16 mars 2004


C'est la première fois qu'un coroner va aussi loin que de prôner l'interdiction.
photo : Patrice Laroche

Un coroner réprouve
le cellulaire au volant

Jean-François Néron
Le Soleil

Le coroner Claude Paquin recommande au ministère des Transports d'interdire l'usage du téléphone cellulaire au volant après avoir établi que son utilisation était la cause d'un accident mortel survenu il y a deux ans. Coup d'épée dans l'eau ? Peut-être bien, puisque le gouvernement mise davantage sur la sensibilisation pour modifier le comportement des automobilistes.

Des rapports précédents avaient déjà suggéré au gouvernement d'analyser les risques de l'utilisation du téléphone portable au volant, mais c'est la première fois que l'un d'eux recommande à Québec de légiférer pour en interdire l'usage, sous peine d'amende.

Le rapport présenté par le coroner Claude Paquin porte sur les circonstances de la mort de Michel Bourbeau le 6 août 2002 sur l'autoroute 35 dans le secteur Saint-Luc près de Saint-Jean-sur-Richelieu. On y mentionne « qu'il a été démontré, hors de tout doute, par la SQ que l'utilisation du téléphone cellulaire avait été directement la cause de cet accident mortel ». En fait, M. Bourbeau avait quitté la route des yeux quelques secondes pour repondre au téléphone placé dans le porte-gobelet de son automobile. C'était suffisant pour provoquer un accident mortel.

Le Bureau du coroner dénombre, depuis 1998, 10 décès causés par l'utilisation du téléphone cellulaire. Mais on croit qu'il y a davantage d'accidents routiers imputables à son utilisation « puisque ce ne s'ont pas tous les conducteurs qui admettent l'avoir utilisé lors d'une collision majeure ou mineure », écrit le coroner.

Pour illustrer les dangers de l'usage du téléphone cellulaire au volant, M. Paquin explique que « quitter la route des yeux pendant une seconde à 115 km/h équivaut à parcourir 32 mètres à l'aveugle. Imaginez maintenant la distance parcourue lorsqu'un conducteur compose un numéro de téléphone ? » demande-t-il.

Sensibiliser
Une étude rendue publique en 2001 et financée par la Société d'assurance automobile du Québec (SAAQ) démontre que les conducteurs qui utilisent un téléphone cellulaire au volant courent 38 % plus de risques d'être impliqués dans un accident.

Malgré tout, la SAAQ n'a jamais recommandé au ministre des Transports d'interdire son utilisation. Elle investit plutôt dans la sensibilisation. « Nous disons aux conducteurs d'éteindre leur cellulaire au volant et de se ranger sur l'accotement s'ils veulent parler », explique Johanne St-Cyr, vice-présidente à la sécurité routière pour la SAAQ.

Même son de cloche au bureau du ministre, Yvon Marcoux, qui ferme la porte à l'application d'une loi dans ce domaine. « C'est encore très marginal au niveau des décès sur les 700 qui surviennent par année sur les routes du Québec. Il ne faut pas attendre que ça prenne de l'ampleur, mais on croit que la sensibilisation est encore le meilleur moyen de changer les comportements », a fait savoir le ministre par l'intermédiaire de son attachée de presse, Isabelle Merizzi.

Au Canada, seule Terre-Neuve a déjà légiféré pour interdire l'utilisation du cellulaire au volant, à l'exception du « mains libres ». Ce qui est, de l'avis du Bureau du coroner, de la SAAQ et du CAA, un faux problème puisque ce dernier type d'appareil est aussi dangereux que le téléphone traditionnel. « Le principal danger réside dans le fait de partager notre attention entre la route et la conversation au cellulaire », précise Mme St-Cyr, s'appuyant sur des études déjà effectuées ailleurs.

Il y aurait au Québec 2,4 millions de téléphones portables.


page mise en ligne le 16 mars 2004 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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