6 septembre 2006

Pris en flagrant délit
Un chauffeur passe le trajet Montréal-New-York à recevoir et envoyer des messages textes.
Un chauffeur de Greyhound fait l'objet d'une enquête interne parce qu'il a passé une bonne partie d'un trajet Montréal-New York à envoyer des messages textes au lieu de garder les yeux sur la route.
Valérie Dufour
Cette enquête a été déclenchée à la suite de l'envoi de photographies prises par Kyril Gossweiler. Ce résidant de la Suisse était en vacances au Canada avec son fils de 15 ans quand il a fait le trajet entre Montréal et la Grosse Pomme le 18 août dernier.
L'incident est survenu quelques jours avant l'accident d'autobus qui a coûté la vie à cinq personnes sur le même trajet. Cette histoire n'implique cependant ni le même autocar, ni le même chauffeur.
« Nous avons eu assez peur. Le conducteur roulait très vite pour combler un retard pris à la douane, il buvait de la liqueur en conduisant et il a lu et envoyé de nombreux messages textes sur son téléphone portable tout au long du voyage », témoigne M. Gossweiler.
Surpris et inquiet, le voyageur a pris plusieurs clichés croquant les comportements du chauffeur de l'autobus et il a appelé la compagnie pour se plaindre, mais sans succès.
Le Journal a contacté Greyhound hier pour lui raconter la situation. « À part en cas d'urgence, notre politique interdit à nos chauffeurs d'utiliser un téléphone cellulaire », a assuré la porte-parole de la compagnie, Anna Folmnsbee.
Celle-ci a invité M. Gossweiler à porter plainte officiellement. Elle a également demandé une copie des photographies transmises au Journal et précisé qu'il y aurait une enquête pour déterminer s'il y a eu une faute.
« C'est inacceptable »
Les professionnels de la route ont des responsabilités supplémentaires, soutient le président de la Table québécoise de la sécurité routière, Jean-Marie De Koninck. « C'est inacceptable qu'un chauffeur qui a la responsabilité de 40 ou 50 personnes se laisse distraire par un cellulaire », tranche le sage.
L'utilisation du téléphone sans fil au volant est permise partout au Canada, sauf à Terre-Neuve. En Allemagne, en Belgique, au Danemark, en Espagne, en Italie et aux Pays-Bas, les conducteurs peuvent uniquement utiliser la fonction main libre.
Une réglementation similaire existe dans l'État de New York, où ces photos ont été croquées. Une personne qui contrevient à cette règle s'expose à une amende de 150 $US.
| Québec agira |
•Les conclusions de cette instance ont été remises au ministre des Transports, Michel Després. « Le ministre s'est fixé comme objectif d'améliorer le bilan routier du Québec et il va déposer une nouvelle politique sur la sécurité routière dans les prochains mois », précise son attachée de presse, Josée Delisle.
Valérie Dufour
Chauffeurs d'autobus, camionneurs et autres professionnels de la route ne devraient pas utiliser leur téléphone cellulaire au volant, croient les experts interrogés.
« Ils devraient être encore plus attentifs et plus responsables que les autres, car ce sont des professionnels de la conduite », soutient Guy Paquette, directeur du Groupe de recherche en sécurité routière de l'Université Laval.
« Les transporteurs devraient avoir des politiques pour délimiter les conditions dans lesquelles les chauffeurs peuvent utiliser le cellulaire au volant et ne pas les respecter devrait être un motif de congédiement », ajoute M. Paquette.
Dangeureux
« Signaler ou envoyer des message-textes pendant qu'on conduit est carrément dangereux. (...) Je suis sûr que ça augmente le risque et je suis sûr que ça cause des accidents », croit l'ancien chef de la sécurité routière à la Sûreté du Québec, Robert Poeti.
C'est également l'avis de la Société d'assurance automobile du Québec.
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