16 mars 2004
Quitter la route des yeux pendant une seconde � 115 km/h signifie qu'on a parcouru 32 m�tres sans voir o� on va
Claude Paquin
L'auteur est coroner investigateur. Nous publions ici un extrait dujugement qu'il a rendu � la suite d'un accident mortel dont la cause �tait l'utilisation d'un t�l�phone cellulaire par un des conducteurs impliqu�s dans l'accident. Celui-ci s'est produit sur l'autoroute 35 � Saint-Luc, pr�s de Saint-Jean-sur-Richelleu, le 6 ao�t2002.
� Cet accident d�montre hors de tout doute, que le cellulaire est directement responsable de l'accident mortel.
Au bureau du Coroner, depuis 1998, on a d�nombr� dix d�c�s reli�s � l'usage du cellulaire au volant. Il y a s�rement plus d'accidents routiers imputables au cellulaire qui passent inaper�us. Ce ne sont pas tous les conducteurs fautifs qui vont admettre qu'ils utilisaient leur cellulaire lors d'un accident (grave ou non) et les policiers ne font pas de recherche syst�matique, � savoir s'il y a eu appel lors d'un impact.
Quitter la route des yeux pendant une seconde � 115 km/h signifie qu'on a parcouru 32 m�tres sans voir o� on va. Deux secondes �quivalent donc � parcourir les 2/3 d'un terrain de football les yeux ferm�s : distance amplement suffisante pour se retrouver hors route. On peut imaginer la distance parcourue en aveugle lorsque le conducteur compose un appel... qui est parfois interurbain !
En 2001, une �tude tr�s exhaustive demand�e par la SAAQ et effectu�e au Laboratoire sur la s�curit� des transports de l'Universit� de Montr�al par le Dr Claire Laberge-Nadeau (directrice du Laboratoire et professeur au d�partement de m�decine sociale et pr�ventive) et monsieur Urs Maag (professeur au d�partement de math�matiques et statistiques) a d�montr� que le lien entre les cellulaires et les accidents routiers ne fait aucun doute. Cette �tude a �t� effectu�e aupr�s de 12 700 utilisateurs et utilisatrices de t�l�phones cellulaires suivis durant deux ans. Pour d�terminer si l'usage du cellulaire comportait un risque d'accident, les chercheurs ont �tudi� les dossiers de conduite du groupe d'utilisateurs avec le nombre et la dur�e de leurs appels t�l�phoniques et compar� ces dossiers avec ceux de 23 300 conducteurs non utilisateurs de cellulaire. C'est la premi�re fois qu'une �tude aussi pouss�e cherche � �tablir une association entre l'usage du t�l�phone au volant et le risque d'accident. L'�tude a d�montr� que si vous utilisez votre t�l�phone mobile tout en conduisant, vous augmentez de 38 % vos risques d'accident de la route. Si vous faites plus de 135 appels par mois, vous doublez le risque d'accident par rapport � ceux qui ne poss�dent pas de t�l�phone mobile ou qui font moins de 10 appels par mois.
Le probl�me peut prendre des proportions consid�rables puisque le nombre d'utilisateurs de cellulaire, soit 28 % des automobilistes canadiens, a presque doubl� en quatre ans et que la fr�quence d'utilisation de ces appareils augmente avec la dur�e de leur possession.
Les r�sultats de ces travaux vont dans le sens d'autres travaux effectu�s sur des simulateurs de conduite. � Ces travaux ont montr� que l'usage du t�l�phone mobile entra�ne des d�viations dans la conduite, un ralentissement de la vitesse, une diminution de l'attention et un allongement du temps de r�action �, indique monsieur Urs Maag, coauteur de l'�tude.
Le facteur de risque observ� dans cette �tude s'av�re le m�me chez les hommes et les femmes. Les hommes, toute proportion gard�e, sont de plus grands utilisateurs du t�l�phone mobile que les femmes. 51 % d'entre eux sont dans la cat�gorie �grands utilisateurs�, contre 27 % des femmes.
Pr�s de 69 % des utilisateurs et 78 % des utilisatrices reconnaissent que le fait de composer un num�ro nuit beaucoup � la conduite. Tous les r�pondants consid�rent que ce geste entra�ne plus de distraction que d'avoir � s'occuper des enfants ou � chercher un poste de radio. (...)
Le soussign� croit que le Qu�bec doit adopter l'attitude de la Grande-Bretagne qui vient r�cemment d'interdire sous peine d'amende, l'usage du cellulaire au volant. Il en va de m�me pour les �tats de New York et de la Floride et de la province de Terre-Neuve. La Colombie-Britannique, l'Alberta et l'Ontario s'appr�tent aussi a r�glementer l'usage du t�l�phone au volant.
Donc, vu le danger majeur que repr�sente le cellulaire au volant, je fais la recommandation suivante : Que le minist�re des Transports du Qu�bec inclut dans son Code de s�curit� routi�re, l'interdiction de l'usage du t�l�phone cellulaire par le conducteur d'un v�hicule en mouvement et ce, sous peine d'amende. �
| APPEL � TOUS |
Les conclusions du coroner Claude Paquin sont sans �quivoque : l'utilisation du t�l�phone cellulaire au volant peut �tre extr�mement dangereuse. Croyez-vous qu'il faudrait l'interdire compl�tement ou en baliser l'utilisation de fa�on tr�s pr�cise ? Au contraire, pensez-vous que la d�cision d'utiliser ou non un cellulaire au volant est personnelle et concerne chaque conducteur ? Si vous �tes d'avis qu'il faudrait l'interdire, quelles sanctions pr�conisez-vous pour les conducteurs fautifs ?
�crivez-nous nombreux. Les meilleurs courriels seront publi�s plus tard cette semaine.
Notre adresse : [email protected]
� lire �galement Banning Cell Phones In Cars
page mise en ligne le 16 mars 2004 par SVP