L'alcôve
Par
Hebe Blanco
Une
fois à l'intérieur de l’alcôve, Maximus me posa sur mes pieds et ferma le rideau.
L’alcôve était une de ces petites pièces que Cassius ordonnait toujours de
mettre en place à l'arrière de la tente quand une de ces fameuses soirées
allaient avoir lieu.
Il
aimait à dire qu'il prenait soin des souhaits de ses amis … "de tous leurs
souhaits."
Faisait-il
remarquer avec emphase, et ces compartiments étaient son hommage personnel à
ceux qui, contrairement à lui, préféraient des ébats plus privés.
Elles
n'étaient pas totalement privées cependant ... car, même s'ils elles étaient
entourées d'épaisses tentures sur leurs quatre côtés pour préserver des regards
indiscrets, elles étaient loin d'être insonorisées.
Celle
que Maximus avait choisie au hasard était peu garnie : juste un divan, une
petite table et une lampe à huile dont la maigre lumière n'éclairait pas les
recoins. Lorsque le rideau fut fermé, nous étions presque dans l'obscurité.
Perdre
la chaleur de son grand corps musclé ressembla à une claque sur mon visage.
Stupéfiée
de sensation, j'ouvris les yeux puis me mordis les lèvres pour éviter de gémir,
tellement j'avais besoin de ses bras autour de moi et du sentiment de bien-être
et de sécurité que j'avais ressenti à leurs contacts.
Mais
le Général Maximus semblait avoir complètement oublié ma présence pendant qu'il
touchait du doigt le tissu du rideau et que ses yeux fouillaient l'alcôve et
celles qui se trouvaient juste à côté. Il avait repris son aspect de guerrier,
maintenant, et il ne restait rien de l'homme passionné qui m'avait embrassée si
peu de temps auparavant.
Ce
changement soudain était inquiétant, mais, le voyant sous ce nouvel éclairage,
le Général Maximus paraissait encore plus magnifique.
Quand
il se retourna pour me faire face pour la première fois, je ne pus m'empêcher
de penser qu'il y avait quelque chose d'absolument masculin, quelque chose de
primordial et d'excitant en lui.
C'était
comme observer un beau lion traquant silencieusement sa proie ou un majestueux
étalon sauvage surveillant son territoire.
Ironiquement,
je pensai que probablement peu de femmes - et certainement pas la sienne -
avaient pu le voir comme je le voyais en ce moment.
Sa
femme.
Il
avait admis son désir pour moi. Pas que ce fut nécessaire car, marié ou non,
son corps l'avait trahi.
Il
m'avait dit aussi qu'il avait l'intention de lui rester fidèle, peu importe
combien dur ce serait pour lui...
Il
y avait quelque chose de troublant chez cet homme austère et beau qui
s'accrochait à sa morale avec autant d'acharnement qu'à sa fidélité à un
empereur que l'on disait mort.
Pas
étonnant que Cassius aie si peur de lui.
Le
silence tendu devenait insoutenable.
J'avais
besoin qu'il me parle, qu'il me rassure. Me rassure de quoi? Qu'il se rappelle
que j'étais toujours là ? Que son corps me démontre toujours combien il désirait
le mien ? Que je puisse être traitée avec douceur et pas seulement être
utilisée puis congédiée comme l'esclave et la putain que j'étais ?
"Maximus
...."
Il
me fit taire d'un doigt sur ses lèvres et se tint debout immobile, écoutant, la
tête légèrement inclinée et, dans la maigre lumière dorée, mes yeux se rivèrent
sur son profil, sur son nez élégant quoique légèrement grand, mais si patricien malgré ses origines humbles.
Puis
Maximus se détendit visiblement, chercha ma main et m'attira à lui, jusqu'à ce
que mes seins rencontrent sa poitrine.
Mes
mamelons durcirent violemment et un feu liquide se répandit d'eux à mes jambes
et à mon ventre.
"Il
fait très calme. Maintenant, dites-moi ce que vous savez." Me
demanda-t-il.
Je
pouvais à peine respirer et encore moins parler.
Soudain,
je me sentis étrangement timide et maladroite face à lui, les bras ballants,
voulant le toucher, mais ayant peur de le faire.
Je
ne me rappelais pas avoir éprouvé une semblable timidité même quand, petite
fille, j'avais été forcée de participer à une des sordides soirées de Cassius.
J'étais
sûre qu'il pouvait sentir mes mamelons durcis à travers les minces tissus de
nos deux tuniques et je rougis comme si j'étais une jeune vierge en face de son
premier amant.
Maximus
m'encouragea à nouveau.
"Julia,
dites-moi ce que Marcellus vous a dit."
Espérant
que l'obscurité environnante était suffisante pour cacher mes joues en feu, je
me dégrisai, me rappelant que nous étions dans cette alcôve pour parler à titre
privé et non pour partager nos corps car nos vies étaient en grand danger.
"Il
m’envoie vous avertir que Cassius..."
Soudain,
Maximus me prit dans ses bras et me tint serrée contre lui, appuyant mon visage
contre son épaule pour atténuer le son de mes mots.
Mon
coeur martelant péniblement et mon sang vibrant dans mes oreilles, je lui
agrippai les bras à la recherche d'un appui.
"Restez
très calme" Chuchota-t-il contre mon oreille
Je
serrai les paupières, fermement, en me demandant ce qu'il avait entendu.
Puis
je l'entendis aussi ... le son du rideau de l'alcôve située à notre droite que
l'on fermait. Puis tout fut calme, à nouveau, à part le battement échevelé de
mon coeur et ma respiration rapide et haletante contre son cou musclé.
Maximus,
silencieux, ne bougeait plus mais il n'avait pas besoin de me dire quoi que ce
soit car je savais ce qu'il savait.
Quelqu'un
était là, dans la pièce à côté de la nôtre, écoutant tranquillement soit notre
conversation ... soit les sons de notre accouplement.
Maximus
expira très lentement et chuchota.
"Rapidement.
Dites-moi ce que Marcellus vous a dit."
Je
pris une profonde inspiration et répétai le message que le tribun senior
m'avait donné.
"Maximus,
vous êtes en grand danger. Cassius planifie de vous faire tuer et de maquiller
ce meurtre en accident. Il pense que vous êtes beaucoup trop puissant et que
l'armée vous soutiendrait contre lui ... même ses propres hommes."
"Quand
?"
"Je
ne sais pas. Bientôt."
"Continuez."
"Marcellus
croit que la seule façon d'arrêter Cassius est de le tuer. Il veut bien le
faire si vous le protégez et lui offrez l'immunité."
"Comment
planifie-t-il de le tuer ?"
"Cassius
ne soupçonne pas que Marcellus est contre lui. Il permet à Marcellus de
l’approcher...."
"Shhhh...."
Maximus
me serra, à nouveau, et je regardai dans la même direction que lui pour essayer
de voir ce qu'il avait détecté. Et malgré l'obscurité, je le vis : un léger
mouvement du rideau et un minuscule rai de lumière éclairant le sol.
Puis,
la lumière disparut. Celui qui nous espionnait, devenait curieux ou
s'impatientait.
Maximus
ferma les yeux, un instant, comme s'il cherchait quoi faire puis il prit une
profonde inspiration et expira, doucement, tout en rouvrant les yeux.
Son
bras gauche enveloppait fermement mes épaules tandis que sa main droite,
distraitement, caressait ma nuque.
Pendant
un bref moment, je me demandai ce qu'il dirait si je lui racontais que depuis
notre rencontre, ses mains avaient erré sur mon corps plus d'une fois … et
comme de leur propre volonté.
"Julia,
nous devrions faire du bruit. Des sons passionnés..." Souffla-t-il.
Malgré
le danger dans lequel nous nous trouvions, il y avait quelque chose de
délicieusement absurde dans ses paroles ... et dans l'effort évident qu'il
faisait pour les exprimer. Je ne pus résister à le taquiner un peu.
"Alors
vous allez devoir me faire l'amour, Maximus."
"Non,
je vous ai dit"
"Oui, oui, je plaisantais. Ne vous inquiétez pas, je peux faire semblant.
C'est quelque chose que je fais souvent, croyez-moi."
Je
posai ma tête sur son épaule et fermai les yeux, approfondissant le rythme de
ma respiration.
"Pouvez-vous
m'écoutez pendant que vous faites ça ?"
La
question était si candide qu'elle me fit presque éclater de rire et,
brièvement, je me demandai à quelle sorte de femme il s'était marié pour en
connaître si peu sur les femmes ... mais probablement que sa femme n'avait pas,
elle, besoin de feindre.
Au
lieu de répondre à sa question, j'inclinai la tête et ponctuai mes souffles de
quelques halètements.
Maximus
poursuivit
"Dites
à Marcellus que j'avais prévu de gagner du temps avec Cassius jusqu'à ce que
Marc Aurèle arrive ici mais comme je n'ai aucune idée de quand cela sera,
alors, le projet de tuer Cassius est le seul qui soit viable."
J'acquiesçai
et émis un gémissement rauque.
La respiration de Maximus commença à s'accélérer et je ne pus m'empêcher de
sourire et de d'approfondir le jeu.
"Oh,
général" Murmurai-je. "Oh, faites ça encore."
Je
plaçai mes hanches contre les siennes et je sentis le durcissement de son
corps, alors il me saisit les fesses, essayant d'arrêter mes mouvements mais,
brusquement, il retira ses mains comme s'il avait touché des charbons brûlants.
Je
respirai son odeur masculine, si musquée et, doucement, embrassai la barbe
rugueuse dans son cou avant d'intensifier ma respiration.... mais, maintenant,
j'étais au-delà de toute simulation et, pour la première fois de vie, ma
passion était réelle, très réelle, une humidité brûlante envahissant le haut de
mes cuisses
Appuyée
contre le corps musclé de Maximus, il était si facile d'imaginer ses mains
déchirant ma tunique, cherchant aveuglément ma chair nue, ses lèvres et sa
langue caressant ma peau brûlante et fiévreuse.
Il
était si facile d'imaginer sa bouche passionnée écrasant la mienne d'un
puissant et exigeant baiser, puis suçant, avidement, mes seins.
Il
était si facile d'imaginer ses bras forts me soulevant et me posant sur ses
hanches pour pouvoir me pénétrer, pour glisser, profondément, en moi cette
forte érection qu'il pressait contre mon ventre.
Ma
main droite glissa autour de son cou et caressa sa nuque et ses cheveux courts
et humides tandis que ma main gauche agrippait son avant-bras, mes ongles
s'enfonçant dans ses muscles puissants pendant que je suçais et léchais la peau
fiévreuse de son cou, mes seins écrasés contre les muscles de sa poitrine.
"Julia,
dites à Marcellus qu'il poursuive son plan et que je lui fournirai l'aide dont
il a besoin. Pour cela, cependant, j'ai besoin d'être présent quand il accomplira
sa tâche. C'est très important qu'il le fasse lui même, c'est un des proches de Cassius, pour montrer
aux autres … Julia ? Julia ? M'avez-vous entendu ?" Murmura précipitamment
Maximus, une légère inquiétude perçant au fond de sa voix.
"Oui...."
Je nous entendais comme dans un rêve car, ne le voulant pas vraiment, j'étais
incapable de reprendre pied dans la réalité.
Mon
corps avait pris le contrôle et je m'abandonnai à mes sensations.
Dans
ses bras, j'oubliai tout : que j'étais une esclave, que j'étais une putain, que
je n'avais aucune vie propre puisque c'était mon maître qui en décidai, que
j'étais seulement un réceptacle pour les plaisirs des autres, née, élevée et
formée pour être utilisé et, finalement, rejetée.
J'oubliai
que j'avais peur, que j'avais eu peur tous les jours de ma vie.
J'oubliai
que j'étais seule, aussi seule qu'il était possible de l'être.
J'oubliai
que j'avais mal, au corps, à l'âme, à l'esprit, tous les jours depuis toujours.
J'oubliai
qu'il n'y avait rien pour moi - ni espoir, ni avenir, ni bonheur, ni amour - et
m'offris, complètement, à l'homme contre qui je m'appuyais. L'homme qui me
voulait autant que je le voulais. L'homme qui, obstinément, refusait de
reconnaître ses propres besoins.
Il
me secoua légèrement.
"Julia,
écoutez. Je suis surveillé de près. Cela me sera difficile d'échapper à mes
gardes mais je peux peut-être m'échapper la nuit avec l'aide de Claudius."
J'embrassai
son cou, à nouveau, léchant le creux où ses veines palpitaient de manière sauvage
tout comme les miennes battaient fiévreusement et je replaçai mes hanches
contre les siennes, recherchant désespérément la sensation de sa virilité
contre ma féminité, prête à tout pour sentir ce qui le faisait mâle contre ce
qui me faisait femme, prête à tout pour atteindre l'émerveillement insondable
qui promettait de changer tout pour toujours
Maximus
prit quelques profondes inspirations, luttant pour ne pas perdre son contrôle.
Il
était puissamment excité, presque au point de se laisser aller à la même
passion que celle qui flambait à l'intérieur de moi comme un feu dévorant.
Ses
mains me serrèrent fortement, me faisant mal. Puis, dans un mouvement rapide,
il me souleva et me coucha sur le divan qui grinça légèrement en signe de
protestation.
Pendant
un instant, il resta debout à côté du divan, me faisant face, respirant
difficilement, ses yeux bleus étincelant du feu qui le dévorait. Je lui tendis
les bras, le suppliant silencieusement de me rejoindre, de venir sur moi, en
moi. J'écartai les cuisses, le suppliant, silencieusement, de me prendre... Il
se mit en équilibre sur une jambe et souleva l'autre mais, au lieu de monter
sur le divan, il plaça, doucement, son genou haut entre mes cuisses ouvertes.
J'essayai
de l'attirer à moi.
J'étais
au-delà de toute honte, au-delà de toute dignité, au-delà de tout. J'avais le
besoin impérieux de le sentir en moi, bougeant
fermement, profondément et rapidement à l'intérieur de mon corps, mon
corps qui était proche de l'extase.
Mais
il me saisit les mains, les écarta de son corps et fit non de la tête.
Avant
que je puisse exprimer une quelconque plainte, il appuya légèrement son genou
contre ma chair gonflée et je jouis.
Brutalement.
Cela
me pris complètement par surprise.
Six
ans de prostitution, six ans de pratique presque journalière, ne m'avaient pas
préparé à cela. J'incrustai mes ongles dans la chair de ses mains, arquai mon
dos et criai.
"Maximus!"
Les
spasmes secouaient mon corps, une sensation si aiguë, si intense que c'était à
la fois plaisir et douleur et je ne savais pas où l’un commençait où l’autre
finissait.
Je
savais seulement que j'aurais voulu que cela ne s’arrête jamais.
Je
retombai sur le divan, tout à fait vidée, exténuée, le corps en nage.
Je
ne remarquai pas quand ses mains lâchèrent le miennes ni quand il enleva son
genou ni quand il me quitta pour se diriger, tranquillement, vers la tenture de
la porte de la pièce, la relevant, légèrement, pour jeter un coup d'œil dans la
salle.
Quand
je repris mes sens, il surveillait toujours notre environnement. Son profil se
dessinait à contre-jour dans la lumière dorée.
Comme
j'enlevais les mèches de cheveux humides qui étaient collées sur mon visage,
mes yeux distinguèrent quelque chose sur son bras gauche.
La
lampe vacilla et je pus distinguer le petit tatouage sur son épaule, le SPQR
que je connaissais si bien, les quatre lettres qui étaient le symbole de son
allégeance à Rome.
Mes
yeux errèrent le long de son bras pour
atteindre sa main gauche où je trouvai ce que je cherchais ... et que,
pourtant, je n'avais aucune envie de trouver ni de contempler : cet anneau
d'argent, symbole de son engagement vis-à-vis de la femme qui possédait son
coeur, son corps et sa fidélité.
La
femme qui, à coup sûr, était arrivée vierge dans son lit et lui avait donné des
fils pour perpétuer son valeureux nom. Je soupirai, profondément, le poids de
la réalité s'abattant sur mon corps las.
"Vous
êtes un homme étrange."
C'est
quand il laissa retomber le rideau et qu'il revint vers moi que je m'aperçus
que j'avais pensé tout haut
Maximus
se croisa les bras et laissa son corps se détendre un peu. Il semblait soudain,
tout comme moi, extrêmement fatigué.
"Vraiment ? Comment cela ?" Demanda-t-il à voix basse. Une voix rendue
encore plus séduisante par l'émotion provoquée par notre relation.
Je
roulai sur le côté pour réajuster ma tunique et me couvrir les jambes avant de
m'expliquer.
"Vous
êtes le seul homme que j'ai jamais rencontré qui ne se préoccupe pas uniquement
de son seul plaisir."
Je
le regardai, un renflement dans le bas de sa tunique démontrait que son
excitation était loin d'être retombée.
Je
souris malicieusement.
"Vous
allez le payer, vous savez."
Il se passa la main sur les yeux puis sur la nuque. Un geste si simple que je
dus lutter contre moi-même pour ne pas traverser l'alcôve, le prendre dans mes
bras et le consoler comme s'il était un enfant fatigué.
"Je
sais. J'espère, juste, que je ne devrai pas monter à cheval demain."
Dit-il d'une voix enrouée.
Je
ris sous cape, consciente que nous étions tous les deux embarrassés, mal à
l'aise et réticents à exprimer ce qui était dans nos coeurs et nos esprits.
Mon
ton redevint très sérieux.
"J'envie
votre femme. Elle a beaucoup de chance."
Maximus sourit.
"J'aime
à le penser."
"J'espère qu'elle en vaut la peine."
"Oui. Je lui ai promis … " Ses mots s'éteignirent, soudain, car il
venait de prendre conscience qu'il était en train de discuter de quelque chose
de très personnel et de privé avec une femme qui venait juste d'avoir un
orgasme grâce à lui et, ce, sans qu'il lui ait eu besoin de lui donner son
corps.
Je
ne voulais pas savoir. Je ne voulais pas entendre parler d'elle, de lui, d'eux.
Je
ne voulais pas me faire souffrir. Je voulais juste me cramponner à la chaleur
et à la passion que je venais de découvrir et d'expérimenter.
Mais
j'avais, aussi, besoin de continuer à entendre sa voix, sa belle voix aux
inflexions profondes.
J'avais
besoin de thésauriser ce grondement chaleureux dans mes souvenirs pour me
consoler lors de mes futures nuits solitaires et désespérées.
"Avez-vous
des enfants ?"
Il
sourit, de nouveau, de son doux sourire juvénile et, soudain, ce fut comme si
le poids de ses responsabilités et de ses soucis avait été effacé de son visage.
"Un fils de deux ans. Son nom est Marcus."
"Comme l'empereur ?"
"Oui."
Je
me levai du divan et m'approchai de lui, lentement, m'arrêtant juste avant de
le toucher.
"Vous
pensez beaucoup de bien de l'empereur, n'est-ce pas?"
"Oui. Il est comme un père pour moi. J'ai perdu mon père quand j'étais
très jeune."
J'atteignais
maintenant la limite de mes forces, je n'étais plus capable de maîtriser mes
émotions intérieures.
Je
me sentais épuisée et, pourtant, j'étais encore agitée.
Je
me sentais rassasiée et, pourtant, je me sentais encore affamée.
J'avais
chaud et, pourtant, je tremblais.
J'étais
en train de le perdre et il n'y avait rien que je puisse faire pour le garder.
Je
soupirai, tristement, les yeux noyés de larmes.
Je connaissais
la réponse, je savais que j'allais, encore, être blessée mais je ne pus m'en
empêcher. Je le regardai dans les yeux et balbutiai.
"Ce
que vous m'avez fait … Etait-ce, seulement, parce que vous étiez obligé de le
faire ?"
Maximus
ne répondit pas. Au lieu de cela, il me dit.
"Julia,
vous trouverez quelqu'un, un jour. Quelqu'un de très spécial." Dit-il.
Ma
gorge se serra. Mes mots résonnèrent, légèrement, étranglés à mes propres
oreilles car je luttais, difficilement, contre les larmes,
"Maximus,
je suis une esclave."
"Quand
Cassius sera mort, vous aurez votre liberté. Vous l'avez méritée, et les autres
femmes aussi."
Dit-il doucement.
Liberté
?
Ne
savait-il pas que je ne pouvais même pas saisir la signification de ce mot ?
Ne
comprenait-il pas que la liberté ne signifiait rien, pour moi, en ce moment
parce que j'étais asservie d'une autre façon.
Qu'est-ce
que la liberté pouvait bien signifier pour moi, maintenant que j'avais donné
mon coeur à un homme qui non seulement ne m'aimait pas mais qui, en plus,
aimait une autre femme au point de refuser le peu que nous aurions pu avoir
ensemble malgré le désir qu'il avait de moi, désir qui était aussi grand que le
mien ?
Il
semblait attendre ma réponse. Je m'armai contre la douleur.
"Mais
il n'y a qu'un seul vous. Et vous être pris." Dis-je.
"Julia, je n'ai pas vu ma femme depuis deux ans. Etre marié à un homme
dans ma position comporte d'énormes inconvénients. Olivia fait des sacrifices
incroyables …"
Olivia.
Il
l'avait dit et j'eus l'impression de recevoir un coup. Le vieux sénateur
m'avait frappée quand, malgré mon entraînement et mon asservissement, mon corps
d'enfant de 12 ans s'était rebellé contre cette soumission.
Il
m'avait battue. Fort et plus d'une fois. Et, pourtant, ces coups physiques
m'avaient moins atteinte que n'était en train de le faire l'énoncé du prénom de
sa femme.
"Olivia"
Ai-je répété.
Maximus
pressa ses lèvres et devint lointain, soudain, comme si avoir prononcé, en ma
présence, le prénom de sa femme avait fait apparaître celle-ci.
Alors,
avec inquiétude, il ramena la conversation sur notre affaire.
"Julia
Vous souvenez-vous de ce que je vous ai demandé de dire à Marcellus ?"
"Oui."
"Quoi ?"
Je fermai les yeux. Tout était fini.
J'avalai,
péniblement, ma salive et répétai le message. Une fois encore, je n'étais rien
d'autre qu'un instrument utile aux homme.
"Que
vous le soutiendrez et que vous devez être là quand ... c'est fait ... mais que
vous êtes très bien gardé. Je suppose que vous voulez qu'il vous dise quand, où
et comment cela se produira."
"Oui. Et ça doit se faire très vite."
"Doit-il faire passer le message par Claudius ?" Demandai-je
"Ca serait le moyen le plus sûr."
Soudain,
le danger fut très réel et l'idée de sa mort aux mains de Cassius me frappa
avec la force d'un coup fatal.
Je
tendis les mains vers lui.
"Maximus,
soyez prudent, je vous en prie. Votre vie est en grand danger.
Souvenez-vous-en".
Plaidai-je
Il
ne bougea ni ne répondit.
Je
laissai retomber mes mains.
Il
inclina la tête.
"Je
dois partir. Vous vous êtes bien débrouillée, Julia. Marcellus a été avisé de
vous choisir."
Alors,
il écarta, vite, le rideau et le laissa retomber derrière lui puis il s'avança
dans la pièce principale sans se retourner, me laissant seule dans l'obscurité,
une obscurité semblable à celle qui avait enveloppé ma toute première
soumission à un homme
Je
m'assis sur le divan et m'étreignis comme je faisais quand je n'étais qu'une
petite fille. Son parfum d'homme emplissait mes narines et ma chair demeurait
toujours gonflée et palpitante.
Je
fermai les yeux et serrai les bras, essayant de capturer, de nouveau, la
chaleur de son corps.
J'échouai
lamentablement.
J'enfouis
mon visage dans mes mains et pleurai comme je n'avais jamais pleuré
auparavant.