ALBUM EN MAUVE
Jolie, elle glisse sur le trottoir,
Femme trophée, bien objetifiée,
Ravissante potiche,
Précieuse comme un caniche.
Mais, j'y vois bien d'autres choses.
Tenue en laisse, et marche au pas.
Objet d'une fierté mâle et megalomane.
Elle lui doit, elle lui doit.
C'est la dance comprise par tous,
On a jamais rien pour rien.
La femme est baillonnée,
Par les joies domestiques,
Elle se prétend heureuse,
Cette alouette plumée,
Fardée, codifiée, et désignerisée.
Morte à la sauvagerie,
A l'élan impérieux,
De la création libre et pure.
Elle ne le sait même pas,
L'a longtemp oublié,
Ses trésors gaspillés,
Son bonheur écoeurant,
Automate, elle le répète.
Je suis heureuse,
Je suis Heureuse,
Je suis heureuse,
Je suis...
---------------------------
J'écrirai un autre mot,
Peut-être une rature,
De la pensée dilapidée.
---------------------------
Studieuse,
je me penche sur la page
Avec ma plume qui gratte le papier,
Mes doigts tachés d'encre violette,
Entre deux pensées,
Plus éphèmère qu'une bulle de savon,
La pure Création s'épanouit.
---------------------------
Dragées dans la boue,
Pigeons effrontés,
Les mariés sont envolés.
---------------------------
Aux rivages acalmés,
De nos entre-deux-guerres,
Nos mythologies s'entrelacent,
Fil de soi, don de soie,
Tisse la Volupté arachnéenne,
De la satiété de notre aurore.
---------------------------
Oiseau de mer aux ailes faucilles,
Porteur du chant des disparus,
Oiseau Tempête, sonne l'heure des combats.
L'enfant grave ouvre la cage,
L'oiseau bleu du paradis se retire d'elle,
Avec une trille taquineuse.
Oiseau fou comme un chapelier,
Enferme la nuit à double tour.
---------------------------
Des liqueurs de l'ombre androgyne,
Mère de parfum des âmes héroiques,
Aux désirs bien en delà de mes heures,
Le souffle est suspendu,
Soupirs à coeur perdu,
Sourires à corps repus.
--------------------------
Le passant qui râle,
Engrenages grincants,
Elle tourne, la machine.
--------------------------
Les fécondes vallées de l'espoir démuni,
Enlacent leur arrondis précautionneux,
Sur les oubliettes torses du couchant.
La houpelande ouvragée d'étoiles ivres,
Se mire au réservoir creux de nos infortunes.
L'archer fou des alliances complexes,
Parachève la chimère rouge de son geste.
A l'instant où s'étreignent la prière et les masques,
Nocturnale,
Tornade lunaire des elfes narcissiques.
Je ne goûterai plus le miel des hauteurs étonnées
--------------------------
Ophélie en cale sèche,
Des écceuils ressentis,
Pour des vies en sursis
--------------------------
Son souffle sur mon cou,
Sa bouche à mon oreille,
Il me dit des mots.
Il murmure à mes ténèbres,
Pour ancrer ma lumière,
Il parle à l'âme de fond,
Baigne l'aube déposée, fragile,
Dans mes jardins de pierre.
Sous l'effet de ses mots, je me fait chatte,
Tour à tour déesse et iris blanc.
Refleuri mon coeur en jachère.
Quand la pluie bat mes sables de janvier,
Ses mots cajôlent l'univers incurvant,
Ruissèlent sur les bas-fonds du coeur,
Éclatent en étincelles palpitantes,
Me suivent dans tous mes naufrages.
Qui, plus que ces mots addaggio?
Viens, Je t'attendrai, vêtue d'éternité
Je te raconterai les tendresses d'un autre soir.
Catherine Henry
2 Avril 2005
Retour à la page d'accueil :