Au bonheur du jour




Retour Page d'Accueil

Avant

Après

Archives

 

Le mois d'octobre - du 15 au 22

jeudi, le 17 octobre

La nuit dernière, les vents étaient tellement violents que je ne suis allée dormir que très très tard. Je n'aime pas les grands vents, ils ont quelque chose de sinistre. Ils me font peur et je deviens angoissée. Je regardais se tordre les grands arbres en face de chez moi. Je craignais qu'ils ne cèdent et ne s'effondrent. Je n'ai pourtant jamais été témoin de ce genre de choses, mais cette peur est viscérale chez moi. Je pense que je sais pourquoi je commence mon entrée de ce soir en parlant de cela. C'est à cause de la musique que j'écoute en ce moment. C'est le Trio pour piano, violon et violoncelle no 2 de Shostakovitch avec Martha Arguerich au piano, Gidon Kremer au violon et Mischa Maisky au violoncelle. Shostakovitch a composé ce trio en 1944, durant la guerre et à l'occasion de la mort d'un de ses grands amis. C'est une musique absolument magnifique mais tragique. Et cela me remet dans l'atmosphère de la nuit dernière.

Mardi, je suis allée au cinéma avec une amie. Nous avons vu 8 femmes puis nous sommes allées dans un steak house, manger un filet mignon. Il y avait bien longtemps que nous n'étions allées à ce restaurant. Il y avait bien longtemps, surtout, que je n'étais allée au cinéma, si on excepte ce petit film américain que j'ai vu avec ma fille il y a quelques semaines. Pourtant, j'aime beaucoup le cinéma et l'an dernier j'y allais bien régulièrement. Je vois là un symptôme que tout ne tourne pas encore bien rond dans ma vie, que je n'ai pas encore repris le rythme normal de mes activités. Bon, au moins j'en prends conscience, c'est déjà cela de gagné. Ah, c'en est vraiment trop, il faut que je change cette musique. Elle ne me convient pas du tout ce soir.

Bon, je suis de retour. Voilà qui est beaucoup mieux! J'ai installé le Dixit Dominus d'Alessandro Scarlatti, le Psaume 109 que Scarlatti a mis en musique à la fin de sa vie. Sur ce disque, interprété par le English Concert dirigé par Trevor Pinnock, on retrouve aussi le Gloria de Vivaldi. J'aime beaucoup la musique sacrée. Elle m'a toujours fait beaucoup de bien et finit toujours par replacer les choses pour moi. Ouf... bon, il faut que je l'écrive : Je suis encore à la recherche d'un document précis en regard du règlement de la succession. Si je ne le trouve pas, ce ne sera pas un drame, mais cela demandera une recherche de titres qui pourrait être assez longue et occasionner des frais. Or pour le trouver, il faut que je finisse de passer en revue les caisses de papiers de ma mère. Je commence à en avoir plus qu'assez de jouer ainsi dans ces papiers, de les manipuler, un par un, avant de les détruire ou de les conserver. Mais je sais que, de toutes façons, recherche spécifique ou pas, il faudra bien que je finisse par faire cette tâche et surtout que je ne pourrai pas vraiment tourner la page tant qu'elle ne sera pas terminée. Cependant, je trouve que cela me prend beaucoup de mon temps et aussi que cela m'affaiblit. Tous ces petits bouts de papier qui portent son écriture, toutes ces petites pensées qui lui étaient importantes, qu'elle glanait un peu partout et qu'elle transcrivait. Certaines se rapportant à la vieillesse, d'autres plus humoristiques comme celle-ci : "Si vous ne savez pas réussir du premier coup, ne sautez surtout pas en parachute." :-) Mais je l'avoue, tout cela me bouleverse. Bon, je ne file vraiment pas très bien. Autre chose aussi. Je ne sais pas si je l'ai écrit dans mon journal, mais je voulais aller visiter la voisine de chambre de ma mère à l'hôpital. J'aimais bien cette femme, elle était très attachante et elle ne recevait vraiment pas beaucoup de visite à l'hôpital. Ma fille qui s'inquiétait de moi, qui n'était pas certaine que j'étais suffisamment rétablie encore, m'avait suggéré d'attendre un peu avant d'y aller. Or hier matin, dans le journal, j'ai vu que cette dame était aussi décédée. Encore une fois, mon timing aura été mauvais. Je déteste les actes manqués.

Que je suis vulnérable aujourd'hui. Et mon texte est échevelé. Si je m'écoutais, je ne le mettrais pas en ligne. C'est rare que je sois dans un tel état d'esprit qui me rend si inconfortable avec moi-même. Je déteste cette sensation. Je vais terminer ici cette entrée. Je vais surtout aller réfléchir à tout cela. Il faut que je trouve et que je calme ce qui fait tempête en moi, il faut que je lâche prise et que je retrouve ma sérénité. Voilà : la châtelaine lève le pont-levis.

Samedi, le 19 octobre

Comment écrire cela? Parce que je ne veux pas l'oublier... D'abord, ce matin, réveil tardif dans une journée à la température maussade, la première neige de l'année. Or, ce n'est pas une neige jolie, joyeuse, légère et virevoletante. Non, c'est une neige pesante, mouillée, grisâtre, qui tombe lourdement de biais, soufflée par un vent froid. Et qui gît ensuite sur un sol détrempré. En fait, ce serait plutôt de la pluie dans une température trop froide pour elle...

Alors, le bon café s'impose tout de suite, prescription pour la bonne humeur. Puis, tournage en rond, petites activités anodines du matin, et enfin moment de conversation sur le net avec une amie d'une ville souvent visitée. Nous nous lisons l'une l'autre. Elle a elle-même perdu quelqu'un récemment. Nous en discutons. Elle sait que je joue dans les papiers intimes et autres, et je lui répète combien cela m'est pénible. Je lui parle de la nouvelle image que j'ai de ma mère, de la perception que j'en ai, de l'intime conviction que j'ai de son bien-être nouveau. Puis, soudainement, sa connexion coupe, le contact est rompu. Je mets un avis comme quoi je reviens dans quelques minutes et je vais dans la cuisine le temps qu'elle se rebranche.

Là, par la fenêtre, je vois un oiseau particulier, d'une variété que je n'ai encore jamais vue, qui arrive dans une de mes mangeoires, celle qui est la plus près de cette fenêtre. Il s'installe et y demeure. Je suis surprise de le voir aussi calme et confiant, même si je suis là, tout près, à la fenêtre. Je prends mon petit livre sur les oiseaux d'Amérique pour essayer de l'identifier. Il ne bouge pas et j'ai tout le temps nécessaire pour bien voir ses détails et les faire coïncider avec une image précise dans mon livre et une description détaillée de cet oiseau. Je finis par lire, absolument stupéfaite, le nom de cet oiseau : il s'agit de la femelle du cardinal rouge. Je n'en avais jamais vue auparavant. Et dès que je suis parvenue à l'identifier avec certitude, la femelle s'est envolée. Or, depuis le décès de ma mère, un peu à la blague, ma fille lui a donné comme mission précise de se manifester à nous en nous faisant voir un cardinal. Mais cet oiseau est on ne peut plus rare au niveau du parallèle où moi j'habite qui est beaucoup au nord pour les habitudes de cette espèce. Et, de plus, est-ce que cela compte si c'est une femelle que j'ai vue? :-) J'ai eu l'impression d'entendre rire ma mère fière de cette taquinerie. De toute manière, je passe un coup de fil à ma fille, c'est-à-dire que je lui laisse un message sur son répondeur, qu'elle trouvera demain à son retour d'un petit week end en amoureux avec son conjoint. Et je souris de cet incident... :-) Et si c'était la confirmation que ma mère est d'accord avec la perception que j'ai de son état actuel et la description que je viens d'en faire à cette amie, ou encore un petit clin d'oeil pour m'encourager pour la fin de cette difficile tâche dans ses papiers qui est la mienne en ce moment? De toute manière je souris... L'amie recontactée ensuite y voit aussi quelque chose de significatif... Sinon, pourquoi alors, remarque-t-elle, cette panne subite à son système qui a mis un terme à notre conversation? Je demeure perplexe mais je souris. Bien sûr que je suis croyante, mais je ne puis me prononcer sur un tel incident. Et pourtant, il m'a fait du bien et il m'a fait sourire...

Ce soir, j'ai été reçue comme une reine chez le grand copain qui m'a cuisiné un rôti de boeuf comme je les aime. Bon, c'est vrai que j'ai eu l'occasion de lui rendre un petit service dernièrement, mais il y a plus que cela dans ce repas. Il y a sa grande gentillesse et aussi cette belle complicité entre nous qui dure depuis si longtemps.

Et moi, en ce moment, comment vais-je? Bien. Ma tempête personnelle semble passée. je suis en train d'écouter James Bowman dans son interprétation du Stabat Mater et du Nisi Dominus de Vivaldi. Et si l'effet des cafés du grand copain peut s'estomper, j'irai dormir. Demain, je brunche avec deux couples d'amis. Il y a quelques années qu'ils ne se sont rencontrés, un couple ayant quitté la région. Pour ma part, j'ai conservé des liens assez réguliers avec les deux couples et je les aime bien. Je pense que nous aurons beaucoup de plaisir. Je pense cependant que nous serons aussi à même de constater l'effet des années qui ne pardonne pas... Bon, on respire à fond et on continue puisqu'on ne peut absolument rien contre la marche inlassable du temps. Aussi bien profiter du mieux qu'on peut des beaux moments et des petits bonheurs... :-)

mardi, le 22 octobre

Le Concerto en ré mineur BWV 1043 pour deux violons de Jean-Sébastien Bach avec Pinchas Sukerman et Midori et l'Orchestre de Chambre de St-Paul. Tout en beauté et en sérénité. Il a fait soleil et froid. Agréable journée. J'ai dû remplir à nouveau quelques mangeoires pour les oiseaux. Depuis quelques jours, ils sont nombreux, variés et voraces, et leurs chants sont beaux et touchants. Non, je n'ai pas revu la femelle du cardinal rouge... Ce serait exagéré, n'est-ce pas? :-)

Je me suis offert une bouteille d'eau de parfum, la mienne étant presque finie. Puis quelques produits de maquillage. Et je suis allée me faire couper les cheveux, oh, pas beaucoup, tout juste pour les rafraîchir. Et là, ma valise est presque prête. Je pars, tôt demain matin, passer quelques jours chez ma fille. Ce petit changement d'air me fait bien plaisir. J'ai déjà quelques rendez-vous de planifiés. Puis, bien sûr, je me garde du temps à moi pour bouquiner. Sait-on jamais... La recherche de quelques trésors est déjà en soi une joie, s'il fallait en plus que je trouve... :-) C'est vrai que cela devient de plus en plus compliqué, puisque ma collection s'est beaucoup enrichie lors de mon dernier passage dans cette ville. Les titres qui me manquent sont beaucoup plus difficiles à dénicher. C'est bien évidemment des livres de Julien Green dont je parle, tout particulièrement de ceux qui sont épuisés chez les éditeurs.

J'ai un petit regret de quitter mon vieux chat qui n'a pas été très bien ces derniers jours, mais tout semble maintenant s'être replacé pour lui. Il restera seul dans son royaume, c'est beaucoup mieux pour lui encore que d'aller se faire garder dans une cage chez le vétérinaire. Puis, il aura la visite très régulière, tous les jours, d'une personne de confiance qu'il aime bien. Et comme c'est mon mélocat, je lui laisse, en permanence, de la musique en sourdine pour lui tenir compagnie. Il changera donc de trône. Délaissant mes genoux ou le fauteuil près de mon ordinateur, ou encore le pied de mon lit, c'est sur un fauteuil du salon, ou encore sur une chaise de la salle à dîner, donc plus près de la source de la musique, qu'il ira plus volontiers écouler les heures jusqu'à mon retour. Comme il est dommage qu'il ne sache pas lire. Avec Green, il ne verrait pas les heures passer... :-)

 

 

 

haut de la page

C'est ici

Inscrivez votre courriel pour être avisé lorsque ce site sera mis à jour.

Ajout Retrait

Hosted by www.Geocities.ws

1