Le meurtre de Cassius
Ecrit par Hebe
Blanco
Ce fut sans m'être
annoncée que je pénétrai dans la tente de Cassius et je le trouvai assis,
derrière son vaste bureau ouvragé, en train d'écrire son journal ainsi que je
l'avais annoncé à Maximus.
Il écrivait
rapidement et de manière efficiente comme toute chose qu'il entreprenait que ce
soit commander ses légions, rédiger sa correspondance ou pratiquer les jeux
sexuels.
Durant ces derniers
jours, il passait des heures dans sa tente à rédiger son courrier et des
messagers partaient du camp, plusieurs fois par jour, emportant ses lettres et
ses messages à ceux qui le soutenaient dans son complot pour s'emparer du trône
que ce soit à Rome ou dans les autres régions de l'empire.
Cassius appréciait
la rapidité et l'efficience comme il appréciait le confort et la beauté et j'ai
toujours pensé que sa préférence pour moi ne venait pas uniquement de ma beauté
et de mes compétences dans les plaisirs de la chair mais venait aussi du fait
que j'étais capable de prendre en charge, aisément et efficacement, la gestion
d'un ménage.
Il avait l'habitude
de dire que j'étais unique, un joyau rare, la seule qu'il ait jamais connue qui
pouvait assumer la prostitution et les menus détails quotidiens avec la même
assurance et la même perfection.
Comme Balbinus
l'avait raconté à Maximus en tant que personnification de l'infortuné Claudius,
Cassius avait quitté le camp pour y revenir juste avant le crépuscule et, puis,
était allé, directement, à sa tente où il avait repris ses écrits.
Cassius se sentait
en sécurité dans sa tente, entouré de ses familiers de ses prétoriens appointés
et quand il perçut un mouvement, il me jeta un rapide coup d'oeil avant de se
repencher sur son travail.
Sans plus me
regarder, il demanda d'un ton catégorique,
"Que
veux-tu?"
"Je veux juste
te voir. Tu me manques quand tu travailles autant" Dis-je doucement en
m'approchant de lui.
La robe presque
transparente que j'avais enfilée, suivant les ordres brusques de Maximus de
porter quelque chose d'attrayant, flottait autour de moi.
Elle était faite de
soie couleur de mer et si mince qu'il n'y avait pas place pour des
sous-vêtements, à l'exception de l'écharpe vert foncé qui couvrait ma poitrine,
et, donc, elle révélait presque totalement tous mes charmes.
Maximus avait eu le
souffle coupé quand il m'avait vue sortir de ma chambre vêtue de ce qui
semblait n'être que de l'écume de mer et il avait ouvert la bouche,
probablement pour émettre une protestation, mais s'était tu.
Néanmoins, quand
nous nous apprêtâmes à quitter le quartier aux esclaves, il insista pour que je
m'enveloppe dans une cape pour couvrir ma quasi nudité pendant que je longerais
les rangées de tentes.
Le geste avait été
si puissamment et si naïvement protecteur qu'il me fit presque rire
La cape gisait,
maintenant, là où je l'avais abandonnée càd dans l'antichambre de Cassius, là
où Maximus se tenait caché attendant le moment d'agir, là où il avait revêtu
l'uniforme noir du prétorien qui avait eu la malchance d'être de garde à la
tente de Cassius.
L'homme était lié et
enfermé dans un meuble.
Je contournai le
bureau et fit courir mes doigts sur la main de Cassius avant de les faire
remonter en une insistante caresse le long de son bras jusqu'à son épaule.
Là, des deux mains,
j'entrepris de masser les muscles crispés de son cou.
Après quelques
instants, il réduisit considérablement sa vitesse d'écriture puis stoppa
complètement et fermant les yeux se laissa aller à profiter de mon traitement.
"Ah,
Julia," Soupira-t-il, relaxé et heureux. "Tu es la meilleure que j'ai
jamais élevée."
Il l'avait dit. Il
avait énoncé sa citation favorite à mon sujet.
Il semblait que,
s'il ne la disait pas, il lui manquait quelque chose.
Et il la prononçait
souvent que ce soit à propos de mes démêlés avec le cuisinier ou de la manière
dont je l'avais satisfait au lit. Mais cela n'avait plus d'importance.
Cassius ne
quitterait pas sa tente vivant et, d'une manière ou d'une autre, ma vie
changerait.
Mais cela faisait
toujours aussi mal à entendre
Néanmoins, je
réussis à garder régulier le rythme de mes doigts, même quand Cassius
poursuivit ses commentaires.
"J'ai deux de tes petites soeurs, tu sais, prêtes à suivre ton
exemple. Quand nous retournerons à Rome, je te chargerai de leur éducation. Je
pense qu'elles constitueront d'inestimables présents aux hommes dont je
requière l'allégeance."
Cassius avait déjà
mentionné, précédemment, que j'hériterais de la place de Turia à la villa quand
nous reviendrions à Rome.
Et, aussi, il avait
mentionné ces deux petites filles.
Un groupe d'entre
elles grandissait dans une autre partie de la villa et chaque jour qui passait
les rapprochait davantage de leur destin.
Quand il parlait
d'elles Cassius les appelait toujours "tes petites soeurs " Mais je
n'ai jamais su s'il parlait d'une parenté de sang ou d'une parenté due à
l'esclavage et à la prostitution.
Est-ce que ma pauvre
mère inconnue avait donné naissance à d'autres belles petites filles pour
réchauffer le lit de Cassius et ceux de ses amis et partisans?
L'avait-elle
réchauffé aussi?
Chaque fois qu'une
nouvelle fille était envoyée dans la partie de la villa qui était occupée par
les prostituées initiées, j'avais peur de découvrir qu'elle avait des cheveux
roux dorés, la peau crémeuse et les yeux bleus. J'étais terrifiée de découvrir,
chez elle, les mêmes traits que ceux que je contemplais, chaque jour, dans mes
miroirs polis. J'avais peur de découvrir en elle qu'elle avait été suffisamment
infortunée que pour être ma soeur.
Mais cela aussi
était du passé et, cette nuit, nous serions tous vengés : ma mère, le fils
d'Eugenia, Turia et, bien sûr, moi-même.
Ressentant le même
détachement que celui que j'avais expérimenté au retour de la tente de Maximus,
je continuai mon massage et dit,
"Je ferais tout
ce qui vous plaira, Sire." Le mouvement de mes doigts était aussi ferme
que l'était le son de ma voix.
Pourtant, j'avais
pleinement conscience de la dague cachée juste sous mon bandeau de poitrine.
La dague dont
personne ne connaissait l'existence pas même Maximus.
La dague qu'une
petite fille de douze, dont on venait d'abuser, avait prise dans la maison d'un
vieux sénateur.
La dague que la
femme, qu'elle était devenue, avait toujours su qu'elle l'utiliserait un jour.
Et cette nuit, il
n'y avait plus de doute sur l'identité de celui qui recevrait le coup de lame.
Cassius se relaxait
de plus en plus, et quand son menton tomba contre sa poitrine, je glissai,
calmement, ma main droite vers le manche en argent pour retirer l'arme,
lentement, de sa cache ...
Marcellus se
précipitant à l'intérieur de la tente, avec un air halluciné, me fit sursauter
si violemment que je la lâchai presque mais je réussis à raffermir ma poigne
sur le manche et la tint cachée de Marcellus en me servant du corps de Cassius
comme paravent.
"Cassius!"
Cria-t-il. "Quelque chose ne tourne pas rond. Deux des hommes qui
surveillaient Maximus se sont enfuis du camp ce soir..."
Il s'arrêta, brusquement, quand il me vit.
"Et bien … voilà, peut être, quelqu'un qui peut nous dire ce qui se
passe. Il semble que Maximus n'ait pas encore été vu aujourd'hui et j'ai
entendu dire que tu étais, avec lui, dans sa tente, la nuit dernière."
Cassius fit le geste
de se retourner vers moi mais je fus plus rapide et enfonçai la dague jusqu'à
la garde dans sa jugulaire, ce qui provoqua une sordide vibration qui,
parcourant toute la longueur de mon bras atteignit mon épaule puis mon cou.
Le sang gicla en une
large courbe et trempa les documents qui se trouvaient sur le bureau ainsi que
les bras et les mains de Cassius. De chaudes gouttes pourpres éclaboussèrent ma
peau froide.
Puis sa tête retomba
sur le bureau en un bruit sourd et écoeurant.
Marcellus fut trop
étonné pour bouger. Il me regardait avec des yeux écarquillés et la bouche
ouverte puis, se reprenant, il essaya de formuler une parole qui aurait pu être
une prière, une malédiction ou un appel à l'aide mais qui fut perdue quand sa
tête fut tournée et que sa nuque fut brisée par un prétorien vêtu de noir qui
se matérialisa, soudain, derrière lui.
Ses os émirent le
même craquement qu'une branche morte quand on la brise.
Maximus laissa
glisser, lentement, le corps du légat sur le sol, ses yeux bleus fixés sur moi
tandis que je restais immobile derrière le bureau de Cassius et que, calmement,
je lui rendais son regard.
Nous nous regardâmes
un moment puis j'énonçai simplement.
"Il est mort
".
"Je le
vois!" Dit Maximus en franchissant le corps de Marcellus.
Il s'avança, lentement,
vers moi, me scrutant attentivement, prêt à bondir sur moi si je donnais des
signes de folie.
"Ca ne s'est
pas passé exactement comme prévu." Ajouta-t-il, sans me quitter des yeux.
Je savais que mon
action avait peut-être remis en question ses plans soigneusement étudiés mais
j'avais mes raisons et étais prête à payer pour mes actions.
Cassius était mort.
Maximus était sauf. Et j'étais vengée. Rien d'autre n'avait d'importance.
"Je devais le
faire."
Maximus hocha la
tête.
"Je le
comprends. Mais, maintenant, nous avons un problème. Nous devons essayer de
nous arranger pour que l'on croie que c'est Marcellus qui a fait le coup."
Comprendre?
Par les dieux
infernaux, que pouvait-il bien comprendre?
L'esclavage?
Bien qu'il soit né
d'un humble fermier espagnol, il n'avait jamais connu autre chose que la
liberté.
Il s'était engagé,
librement, dans l'armée plutôt que de travailler la terre comme son père et son
grand-père l'avaient fait avant lui et s'était élevé du rang le plus bas
jusqu'au plus élevé. Il jouissait de la citoyenneté, il avait été adopté par
une famille de la classe sénatoriale et il avait la faveur de l'empereur.
La prostitution?
Il était un homme et
les hommes mènent le monde. Sans eux, celles et ceux comme moi n'existeraient
pas.
Les hommes vont à la
guerre de leur propre gré ou en suivant leurs chefs et réduisent en esclavage
ceux qu'ils n'ont pas abattus.
Ce sont eux qui
violent les femmes, les filles et les soeurs de leurs ennemis vaincus ou les
prennent comme concubines et leurs font des enfants, pour les abandonner,
ensuite, au gré des ordres reçus ou suite à une nouvelle affectation ou parce
qu'ils meurent au champ de bataille.
Ce sont eux qui
forcent les femmes qu'ils ont achetées sur le marché aux esclaves. Ce sont eux
qui appâtent des filles à moitié morte de faim en leur promettant de l'or et
les attirent ainsi dans leurs lits.
Ce sont eux qui,
comme Cassius, ont des bordels privés pour leur usage personnel et celui de
leurs amis.
La solitude?
Il avait une femme qui
l'aimait et un fils pour perpétuer son nom et il était encore suffisamment
jeune pour en engendrer beaucoup d'autres.
Il avait l'amour de
son empereur et la totale loyauté de ses hommes.
Il connaissait le
bonheur, un bonheur humain tout simple et bonheur que d'autres partageaient
avec lui.
Le meurtre?
Bien sûr qu'il avait
déjà tué et cela de nombreuses fois, probablement plus que ce que je pouvais
imaginer. Mais il tuait des ennemis sans visage, les ennemis de son empereur,
les ennemis de Rome, et des symboles de celle-ci.
Moi, par contre,
j'étais née esclave, j'avais été forcée à la prostitution, j'étais aussi seule
qu'il était possible de l'être et j'avais tué l'homme qui m'avait condamnée à
l'esclavage, à la prostitution et à la solitude et qui, pour ce que j'en
savais, aurait pu être mon père.
Qu'est-ce que le
Général Maximus Decimus Meridius pouvait comprendre?
Je soupirai.
"Vous pouvez partir, Maximus. Je dirai que j'ai vu Marcellus tuer
Cassius et que j'ai, alors, tué Marcellus."
Maximus regarda le
corps contorsionné du tribun, gisant à ses pieds.
"Je ne pense pas que quelqu'un croira que vous avez pu briser le cou d'un
homme, Julia." Dit-il, calmement.
Sa voix était
apaisante comme s'il craignait que
quelque chose craque en moi et que je perde la tête.
J'essayai de
conforter ma voix, de lui dire que j'allais bien mais, à la place, je vacillai
légèrement. Maximus montra quelques inquiétudes.
"Julia, ne me
laissez pas tomber maintenant." Murmura-t-il, insistant."Nous devons
terminer ceci. Soyez forte."
Forte?
Avais-je jamais été
autrement que forte depuis ma naissance?
Je déglutis, péniblement, et
acquiesçai.
"Maintenant, venez jusqu'ici en prenant soin d'éviter le sang par terre.
Il ne faut pas que vous en ayez sur vos pieds ou votre tunique." Dit
Maximus en me tendant la main.
Je fis ce qu'il
disait le laissant prendre les opérations en main, me concentrant, seulement,
sur l'exécution de ses ordres et essayant de ne pas regarder le corps étalé sur
le bureau dont le sang recouvrait le bois et imprégnait le tapis en dessous.
Durant un instant
fugace, je pensai combien le sens de l'ordre de Cassius aurait été offusqué à
la vue de la carpette définitivement détruite.
Mais il était trop
tard pour les lamentations car Cassius, lui-même, était, définitivement, détruit.
J'eus l'impression
que j'allais ricaner mais me forçai à rester calme, ne voulant pas alarmer
Maximus qui s'adressait, à nouveau, à moi.
"Asseyez-vous
sur cette chaise pendant que je crée la scène du meurtre." Dit-il tout en utilisant
sa cape pour éponger gentiment le sang de mes doigts et de mes bras et tout en
me guidant vers un siège, de l'autre côté de la pièce
Lorsque je fus assise, il se mit au travail.
Il leva le corps sans vie de Marcellus puis le hissa sur son épaule,
allant avec précaution derrière le bureau. Là, Maximus saisit la main inerte du
tribun et l'utilisa pour ôter le poignard du cou de Cassius, faisant en sorte
que les doigts et le bras de Marcellus soient recouverts de sang.
Le poignard ressortit de la plaie avec un gargouillis ignoble. Et ce son
fut pire que celui que fit la dague en pénétrant dans le corps de Cassius.
J'eus un haut le coeur car la bile me remontait avec violence dans la
bouche et je craignis de succomber à la nausée.
Maximus me regarda.
Je savais que je devais être pâle comme la mort, mon corps était trempé
d'une sueur froide et mon sang battait à mes tempes.
"Penchez-vous, mettez votre tête entre vos genoux et respirez par
la bouche. Respirez lentement et profondément. Ne vous évanouissez pas
maintenant." Me recommanda-t-il
J'obéis en inclinant
ma tête jusqu'à ce quelle se trouve entre mes genoux. Mes longs cheveux
couvrirent ma face et se répandirent sur le sol mais je pouvais toujours voir
les mouvements de Maximus.
Je me concentrai sur
lui car cela m'était plus facile alors de respirer profondément et lentement
comme il m'avait recommandé de le faire.
Maximus laissa
tomber ma dague sur le sol et utilisa la main de Marcellus pour s'emparer du
coupe papier qui se trouvait sur le bureau et qu'il inséra dans la plaie
béante.
Puis il laissa retomber le corps de Marcellus sur le sol dans la mare de
sang poisseux et poussa un peu le corps avec son pied pour être sûr que son
torse soit couvert du liquide cramoisi.
Maximus regarda,
rapidement, dans ma direction pour voir si je m'étais évanouie mais, quoique la
nausée ne fût pas encore totalement passée, je me sentais un peu plus forte et
je m'étais rassise normalement.
Mes yeux étaient
toujours fixés sur lui mais mon esprit était au loin.
J'étais en train de
penser à quel point il avait été aisé, si ridiculement aisé, d'assassiner
Cassius.
Il ne fallait qu'une
dague et un simple mouvement de la main … et une vie de haine.
Maximus enleva,
hâtivement, l'uniforme du garde pour laisser apparaître sa tunique trempée et
chiffonnée en dessous.
Il sortit le garde,
toujours inconscient, du placard et murmura des jurons tout en lui réenfilant
avec difficulté l'uniforme.
Puis, il se servit de l'épée du garde pour faire une profonde entaille
dans le cou de Marcellus.
Il s'arrêta, un
moment, avant de grogner avec répulsion et de murmurer.
"Au moins, tu
seras mort en héros."
D'un geste aisé, qui
révélait une grande pratique des armes, il plongea l'arme de l'homme dans le
ventre de ce dernier puis laissa tomber le garde sur le corps de Marcellus,
l'épée étant coincée entre eux.
Ses mains étaient couvertes de sang et des tâches rouges maculaient sa
tunique froissée.
Maximus l'utilisa pour s'essuyer, soigneusement, les mains puis il
recula et observa la scène.
Il récupéra ma dague
et la glissa à sa ceinture avant de prendre un lourd manteau, que Cassius avait
laissé sur une chaise, et de s'en envelopper.
Puis, il s'accroupit
devant moi et prit mes mains froides entre les siennes.
"Julia,
écoutez-moi." Dit-il calmement. "Je dois partir pour ôter tout ce
sang et mettre une tunique propre. Attendez que je revienne avant de donner
l'alerte, mais si quelqu'un vient, entre temps, vous devrez prétendre que vous
venez de découvrir le crime, que vous vous êtes évanouie et que vous venez
juste de retrouver suffisamment d'énergie pour vous asseoir sur cette chaise.
N'expliquez rien à personne, vous comprenez
Je sentis que mes
joues reprenaient des couleurs, que ses mains réconfortantes avaient réchauffés
les miennes.
Ne faisant pas
confiance à ma voix, je me contentai d'incliner la tête pour lui signifier que
j'avais compris. Je gardai mes yeux sur lui quand il se releva et se dirigea
vers l'entrée de la tente dont il souleva le rideau d'entrée avant de
disparaître dans la nuit me laissant seule avec les trois cadavres.
Je restai assise
très longtemps, contemplant la scène, mes yeux fixés sur Cassius, les mains
sagement croisées sur les genoux.
Le silence, à
l'intérieur, était effrayant.
Le vacillement des
lumières des lampes à huile créait une sarabande d'ombres sur les murs de
toile.
Puis, je souris mais
mon sourire ne fut pas le faux et doux sourire que j'avais appris à faire
naître sur mon visage depuis l'enfance. Ce ne fut pas le sourire spontané,
aimant et enjoué dont j'avais gratifié Maximus lors de la dernière, et si
fatale, soirée de Cassius.
C'était un sourire
dur, froid et cruel et je n'avais pas besoin de miroir pour savoir qu'il devait
être, aussi, terrifiant.
Brièvement, je
pensai que la déesse Diane, devait avoir souri, ainsi, quand, après l'avoir
changé en cerf, elle avait abattu, de ses flèches d'argent, l'homme assez
audacieux pour avoir osé la désirer malgré sa virginité divine.
Et, puis, je parlai.
Ma voix était si ferme et si calme et mon esprit si lucide que je savais que
j'étais folle.
"Tu sais,
Cassius?" Dis-je sur le mode de la conversation mondaine.
"Tu avais
raison : je suis la meilleure que tu aies jamais élevée. Quel dommage que tu
n'aies jamais compris de quoi tu parlais".
Je me levai et,
lentement, contemplai la scène pour m'assurer que tout était en ordre.
Maximus s'était
attendu à ce que je devienne hystérique et fut surpris que ce ne soit pas le
cas.
Il m'avait, aussi, recommandé
de donner l'alarme pour les meurtres, lui donnant ainsi le signal pour entrer
en action.
Il était temps de le
faire.
Je pris une profonde
inspiration, ouvris la bouche et criai.