Il s'agit d'analyser et tout à l'aide de schémas conversationnels
repérés dans un corpus établi à partir de conversations de jeunes
locuteurs. L'approche du corpus du point de vue de l'analyse
conversationnelle prend appui en partie sur les travaux issus
d'approches ethnométhodologiques. Bien évidement ce qui est en question
ici, c'est le fonctionnement de l'interaction. Dans cette pespective, on
s'intéressera au comportement verbal et aux effets du savoir partagé .
On constate dans le discours des jeunes locuteurs de banlieue la
récurrence de deux éléments linguistiques : et tout et quoi. Ces
éléments permettent au locuteur d'opérer deux stratégies
identificatrices différentes.
La première représentée par l'utilisation de et tout, fonctionne comme
un "indice de contextualisation". En effet, cet élément linguistique
permet au locuteur de faire implicitement référence, au cours de son
énoncé, à des savoirs ou des connaissances qu'il pense être partagés par
les membres de l'interaction.
Le second élément, quoi, permet quant à lui d'exprimer que ce qui vient
d'être dit précédemment ressort, pour le locuteur, comme faisant partie
de l'évidence et ne pouvant être qu'accepté comme tel par les autres
participants à l'échange.
L'utilisation de ces deux éléments linguistiques n'a pas d'abord pour
but de marquer socialement les locuteurs. Ce sont, en effet, des
éléments ayant pour fonction première de structurer le discours. Mais
l'usage récurrent qu'il en est fait par certains groupes de jeunes
renvoie aux notions de normes et de stéréotypes et amène alors à se
questionner sur leur aspect sociolinguistique. Ces éléments
linguistiques sont donc porteurs d'un sens social et/ou identitaire
qu'il convient d'appréhender afin de saisir dans leur réalité les
processus langagiers en jeu. Forme linguistique et processus langagiers
expriment l'acceptation ou le rejet des valeurs identitaires d'un groupe
de référence et se traduisent par l'adoption de normes intrinsèques
spécifiques. De nombreux éléments concourent ainsi à la création et à
l'expression d'une "norme", véhicule d'évidents aspects identitaires.
Corrélativement le rôle que les médias jouent dans l'émergence et la
stigmatisation de certains traits linguistiques du langage "des jeunes
de banlieue" n'est pas négligeable dans l'analyse de leurs pratiques
linguistiques. La construction, l'exploitation et la "reproduction" de
ces stéréotypes par ces jeunes eux-mêmes permettent d'étudier les
interactions sociales, la relation du discours aux imaginaires sociaux
et plus largement, le rapport entre langage et société.