24 août 2003Cellulaires au volant
Simon Chabot
La plupart des études concluent que l'utilisation du téléphone cellulaire au volant cause de nombreux accidents de la route, mais Québec croit toujours pouvoir remédier à la situation sans légiférer, essentiellement grâce à une campagne de sensibilisation qui doit commencer à l'automne.
« Pour l'instant, il n'est pas question d'interdire le cellulaire au volant, explique Isabelle Merizzi, attachée de presse du ministre du Transport, Yvon Marcoux. Nous comptons plutôt sur la Société d'assurance automobile du Québec (SAAQ) pour informer les automobilistes des dangers de son utilisation sur la route. Nous croyons que cette mesure pourrait bien suffire à réduire le nombre d'incidents. »
Jeudi dernier, un automobiliste de 28 ans s'est tué rue Notre-Dame, à Montréal, son cellulaire à la main. Mario Brown parlait à un ami quand il a perdu la maîtrise de son véhicule, qui a ensuite percuté de plein fouet un lampadaire. La police croit que l'utilisation du téléphone est sans doute l'une des causes de la tragédie.
Cela n'a de toute évidence pas convaincu Québec de suivre la voie tracée par une trentaine de gouvernements dans le monde, dont ceux de Terre-Neuve et des États de New York et de la Floride, qui ont déjà réglementé ou interdit l'utilisation du cellulaire au volant.
« Pour le moment, le lien de cause à effet entre l'utilisation du cellulaire et les accidents n'est pas tout à fait clair, explique Mme Merizzi. Les statistiques nous laissent croire qu'en général les distractions qui accompagnent les appels provoquent des accrochages mineurs. Nous ne voulons surtout pas adopter une loi qui serait inutile. »
Une récente étude de la SAAQ a pourtant montré que le simple fait de parler au téléphone en conduisant augmentait de 38 % les risques d'avoir un accident. Cette étude servira notamment à alimenter la campagne publicitaire radiophonique de l'automne.
Pour l'auteur de l'étudee, le statisticien Urs Maag de l'Université de Montréal, le lien entre le téléphone cellulaire et les collisions ne fait d'ailleurs pas de doute. « Les chiffres sont explicites, dit-il. Plus les automobilistes utilisent le téléphone, plus ils risquent d'avoir un accident. »
Une autre étude, australienne celle-1à, soutient même que le cellulaire est deu fois plus dangereux que l'alcool quand il s'agit de conduite automobile. D'après les chercheurs du Royal Hospital de Melbourne, l'inattention est un facteur aggravant dans 35 % des accidents et les automobilistes qui téléphonent sont parmi les plus distraits.
Les sources de distraction sont cependant nombreuses pour les automobilistes. Selon l'American Automobile Association, seulement 30 % de propriétaires de voitures utilisent leur téléphone cellulaire en conduisant. Par contre, 97 % d'entre eux se penchent à l'occasion pour ramasser un objet et 46 % se maquillent ou se coiffent tout en tenant le volant, des écarts de conduite qui provoquent bon nombre d'accrochages.
Avec l'arrivée prochaine des systèmes électronique de navigation et de l'accès Internet à bord des automobiles, les problèmes d'attention risquent de se multiplier. Transports Canada envisage sérieusement de réglementer ces nouveaux gadgets. Les cellulaires pourraient donc n'être que la pointe de l'iceberg.
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