A la découverte de la Guematria The browser reloaded
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"

 

A la découverte de la Guematria

 

par Chalom Leubmen

 

 

La Guematria est une méthode d'exégèse biblique établissant une correspondance entre les lettres, mots et versets de la Torah d'une part, et des nombres d'autre part ; comme telle, elle permet d'ouvrir de nouveaux horizons dans la compréhension du texte. Le but du présent essai est de donner quelques exemples, souvent étonnants, de tels calculs, et d'analyser différentes hypothèses quant au fondement et à la validité de cette technique.

L'approche délibérément rationnelle que nous adoptons dans notre démarche est à notre connaissance tout à fait inédite ; aussi, que vous soyez néophyte en la matière ou au contraire amateur éclairé, nous pensons pouvoir vous garantir une lecture intellectuellement stimulante, et sans doute aussi quelques découvertes intéressantes. Jugez-en plutôt...

 

 

Considérons un instant l'idée suivante : à chaque lettre de l'alphabet hébreu, nous associons une valeur numérique ; un peu comme les Romains comptaient en sachant que X valait 10 et C 100, et voyaient dans les lettres "CCX" notre équivalent de "210", chaque mot hébreu aura ainsi une valeur propre, résultant de la somme de la valeur individuelle de ses lettres.

Lettre hébraïque

Valeur numérique

Lettre hébraïque

Valeur numérique

Aleph

1

Lamed

30

Bet

2

ou

Mem

40

Guimel

3

ou

Noun

50

Dalet

4

Samekh

60

He

5

'Ayin

70

Vav

6

ou

Peh

80

Zayin

7

ou

Tsade

90

'Het

8

Kof

100

Tet

9

Resh

200

Yod

10

Chin

300

ou

Kaf

20

Tav

400

Hormis les 5 formes finales des lettres Kaf, Mem, Noun, Peh et Tsade, dont le graphisme diffère lorsque la lettre est située en fin de mot, l'alphabet hébreu ne compte que 22 lettres, contre 26 pour l'alphabet français. Le tableau ci-dessus les présente, ainsi que les valeurs qui y sont attachées.

 

Un premier exemple

A quoi ce petit exercice peut-il bien nous mener ? Un exemple tiré de l'histoire d'Abraham, dans la Genèse, permettra tout à la fois de clarifier les choses et de servir de base à une première tentative d'analyse : à la suite d'une guerre, Loth, le neveu d'Abraham, fut fait prisonnier ; alors "Abram, ayant appris que son parent était prisonnier, arma ses fidèles, enfants de sa maison, trois cent dix-huit, et suivit la trace des ennemis jusqu'à Dan"1 (Genèse 14, 14).

Le Talmud2 (Nedarim 32a) s'étonne à juste titre de ce texte : bien qu'elle traite abondamment de la vie d'Abraham, jamais la Torah3 ne nous avait mentionné qu'il eût un si grand nombre de serviteurs ! En fait, nous ne lui en connaissons vraiment qu'un seul, nommé "Eliézer" : "D.ieu-Eternel, que me donnerais-tu, alors que je m'en vais sans postérité, et que le fils adoptif de ma maison est un Damascénien, Eliézer ? Certes, disait Abram, tu ne m'as pas donné de postérité, et l'enfant de ma maison sera mon héritier" (Genèse 15, 2-3). Le parallélisme entre les deux textes, qui utilisent tous deux l'expression "enfant de la maison", est frappant.

Or, pour le Talmud, c'est bien cet unique serviteur, et lui seul, qui accompagna Abraham dans sa campagne militaire, à l'exclusion de tout autre soutien ; comment les Sages justifient-ils leur position, en apparence contraire au texte de la Torah, lequel - pour nous répéter - parle expressément d'une troupe de 318 personnes ? En fait, ils s'appuient précisément sur une analyse de la valeur numérique du nom "Eliézer" :

+

+

+

+

+

=

 

200 +

7 +

70 +

10 +

30 +

1 =

 

318 =

Eliézer

( 1 )

Merveilleuse convergence ! La guematria d'Eliézer, nom du seul serviteur connu d'Abraham, correspond très exactement au nombre d'hommes que ce dernier est censé avoir emmenés en guerre !

Le lecteur nous concédera vraisemblablement que ce résultat est remarquable : après tout, on aurait pu s'attendre à ce que l'équivalent numérique du mot "Eliézer" atteigne n'importe quelle valeur entre 10 et 1000, grossièrement. Mais c'est pourtant bien le chiffre de 318, seul nombre significatif dans ce contexte donné, que l'on obtient par l'application des règles de la Guematria. D'où cette interrogation toute naturelle : quelle est la portée et la pertinence de ce type de correspondances ?

 

Trois tentatives d'explications différentes

En réalité, nous n'avons pas moins de trois façons distinctes d'expliquer l'occurrence de ce type de phénomènes, et la suite de notre analyse consistera pour une grande partie à essayer de déterminer laquelle se vérifie dans les faits. Sur les trois, les deux premières sont aisément compréhensibles - elles ont le mérite de ne pas rebuter le sceptique lecteur de la fin du 20ème siècle ; la troisième n'est mentionnée à ce stade que par souci d'exhaustivité :

  1. L'hypothèse la plus naturelle est celle qui fait intervenir le hasard : les concordances du type "Eliézer = 318" ne seraient rien de plus que de simples coïncidences. Au fond, on peut raisonnablement s'attendre, avec un texte aussi long que l'est celui de la Torah (5'845 versets sur l'ensemble des 5 livres du Pentateuque, soit 304'805 lettres), à trouver tout ce que l'on voudra bien y voir, si l'on cherche avec suffisamment d'assiduité ; alors, que l'on utilise le système de calcul de la Guematria ou bien une autre méthode d'interprétation (quelle qu'elle soit), de simples considérations statistiques font que l'on découvrira toujours quelque chose. En d'autres termes, il s'agirait ici d'une claire application de la loi des grands nombres.

  2. Cette conception des choses appelle toutefois deux remarques :

    1. tout d'abord, on voit que la limite de ce raisonnement se situerait éventuellement dans le nombre de guematriot4 "intéressantes" que l'on pourrait finalement trouver : à partir d'un certain nombre (et savoir combien sera une question critique dans notre analyse), croire au hasard deviendrait absurde !

    2. A titre d'illustration, prenons l'exemple d'une pièce de monnaie lancée plusieurs fois de suite en l'air : si elle tombait deux fois sur "face", il n'y aurait pas de quoi être surpris, la probabilité d'un tel résultat étant d'une chance sur quatre ; après 10 "face" consécutifs, le panorama apparaît sous un jour quelque peu différent : un esprit rationnel envisagerait sans doute la possibilité que la pièce en question soit truquée et ait deux côtés "face". Et si la pièce était lancée 100 fois de suite, et qu'à chaque fois elle était retombée sur "face", aucun être sensé ne l'accepterait en guise de paiement. Le hasard ne peut donc pas tout expliquer ; le problème est évidemment d'arriver à tracer une limite...

    3. ensuite, il faut être bien conscient du fait qu'une coïncidence est une chose essentiellement subjective qui, souvent, n'existe que dans les yeux de l'observateur. Par exemple, un amateur d'astrologie cherchera inconsciemment à établir une correspondance entre les événements annoncés par son horoscope et ceux qui lui arrivent effectivement...

      La capacité du cerveau humain de découvrir des structures, d'établir un ordre, est un outil précieux, mais potentiellement trompeur ; comme on ne croit finalement que ce que l'on a envie de croire, la tentation de trouver des "preuves" corroborant les hypothèses de départ est toujours forte. Cela étant dit, force est de constater qu'en toute objectivité, il est des cas qui peuvent garder un caractère hors-norme, et cela en dépit d'un scepticisme de bon aloi : dans le cas cité ci-dessus d'une pièce jetée 100 fois de suite et qui retomberait à chaque fois sur "face", tout le monde s'accorderait à dire qu'il s'agit là d'un bien curieux concours de circonstances. Donc, à partir d'un certain niveau de probabilité, le sens commun et la bonne foi exigent que l'on s'étonne.

     

  3. Si par contre on ne veut pas faire intervenir le hasard comme facteur explicatif, c'est forcément pour admettre que l'auteur du texte avait décidé, dès le départ, que la valeur du mot "Eliézer" devait correspondre à 318. Rejeter le hasard équivaut - c'est une tautologie - à accepter un dessein, une volonté.

  4. L'homme ou la femme qui a écrit la Torah a peut-être voulu inclure ce type d'allusions dans le texte pour surprendre ses futurs lecteurs, ou bien pour servir d'argument en faveur d'une origine divine de la Bible... Au fond, peu nous importe ici. Mais pour arriver à cette correspondance "Eliézer = 318", l'auteur aura pu jouer sur 3 éléments :

    1. Vraisemblablement, il aura choisi la taille de la troupe d'Abraham (318 personnes) en fonction de la valeur numérique du mot "Eliézer" ; c'est-à-dire qu'à partir de ce nom et de valeurs numériques définies a priori pour chaque lettre de l'alphabet, il aura trouvé la guematria d'Eliézer, soit donc 318, et adapté le texte en conséquence. Si l'auteur avait voulu donner au serviteur d'Abraham le nom de Moïse (en hébreu , nom valant 5+300+40=345), l'armée aurait été forte de 345 hommes, et ainsi de suite.

    2. Mais notre auteur, qui était sans doute Juif, pouvait se rendre la vie un peu plus compliquée : en partant d'une valeur définie arbitrairement à 318, il a pu faire le calcul inverse, c'est-à-dire rechercher un nom correspondant à ce chiffre pour l'attribuer au serviteur d'Abraham ; si besoin était, il était bien sûr libre d'en inventer un. Par exemple, s'il avait voulu donner à Abraham une troupe de 317 hommes, le serviteur aurait pu s'appeler "Liézer", en supprimant le Aleph valant 1.

    3. Enfin, peut-être que notre auteur avait déjà terminé la rédaction complète de son texte, et ne voulait plus y toucher : il lui restait encore la possibilité de trouver des valeurs numériques judicieusement choisies pour chaque lettre, de manière à faire correspondre la valeur 318 à "Eliézer". Ainsi, la guematria d'Eliézer vaut également 318 dans l'hypothèse suivante : = 1, = 2, = 3, = 4, = 8, = 300. Il y a une infinité de combinaisons parvenant à ce même résultat !

    Synthétisons : nous sommes en présence d'une relation "mathématique" impliquant 3 facteurs :

    (mot)*(valeur de chaque lettre) = valeur numérique

    Notre auteur aura pu jouer sur chacun de ces trois facteurs pour arriver à ses fins.

    Nous verrons plus tard que cette distinction a des implications sur un plan pratique ; car une chose est sûre : bien que l'auteur ait sans doute été une personne extrêmement intelligente (après tout, il a écrit le plus grand best-seller de l'histoire de l'humanité), ce que lui a été capable de faire il y a 3'000 ans, nous sommes techniquement capables aujourd'hui de le refaire - en mieux, ou au moins en aussi bien.

     

  5. Enfin, la troisième hypothèse, que nous disions ne mentionner que par souci d'exhaustivité, est celle qui correspond à l'intime conviction de tous les rabbins et des spécialistes de la Guematria au cours des siècles : le système marche, par la volonté de son auteur certes, mais non pas par celle d'un auteur humain : le texte de la Torah a été révélé par D.ieu aux Hébreux au Mont Sinaï...

  6. C'est dans cette optique que se place un rabbin du Talmud, Rabbi Eliézer ben Rabbi Yossé, lorsqu'il nous présente la Guematria comme une des 32 règles utilisées pour interpréter la Torah.

    En ce qui nous concerne, une conception aussi catégorique des choses présente un grand avantage mais aussi, pour être honnête, un énorme inconvénient :

    1. L'avantage est que D.ieu, supposé omnipotent et omniscient, n'est pas limité par des considérations d'ordre pratique : Il peut imbriquer dans le texte autant de niveaux de profondeur de sens qu'Il veut, sans se limiter au sens littéral. A l'extrême, le graphisme des lettres, leur sonorité et ainsi de suite - tout peut donner lieu à interprétation !

    2. Le revers de la médaille est que - précisément - il est coupé court à toute discussion. Nous entrons dans le domaine de la Foi, ce qui signifie sans doute que nous quittons celui de la Raison... Or, nous vivons dans une société éminemment rationnelle, modelée chaque jour un peu plus par la science, c'est-à-dire par les succès toujours répétés de l'esprit humain.

    Croire ou ne pas croire est de manière générale devenu une question personnelle, qui ne doit normalement pas intervenir dans une analyse sérieuse, empreinte de rigueur, comme celle à laquelle nous nous essayons ici.

     

Sources et méthodologie

Une fois ces trois alternatives posées, sommes-nous beaucoup plus avancés ? Le seul exemple de Guematria dont nous disposons jusqu'à présent ne suffit pas encore à les départager ; il nous faut maintenant en examiner d'autres, de manière à nous donner la matière première qui sera à la base de notre réflexion.

Bon nombre de guematriot que nous allons exposer proviennent des deux grands commentaires classiques dans ce domaine, celui du Rokea'h5 et celui du Baal Hatourim6 ; le livre du Rav Michael L. Munk, "‘Olam HaOtiot / The Wisdom in the Hebrew Alphabet"7 est également une référence incontournable. Par ailleurs, il nous faut exprimer toute notre gratitude aux personnes dont l'aide précieuse a permis la rédaction de cet essai, en particulier au Rav I. Cutler, dont les vastes connaissances et la gentillesse ont été sollicitées à maintes occasions.

Mais revenons-en à ce qui nous intéresse ; nous avons écrit, tout au début, que la Guematria permettait d'arriver à des résultats surprenants : il est grand temps de prouver notre affirmation. Pour cela, des connaissances minimales de ce que sont la Torah et le Judaïsme seront nécessaires ; c'est donc pour un petit tour d'horizon de quelques concepts de base du Judaïsme que nous nous embarquons maintenant, avec un objectif clairement affiché : rechercher les guematriot entrant dans la catégorie des "100-face-de-suite" - c'est-à-dire "objectivement" surprenantes -, de manière à pouvoir trancher. On peut avancer un chiffre, à charge pour nous de le justifier plus tard : il nous en faut 22...

 

Le Maître et son enseignement

En fait, qu'est-ce que la Torah ? Essentiellement, c'est un recueil de préceptes ; le Christianisme a perçu le Judaïsme comme étant la religion de la Loi, et cette opinion n'est pas complètement infondée dans les faits : ce ne sont pas moins de 613 Commandements, appelés en hébreu "Mitsvot", que les Rabbins ont dénombrés en lisant la Bible. Le plus célèbre codificateur juif du Moyen-Age, Maïmonide8, les recensa systématiquement un par un dans sa monumentale synthèse de la loi juive, le "Michné Torah".

Non seulement Maïmonide les énuméra tous, mais encore il précisa, pour chacun d'entre eux, les conditions de sa mise en œuvre. Vécus au quotidien, les 613 mitsvot définissent la spécificité d'Israël (le peuple juif), et ce depuis qu'ils lui ont été révélés au Mont Sinaï et pendant les 40 années de désert, par l'intermédiaire de Moïse9. Ce dernier a dès lors joui d'une place privilégiée dans toutes les générations qui ont suivi : maître spirituel incontesté de l'ensemble du peuple, il n'est jamais mentionné que par l'expression déférente "Moché Rabeinou", "notre Maître Moïse"...

Quelle est la guematria de cette expression, si couramment utilisée, de "Moché Rabeinou" ?

+

+

+

+

+

+

+

=

 

6 +

50 +

10 +

2 +

200 +

5 +

300 +

40 =

 

613 =

Notre Maître Moïse

( 2 )

De manière tout à fait remarquable, la valeur numérique de Moïse, le Maître par excellence, correspond au nombre d'enseignements qui ont été transmis, par lui, au peuple d'Israël ! Et à nouveau, nous pouvons constater ici une surprenante convergence : dans ce contexte, 613 était bel et bien le seul chiffre significatif.

Creusons maintenant un peu plus profondément : de quoi traitent donc ces 613 mitsvot ? Réponse : d'absolument tout. Prises dans leur ensemble, les mitsvot définissent un cadre de vie, une ligne directrice applicable dans chaque situation possible ; une classification usuelle consiste à les subdiviser entre celles qui s'appliquent dans la relation entre l'homme et son prochain (dites "Bein Adam La'havero", comme par exemple l'interdiction du vol) et celles qui réglementent la relation entre l'homme et D.ieu (appelées "Bein Adam Lamakom", comme par exemple la prohibition de l'idolâtrie).

Une mitsva en particulier a toutefois un statut tout à fait spécial : chronologiquement, le premier commandement qu'accomplit - sans qu'on lui demande son avis ! - tout mâle Juif est celui de la circoncision, à l'âge de 8 jours. Avant cela, il n'existe pour ainsi dire pas en tant que Juif, et n'a dans bien des communautés même pas reçu de nom ! Après, il lui est possible de pratiquer les mitsvot, au fur et à mesure de son développement physique et psychique.

La circoncision est appelée "Brit Mila" en hébreu, ou plus simplement "Brit" ("Alliance" - en référence à l'usage de ce terme dans l'épisode de la Genèse 17, 9-14). La guematria de ce mot est tout simplement fascinante :

+

+

+

=

 

400 +

10 +

200 +

2 =

 

612 =

Circoncision

( 3 )

Le nombre 612 illustre parfaitement ce qu'est la circoncision : une condition sine qua non, la mitsva préalable à l'exécution des 612 autres !

En pratique, selon quel procédé les Hébreux ont-ils eu connaissance des 613 mitsvot ? La réponse à cette question est nuancée : en règle générale, D.ieu s'adressait à Moïse dans la "Tente d'Assignation", et Moïse jouait le rôle de relais vis-à-vis du peuple (Exode 33, 7).

Toutefois, il y eut une exception historique de taille : une fois - et une seule ! - D.ieu s'adressa directement à l'ensemble du peuple ; au Mont Sinaï, chaque Juif entendit personnellement l'énoncé des "Asseret HaDiberot", les Dix Commandements (Deutéronome 5, 6-18).

Mais les Hébreux entendirent-ils vraiment l'ensemble des 10 Commandements ? Le Talmud le conteste : si intense était la Révélation qu'ils ne purent la supporter ; après le 2ème Commandement, ils appointèrent Moïse comme intermédiaire, avec pour charge d'entendre les paroles de D.ieu et de les leur rapporter.

Cette interprétation rabbinique se fonde sur - au moins - deux supports textuels clairs :

De manière fascinante, l'expression "et c'est toi qui (...) rapporteras" - en hébreu "VeAt Tedaber11" -, citée juste au-dessus dans le verset qui prouve l'intervention de Moïse, est numériquement égale aux mots "Chemona Diberot" : Huit Commandements ! (Baal Hatourim ad. loc.12)

+

+

+

+

+

+

=

200 +

2 +

4 +

400 +

400 +

1 +

6 =

 

1013 =

Et c'est toi qui rapporteras


+

+

+

+

+

+

+

+

+

=

400+

6 +

200+

2 +

4 +

5 +

50 +

6 +

40 +

300=

 

1013 =

Huit Commandements

( 4 )

Ainsi, seules 2 mitsvot ont été entendues directement, alors que les 611 autres ont été transmises par l'organe de Moïse ; ceci jette un éclairage tout à fait étonnant sur le verset cité plus haut (à la note 9) ; "Torah Tsiva Lanou Moché", "Moïse nous a ordonné la Torah" :

+

+

+

=

 

5 +

200 +

6 +

400 =

 

611 =

Torah

( 5 )

Avec une guematria de "Torah" valant 611, le verset veut précisément dire que Moïse n'a transmis "que" 611 mitsvot, à l'exclusion des 2 entendues directement !!! (Makkot 24a13)

(Par ailleurs, le Baal Hatourim, avec son habituelle incroyable maîtrise, fait remarquer que si l'on considère le premier mot de chacun des 5 livres du Pentateuque, l'addition de leurs dernières lettres - respectivement , , , , et - nous donne à nouveau 611 - Torah...14)

Puisque nous en sommes à parler des Dix Commandements, une remarque à propos du 4ème (le repos du Chabbat) : le Talmud (Chabbat 73a) énumère 39 catégories de travaux qui sont interdits pendant le jour de repos hebdomadaire, mais les introduit d'une manière bien intriguante : "Les travaux (interdits) sont au nombre de Quarante Moins Un, Arba'im 'Hasser A'hat"...

Pourquoi cela ? Le Gaon de Vilna15 explique qu'il existe un quarantième travail qui serait interdit à l'homme, si tant est qu'il lui était accessible ; il s'agit de la création ex nihilo, à partir de rien. Mais, comme elle est l'apanage du Créateur, l'homme ne peut pratiquer qu'au plus 39 des 40 types de travaux interdits.

Quoi qu'il en soit, cette formulation biscornue a de quoi attirer notre attention :

  +

  +

  =

400+8+1

200+60+8

40+10+70+2+200+1

 

409 +

268 +

323 =

 

1000 =

Quarante moins un

A quoi ce chiffre de 1'000 correspond-il ? A rien de moins qu'à la valeur du mot "Chechet" (Six), dans l'expression "durant six jours tu travailleras" (Chechet Yamim Ta'avod) !

+

+

=

 

400 +

300 +

300 =

 

1000 =

Six

( 6 )

La logique du texte est ainsi parfaitement respectée : c'est pendant les 6 jours de la semaine que les 39 travaux prohibés du Chabbat sont autorisés. (Baal Hatourim ad. loc.)

 

L'Amour de l'Autre

Nous avons déjà eu l'occasion de mentionner que certaines mitsvot s'appliquent dans les relations entre hommes (Bein Adam La'havero) tandis que d'autres posent des obligations quant à la relation de l'homme vis-à-vis de son Créateur (Bein Adam Lamakom) ; cette classification se retrouve d'ailleurs dans les 10 Commandements, qui se subdivisent en 2 Tables de 5 Commandements chacune, les 5 premiers étant Bein Adam Lamakom alors que les 5 derniers sont Bein Adam La'havero.

Un passage précis est un excellent résumé de la philosophie des mitsvot Bein Adam La'havero ; le verset le plus cité de toute la Torah - et dont la paternité est souvent faussement attribuée à Jésus - précise que "tu aimeras ton prochain comme toi-même : je suis l'Eternel" ("Veahavta Lere'ekha Camokha, Ani HaChem" - Lévitique 19, 18). Le dernier membre de phrase, trop souvent omis, fonde la source de toute obligation sociale dans l'existence de D.ieu.

Les mitsvot Bein Adam Lamakom ont elles aussi un verset topique : le Chema, la prière la plus fondamentale du Judaïsme, que chaque Juif pratiquant récite au moins deux fois par jour, débute par cette touchante profession de foi : "Tu aimeras l'Eternel ton D.ieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de tout ton pouvoir" ("Veahavta èt HaChem Elokeikha, bekhol Lèvavekha, ouvekhol Nafchekha, ouvekhrol Méodekha" - Deutéronome 6, 5).

Ces deux textes sont très semblables sur le plan des idées : l'homme ne peut parvenir à une relation harmonieuse avec l'Autre qu'à la seule condition d'être capable de dépasser son ego pour arriver à vraiment aimer l'Autre, par-delà la différence.

Et cette similitude se retrouve sur le plan de la Guematria :

  +

  +

  +

  +

  =

5+6+5+10

10+50+1

20+6+40+20

20+70+200+30

400+2+5+1+6

 

26 +

61 +

86 +

320 +

414 =

tu aimeras ton prochain comme toi-même:

907 =

je suis l'Eternel


16  +

  +

  +

  =

20+10+5+30+1

5+6+5+10

400+1

400+2+5+1+6

 

66 +

26 +

401 +

414 =

 

907 =

Tu aimeras l'Eternel ton D.ieu17

( 7 )

Cette égalité a pour corollaire un message d'une grande profondeur : les deux types d'interactions que l'homme peut avoir dans sa vie sont aussi importantes l'une que l'autre, et aucune ne saurait être négligée au bénéfice de l'autre ; toutes deux sont nécessaires au plein épanouissement moral de l'homme. (Munk, p. 59, au nom de Michnat Tsadikim)

 

L'Essence d'un Peuple

Israël, avons-nous écrit, se définit par sa pratique des mitsvot ; c'est sa spécificité, ce qui le distingue des autres peuples de la Terre. La Guematria nous permet-elle une fois encore de le constater ? Jugeons-en plutôt:

+

+

+

+

=

 

30 +

1 +

200 +

300 +

10 =

 

541 =

Israël


+

+

+

+

=

 

400 +

6 +

90 +

40 +

5 =

 

541 =

Les Mitsvot

( 8 )

Ne pas pratiquer les mitsvot, c'est toujours pour un Juif se renier un peu...

(Par ailleurs, il est intéressant de remarquer qu'Israël a connu un développement historique en 3 phases : tout d'abord une fondation, puis une expansion démographique, et enfin une cristallisation de son identité. Une analyse complète des concepts impliqués ici nous mènerait beaucoup trop loin, mais chaque étape a été personnalisée par un homme : la Fondation par Jacob ( ), le seul Patriarche dont la descendance ait été entièrement juive ; l'Expansion par Moïse ( ), qui guida le nouveau peuple, fort de 600'000 hommes, hors d'Egypte ; la recherche d'Identité enfin par David (), le Roi par excellence. Nous laissons au soin du lecteur intéressé d'additionner les 3 guematriot...)

 

Retour vers l'Idéal

Bien sûr, nul ne respecte toujours parfaitement toutes les mitsvot. La transgression n'en est pas pour autant irrémédiable : en tout temps, l'homme à la possibilité de faire Techouva, de se repentir. En tout temps certes... mais une période de l'année y est plus particulièrement propice : d'après la tradition, les 10 jours s'étendant entre Roch HaChana (le Nouvel An juif) et Yom Kippour (le jour du Pardon) sont une opportunité unique s'offrant au Juif désireux de s'amender et de retourner à son Créateur.

Pendant ces 10 jours, l'atmosphère des communautés juives se transforme subtilement : par l'adjonction de prières supplémentaires, l'accent est fortement mis sur le repentir. Nous n'en donnerons que deux exemples :

  1. Chaque matin, à l'issue de l'office, les fidèles lisent un psaume supplémentaire ; celui-ci est appelé "Ori VeYichi" (Ps. XXVII), à partir des premiers mots qui le composent : "De David. Le Seigneur est ma lumière et mon salut".

    D'après le midrash18 (Vayikra Rabba 21, 3), l'intention de l'auteur est d'exprimer le souhait que le Juif perçoive "la lumière" à Roch HaChana pour se repentir et obtenir "le salut" à Yom Kippour. Transposons cela en termes de Guematria :

      +

      =

    10+70+300+10+6

    10+200+6+1

     

    396 +

    217 =

     

    613 =

    ma lumière et mon salut

    ( 9 )

    Autrement dit, il n'y pas de vraie Techouva sans retour à la pratique de l'ensemble des 613 mitsvot.

  2. L'office supplémentaire de Roch HaChana et de Yom Kippour, déjà dramatique en lui-même, comporte notamment un point d'orgue particulièrement poignant avec la prière dite "OuNetané Tokef" : après avoir rappelé l'impossibilité d'échapper au décret divin, l'officiant rappelle que...

    ...

    la pénitence, la prière et la charité...
    atténuent la sévérité du jugement.

    Peu d'attention est jamais portée aux 3 petits mots mentionnés au-dessus : Tsom, Kol et Mamone - le jeûne, la voix et l'argent. Il est parfois expliqué qu'il faut y voir les moyens d'obtenir le résultat désiré : la pénitence se fait par le jeûne, la prière en élevant la voix et la charité en donnant de l'argent.

    Pourtant, le message est profond , et la Guematria nous permettra de le mettre en lumière :

    50 + 6 + 40 + 40 =

    30 + 6 + 100 =

    40 + 6 + 90 =

    136

    136

    136

    ( 10 )

    Les trois voies sont équivalentes ! L'homme désireux de s'amender devra le faire vis-à-vis de son prochain (par la charité), de son Créateur (par la prière), mais aussi - et c'est une nouvelle perspective - par un travail sur lui-même, face à lui-même (par le jeûne).

    De plus, ceci nous permet également de comprendre une incongruité du texte de la Torah lu, précisément, à l'office du matin de Yom Kippour, en commémoration du service du Grand Prêtre en ce jour si spécial : "Avec cette chose Aaron entrera dans le Sanctuaire : ..." (Lévitique 16, 3). Le mot "cette chose" (Zot) est particulièrement mal choisi, vu l'impressionnant équipement dont le Grand Prêtre avait besoin ! On se serait attendu à un pluriel, "Elé".

    Mais Zot () vaut 408 en Guematria, soit 3 * 136 : c'est donc par la combinaison des trois voies de repentir que le Grand Prêtre pouvait espérer obtenir la rémission.

     

Un lieu saint pour l'éternité

Le Grand Prêtre accomplissait ses fonctions dans le Temple, donc à Jérusalem. D'après les commentaires rabbiniques (Rachi19 sur Genèse 28, 17), le Temple fut construit à l'endroit précis où Jacob avait eu son fameux rêve de l'échelle montant jusqu'au ciel.

Ayant perçu le statut tout particulier de la place, celui-ci s'exclama à son réveil : "Assurément, l'Eternel est présent en ce lieu !" (Yech HaChem Bamakom Hazeh). Remarquons au passage que cette expression "L'Eternel est présent en ce lieu" vaut 541, soit très exactement la même valeur que le mot "Israël" (cf. ci-dessus ; = 17 + 188 + 26 + 310 = 541).

Mais c'est plus largement toute la ville de Jérusalem qui avait le statut de lieu saint, statut qu'elle a conservé à travers les millénaires, et qui lui est d'ailleurs toujours reconnu par les trois grandes religions monothéistes, dans une superbe unanimité.

Or, la langue hébraïque permet de constater cela au premier coup d'œil :

+

+

+

+

+

+

=

 

40 +

10 +

30 +

300 +

6 +

200 +

10 =

 

596 =

Jérusalem


+

+

+

+

+

+

+

=

300 +

6 +

4 +

100 +

40 +

6 +

100 +

40 =

 

596 =

Lieu saint

( 11 )

 

Les multiples de 26

La guematria du Tétragramme ( - voir la note n°16 quant à la graphie de ce mot) vaut 26 (5+6+5+10). Des multiples de ce nombre fondamental se retrouve dans un nombre incroyable de guematriot ; par exemple, la valeur numérique de "Joseph" (le premier fils de Jacob et Rachel) vaut 156, ou encore 6 * 26 :

+

+

+

=

 

80 +

60 +

6 +

10 =

 

(6 * 26) 156 =

Joseph

( 12 )

Or, il se trouve que le nombre 6 est particulièrement approprié au personnage de Joseph : dans la compréhension juive des choses, "6" dénote le 'Olam Hazeh, c'est-à-dire la matérialité20 ; c'est ainsi que le monde physique a été achevé en 6 jours, et que tout objet peut être décrit en termes de 6 directions (droite et gauche, devant et derrière, haut et bas). Joseph, lui, est celui qui sauve l'Egypte de la famine ; devenu vice-roi, il gère au mieux le pays, pourvoyant aux besoins matériels de sa famille et du monde entier (Genèse 41 à 47).

Intéressant ? A la lecture de ce dernier paragraphe, bien des sourcils ont dû se froncer : ici, pourrait-on penser, l'auteur de ces lignes a vraiment dû réfléchir longtemps pour dénicher la correspondance entre "Joseph" et "156". N'est-ce pas typiquement un cas où la coïncidence n'existe que dans les yeux de l'observateur, questionnera le sceptique ?

Voire. Car Joseph n'est pas un cas isolé : la même démarche peut être appliquée au nom de son père, Jacob, dont la guematria vaut 182, soit 7 * 26 :

+

+

+

=

 

2 +

100 +

70 +

10 =

 

(7 * 26) 182 =

Jacob

( 13 )

Là encore, "7" est un chiffre approprié à Jacob, qui travailla 7 ans pour sa première femme Léah (Genèse 29, 20) et 7 ans pour sa deuxième femme Rachel (Genèse 29, 30). Le "7" dénote la spiritualité, et c'est ainsi que le 7ème jour de la semaine, le Chabbat, est un jour de repos matériel et d'intense activité spirituelle ; or c'est avec Jacob, devenu Israël, que fut confirmée l'alliance avec les descendants des Patriarches (Genèse 35, 11-12), couronnant ainsi les efforts de 3 générations tendant à un idéal spirituel.

Fort bien, concédera notre sceptique : voilà des explications élaborées en ce qui concerne Joseph et Jacob. Maintenant, est-ce que ce système va plus loin ? Si l'on remontait d'une génération supplémentaire pour nous intéresser à Isaac, le père de Jacob, que trouverait-on ?

 

+

+

+

=

 

100 +

8 +

90 +

10 =

 

(8 * 26) 208 =

Isaac

( 14 )

N'est-ce pas singulier ? "Isaac" vaut 208, soit 8 * 26 !!!

Et bien sûr, "8" est un chiffre parfaitement approprié à Isaac, le premier enfant juif à avoir été circoncis, à l'âge de 8 jours (Genèse 21, 4)...

 

Heureusement pour notre sceptique, un dernier rempart se dresse : qu'en est-il d'Abraham, le père d'Isaac ? Va-t-on trouver - ce serait quand même un peu fort - que la guematria de son nom vaut 234, soit 9 * 26 ???

+

+

+

+

=

 

40 +

5 +

200 +

2 +

1 =

 

248 =

Abraham

Malheureusement pas ; preuve sans doute que le sceptique aura eu raison d'avoir su resté sceptique jusqu'au bout ? Ce serait peut-être conclure un peu vite ; car s'attendre à ce qu'Abraham vaille 9 * 26, c'était se fourvoyer à deux égards.

Premièrement, on voit mal quel aurait été le rapport d'Abraham avec le chiffre "9". En réalité, tout comme Isaac son fils, Abraham est conceptuellement relié à la mitsva de la circoncision, et par là même au "8". En effet, Abraham fut le premier homme à se circoncire (Genèse 17, 9-14). La Brit est, comme nous l'avons vu, tout d'abord une Alliance conclue entre D.ieu et Abraham :

 


Sois loué Eternel, notre D.ieu Roi du Monde, qui nous a sanctifiés par tes commandements et nous a ordonné de faire entrer (cet enfant) dans l'Alliance d'Abraham.

(formule rituelle prononcée par le père de l'enfant lors de la cérémonie)

Ensuite, il nous faut approfondir ce que recouvre le concept de "multiples de 26" : jusqu'à présent, nous n'y avons fourni aucune tentative d'explication. Or, si l'idée d'une association du nom de D.ieu avec la figure du Juste est connue de longue date des rabbins21, la divinité peut être désignée par des appellations différentes suivant les circonstances22.

Le Tétragramme () est de loin le Nom le plus utilisé par la Torah ; mot composé du verbe "être" conjugué en hébreu aux trois temps différents ( , , - Il était, Il est, Il sera), il renvoie au concept de l'éternité de D.ieu, lequel se situe hors du temps, et à sa maîtrise sur le monde. L'usage de ce nom en relation avec Joseph, Jacob et Isaac se comprend parfaitement : ils furent élevés depuis leur plus tendre enfance dans la conviction de l'existence d'un D.ieu unique, éternel et maître du monde.

Tel ne fut pas le cas d'Abraham : né dans une famille idolâtre, son monothéisme ne fut pas un acquis, mais bien le résultat d'une longue quête personnelle : après avoir adopté successivement toutes les croyances de son époque, et avoir notamment pratiqué le culte du Soleil, de la Lune, etc., il finit par réaliser qu'une force unifiante existait derrière l'apparente diversité des forces de la nature. Cette perception de la divinité s'exprime dans la Torah par l'emploi du mot - (valant 30+1=31); lorsque la Torah emploie ce mot, elle implique le concept d'une unicité d'origine des différentes manifestations naturelles23.

Reprenons le fil de notre raisonnement : la valeur numérique d'Abraham vaut 248, ce qui n'est pas égal à 9 * 26. Mais comme nous venons de le voir, 8 et 31 sont les deux chiffres se rapportant à Abraham : et que trouve-t-on en multipliant 31 par 8, si ce n'est 248 ???

D'autres exemples de multiples de 26 abondent ; le premier verset du Chema, cette profession de foi juive proclamant l'unicité et la grandeur de D.ieu, en est un :

Ecoute Israël, l'Eternel notre D.ieu, l'Eternel est Un !

Sa guematria vaut 1'118 (13 + 26 + 102 + 26 + 541 + 410). Une simple division permet de trouver que ceci équivaut à 43 * 26 ; or, 43 est la guematria du mot "Gadol" (), "Grand". Proclamer le Chema revient ainsi à affirmer mathématiquement la grandeur de D.ieu !

 

La malédiction de l'exil

Le Pentateuque s'achève - ou peu s'en faut - sur une note bien sombre : dans un long passage connu comme les "To'ha'hot" (avertissements), Moïse, peu avant sa mort, admoneste le peuple, le mettant en garde contre la conséquence de l'abandon des mitsvot (Deutéronome 28, 16 - 68) ; un tel manquement entraînerait inéluctablement l'exil d'Israël de sa terre, avec toutes les conséquences qui en découlent.

De fait, le peuple d'Israël connut par quatre fois dans son histoire la situation de Galout (Exil) : par la conquête de l'Empire Babylonien en 586 avant l'ère commune, puis peu après sous les Mèdes et les Perses, avec la domination grecque ensuite, pour finir par la destruction du 2ème Temple par les Romains en l'an 70 de l'ère commune.

Lorsque la Torah fait référence après coup aux To'ha'hot, elle emploie systématiquement le même mot : "Ra'ot", "Malheurs" (Deutéronome 31,17 ; 31,21, etc.) ou "HaRa'ot HaElé", "ces malheurs" (31,17). La valeur numérique de chacune de ces deux expressions est intéressante :

+

+

+

=

 

400 +

6 +

70 +

200 =

 

676 =

Malheurs

( 15 )

Que représente le nombre 676? Deux choses: en fait, le long passage des To'ha'hot comporte 26 mentions du Tétragramme (26*26=676), et de plus il comprend très exactement 676 mots24!

(R. Shimshon d'Astripoli)

 

Quant à l'expression "HaRa'ot HaElé ", elle numériquement égale à "Arba' Galouyot", "Quatre Exils"... (Baal Hatourim ad. Deutéronome 31,17)

  +

  =

5+30+1+5

400+6+70+200+5

 

41 +

681 =

 

722 =

Ces malheurs


  +

  =

400+6+10+30+3

70+2+200+1

 

449 +

273 =

 

722 =

Quatre Exils

( 16 )

(Par ailleurs, Erets Israël - la "Terre d'Israël" -, vers laquelle sont dirigées les prières de chaque Juif, est également un multiple de 26 : = 541 + 291 = 832, soit 32 * 26 ; 32 est la guematria de la première et de la dernière lettre de la Torah, qui ensemble forment le mot , "coeur"...25)

 

Les dangers de l'Exil perse

C'est au cours de l'Exil perse que les Juifs frôlèrent le plus près l'extermination totale : ordre avait été donné de "détruire, exterminer et anéantir" (Leachmid, Laharog Oulabed : Esther 3,13) tous les Juifs, hommes et femmes, vieillards et enfants. Heureusement, les dés de l'Histoire étaient pipés : la Reine alors en place, juive, peut intercéder pour son peuple : "Puis Esther revint à la charge pour parler au roi ; elle se jeta à ses pieds et, en pleurant, le supplia d'annuler le funeste dessein d'Aman, l'Agaghite, et le projet qu'il avait formé contre les Juifs" (Esther 8,3).

Comparons les deux expressions "détruire, exterminer et anéantir" et "funeste dessein" :

  +

  +

  =

 

4+2+1+30+6

3+200+5+30

4+10+40+300+5+30

 

43 +

238 +

389 =

 

670 =

détruire, exterminer et anéantir

  +

  +

  =

 

400 +

70 +

200 =

 

670 =

Funeste dessein

( 17 )

La correspondance n'est pas seulement parfaite sur le plan du sens littéral : elle l'est aussi sur celui de la Guematria ! (Rokea'h ad. loc.)

En souvenir de l'heureuse tournure des événements de l'époque, les Juifs continuent aujourd'hui de commémorer la fête de Pourim, notamment par des festins où - une fois n'étant pas coutume - le vin coule à flots. En fait, il est recommandé de boire jusqu'à ce que l'on ne sache plus distinguer entre dire "Béni soit Mardochée" et "Maudit soit Aman", noms respectivement du héros et de l'antihéros du livre d'Esther.

Nul doute qu'à ce stade d'enivrement plus personne ne soit capable de remarquer que les valeurs de ces deux expressions sont égales :

  +

  =

10+20+4+200+40

20+6+200+2

 

274 +

228 =

 

502 =

Béni soit Mardochée


  +

  =

50+40+5

200+6+200+1

 

95 +

407 =

 

502 =

Maudit soit Aman

( 18 )

 

 

Le Retour de l'Exil

Malgré les rigueurs de l'exil, jamais le peuple juif ne désespéra totalement de revenir un jour sur sa terre ; il était encouragé en cela par un célèbre verset, tiré du prophète Isaïe : "Sion sera sauvée par la justice, et ceux qui reviennent à elle par l'équité" (Isaïe 1,27) (Sion est un nom allégorique pour le peuple Juif).

Aussi, confiants dans l'avenir, les Juifs n'arrêtèrent jamais au cours des siècles d'étudier dans le Talmud de Babylone et le Talmud de Jérusalem des lois qui n'avaient cours que sur la terre d'Israël - attendant le moment où elles pourraient enfin trouver application.

Il est singulier de constater que la première partie de notre verset "Sion sera sauvée par la justice" est numériquement égale aux mots "Talmud Yerouchalmi", le Talmud de Jérusalem...

  +

  +

  =

5+4+80+400

9+80+300+40+2

50+6+10+90

 

489 +

431 +

156 =

 

1076 =

Sion sera sauvée par la Justice


  +

  =

10+40+30+300+6+200+10

4+6+40+30+400

 

596 +

480 =

 

1076 =

Talmud de Jérusalem

( 19 )

 

Non seulement cela, mais par une hallucinante cohérence du texte, la deuxième partie du verset "... et ceux qui reviennent à elle par l'équité" équivaut, elle, à l'expression "Talmud Babli" - le Talmud de Babylone !!! (Munk, p. 164, au nom du Gaon de Vilna)

  +

  =

5+100+4+90+2

5+10+2+300+6

 

201 +

323 =

 

524 =

et ceux qui reviennent à elle par l'équité


  +

  =

 

10+30+2+2

4+6+40+30+400

 

44 +

480 =

 

524 =

Talmud de Babylone

( 20 )

 

OEuvre titanesque, le Talmud traite de tous les sujets nécessaires à la pratique du judaïsme ; il se subdivise en une soixantaine de traités, lesquels contiennent en tout, et très exactement, 524 chapitres différents26 :

Traité

Nb. de chap.

Traité

Nb. de chap.

Traité

Nb. de chap.

Berakhot

9

Moed Qatan

3

'Houllin

12

Péah

8

'Hagigah

3

Berokhot

9

Demaï

7

Yevamot

16

Arakhin

9

Kilayim

9

Ketoubbot

13

Temourah

7

Cheviit

10

Nedarim

11

Keritot

6

Teroumot

11

Nazir

9

Meïla

6

Maassérot

5

Sotah

9

Tamid

7

Maaser chéni

5

Gittin

9

Midot

5

'Hallah

4

Kiddouchin

4

Kinnim

3

Orlah

3

Baba Kamma

10

Kélim

30

Bikourim

3

Baba Metsia

10

Oholot

18

Chabbat

24

Baba Batra

10

Negaïm

14

Erouvin

10

Sanhédrin

11

Parah

12

Pessa'him

10

Makkot

3

Tohorot

10

Checalim

8

Chevouot

8

Mikvaot

10

Yoma

8

Edouyot

8

Niddah

10

Soukkah

5

Avodah Zara

5

Makhchirin

6

Bétsah

5

Avot

6

Zavim

5

Roch Hachana

4

Horayot

3

Tevoul Yom

4

Taanit

4

Zeva'him

14

Yadayim

4

Megillah

4

Mena'hot

13

Ouktsin

3

 
 

Total

524

 

 

 

Transmettre la Tradition

Nous finissons notre petit tour d'horizon de quelques concepts de base du Judaïsme par une remarque sur la nécessité, sous peine de disparaître, de transmettre la Torah à la génération suivante. Le traité des Pères (Pirké Avot) débute par un historique du leadership spirituel en Israël : "Moïse reçut la Torah du Sinaï, et la transmit à Josué, qui la transmit aux Anciens, qui la transmirent aux Prophètes, qui la transmirent aux hommes de la Grande Assemblée". Chaque Juif, à son époque, est responsable de la perpétuation d'une chaîne plusieurs fois millénaire.

Le jour de sa mort, Moïse remit donc la direction du peuple à son disciple, Josué. "Moïse alla ensuite adresser les paroles suivantes à tout Israël, leur disant : << J'ai cent vingt ans aujourd'hui, je ne peux plus entrer ni sortir ... Josué sera ton guide, comme l'Eternel l'a déclaré.>>" (Deutéronome 31, 1-3).

Remarquons à ce stade que Josué, en hébreu Yehochoua, a une guematria de 391 :

  +

  +

  +

  +

  =

 

70 +

300 +

6 +

5 +

10 =

 

391 =

Josué

 

La façon de s'exprimer du verset cité ci-dessus est curieuse : quelle raison bizarre de la part de Moïse que d'invoquer le fait qu'il ne peut plus "ni entrer ni sortir" pour renoncer au pouvoir... Si nous nous essayions à prendre les "entrées" de chaque mot dans ce verset, c'est-à-dire les premières lettres ?

 

... -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

30 +

5 +

1 +

300 +

6 +

40 +

2 +

1 +

6

 

391 =

initiales

( 21 )

 

Tout s'explique ! Ce verset contenait déjà en filigrane une indication que c'était Josué qui allait prendre la succession de Moïse ! Mais alors, si nous poussions notre raisonnement un peu plus loin en prenant les "sorties", c'est-à-dire les dernières lettres ?

 

... -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 +

40 +

10 +

5 +

40 +

5 +

50 +

40 +

200

 

391 =

let. finales

( 22 )

 

Encore ! Avec les mêmes mots, que l'on prenne les premières ou les dernières lettres, on retombe encore et toujours sur Josué !!! (Rav Cutler)

(Ce dernier exemple est un véritable défi à l'imagination : comment l'auteur a-t-il bien pu réussir à écrire un texte sensé, avec une référence cachée double, et avec les premières lettres, et avec les dernières ? D'un autre côté, le hasard seul permet-il d'expliquer ce phénomène ???)

 

Autres méthodes de calcul

Ceux qui s'intéressent au système de la Guematria le savent : bien que la méthode que nous ayons toujours employée jusqu'ici soit la forme de base, de très loin prédominante, il existe encore quelques variantes ; nous en présentons succinctement trois ici :

  1. Im HaKollel : la valeur numérique se voit augmentée de 1, qui représente l'unité propre au mot lui-même. C'est une sorte de concrétisation de l'idée que "le tout vaut plus que la somme des parties" ; on en trouve un indice dans le verset où Jacob, mourant, reconnaît à ses petits-enfants Ephraïm et Manassé le même statut qu'à ses deux aînés, Ruben et Siméon (Genèse 48, 5).

      +

      =

     

    5+300+50+40+6

    40+10+200+80+1

     

    401 +

    331 =

     

    732 =

    Ephraïm et Manassé


      +

      =

     

    50+6+70+40+300+6

    50+2+6+1+200

     

    472 +

    259 =

     

    731 =

    Ruben et Siméon

    Dans la méthode "Im HaKollel", l'adjonction à ce dernier résultat du chiffre permet de trouver une égalité parfaite.

    D'autre part, en vertu de ce rajout, le mot "Diberot" (Commandements, dans l'expression "Asseret HaDiberot", les 10 Commandements - voir à ce sujet la note 12) vaut 613 ( = 400+6+200+2+4 +1 = 613)...


  2. Millouï (valeur pleine) : dans cette variante, chaque lettre se voit attribuer la valeur qui est celle du nom de la lettre ; par exemple, la première lettre de l'alphabet hébreu, (Aleph), s'écrit en toutes lettres 27, mot dont la guematria vaut 80+30+1=111. Le Aleph vaudra donc 111.

    Avec ce mode de calcul, la valeur du premier mot de la Torah (Bereichit : "Au commencement") équivaut à 1'819 :

      +

      +

      +

      +

      +

      =

     

      +

      +

      +

      +

      +

      =

     

    6+400

    4+6+10

    50+10+300

    80+30+1

    300+10+200

    400+10+2

     

    406 +

    20 +

    360 +

    111 +

    510 +

    412 =

     

    1'819 =

    Au commencement

    C'est à propos du mot de "Bereichit" que Rachi a écrit ce qui est sans doute sa question la plus célèbre : la Torah étant un recueil de préceptes, pourquoi ne commence-t-elle pas par le premier commandement donné aux Hébreux, c'est-à-dire par la sanctification du nouveau mois (cf. Exode 12, 2) ? Tout le livre de la Genèse est à première vue inutile !

    Faute de place, la réponse de Rachi à sa propre interrogation devra être laissée de côté ; mais il est fascinant de constater, dans ce contexte, que le verset de l'Exode 12, 2 est le 1'819ème de la Torah28...

    Et ce n'est pas tout : Im Hakollel, la valeur pleine de Bereichit vaut 1'819 + 1 = 1'820 ; certains se sont essayés à compter le nombre de fois que le Tétragramme apparaissait dans le Pentateuque. Comme en hébreu les prépositions sont "ajoutées" devant le mot auquel elles se rapportent, on peut trouver le Tétragramme sous les 7 formes suivantes :

    Formes possibles

    Nombre d'occurrences

    D.ieu

    1'526

    En D.ieu

    12

    A D.ieu

    255

    De D.ieu

    3

    Comme D.ieu

    2

    Et D.ieu

    22

    Car D.ieu

    0

    Total

    1'820

    En d'autres termes : la valeur pleine du mot Bereichit contient une allusion précise au nombre de fois que le Tétragramme est mentionné dans la Torah !!!

    (Nous avons utilisé un ordinateur et un logiciel spécialisé pour vérifier cela. Mais combien de temps cela a-t-il pris au Rav Pin'has Zalman Hurwitz qui, le premier, a fait cette découverte ?)

    Nous avons par ailleurs déjà mentionné (note 22) que D.ieu pouvait être désigné par 70 expressions différentes (le chiffre de 70 est hautement significatif : voir Munk, pp. 171 ss). C'est "presque" froidement que nous pouvons dès lors constater que 70 * 26 = 1'820 ...


  3. Nistar (valeur cachée) : cette méthode, proche de la précédente, s'intéresse à la partie du nom de chaque lettre qui n'est pas apparente quand on écrit cette lettre. La différence entre la lettre (écrite) et le mot (sous-entendu) se compose des deux lettres et , et ainsi de suite. Par rapport au Millouï, cela revient donc à ignorer systématiquement la première lettre pour s'occuper à celles qui suivent. Dans cette optique, "Bereichit" vaut 907 Im Hakollel - référence cachée aux deux versets cités ci-dessus, "tu aimeras ton prochain comme toi-même" et "tu aimeras l'Eternel ton D.ieu".

 

Analyse mathématique

Parvenus au terme de notre recherche, nous avons finalement trouvé 22 guematriot intéressantes ; elles sont systématiquement indiquées par un numéro situé sous les Guematriot. Nous en avons même mentionné plus que 22, et nous aurions pu continuer longtemps, au risque de lasser le lecteur29. Ainsi, il nous reste maintenant à trancher notre question de départ : hasard ou volonté ?

Attaquons-nous tout d'abord à l'hypothèse d'un auteur qui aurait délibérément inséré des allusions cachées dans le texte : comment aurait-il procédé ? Sur les trois possibilités que nous avions trouvées (page 4), deux sont maintenant devenues clairement irréalistes :

  1. L'auteur n'a pas pu choisir les expressions hébraïques à convertir en chiffres en fonction du résultat à obtenir (page 4, chiffre 2, lettre b) ; cette hypothèse pouvait être défendue alors que nous ne considérions qu'un nom propre, Eliézer. Mais si un nom peut aisément être adapté aux nécessités du cas, la tâche devient de plus en plus ardue au fur et à mesure que l'on considère des noms communs, des locutions, des phrases entières ; l'hébreu, comme toute langue du monde, a des règles précises, une grammaire stricte !

    Et la complexité évidente se transforme abruptement en impossibilité réelle lorsque l'on prend en compte le type d'expressions examinées : des mots couramment employés, des expressions qui pourraient être utilisées dans le langage de tous les jours ; les locutions n'ont pas été retouchées, coupées artificiellement là où on ne s'y attendrait pas ; les formes grammaticales sont correctes ; il n'a été procédé à aucun rajout, fut-ce un article défini ou indéfini, ou un pronom, qui aurait en quelque sorte complété le compte ; rien ne laisse à penser que le texte a pu être adapté aux besoins de la cause...

    Les exemples n°21 et 22 sont à cet égard particulièrement frappants : la phrase d'où ils sont tirés serait encore parfaitement correcte en hébreu moderne, tel qu'il est parlé aujourd'hui dans les rues d'Israël. Vouloir écrire un texte clair et intelligible, tout en essayant, sur un petit nombre de mots courts, de faire en sorte de trouver un même chiffre avec les premières lettres comme avec les dernières, est une impossibilité patente.

    De même, "Kol", "Tsom" et "Mamone" (exemple n°10) sont des mots parfaitement usuels - on aurait du mal à trouver d'autres vocables pour les remplacer, à supposer qu'on veuille les éviter ! Pourtant ils sont numériquement identiques ; et ainsi de suite ...

    Personne ne peut façonner une langue pour répondre à ses besoins ; la langue est toujours une donnée de départ, et notre auteur aura forcément dû composer avec elle. Même les noms propres n'ont pu être judicieusement choisis : car au contraire des "Pierre", "Paul" ou "Jean" français, dont le sens n'est pas évident a priori, les noms de la Bible ont tous une signification. "Eliézer" veut dire "D.ieu est mon aide" ; les noms "Moïse", "Joseph", "Jacob", "Isaac", "Abraham", "Josué", "Israël" ont tous un sens clair en hébreu30. Là encore, la marge de manœuvre de l'auteur est extrêment réduite, voire nulle.

  2. Il est tout aussi impossible que l'auteur ait adapté son texte aux valeurs numériques trouvées (page 4, chiffre 2, lettre a), tout simplement parce que dans bien des cas ce sont deux locutions qui sont mises en regard par la Guematria. En l'absence de tout nombre dans le texte, cette hypothèse tombe d'elle-même (ceci est tout particulièrement visible dans les exemples n°19 et 20) ; et nous venons de voir qu'adapter le langage est une tâche désespérée.

Reste la troisième possibilité évoquée page 4 : trouver les bonnes valeurs à associer à chaque lettre, de manière à ce que l'évaluation chiffrée du mot ou de la phrase conduise au résultat souhaité (lettre c).

De nos jours, nous disposons d'outils mathématiques performants, ainsi que d'ordinateurs. Peut-être serait-il alors possible de déterminer la valeur de chaque lettre de l'alphabet hébreu de manière à retrouver nos 22 guematriot ? Le cas échéant, comment s'y prendrait-on ?

On voit bien maintenant pourquoi nous avions besoin de précisément 22 guematriot : chacune d'entre elle nous donnera une équation, dans laquelle les valeurs des différentes lettres seront les inconnues. En tout, nous aurons ainsi un système de 22 équations à 22 inconnues - le nombre de lettres de l'alphabet hébreu -, système qui devrait normalement admettre une solution.

Autrement dit, nous devons écrire chacune des 22 guematriot sous la forme d'une relation mathématique du type :

(a*) + (c*) + (d*) + (e*) + (f*) + (g*) + (h*) + (i*) + (j*) + (k*) + (l*) + (m*) + (n*) + (o*) + (p*) + (q*) + (r*) + (s*) + (t*) + (u*) + (v*) = w

... où les lettres de "a" à "v" représente le nombre de fois que la lettre hébraïque concernée est utilisée dans l'équation, et où "w" est le résultat de cette équation.

(Par exemple, dans la guematria n°1, nous aurons a, g, j, l, p, et t valant 1, w valant 318 et tous les autres coefficients valant 0. Les relations du type "Expression 1" = "Expression 2" seront notées "Expression 1" - "Expression 2 " = 0).

Ayant réécrit nos 22 équations sous cette forme, nous obtenons la relation matricielle suivante :

EV = W, que l'on résout pour V : V = E-1W.

  • où E est une matrice à 22 lignes et 22 colonnes, contenant pour chacune des équations les valeurs des coefficients an ... vn (n entre 1 et 22).
  • V est une matrice à 22 lignes et 1 colonne, contenant les inconnues ... .
  • W est une matrice à 22 lignes et 1 colonne, contenant les résultats wn pour chaque équation (n entre 1 et 22).

(A la page suivante, nous avons retranscrit l'ensemble du système d'équation sous sa forme matricielle.

Le lecteur non familier avec les mathématiques n'a besoin de comprendre, à ce stade, que la question suivante : nous cherchons à savoir s'il est possible de trouver la valeur de chaque lettre compte tenu des égalités que nous aurions arbitrairement choisies au préalable.

Au fond, ceci n'est pas évident du type de problèmes bien connu des écoliers, du genre : Pierre a dans son panier des pommes et des poires ; s'il a 2 pommes et 3 poires, le panier vaut 8 F ; s'il a 1 pomme et 6 poires, le panier vaut 13 F. Combien vaut une pomme, et combien une poire ?

La réponse est qu'une pomme vaut 1 F et une poire 2 F ; tout autre choix de valeurs ne permet pas de satisfaire aux exigences posées.

Dans notre "panier" de lettres, nous avons 22 "prix" à déterminer ; cela complique un peu les choses en pratique, mais la méthode reste la même).



1

0

0

0

0

0

1

0

0

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0

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0

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1

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0



 * 



 = 

318


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1

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0

1

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613

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612

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611

2

1

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0

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2

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1

0

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1

0

1

1

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0

0

2

-2

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-1

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1

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3

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1

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613

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0

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3

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0

0

0

1

3

1

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0

1

1

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0

-1

0

0

0

0

-1

0

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2

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1

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0

0

0

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0

-2

1

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0

0

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0

1

0

0

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1

0

0

0

0

1

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1

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0

0

156

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1

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1

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1

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0

182

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1

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208

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0

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0

0

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1

0

0

0

1

0

1

676

0

-1

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0

3

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0

0

-1

0

0

0

0

0

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0

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1

1

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2

2

1

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3

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0

0

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0

1

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1

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2

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0

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0

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1

0

0

1

-1

0

0

1

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-2

-1

1

0

0

2

1

0

-1

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0

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0

2

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0

0

0

0

0

-2

-1

0

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0

1

1

0

1

-1

0

2

1

0

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1

2

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0

0

0

0

1

1

0

0

0

0

0

0

0

1

0

391

1

0

0

0

2

0

0

0

0

1

0

0

3

1

0

0

0

0

0

1

0

0

391

Système matriciel E22*22 * V22*1 = W22*1, permettant de trouver les valeurs des lettres de l'alphabet.

Les résultats, trouvés à l'aide d'un logiciel spécialisé dans les mathématiques, sont les suivants :





 = 

1



2

3

4

5

6

7

8

9

10

20

30

40

50

60

70

80

90

100

200

300

400

Ouf ! Nous obtenons les bonnes valeurs ! Nous avons finalement trouvé une méthode qui marche !!!

En d'autres termes, il est théoriquement envisageable, bien que très fastidieux en pratique, de déterminer un vecteur de valeurs tel que nous retombons mathématiquement sur nos 22 guematriot, au premier abord si impressionnantes. Evidemment, il est un peu surprenant que toutes les 22 valeurs soient entières, positives, et classées de la plus petite à la plus grande. Mais que cela ne diminue pas notre soulagement !

Oui, mais...

 

Avec 22 inconnues, on ne peut résoudre au maximum que 22 équations. Dès lors, que se passerait-il si nous trouvions une 23ème guematria ? Comment cela affecterait-il notre si belle construction mathématique ???

Revenons un court instant à Moïse qui, arrivé au seuil de la mort, exhorte encore les Hébreux à étudier les lois de la Torah : "Prenez à cœur toutes les paroles par lesquelles je vous admoneste en ce jour, et que vous devez recommander à vos enfants pour qu'ils observent avec soin toutes les paroles de cette Doctrine. Car ce n'est pas pour vous chose indifférente, c'est votre existence même !" (Deutéronome 32, 46-47).

Etudiez la Torah ! Utilisez tous les moyens en votre possession pour l'interpréter ! Ne serait-ce pas magnifique de trouver une guematria dans ce verset ? A quoi pourrait-elle alors faire allusion ?

  +

  +

  +

  +

  +

  =

 

40+20+40

1+6+5

100+200

200+2+4

1+30

10+20

 

100 +

12 +

300 +

206 +

31 +

30 =

 

679 =

Car ce n'est pas pour vous chose indifférente


  +

  +

  +

  +

  +

  +

  +

  +

  =

 

400 +

6 +

1 +

10 +

200 +

9 +

40 +

10 +

3 =

 

679 =

Guematriot !!!

( 23! )

Quelle extraordinaire profondeur que celle de ce texte qui, tout en exhortant les Juifs à étudier, contient encore une allusion numérique à l'existence des guematriot !

Cela change radicalement nos conclusions : mathématiquement, un système de 23 équations à 22 inconnues n'admet aucune solution31 ; non pas que nos connaissances mathématiques soient insuffisantes : il est scientifiquement démontré que résoudre un tel système n'est pas dans le domaine du possible32.

En définitive, il nous faut donc catégoriquement rejeter l'hypothèse n°2, c'est-à-dire qu'un homme ait pu chercher à insérer dans le texte les allusions de la Guematria : les trois voies qu'il aurait pu emprunter aboutissent chacune à une impasse. Partant, il nous faut admettre que créer le système de la Guematria est humainement impossible.

Est-ce donc que l'hypothèse n°1 est la bonne, et que tout ce que nous avons découvert n'est que le reflet du hasard ?

Cette explication n'est pas sans soulever également de graves questions ; car nous avions remarqué dès le départ que le hasard ne saurait expliquer qu'un nombre limité de guematriot. Or, non seulement nous en avons trouvé beaucoup, mais encore nous sommes-nous volontairement limités à des concepts, à des versets absolument fondamentaux : nous n'avons pas épuisé le profond réservoir de la Guematria, loin s'en faut ! Le commentaire du Baal Hatourim, celui du Rokea'h et d'autres encore, traitent de l'ensemble de la Torah, verset par verset, presque mot par mot, et trouvent systématiquement des implications dans le texte. Les milliers de guematriot qui y sont mentionnées sont pour celui qui les lit une profonde source d'étonnement...

Alors, où nous faut-il tracer la limite entre ce que la chance peut expliquer, et ce qu'elle ne peut pas ? Nous voulons éviter d'avoir recours aux statistiques, trop souvent trompeuses ; c'est donc à la raison et au sens commun qu'il nous faut faire appel. Car nous développons tous, au fil des ans, une expérience pratique de ce que la vie est susceptible de nous amener par hasard ; et, si théoriquement rien n'empêche un singe de reproduire aléatoirement l'entier des oeuvres de Shakespeare en tapant sur un clavier d'ordinateur, chacun sait bien qu'en pratique un tel événement ne se produit jamais.

Cette prise de décision doit être laissée à la liberté d'appréciation de tout un chacun. Mais nous aimerions pouvoir la faciliter en fournissant un ultime point de comparaison : ce texte sans prétentions que vous venez de lire comporte une particularité rédactionnelle intéressante : si, d'aventure, quelqu'un en venait à écrire sur une feuille de papier la première lettre de chacun des 13 premiers paragraphes, il obtiendrait un nom peu connu, mais qui se trouve être celui de l'auteur...

Ici aussi, nous pouvons expliquer ce phénomène de diverses manières ; mais qui serait prêt à croire un seul instant, une seule seconde, qu'il ne faut y voir là que l'effet du plus grand des hasards ?

De toute évidence, c'est la volonté de l'auteur de faire passer un message qui s'exprime à travers ce phénomène (et bien sûr, nul ne prétendre dans ce cas qu'il est impossible de créer ceci, à l'inverse de la Guematria). Mais si l'esprit se refuse à accorder au hasard le pouvoir de réaliser un tel acrostiche, comment pourrait-il être la source de toutes ces équivalences numériques que nous avons mentionnées, ces dernières étant bien autrement plus complexes ???

 

 

 

 

Ami lecteur : vous nous avez suivi tout au long de ce petit périple mental ; vous savez maintenant qu'aucun homme n'a pu créer la Guematria, et cela quel que soit le moyen qu'il aurait pu choisir. Il vous reste maintenant le choix entre deux possibilités : vous pouvez achever votre lecture, conclure que Dame Fortune fait apparemment bien les choses en ce monde, et ne plus y penser ; ou alors, si vous ne croyez pas aux coïncidences, si vous y décelez comme une volonté de transmettre des messages d'une grande profondeur, il vous faut commencer à examiner la possibilité n°3. Mais cela est un autre voyage, plus long, et qu'il n'est pas aisé de faire seul. Il y aura forcément autour de vous des gens de bonne volonté pour vous y aider...

De nos jours heureusement, de nombreux organismes s'occupent de la diffusion des idées, incroyablement riches, du Judaïsme. Quel que soit votre niveau, quel que soit le moyen de communication que vous préférez (livres, cassettes, e-mail...), vous trouveriez forcément quelque chose qui vous conviendrait...

 

 

 

 

Chalom Leubmen.

16 juin 1999 / 2 Tamouz 5759.

Seconde version achevée le 4 décembre 1999 / 26 Kislev 5760.

 

Remarques, critiques et questions sont les bienvenues ; merci de les envoyer par e-mail à : [email protected]


Notes

  1. Les traductions françaises reproduites dans le cadre de cet essai sont généralement extraites de "La Bible - Traduction du Rabbinat Français", sous la direction du Grand Rabbin ZADOC KAHN, Librairie Colbo, Paris; occasionnellement, nous avons ressenti le besoin de rester un peu plus près du sens littéral du texte hébreu.
  2. Corpus des enseignements de la Loi Orale, qui vient compléter et expliciter la Loi Ecrite. Pour être exact, il en existe deux: le Talmud de Babylone et le Talmud de Jérusalem. Nous nous référons toujours ici au Talmud de Babylone.
  3. Le terme "Torah" a deux acceptions: soit il désigne l'ensemble de la Loi Ecrite et de la Loi Orale, soit - comme c'est le cas ici - plus spécifiquement la Loi Ecrite. Celle-ci correspond grosso modo à l'Ancien Testament de la Bible chrétienne, avec une division tripartite: 1°) Le Pentateuque, 2°) Les Prophètes et 3°) Les Hagiographes.
  4. Pluriel hébreu de "guematria".
  5. Rabbi Eléazar ben Yehoudah de Worms, 1165 environ - 1230 environ.
  6. Rabbi Yaakov ben Acher, 1270 environ - 1340.
  7. Publié par la maison d'édition Artscroll, Brooklyn - New York.
  8. Rabbi Moïse ben Maïmon, 1135 - 1204.
  9. Un verset des plus célèbres, chanté lors de chaque occasion joyeuse, commence par ces mots: "Torah Tsiva Lanou Moché", "Moïse nous a ordonné la Torah" (Deutéronome 33,4).
  10. Pourquoi ne pas respecter la cohérence du texte et écrire "tu n'invoqueras pas mon nom à l'appui du mensonge..." et "...comme je te l'ai prescrit" ???
  11. Le mot "nous" n'est intercalé au milieu que dans la traduction française.
  12. Traduire le mot "Diberot" par "Commandements" est impropre, mais presque universellement répandu. "Mitsvot" signifie "Commandements", alors que "Diberot" veut dire "Paroles"; on devrait donc dire: "Les Dix Paroles".
  13. Ceci n'est bien sûr pas en contradiction avec ce que nous avions dit ci-dessus (cf. Moché Rabeinou = 613), à savoir que Moïse a enseigné l'ensemble des 613 mitsvot aux Hébreux: bien que ceux-ci aient entendu D.ieu lors des 2 premiers Commandements, ils avaient encore besoin des explications de Moïse quant aux modalités de leur application; c'est tout l'intérêt de la Loi Orale, que Moïse avait dans sa tête en descendant de son séjour de 40 jours au sommet du Mont Sinaï.
  14. L'addition des premières lettres donne la guematria d'un des noms de D.ieu.
  15. Rabbi Eliyah ben Chlomo Zalman (1720 - 1797). Référence tirée de Rav Arié KAPLAN, Les Eaux d'Eden, note 189.
  16. Pour ne pas utiliser le nom de D.ieu en vain, nous avons suivi l'usage constant qui remplace le 2 "He" () du Tétragramme par 2 "Kof" (). De même, le He du mot "Elo-heikha" est remplacé par un Kof, et en français nous écrivons "D.ieu" avec un point au milieu.
  17. La deuxième partie du verset "...de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir" indique comment mettre en pratique l'objectif du début du verset. C'est ainsi que le "coeur" fait référence d'après le Talmud (Taanit 2a) à la prière, et ainsi de suite.
  18. Méthode d'exégèse de la Bible qui, au-delà du sens littéral, recherche dans le texte une signification plus profonde.
  19. Rabbi Chlomo Yts'haki, 1040 - 1105, le plus éminent des commentateurs de la Torah.
  20. Voir MUNK, pp. 94 ss pour plus de détails.
  21. Voir à titre d'exemple Rachi sur Genèse 28, 13.
  22. Le Baal Hatourim (ad. Nombres 11,16) en dénombre 70!
  23. En Guematria, = 86 = (la Nature). Ce Nom est le plus utilisé après le Tétragramme. Par ailleurs, il existe un cas où la Torah combine les 2 Noms: lorsque Moïse et Aaron se présentèrent devant Pharaon pour réclamer la libération du peuple hébreu, ils le firent au nom de "l'Eternel, D.ieu d'Israel" ( ; Exode 5,2). Cette expression vaut 541 + 46 + 26 = 613 !
  24. Ne compter qu'un seul mot en cas de trait d'union.
  25. Cf. Note 17.
  26. En comptant 6 chapitres pour le traité "Avot".
  27. Comme si en français nous écrivions "h" "hache"...
  28. La Genèse comporte 1'533 versets et les 11 premiers chapitres de l'Exode 284 (bien des ouvrages mentionnent à tort un total de 1'534 versets pour la Genèse.
  29. Par exemple, le "Chema" valant 43 * 26 n'est pas compté dans le quorum.
  30. Cf. respectivement Exode 2, 10; Genèse 30, 24; Genèse 25, 26; Genèse 17, 17-19; Genèse 17, 5; Nombres 13, 16; Genèse 32, 29.
  31. Pour mieux illustrer le passage de 22 à 23 équations, un exemple sera sans doute le bienvenu. Admettons que nous sélectionnons 22 noms quelconques en hébreu (Salomon, Issachar, ...), et que nous leur attribuions une valeur arbitraire. Quels que soient ces noms, et quelles que soient ces valeurs, nous serions à même d'établir la valeur individuelle que chaque lettre devrait avoir dans ce cas précis pour faire en sorte que les 22 équations soient vérifiées (ces valeurs seront très certainement fractionnaires, comme par exemple 5.1648; il n'y a aucune raison mathématique pour ne trouver que des nombres entiers).
    Toute autre est la situation quand on adjoint une 23ème équation aux 22 premières - dans notre cas, un 23ème nom et une 23ème valeur choisie a priori. Quelles sont les chances que l'addition des valeurs (trouvées à partir des 22 équations de base) des différentes lettres du 23ème nom soit équivalent à notre 23ème valeur? Mathématiquement, elles sont égales à zéro: il y a une infinité de résultats possibles, et un seul correct! Pourtant, dans notre cas, nous avons bel et bien 23 guematriot...
  32. Comme en l'espèce nous avons bel et bien 22 lettres dont les valeurs résolvent 23 égalités, cela revient à dire que chaque équation peut être exprimée en termes d'une combinaison linéaire des 22 autres. Toutefois, le fait demeure qu'il serait impossible à l'auteur éventuel de créer la 23ème égalité de manière à respecter cette double condition: 1) être une combinaison linéaire des 22 autres - 2) vouloir dire quelque chose en hébreu!
    Il suffit pour s'en convaincre de résoudre pour A la relation TA=B, où T est la matrice transposée de E (cf. ci-dessus) et B la matrice 22*1 contenant les différents coefficients de la 23ème équation. On obtiendra 22 valeurs, représentant le coefficient par lequel multiplier chacune des 22 équations pour trouver la 23ème. Or, ces coefficients sont suffisamment complexes pour ridiculiser tout effort de les trouver a priori (à titre indicatif, voici les 3 premiers tels qu'ils ont été calculés par l'ordinateur: -21'464/605, -46'797/121, 283'962/605, ...).

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