10 juin 2006
| �DITORIAL |

Keven Lepage-Bouchard traversait la rue en bicyclette dimanche dernier lorsqu'il a �t� fauch� par un v�hicule utilitaire sport. Keven est mort. Il avait huit ans.
Selon des t�moins de la trag�die, le conducteur du v�hicule avait un t�l�phone cellulaire coll� � l'oreille au moment de l'impact. Si l'enqu�te confirmait ce fait, cela ferait une trag�die de plus attribuable � l'usage du cellulaire. Une trag�die de trop.
Plusieurs recherches men�es dans divers pays, dont le Canada, ont montr� que la distraction due au t�l�phone cellulaire accro�t le risque d'accidents de la route. Le Bureau du coroner rapporte 17 d�c�s survenus sur les routes du Qu�bec, entre 1999 et 2004, pour lesquels l'usage d'un t�l�phone a �t� mis en cause. C'est � peine quatre dixi�mes d'un pour cent des 4108 d�c�s survenus dans des accidents d'automobiles pendant cette p�riode. On est donc tr�s loin d'une cause d'accidents aussi importante que l'alcool ou la vitesse. Mais selon le coroner Claude Paquin, ces 17 d�c�s directement reli�s au cellulaire ne sont que la pointe de l'iceberg.
Les Qu�b�cois consid�rent en tr�s grande majorit� qu'il est dangereux d'utiliser son portable tout en conduisant. Ils se fondent sans doute sur leur propre exp�rience : quel automobiliste n'a pas constat� � quel point une conversation t�l�phonique diminue sa concentration ? Des sondages ont montr� que les automobilistes seraient favorables � une interdiction de l'usage du cellulaire au volant, sauf pour les appareils �quip�s d'un syst�me mains libres. Une commission de l'Assembl�e nationale vient de recommander au gouvernement d'adopter une telle mesure.
Les opposants � une r�glementation du cellulaire au volant soutiennent qu'une interdiction n'est pas n�cessaire, qu'il faut miser sur la sensibilisation. C'est la voie qu'ont privil�gi�e les autorit�s qu�b�coises jusqu'ici. �chec total : de plus en plus de gens parlent au t�l�phone en conduisant.
En r�alit�, l'absence d'interdiction contrecarre toute sensibilisation � ce qui, selon la Soci�t� d'assurance automobile du Qu�bec (SAAQ), constitue un � risque important �. Si parler au t�l�phone au volant est vraiment dangereux, pourquoi est-il permis de le faire ?
Les adversaires d'une interdiction soulignent qu'on n'a pas encore la preuve que le cellulaire constitue un risque plus grand que d'autres comportements, par exemple manger ou se maquiller tout en conduisant. Or, il vaut parfois mieux se fier au bon sens plut�t qu'attendre une preuve scientifique impossible � faire. Un exemple : le Code de s�curit� routi�re bannit des v�hicules tout t�l�viseur visible par le conducteur. Transports Qu�bec n'a pas attendu que se produisent des dizaines d'accidents pour conclure qu'il n'�tait pas prudent de regarder Mission Impossible III tout en roulant � 120 km/h sur la 20 !
Le temps est donc venu pour Qu�bec d'interdire non seulement l'usage d'un cellulaire avec combin�, mais toute conversation t�l�phonique par le conducteur d'un v�hicule en mouvement. En effet, les recherches men�es sur la question ont montr� que les syst�mes mains libres ne diminuent pas le risque d'accidents. Dans son m�moire � l'Assembl�e nationale, la SAAQ a mis en garde les d�put�s contre l'id�e d'une interdiction partielle : � Ce n'est pas le type d'appareil qui est en cause mais bien l'attention que doit porter le conducteur � la conversation qu'il entretient. � Autoriser l'usage des appareils mains libres pourrait-m�me avoir un effet pervers en cr�ant �un faux sentiment de s�curit� parmi les utilisateurs et inciter ceux qui ne l'utilisent pas � passer � l'action �.
L'interdiction du cellulaire par le conducteur d'un v�hicule en mouvement devrait donc �tre totale et assortie non seulement d'amendes mais de points d'inaptitude. Ainsi, le message sera clair.
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