'une jouissance enfiévrée, je m'effondrai sur le matelas.
Mes lèvres s'ouvrirent pour laisser échapper un cri de délivrance et de bonheur qui s'étouffa dans ma gorge quand, avec cette rapidité de félin qui me laissait toujours sans voix, Maximus me pénétra au pic de l'orgasme.
Cette intrusion inattendue me coupa le souffle.
Ma peau était encore sensible de notre précédent et frénétique accouplement et la légère douleur, non désagréable, qui en résulta, exacerbant ma sensibilité, me fit perdre la raison ...
"Maximus ..." Gémis-je
Il poussa.
Insupportablement profondément. Insupportablement durement.
"Maximus ..."
Il poussa encore.
Et encore.
Plus fort. Plus profond.
"Maximus ..."
Plus fort. Plus profond. Plus vite
"Maximus. .."
Encore et encore et encore.
"Maximus ..."
Chaque poussée en parfaite harmonie avec les contractions de mes muscles
Chaque poussée empêchant mon climax de s'éteindre.
Chaque poussée transformant les braises en flammes incandescentes.
Chaque poussée me plongeant de plus en plus profondément dans les flammes de la passion.
Plus fort. Plus profond. Plus vite.
Je vins.
Et je vins.
Et je vins.
Et il continua à me faire venir.
Et venir.
Et venir.
Jusqu'à ce que mes gémissements se transforment en cris rauques.
Jusqu'à ce que mes cris se transforment en hurlements.
Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'air dans mes poumons pour des gémissements ou des cris ou des hurlements.
Jusqu'à ce que ma gorge brûle et se dessèche et serre.
Jusqu'à ce que mon corps se dissolve en se perdant dans les convulsions et les spasmes d'une jouissance apparemment sans fin.
Jusqu'à ce que j'aie mal et que ce mal semble si bon, si normal, si incroyablement exquis que j'éclatai en sanglots et, pour la première fois, mes larmes ne furent pas de douleur ou de peine ou de solitude mais de joie pure.
D'accomplissement.
De satiété.
Des larmes de passion.
Des larmes d'amour.
"Julia ... Julia ... Julia ..."
La voix profonde et grondante de Maximus retentit âpre, rauque comme si sa gorge était également sèche et à vif suite à son propre effort.
Je rassemblai les quelques forces qui me restaient et m'efforçai d'ouvrir les yeux et alors je vis le corps luisant de sueur de Maximus dominer le mien et ce corps continuait à pousser et à pousser, ses muscles ondulant à chaque mouvement et la sueur coulait le long de ceux-ci en minuscules rigoles qui suivaient les contours de sa stupéfiante perfection masculine.
La tête rejetée en arrière, les yeux étroitement fermés, les lèvres entrouvertes à la recherche d'un peu d'air, les biceps gonflés, son large torse se soulevant au rythme de sa respiration saccadée, son beau visage tendu par l'effort, il me parut sauvage, primal, perdu qu'il était dans l'aveugle poursuite de sa propre jouissance.
Perdu dans son désir et son plaisir.
Perdu dans sa passion.
Et sa passion avait mon nom.
"Julia ... Julia ..."
Faiblement, toujours sanglotante, je levai une main tremblante et touchai légèrement ses lèvres entrouvertes.
Elles étaient chaudes et humides et douces sous mes doigts.
Il les embrassa avec avidité, les lécha, les suça tandis qu'il continuait à aller en moi puis son corps entier se tendit et il rugit en déversant sa semence chaude dans mon corps.
Son rugissement se répercuta sur les parois en bois de la cabine et dans mon esprit dévasté, puis se transforma en doux gémissements pendant qu'il continuait à tressaillir au rythme de chaque giclée, les yeux fermés, la bouche détendue, son âme partie là où disparaissent les âmes quand la force du climax les libère des liens de la chair.
Puis il frissonna et ce fut tout.
Avec un soupir, Maximus se laissa tomber sur le matelas.
Cette fois, il avait eu assez de force pour rouler sur le dos et éviter ainsi de m'écraser sous son lui.
A cette perte soudaine de son corps, je laissai échapper un cri plaintif et me tournai instinctivement vers sa chaleur.
En dépit de son épuisement, Maximus m'enferma sans hésiter dans ses bras et je ne me pelotonnai immédiatement contre lui.
Il me laissa m'installer puis me berça et me caressa jusqu'à ce que mes tremblements et mes sanglots cessent.
Trop submergée par mes propres émotions, par la force de la tempête qui s'était abattue sur nous, par la beauté douloureuse de ma jouissance et par la vision de la beauté primale et sauvage de celle de Maximus, je plongeai dans les limbes du sommeil.
Lorsque je me réveillai, j'étais toujours étroitement serrée contre lui, la tête sur son épaule, mes longs cheveux formant une nappe d'or roux tout autour de nous.
Le bras de Maximus était toujours fermement enroulé autour de moi dans cette attitude possessive et protectrice qui n'appartenait qu'à lui.
La lumière rougeâtre entrant par le hublot m'indiqua que l'après-midi touchait à sa fin.
Prudemment pour ne pas le réveiller, je levai lentement la tête pour le contempler.
Sa peau nue et bronzée resplendissait sous les rayons du soleil couchant comme du bronze poli. Mais le bronze n'est que froideur et cruauté et lui était une chair vivante et chaude parcourue d'un sang palpitant et animée d'une vie intensément brûlante.
Maximus semblait tout à fait détendu dans son sommeil, sans inquiétude et sans souci, son self-contrôle si présent dans tous ses actes complètement envolé.
Il paraissait jeune et vulnérable et doux.
Tel qu'il l'avait déjà paru quand ivre, il était tombé endormi sur le canapé dans mon salon et que je l'avais épié dans son sommeil.
Pourtant, en ce moment, il y avait quelque chose de plus
Il paraissait tout à fait détendu, sans inquiétude et sans souci. Il paraissait jeune et vulnérable et doux. Mais il semblait également … satisfait. Il semblait comblé et rassasié avec sa bouche, délicatement féminine, gonflée par nos baisers insatiables.
Remarquant cela je souris, touchai les miennes qui étaient tout aussi gonflées et ris joyeusement
Elles étaient contusionnées et sensibles, c’étaient les lèvres d’une femme qu’un homme venait d’aimer passionnément
Maximus soupira dans son sommeil et je me dégrisai rapidement, ne voulant pas le déranger.
Son bras resserra son emprise sur mes épaules puis il se tourna vers moi, et, m’enfermant dans son étreinte, posa une de ses jambes aux muscles puissants sur les miennes
Je le laissai faire et quand il enfouit son visage dans la courbe de mon cou en soupirant de nouveau, j’embrassai délicatement son front moite.
Il était comme je l’avais rêvé et même plus encore.
Il était beau. Splendide. Magnifique.
Et il était à moi !
Poussant un soupir d’aise, je m’enfonçai dans le sommeil.
Quand je me réveillai la cabine était plongée dans l’obscurité la plus totale, la grande carcasse de Maximus toujours soudée étroitement à mon corps.
Par le hublot, je vis une bande de ciel noir parsemé d’étoiles scintillantes.
L’air dans la cabine était dense et humide et je n’avais pas besoin de lumière pour savoir que chaque surface était couverte d'une fine couche de condensation, y compris nos deux corps.
Au souvenir de ce qui avait provoqué cette moiteur, Je rougis et remerciai les Dieux de l’obscurité qui camouflait mes joues enflammées.
C’était vraiment bizarre et totalement stupéfiant !
Je n’avais jamais remercié les Dieux pour quoi que ce soit.
C’est à peine si je pensais à eux de peur d’en arriver à mépriser leur complète indifférence à l’égard des souffrances et des désirs des humains, leurs manières cruelles et égoïstes et leur éloignement qui leurs permettait d’être des Dieux et comme tels si différents d’une chair vivante et capable de souffrir
Et maintenant, j’étais en train de remercier les puissances qui nous dominent pour cette obscurité qui dissimulait mes joues incandescentes au souvenir de l’intimité brûlante qu’avaient abritée ces murs en bois.
Je savais que dans l'embrasement des heures précédentes j’étais morte pour mieux renaître.
Est-ce que ma renaissance m’avait aussi rapprochée de ces Dieux dont je m’étais moquée avec le même mépris dont ils avaient fait preuve à mon égard en se moquant de moi?
Mais ce n’était pas le moment ni le lieu pour me perdre dans mes considérations sur les déités alors que Maximus était couché à côté de moi et pleinement réveillé.
Il était probablement réveillé depuis longtemps mais était resté immobile de crainte de me réveiller.
Et en dépit de l’obscurité et du fait que j’étais restée immobile, il avait du identifier l’instant où je m’étais éveillée
Etirant ses membres puissamment musclés, Maximus se dégagea, tâtonna pour trouver la lampe et le silex qui se trouvaient sur la table de nuit près du lit.
Quand un faible lueur vacillante éclaira la pièce, il se leva et silencieux, se dirigea vers la porte de la cabine qui craqua quand il l’ouvrit pour laisser pénétrer un peu d’air frais.
La brise nocturne apporta une fraîcheur - vraiment bienvenue - et les stridulations des criquets qui s’en donnaient à cœur joie dans les buissons avoisinants.
Maximus s’accota légèrement contre l’embrasure de la porte, offrant son corps nu aux vagues d’air frais parcourant la nuit et sans vraiment m’en rendre compte, je tapotai le matelas de plumes afin d’avoir une meilleure vue sur son dos nu.
A la vue de son dos puissant où ondulaient ses muscles bien développés sur lesquels sa peau tendue et bronzée brillait, prolongé par la délicieuse courbe de deux fesses rondes et dures comme la pierre puis par des cuisses puissantes et admirablement modelées et des mollets délicatement dessinés, je ne pus m’empêcher de soupirer.
N’importe quel spectateur occasionnel en le voyant n’aurait pu s’empêcher d’évoquer quelque marbre sculpté par un maître artiste tel Phidias (*) lui-même.
Il ressemblait à Triton (**) émergeant des flots dans sa nudité parfaite toute en splendeur, force et puissance … le compagnon idéal pour la sirène que j’abritais au fond de moi.
Mais même Phidias n’avait pas été capable d’insuffler la vie et la chaleur dans ses marbres à la perfection divine et … je savais à quel point cette peau était brûlante sous mes doigts passionnés et mes lèvres ardentes et … indiscrètes
J’aurais volontiers passer le restant de mes jours à la toucher, la caresser, l’embrasser, la mordiller et la sucer !
Me délectant de la vue et reposée après ce bref sommeil qui tombe sur un corps repu par l’amour qu’il vient de recevoir et de donner, je m’étirai tel un chat satisfait et souris de contentement.
Puis je jetai un œil aux dégâts dans la pièce. Et ce n’était pas la faible lueur de la lampe qui aurait pu déguiser le désordre indescriptible qui hantait cette pièce habituellement si strictement rangée.
Ce qui restait de ma robe de sirène gisait sur le sol, complètement en pièces, les plumes vertes et bleues étaient éparpillées un peu partout sur la carpette et sur le lit, certaines étaient même collées à ma peau moite et une autre brillait telle une tache de peinture bleue verte sur un des mollets bronzés de Maximus.
Près de la porte, non loin de son pied nu, je découvris une de ses sandales.
Il me fallut un certain temps pour trouver sa compagne qui avait atterri sur le bureau à côté du panier contenant notre dîner.
Elle avait manqué de peu l’amphore de vin !
La tunique de Maximus, tout aussi en lambeaux, avait atterri sur la chaise qui s’était écrasée dans un coin, une manche enfilée sur un des pieds se dressait comiquement comme un membre maigrelet et rachitique, contraste saisissant avec le bras musclé qui l’avait remplie il y avait quelques heures.
Incapable de me contenir plus longtemps, je gloussai.
Maximus se retourna au son de ma gaieté et ma gorge se serra … c’était le moment de vérité … c’était le moment où ses yeux plongeraient dans les miens pour la première fois après qu’il ait renoncé à lutter contre son désir, après qu’il ait renoncé à son contrôle de lui-même pour prendre de mon corps la chaleur, le réconfort et la jouissance qu’il s’était si longtemps refusé à lui-même …
Il se retourna et mon cœur manqua un battement.
Il se retourna et … sourit.
Un petit sourire en coin qui progressivement s’élargit et devint chaleureux.
Je soupirai de soulagement.
Tout allait bien.
Et pour la deuxième fois en quelques minutes, je me trouvai en train de remercier les dieux !
"C’est une bonne chose que j’ai pensé à apporter un sac de vêtements pour nous deux ou nous aurions offert un vrai spectacle en retournant à la villa dans les restes de ce que nous portions." Dis-je d’une voix rauque, pour déguiser ma nervosité qui n’avait pas encore entièrement disparu.
Puis incapable de rester loin de lui-même pour un si court laps de temps, je lui ouvris les bras et rapidement, il revint vers le lit.
Je me bougeai pour lui permettre de s’allonger puis je posai un bras et une jambe autour de lui d’une façon possessive qui n’était qu’à moi et enfoui mon visage contre son cou chaud tandis qu’il me reprenait dans ses bras puissants.
J’aurais voulu rester ainsi pour toujours !
Couchée sur ce lit dévasté. Couchée entre ses bras. Envahie par un sentiment de bien-être, de bonheur et de contentement … de plénitude et ayant l’impression d’être aimée
"Quel est cet endroit?" Demanda Maximus contre ma tempe, son souffle faisant doucement ondoyer mes cheveux emmêles.
"C’est la réplique du bateau avec lequel l’affaire que je possède maintenant a démarré. Le premier de la flotte." Lui expliquais-je, la tête toujours enfouie dans son cou, la proximité de sa peau étouffant quelque peu ma réponse, son odeur de mâle emplissant mes narines.
"Tu sais que je ne sais pas nager aussi je n’aime pas aller sur les bateaux. Celui-ci est mon bateau personnel, un qui est sûr et où je viens quand je veux m’éloigner de la villa et des domestiques. J’ai fait cette petite cabine pour pouvoir y lire à mon aise."
Mon rire résonna rauque.
"C’est drôle mais tu n’as aucune idée du nombre de fois que j’ai fantasmé sur ta présence ici, me faisant l’amour."
"C’est ma première fois."
Ces mots furent exprimés d’une voix calme mais légèrement étouffée.
Sa première fois? Sa première fois pour quoi?
Il ne voulait quand même pas dire ... la révélation de l’incohérence totale de cette pensée me secoua tellement que je dus rire à nouveau.
"Pardon?"
"C’est ma première fois à bord d’un bateau marchand, à part celui dans la cale duquel j’ai été jeté comme esclave sur la route de Zucchabar."
Il n’y avait pas de douleur dans sa voix, ni même d’amertume. Il énonçait simplement un fait.
Je me dressai sur un coude et plongeai mes yeux dans les siens.
"Vraiment?"
"Oui. J’ai grandi loin de la mer et j’ai presque toujours voyagé par la route comme soldat." Dit-il paisiblement, un homme s’exprimant sur lui-même simplement, dans la douce intimité d’un début de soirée et sur un lit bien utilisé ! "Je suis allé en Bretagne une fois mais c’était sur un bateau militaire."
Un sourire juvénile adoucit ses traits.
"Je ne savais pas que les bateaux marchands étaient équipés de leurs propres sirènes." Dit-il avec une pointe de moquerie au fond de sa voix grondante puis il jeta un œil vers la petite table qui servait de bureau. "Du vin et de la nourriture aussi. Tout ce qu’un homme pourrait désirer."
Le silence tomba sur nous, doux et paisible et confortable car peuplé d’intimité et de compréhension mutuelle qui ne nécessitent pas que l’on doive le briser par des paroles.
Je suivis du bout de mon doigt son sourcil puis descendit le long de son long nez élégant pour atteindre sa bouche et, tendrement, caressai ses lèvres.
Sa bouche ne manquait jamais de me fasciner, si petite et si délicatement ourlée, quelque peu déplacée dans un visage aussi viril quoique … Incongrûment adéquate, elle ne lui en donnait que plus de prestance.
De par sa féminité, elle paraissait douce et tendre, apparence que la passion ne manquait pas de détruire car alors elle n’était plus qu’exigence pressante et dureté masculine.
"Douce bouche." Dis-je puis incapable de me contrôler, je me penchai et doucement saisit entre mes dents sa lèvre inférieure toujours gonflée par nos baisers passionnés et la mordillai gentiment avant de la relâcher.
"Je rêvais que cela se passe ainsi." Soufflais-je contre sa bouche. "Pendant des années, j’ai rêvé que cela se passerait ainsi avec toi. C’est si différent de tout ce que j’ai connu. C’est merveilleux … magique."
Ma confession ne le mit pas mal à l’aise, il sembla l’accepter avec la même avidité qu’il avait accepté sa propre passion et la mienne que j’avais laissée éclater.
Ayant mis un terme à son combat contre son propre désir, il était maintenant totalement détendu et parfaitement à l’aise.
Il caressa ma joue du dos de ses doigts.
Je frissonnai.
N’y aurait-il pas de fin à ma soif de lui?
"Ton passé est loin derrière toi." Dit-il en caressant toujours tendrement ma joue. "Tu es une femme différente maintenant."
Ainsi il savait !
Ainsi il savait que quelques heures auparavant j’étais morte entre ses bras pour mieux renaître !
Que la petite fille effrayée et la putain triste et solitaire étaient parties pour toujours !
Qu’elles avaient fini par mourir et reposaient maintenant en paix !
Que la femme qu’il tenait dans ses bras était celle que j’aurais du être dès la naissance mais que lui seul avait le pouvoir de ramener à la vie.
Les Grecs croyaient qu’Aphrodite, leur voluptueuse déesse de l’amour et de la beauté et que le romains nommaient Venus, allait chaque année à Paphos pour un bain magique qui lavaient son corps en y effaçant les souvenirs de tous ses amants de l’année écoulée, mortels ou immortels, la laissant pure, virginale et désirable une fois de plus.
Si les romains étaient connus pour leur sens pratique, les Grecs avaient la réputation d’être des rêveurs.
Mais peut-être n’avaient-ils pas tort.
Peut-être existe-t-il des endroits magiques où tous, mortels et déités, pouvons aller pour nous purifier et renaître.
Peut-être est-ce là que les âmes s’envolent quand la puissance du climax les libère. Et si c’était le cas, est-ce que Maximus avait connu cette renaissance entre mes bras comme j’avais eu la mienne entre les siens?
"Mais c’est la première fois que je me sens vraiment différente." Poursuivis-je, sentant le besoin d’expliquer mes sentiments, sentant le besoin de traduire en mots le miracle qui m’était arrivé. Je mordis ma lèvre inférieure. "Je ... Je dois admettre que j’étais un peu effrayée. J’avais peur que, même avec toi, cela me rappelle des moments difficiles."
L’expression de ses yeux m’apprit qu’il avait été pleinement conscient de ma peur ... qu’il avait identifié le moment exact de sa manifestation et, quand j’avais lutté contre lui, ce que cette lutte recelait.
Y avait-il un secret que je pouvais dissimuler à ces perçants yeux aigue-marine?
Y avait-il un coin de mon cœur et de mon âme qu’ils ne pouvaient atteindre de la même manière que sa bouche et ses doigts et ses lèvres avaient atteint chaque parcelle de mon corps ?
Prise de timidité, je baissai les yeux.
"Je n’ai été avec aucun homme depuis la Mésie." Murmurais-je.
Les sourcils de Maximus se haussèrent de surprise.
"Et ton mari?"
"Non, je t’ai dit que ... tu te souviens? J’ai juré de ne jamais plus être intime avec un homme à moins de l’aimer et de pouvoir me donner librement."
Bien sûr qu’il s’en souvenait.
Il n’avait pas l’habitude d’oublier ce qu’on lui disait.
Mais le fait qu’un homme libre de m’aimer l’avait fait mais en se tenant éloigné de moi continuait de l’étonner.
Cela le fâchait-il? Ou, au contraire, se sentait-il soulagé voire satisfait d’apprendre qu’aucun homme ne m’avait touchée depuis qu’il m’avait libérée de l’esclavage et de la prostitution ?
D’apprendre que, en dépit de mon passé - que j’avais fini par laisser derrière moi pour toujours-, c’était lui et nul autre qui m’avait faite femme?
Dans la faible lueur dorée de la petite lampe, ses yeux n’étaient plus de brûlantes aigues-marines mais de brûlants saphirs.
"Tu es le seul homme que j’ai jamais aimé. C’est comme si mon passé n’existait plus maintenant." Dis-je doucement. "Je comprends enfin ce que les mots ‘faire l’amour’ signifient. Pour moi, ils n’avaient aucune signification parce que je ne pouvais pas voir quoi que ce soit à aimer dans cet acte. Je pouvais seulement toujours les associer à des émotions douloureuses. Maintenant, je comprends. Merci pour cela, mon chéri."
Je me penchai à nouveau vers lui et baisai ses lèvres.
Maximus ouvrit la bouche pour approfondir le baiser.
Ma main s’insinua dans ses cheveux coupés courts et j’empoignai ses boucles légèrement humides tandis que je l’embrassais avidement.
Maximus durcit contre mon ventre alors, sans interrompre le baiser, Je bougeai doucement, glissant mes hanches sur les siennes et le capturai dans la profondeur moite et brûlante qu’abritaient mes jambes.
Les grandes mains de Maximus agrippèrent mes fesses et j’ancrai mes mains sur ses épaules, en prévision de la tempête à venir.
Il me fit basculer sous lui et le plaisir qui s’ensuivit fut si intense, si vif et si absolu que cette fois je crus vraiment en mourir.
Environ une heure plus tard, je me forçai à quitter les bras de Maximus et à abandonner le lit.
En me levant, je ne pus m’empêcher de grimacer car les muscles que je n’avais plus utilisés si intensément depuis six ans se rappelèrent à mon bon souvenir ! Et à la seule pensée de la manière dont ils avaient été sollicités, je rougis à nouveau.
Pendant que je me levais, les doigts de Maximus suivirent gentiment le tracé de ma colonne vertébrale puis les courbes de ma fesse où ils restèrent, attouchement incroyablement léger pour un homme aussi vigoureux.
Je frissonnai et sentis mon ventre frémir doucement. Je me tournai vers lui pour lui sourire.
Couché sur le couvre-lit chiffonné, Maximus paraissait totalement détendu et incroyablement à l’aise dans sa splendide nudité.
Soudain, je me rappelai cette peinture murale que j’avais vue chez une des connaissances d’affaires de Marius Servilius.
Elle représentait le dieu de la guerre, Mars, étendu nu dans le lit, couvert de fleurs, de Venus, tout aussi nue et qui contemplait cet autre puissant guerrier s’abandonnant au sommeil, épuisé après une bataille mais d’une nature différente.
Fidèles à leur recherche perpétuelle d’équilibre et d’harmonie, les Grecs avaient marié leur éblouissante Aphrodite à l’horrible forgeron Héphaïstos, divinité rude suant sans fin au-dessus de son enclume tandis qu’il forgeait les foudres de son père Zeus.
Mais les Romains sont gens sensés et avaient apparié la beauté à la force en accouplant Venus à leur Mars bien-aimé, dans la même idée qui fait que les plus belles captives sont données à l’officier supérieur.
La peinture était époustouflante par ses détails et sa perfection mais plus que tout par la subtilité qui s’en dégageait.
Elle réussissait à évoquer l’idée de l’indéniable puissance physique du mâle conquise par l’indéniable douceur féminine et que cette douceur avait été conquise en retour.
Mais il y avait plus encore car elle conjurait aussi l’idée que seule la force avait le droit de réclamer la beauté.
Que c’était seulement à la toute puissance mâle que se soumettait la toute puissance féminine, obtenant sa reddition en retour car c’était de leur accouplement que la vie renaissait sans fin.
Le large visage bronzé et barbu du dieu était détendu dans son sommeil pourtant il exprimait un mélange contradictoire de crainte et de satisfaction, expression très différente de celle, féroce, qu’on lui octroyait habituellement dans ses portraits.
La déesse au contraire était éveillée et alerte.
L’expression féline dans ses yeux mi-clos et le sourire malicieux sur ses lèvres, bien loin de la physionomie distante qui est censée convenir aux déités, la rapprochaient d’une femme aimée et satisfaite.
Allongé sur le lit dévasté, la tête reposant sur deux coussins recouverts de soie qui gisaient encore sur la carpette quelques instants auparavant, sa peau bronzée luisant doucement à la faible lueur de la lampe, Maximus ressemblait comme deux gouttes d’eau au dieu de la peinture.
Un jeune mais infiniment puissant dieu de la guerre, revenu près de sa déesse pour y chercher le réconfort et la consolation entre deux batailles.
Un guerrier divin rentré chez lui, revenu là où il appartenait, revenu là où il pourrait oublier la guerre, le feu, le sang et la mort ... là où il pourrait aussi oublier qu’il était un dieu et penser qu’il n’était qu’un homme comme les autres dans les bras de sa déesse à qui il ferait oublier qu’il y en avait eu d’autres que lui en lui rappelant que lui seul comptait. Qu’elle n’appartenait qu’à lui. Et que lui seul pouvait lui faire perdre son état de déesse pour laisser la place à la femme qui y était emprisonnée.
Maximus était-il Mars et moi Venus?
Merith avait-elle raison quand elle m’avait raconté que sa déesse égyptienne était unique et toutes à la fois car elle était femme et que, en chaque femme, il y avait une divinité?
Les dieux ne vivaient-ils donc pas loin de nous mais en nous?
Restaient-ils assoupis en nous attendant d’être réveillés?
Est-ce que Venus, Isis, Aphrodite et toutes les autres déités féminines s’étaient réveillées en moi quand j’étais morte dans les bras de Maximus pour mieux renaître ensuite?
Me forçant à m’éloigner de Maximus, me forçant à écarter de mon esprit ces pensées perturbantes, j’allai à l’armoire où je m’emparai d’une brosse et commençai à démêler les boucles enchevêtrées de ma crinière.
Je sentais les yeux de Maximus fixés sur mon dos, suivant chacun de mes mouvements, avec une fascination étonnée que les mystères et les miracles de la toilette des femmes font naître chez les hommes particulièrement virils.
"Tu as faim?" Demandais-je en me tournant vers lui.
Il me répondit avec un sourire éclatant, la blancheur de ses dents étincelant dans la faible luminosité de la cabine.
Et, distraitement, je pensai que même ses dents étaient belles.
"Dis affamé et tu seras plus proche de la vérité. Mais avant tout je meurs de soif!"
Je retournai, en vitesse, à l’armoire, en sortis un gobelet que je remplis avec le vin contenu dans la petite amphore qui se trouvait sur le bureau et le tendis à Maximus.
Il l’avala avec plaisir et soulagement puis fronça les sourcils.
"Falerne?" Demanda-t-il d’une voix hésitante.
Je ris.
"Chios! (***) De bons vins et de bonnes poteries sur les marchés locaux mais les soies ne valent pas tripette!"
Maximus me rendit le gobelet et au passage caressa l’intérieur de mon poignet de son pouce.
"Femme d’affaires jusqu’à la moelle." Dit-il avec un sourire en coin. "D’où viennent toutes tes soies?"
"D’Orient. Principalement d’Alexandrie et de Syrie où mes agents les achètent aux caravanes qui les rapportent des pays encore plus à l’Est. Un peu de vin?"
Maximus fit non de la tête.
"Plus tard."
Il jeta un coup d’œil par le hublot au ciel étoilé.
"Est-ce que je présume bien si je dis que notre absence au souper ne sera pas regrettée?"
Je gloussai en reprenant la brosse et en recommençant à démêler mes cheveux.
"Tu peux dire, en effet, qu’Apollinarius prendra tout en charge jusqu’à ce que je décide de revenir ..."
Je tressaillis quand la brosse rencontra un noeud particulièrement résistant et je cherchai un peigne en ivoire pour en venir à bout.
"Tu as besoin d’aide?"
Je me retournai brutalement, certaine d’avoir mal compris.
Maximus me regardait d’un air engageant.
"Je veux dire … avec tes cheveux ..."
"Je sais ce que tu veux dire! Et tu n’es pas sérieux." Dis-je en continuant à lutter avec les noeuds.
"Pourquoi ne le serais-je pas?" Demanda Maximus en paraissant légèrement étonné.
"Maximus!"
"Quoi?"
"Tu es un homme!"
Il soupira.
"Et tu as quelques difficultés avec tes cheveux pour l’instant et besoin d’aide …"
Peut-être étais-je ridicule. Peut-être que les hommes corrects aidaient leur femme quand elle était à leur toilette … mais l’idée que Maximus peigne mes cheveux était ... désarçonnante même si je ne parvenais pas à comprendre pourquoi.
"Maintenant, Général, ne me dites pas que l’entraînement de soldat inclus de jouer à la servante d’une femme!"
Maximus éclata de rire et mon coeur palpita en entendant le plaisir pur tinter dans ce son profond et grondant car je ne l’avais jamais entendu rire comme cela précédemment.
"Et bien, je ne me rappelle pas avoir joué la demoiselle de compagnie à l’armée mais bien souvent j’ai eu l’impression d’être une nurse pour les plus jeunes recrues. Cela demande beaucoup de travail, de temps et de patience pour transformer un jeune de 14 ans en un soldat accompli ... et la plupart d’entre eux, lors de leur première bataille, sont morts de terreur."
"Y-a-t-il eu un officier pour jouer ta nurse quand tu étais un jeune de 14 ans?" Demandais-je, captivée maintenant par l’évocation de sa vie à l’armée. J’avais passé presque deux ans dans une garnison et était revenue à en compagnie d’une légion mais la vie militaire restait un monde complètement étranger pour moi
"Oh, oui. Un centurion, un vétéran couvert de cicatrices nommé Darius. L’homme le plus généreux que j’ai jamais connu ... Il m’a entraîné pour devenir son officier supérieur … et il en a toujours été parfaitement conscient..."
Maximus resta silencieux un moment puis ajouta d’une voix douce.
"Cela demande non seulement de la générosité mais aussi du courage pour entraîner un jeune à devenir ton officier commandant et puis à te soumettre à lui."
"Qu’est-il arrivé à Darius?"
Avant même que le dernier mot ne quitte mes lèvres je connaissais la réponse.
"Il est mort." Répondit Maximus calmement.
"Je suis désolée."
"Quand tu es un soldat, il n’y a rien d’anormal à mourir. Ce qui est anormal c’est de mourir d’une mort inutile et sans raison." Dit Maximus comme se parlant à lui-même. "Darius valait dix officiers de haut rang ... mais il est mort parce qu’un pompeux sénateur était incapable de s’abaisser à écouter les conseils d’un homme de classe inférieure ..."
"Les tiens?"
Il me regarda intensément peut-être surpris que je perçoive la vérité derrière ses paroles sibyllines
"Oui, les miens." Répondit-il puis il tapota le matelas. "Viens, assieds-toi et laisse-moi voir ce que je peux faire ..."
Comme je ne semblais guère encline à obéir, il m’agrippa la main et me força à m’asseoir.
Je m’assis prudemment à côté de lui, soudain extrêmement consciente de ma nudité et … de la sienne.
Maximus se redressa, me prit le peigne et délicatement, se mit à défaire les nœuds.
"Tu es splendide avec tes cheveux ébouriffés." Fit-il remarquer gentiment tout en travaillant avec l’intense concentration d’un commandant traitant de logistique. "Mais cela n’a rien de neuf. Tu as toujours été superbe ..."
Les mouvements du peigne s’adoucirent délicieusement. Je fermai les yeux et soupirai.
Etait-il possible qu’il s’agisse du même homme que celui qui, la nuit précédente, s’était enfermé dans sa chambre à coucher et avait refusé de me parler?
Etait-il possible que je sois la même femme que celle qui avait, en conséquence, décidé de mettre fin à ses jours cette même nuit?
Maximus continuait de peigner mes cheveux et je restai silencieuse.
"Et voilà." Dit-il quand il eut tout démêlé.
Puis, spontanément, il glissa sa main derrière mes cheveux et me caressa la nuque.
Je me sentis timide et vulnérable et lui offris un petit sourire.
Ses doigts se refermèrent sur ma nuque et il me força à me tourner vers lui et à le regarder en face.
"Douce bouche." M’imita-t-il dans un souffle avant d’enrouler mes cheveux autour de son poignet et de m’attirer contre lui. Capturant ma bouche, il y déposa un baiser rapide et un peu rude.
La soudaineté de son geste me coupa le souffle. Maximus me fit son plus doux sourire.
"Maintenant j’aimerais encore un peu de vin ..."
Je me levai et rempli son gobelet et pendant qu’il le sirotait paisiblement, je versai un peu d’eau dans le bassin et fouillai l’armoire à la recherche d’une éponge et d’un flacon de savon parfumé.
Tout en trempant l’éponge et en y versant un peu de savon, je pouvais sentir les yeux de Maximus suivre attentivement chacun de mes mouvements.
J’étais aussi affamée que lui mais il n’était pas question de s’asseoir à table dans notre présente condition.
Après des heures d’amour dans cette petite cabine surchauffée, nous avions tous les deux grandement besoin d’un bon bain mais, à défaut, une éponge ferait l’affaire pour le moment.
Je pris une serviette et la déposai sur le lit à côté de la hanche nue de Maximus.
Il me parut devenir suspicieux.
Je pris l’éponge et le bassin et retournai près de lui.
Son visage refléta sa soudaine compréhension.
Il s’étrangla avec le vin, toussa puis abandonna le gobelet sur la table de nuit.
Je m’arrêtai.
Il s’assit tout droit.
"Le cheval." Dit-il d’une voix étranglée.
Je levai les sourcils, interrogative.
"Le cheval." Répéta-t-il. "J’ai oublié le cheval. Je ne l’ai ni attaché ni dessellé ..."
Maximus sauta hors du lit et chercha frénétiquement son sous-vêtement.
Il était sur la carpette couvert de plumes vertes et bleues.
Il le secoua vigoureusement.
"Je dois prendre soin du cheval ..." Marmonna-t-il en secouant ses mains auxquelles s’accrochaient, avec entêtement, les plumes.
Debout, au milieu de la cabine, le bassin et l’éponge en main, je dus serrer les lèvres pour réprimer mon hilarité devant ce spectacle d’inattendue modestie masculine.
C’était un amant passionné et exigeant, affamé au point d’en être vorace et pourtant, il n’y avait en lui nulle trace de cette trivialité que j’avais rencontrée chez tant d’hommes, rien qu'une douce et délicieuse innocence.
Et ce trait si candide chez un homme aussi viril le rendait encore plus désirable.
Maximus fonça vers la porte.
"Je desselle le cheval et je reviens …"
"Fulmen... "(****)
Il s'arrêta et se tourna vers moi.
"Le nom du cheval est Fulmen. Son précédent propriétaire n'était pas ce que l'on peut appeler un homme d'une grande imagination ..."
"Oh."
Il se dirigea, à nouveau, vers la porte.
"Tes sandales."
Maximus me regarda intrigué.
"N'oublies pas tes sandales. Tu ne peux pas courir pieds nus dans l'obscurité ..."
"Oh," Répéta-t-il en prenant celle qui se trouvait près de la porte puis il chercha l'autre du regard.
J'eus pitié de lui. Abandonnant le bassin sur le lit, je pris la sandale du bureau où elle avait atterri.
"Ici," Dis-je en la lui lançant. Maximus l'attrapa au vol.
"Je desselle le cheval ... Fulmen... et je reviens ..." Dit-il en se glissant rapidement dehors.
"Prends la lanterne ..." Commençais-je mais il était déjà trop loin.
C'était la pleine lune. Il n'aurait sans doute pas le moindre problème pour trouver l'étalon bai.
De plus, Fulmen reconnaissait l'autorité quand il y était confronté. Et en dépit de son départ empressé pour les raisons que l'on sait, Maximus avait de l'autorité à revendre.
Peu après, quand je repris le bassin, et j'entendis de grands bruits d'eau.
Mes sourcils se haussèrent encore plus.
La porte de la cabine étant ouverte, je pus parfaitement entendre Maximus se laver énergiquement dans l'étang.
Puis les bruits d'éclaboussures s'estompèrent quand il gagna la plage.
Incapable de réprimer plus longtemps ma gaîté, j'éclatai de rire et ris jusqu'à ce que les larmes dégringolent du coin de mes yeux
(*) Phidias: sculpteur grec né à Athènes vers 500 BC. Ses marbres étaient considérés comme l'expression ultime du siècle d'or grec et restent sans égal jusqu'à aujourd'hui.
Avec Icthinus et Callicrates, il a travaillé à la création du Parthénon, le temple majestueux consacré à la déesse protectrice d'Athènes, Pallas Athéna, dont la monumentale statue chryséléphantine est perdue pour nous.
(**) Triton: Fils du dieu grec Poséidon et de la déesse Amphitrite. Il est représenté comme un bel homme à queue de poisson, soufflant dans une conque. Par extension, son nom a été donné à un groupe de déités masculines mineures de la mer qui, avec les naïades, formaient la cour sous-marine de Poséidon.
(***) Chios: De l'île grecque de Chios sur la mer Égée, près de la côte Nord Ouest de la Turquie actuelle.
(****) Fulmen: en Latin, "la foudre".