
| Charles Dionne |
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Qu�bec, 11 juillet 1999
Charles Dionne s�me ses poursuivants depuis sa tendre jeunesse
Yves Poulin
Il a oubli� depuis longtemps son premier contre-la-montre. C'�tait probablement pour prendre la poudre d'escampette � la suite d'un autre de ses mille et un tours pendables. Rien � voir avec le v�lo de route. Le salut dans la fuite. De la graine de d�linquance, le jeune.
Si on demandait � certains voisins ou gens du quartier de Beauport de vous tracer un portrait de Charles Dionne durant sa tendre jeunesse, ce serait � coup s�r un portrait robot qu'ils nous fourniraient. S�rement pas celui d'un athl�te rac� qui br�le aujourd'hui les �tapes dans son exigeante discipline. On taira donc le nom de la rue o� il a grandi, pour des raisons humanitaires.
�Je suis un d�linquant qui a bien tourn�, avoue-t-il sans honte aucune. Amend�, recycl�, etc. Vous avez le choix du qualificatif. Une seule constante, tout se passait � v�lo. �C'est ma voisine, Sophie Picard, qui �tait aussi ma gardienne, qui m'a appris � p�daler. J'enfourchais ma bicyclette � chaque fois que j'en avais l'occasion. Je me promenais parfois � cinq heures 30 du matin dans la rue. Tous les obstacles me servaient de tremplin. Je devais �tre aussi un peu baveux car plusieurs se sont lanc�s � ma poursuite. � pied ou � v�lo. Mais on ne m'a jamais rattrap�. J'ai m�me sem� une moto.�
M�chant coup de p�dale. �� la longue, le v�lo m'a permis de d�penser mes �nergies � la bonne place. � l'�cole, j'�tais toujours pris dans une bagarre. On m'a aussi renvoy� de plusieurs institutions. Un vrai petit monstre.�
Vers l'�ge de 7 ou 8 ans, c'est le v�locross qui l'attire. Formule BMX. Il a m�me sa propre rampe pour s'entra�ner. Question de rendre la chose plus p�rilleuse, il demande � ses amis de se placer entre les sauts. Un Charles �Knievel� en puissance.
En passant, personne n'a perdu la vie dans l'entreprise. Un seul accident � d�plorer, mais il n'est pas en cause directement. Un p'tit voisin s'est plant� dans un autobus. Charles avait oubli� de remiser sa rampe. �Mon p�re a d� d�bourser 200 $ ou 300 $ pour �viter une poursuite.�
La sagesse et l'�ge aidant, le v�lo a pris le dessus sur les frasques. �J'ai gagn� le championnat canadien de v�locross en 1991. Puis la discipline a perdu de sa popularit�. Je me suis tourn� vers le soccer, le golf, le tennis et le basket. Je me d�brouillais bien partout, mais je m'ennuyais du v�lo. Mon p�re m'a alors achet� mon premier v�lo de route.� Vous devinez la suite.
Du v�locross, il dit avoir gard� son c�t� cascadeur. ��a me sert bien lorsqu'on file dans un sprint � 60 milles � l'heure et qu'il faut jouer du coude pour faire sa place.� C'est le p�re de sa gardienne, R�al Picard, qui l'a initi� � la route. �Je rentrais d�truit d'une sortie de 30 kilom�tres. Aujourd'hui, je devrais attacher son v�lo avec une corde pour qu'il puisse me suivre.�
Charles devait faire ses d�buts sur route � l'�ge de 14 ans mais une clavicule bris�e a retard� le d�part d'un an. Le ski de fond lui permit de passer le temps et de garder la forme.
Il a gagn� sa premi�re comp�tition � vie, une course r�gionale. Ses succ�s au niveau provincial ont suivi. � sa deuxi�me ann�e, il a fait sienne la coupe du Qu�bec ainsi que l'or aux Jeux du Qu�bec (cadet). R�sultats tout aussi int�ressants au niveau junior. Puis l'�quipe canadienne � sa deuxi�me campagne junior. �a lui a permis de participer au tour de l'Abitibi et de c�toyer les meilleurs en Italie puis aux Mondiaux en Espagne. �Le calibre �tait relev� mais � ma mesure.�
�J'ai pig�
Charles a vraiment appris des plus grands l'an pass�, sous les couleurs de Radio �nergie, aux c�t�s des Jacques Landry, Sylvain Beauchamp et autres Pierre Chevrier. �J'ai pig� dans un an ce que j'aurais d�couvert en solo au bout de cinq saisons. Normalement, j'aurais d� manger mes bas � mes d�buts. Sauf que j'ai gagn� par une seule seconde le Tour Toona (six �tapes) aux USA, en me mesurant � des pros am�ricains.�
Il doit un gros merci � Sylvain Beauchamp, qui en a fait son pupille. �Il �tait constamment sur mon dos mais son acharnement a port� fruit. Nous n'�tions que quatre contre des �quipes de 12 coureurs, mais on leur faisait la guerre.�
Sa fougue a fait �carquiller des yeux. Si bien qu'il a failli se retrouver au sein de la puissante �quipe am�ricaine pro Saturn cette saison, mais les n�gos n'ont pas abouti. Nullement d�courag�. �Je vais tenter de confirmer ma valeur sous les couleurs de Degree Radio �nergie.�
Il ne d�testerait pas se joindre � son pote Sylvain Beauchamp chez Shaklee (USA) pour quelques comp�titions. Ce dernier et quelques autres �taient d'ailleurs � ses c�t�s pour tenter d'arracher le GP de Beauce, qui a eu lieu derni�rement.
Charles Dionne a maintenant 20 ans. Il n'a plus besoin de faire de mauvais coups pour se faire remarquer. Lorsqu'il a un petit cinq minutes, c'est son v�lo qu'il enfourche. En comp�tition, il adore partir en �chapp�e et semer ses poursuivants. On veut le rattraper certes mais ce n'est plus pour l'�triper.
Quelques Tour de France stationnaires
S�rieux et d�termin� notre homme? Lisez plut�t la suite Il a pass� une partie de l'hiver � rouler dans son sous-sol. Au sens figur� du terme. Charles s'est tap� quelques Tour de France stationnaires, si on veut.
V�lo bien ancr� sur des rouleaux, fen�tre ouverte afin de pomper autre chose que de l'air vici�, ventilateur pour lui procurer un semblant de brise et le vid�o qui joue et rejoue le Tour de France, voil� pour l'ambiance.
�Des cassettes du Tour de France, je dois bien en avoir une dizaine. � force de les �couter, je connais les commentaires des analystes par coeur.� Chaque s�ance dure environ trois heures. �Mes amis me disent que je suis fou. Pourtant, ce sont des gens du milieu cycliste. Ils trouvent normal de p�daler pendant une ou deux heures, mais trois heures, ils trouvent que c'est trop.�
Dionne, au contraire, juge cet entra�nement parfait. Surtout que sa saison 99 a commenc� par un mois outre-mer, avec l'�quipe canadienne. �Les Europ�ens roulent depuis f�vrier. Et leurs courses ne s'�tendent pas sur 130 km, mais bien souvent sur 175 ou 180 km. � d�faut de la Floride, j'ai p�dal� dans mon sous-sol. J'ai parfait mon entra�nement avec du ski de fond et de la musculation.�
Sa carri�re doit progresser. Il donne l'impression d'�tre bouscul� par le temps. Va pour le �sur place� du sous-sol mais pas plus. �quipe pro ou JO, il acceptera tout ce qu'on lui offrira. �Je serai un peu jeune pour les Jeux d'Australie. Encore faut-il que le Canada se qualifie au pr�alable. Les 30 meilleurs pays sont admis et nous sommes sur la limite actuellement.�
Et les prestigieux tours d'Italie et de France? �Oui l� aussi, mais pas au point de tout sacrifier. Le milieu professionnel europ�en engendre beaucoup de pression, comparativement � celui des �tats-Unis. �a explique le scandale du doping. Une carri�re aux USA peut s'av�rer tout aussi payante. Elle offre en prime une meilleure vie sociale.�
Savoir dire non
Parlons-en du doping europ�en. �Tous les coureurs junior que j'ai c�toy�s ne vivent pas que du pain frais et de l'eau de source. Un cycliste peut �tre largu� une journ�e et gagner une �tape facilement le lendemain. On se pose des questions. Si �a peut �tre tentant pour certains, j'ai toujours dit non. Ceux qui me connaissent savent que je fais un sp�cial en prenant une vitamine C. J'ignore si je serais capable de me regarder ensuite dans le miroir. Pourquoi sacrifier ta sant� ou taxer ton organisme dangereusement? Les milieux canadien et am�ricain sont propres selon moi.
�Notre discipline a mang� tout un coup, mais si �a peut aider � faire le m�nage La cr�atine a fait son apparition au tennis ainsi qu'au baseball. Le doping est aussi connu dans le monde de l'athl�tisme. Et que dire des joueurs de hockey qui prennent 20 livres dans un �t�? Le probl�me est g�n�ralis� quand on atteint un niveau de comp�tition �lev�. Bon, si on parlait de choses plus positives?� sugg�re-t-il.
L'avenir
De demain alors? �Je me vois comme chef d'entreprise un jour, un peu � l'image de mon p�re, qui g�re HOPEN (immobilier). J'aime travailler en �quipe, mais aussi diriger. Il faut toujours que je sois un peu en contr�le. �a me vient probablement de la comp�tition.�
Il ne carbure pas toujours � l'adr�naline, mais il sent ce besoin omnipr�sent de d�passement. �Au retour des Mondiaux en Hollande l'automne dernier, j'ai pris un break de trois semaines. Il me manquait quelque chose. Mon voisin m'a initi� au karting � Saint-Romuald. J'adore la vitesse. J'�tais dans mon �l�ment.�
Charles se d�crit comme un fonceur qui abhorre la d�faite. M�me aux cartes �Sur ce point, mon entra�neur �ric Van Den Eynde m'a montr� � perdre et surtout � grandir � travers les revers.�
Les d�faites et la douleur. Car les conditions de course ne sont pas toujours tout ce qu'il y a de plus agr�able. �Je n'ai jamais oubli� ma troisi�me course � vie. J'�tais tomb� � 30 kilom�tres de l'arriv�e. Puis je me suis retrouv� fin seul avec mes probl�mes. �C'est �a le v�lo?� me suis-je dit � l'�poque. On se pose parfois des questions. Lors de notre derni�re tourn�e canadienne en Europe, j'ai roul� pendant 4 h 30 dans la neige, la pluie, la gr�le et le vent. Les gens de l'�quipe �taient dans la van et m'encourageaient � ne pas l�cher. �Mais qu'est-ce que je fais l�, ai-je dit dans ma t�te. C'est dur de souffrir, mais tes r�alisations te poussent � continuer. � aller encore plus loin. Oui, �a vaut la peine.
�Durant ma deuxi�me saison junior, des maux de dos et de genoux m'ont forc� au repos. Je priais chaque soir afin de pouvoir regrimper sur mon v�lo. Je me rem�more ces moments les jours o� �a me tente moins.�
Il pourrait �galement larguer ses �tudes, afin de se consacrer totalement � son sport. Mais il pr�f�re se �garder une porte de sortie�. �Je suis inscrit en sciences humaines au c�gep de Sainte-Foy. C'est bon pour le mental et la vie sociale. De plus, on ne sait jamais ce que l'apr�s-v�lo me r�serve.�
Dans ses moments libres, le sport fait place au cin�ma, bien que sa copine le voudrait plus actif. �Je n'ai plus le go�t apr�s quatre heures d'entra�nement.� Personne n'osera le contredire.
une page r�vis�e le 27 novembre 1999 par