7 juillet 2003
Serait-il possible de convaincre les industries de faire preuve de prudence dans la �gadgetisation� de la voiture ?
Andr� Pratte
Presque simultan�ment, la Soci�t� d'assurance automobile du Qu�bec et Transports Canada s'attaquent � une cause n�glig�e des accidents de la route : la distraction. Distraction caus�e par le t�l�phone cellulaire, dans le cas de la SAAQ; distraction caus�e par les nouveaut�s t�l�matiques, dans celui du gouvernement canadien.
Arm�e d'une �tude montrant que les usagers du cellulaire courent 38 % de plus de risques d'�tre impliqu�s dans un accident de la route, la SAAQ s'appr�te � lancer une campagne pour sensibiliser les automobilistes. C'est d�sormais une �vidence : parler au t�l�phone pendant que la voiture roule, m�me en utilisant un syst�me mains libres, porte l'attention de l'automobiliste ailleurs que sur la route. Est-ce pire que parler � un passager ou que manger en tenant le volant ? Plusieurs sp�cialistes croient que oui. � L'�tre humain n'est pas fait pour faire deux choses complexes en m�me temps, souligne un des auteurs de l'�tude de la SAAQ, Urs Maag, de l'Universit� de Montr�al. On peut m�cher de la gomme et conduire. Mais parler au t�l�phone en conduisant, �a risque de poser un probl�me. �
Une campagne publicitaire suffira-t-elle ? Esp�rons-le, sans se faire d'illusions. Selon Transports Canada, de telles campagnes sont des mesures utiles, mais � incompl�tes et temporaires. � Pour sa part, le minist�re f�d�ral s'inqui�te moins du cellulaire que des technologies de communication de plus en plus sophistiqu�es dont sont �quip�es les automobiles. Le conducteur sera bient�t en mesure de consulter, sur un tableau de bord configurable, une quantit� ph�nom�nale de fichiers et de sites webs, sans compter des donn�es multiples sur l'�tat de la voiture elle-m�me. O� se trouve le cin�ma le plus proche ? Ai-je bien chang� le titre de ma pr�sentation PowerPoint? Combien de kilom�tres puis-je encore parcourir avec la quantit� d'essence qui reste dans le r�servoir? Quel temps fait-il sur ma destination ? L'automobiliste pourra trouver cette information au bout de ses doigts... au prix de quelques secondes de distraction. Or, selon une �tude am�ricaine, la distraction est un facteur d�terminant dans 20 % � 50 % des collisions. C'est ce qui fait penser � Transports Canada que � la tendance vers la prolif�ration des dispositifs t�l�matiques constitue un probl�me consid�rable pour la s�curit� routi�re. �
Le minist�re vient de publier un document sur cette question dans la Gazette officielle du Canada, document qui doit servir de base � une consultation publique.
Ottawa (comme Washington) consid�re que les assurances donn�es jusqu'ici par les constructeurs de voitures sont insuffisantes. Le gouvernement envisage donc deux avenues, soit un protocole d'entente avec l'industrie d�terminant des normes volontaires, ou une r�glementation. Quelle que soit la voie choisie, l'objectif est le m�me : s'assurer que les dispositifs t�l�matiques offerts dans les voitures permettent au conducteur de garder toute son attention sur la route. Aucun dispositif ne devrait n�cessiter un coup d'oeil d'une dur�e sup�rieure � 1,5 seconde, selon Transports Canada.
Parmi les id�es les plus simples et les plus efficaces qui sont � l'�tude, on pourrait exiger que les dispositifs non essentiels � la conduite soient inutilisables pendant que la voiture roule. Une id�e pleine de bon sens.
L'automobiliste lui-m�me devrait bien s�r assumer sa large part de responsabilit�. Comme pour le t�l�phone cellulaire, des campagnes d'informat�on et de sensibilisation devraient dores et d�j� �tre lanc�es. Mais cela ne suffira sans doute pas. � Apprendre aux conducteurs � ignorer un appareil qui clignote ou qui �met un bip est un d�fi de taille pour une campagne de sensibilisation du public �, estime Transports Canada.
Sera-t-il possible de convaincre les industries - automobile, informatique, t�l�communications - de faire preuve de prudence dans la � gadgetisation � de la voiture? Souhaitons-le. Sinon, la s�curit� des personnes �tant en jeu, les gouvernements n'auront d'autre choix que d'y aller par voie r�glementaire.
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