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Le mois de decembre- du 15 au 22

vendredi le 20 décembre

Le temps file à la vitesse Grand V. Dans quelques jours Noël. Je suis au coeur de mes préparatifs et le garde-manger se remplit. De belles heures passées, les mains dans la farine et le sourire aux lèvres, à rêver les joies familiales et amicales à venir. Je commence à peine à écouter la musique de Noël. Je n'aime pas diluer sur trop de semaines le nectar précieux de cette belle période de l'année. Les deux sapins naturels sont installés : celui sur le balcon extérieur et celui dans le salon. Ne reste plus qu'à les décorer, ce qui se fera demain. Je crains un peu celui de dehors, il est si haut, beaucoup plus que je ne le croyais. Et moi qui ai le vertige... Je ne sais pas très bien comment je me sentirai dans le haut de l'escabeau, surtout qu'il y a eu du verglas aujourd'hui et que le plancher du balcon est une vraie patinoire. Bon, il faut ce qu'il faut. Et dire que je commence un vilain rhume. Et le magasinage des cadeaux qui n'est pas terminé... et pas grand chose d'emballé encore... Bon, on ne panique pas, on finira à temps... Tout est écrit sur une petite liste et je coche au fur et à mesure. On dirait que je fais de beaux progrès en matière d'organisation et de méthode... Mais ne crions pas victoire : il n'y a rien de gagné à ce chapitre et cela ne m'empêchera pas de remettre ces deux sujets à l'ordre du jour de mes résolutions pour l'année 2003. :-)

Le temps file à la vitesse Grand V. Et il nous est compté... Il y a une semaine, j'assistais aux funérailles d'une mère de quatre enfants, dont le plus jeune a douze ans. Elle avait à son actif une vie de couple et une vie de famille heureuses et réussies. Elle était appréciée pour son implication sociale, sa force morale tranquille et sa vitalité. Il y a des décès qui sont plus cruels que d'autres, qui suscitent une réelle sympathie à l'égard de la famille et des proches. Je ne comptais pas au rang de ses plus intimes, ayant plus souvent eu l'occasion de collaborer avec son mari qui est un ami, mais je l'estimais beaucoup. J'ai vu ce qu'elle avait laissé de beau derrière elle. Je l'ai vu dans l'attitude et dans les yeux de son mari, de ses enfants et de ses proches. Vie trop courte, mais belle vie féconde, pleine d'amour.

Le temps file à la vitesse Grand V. Et vient le moment des bilans... Cet après-midi, à 5 jours de Noël, c'était la réunion chez le notaire pour la succession de notre mère. J'appréhendais beaucoup ce moment. Nous marchions tous un peu sur des oeufs, nous sentant fragiles, peu désireux de revivre notre peine. Mais tout s'est bien passé, je veux dire que la peine ne s'est pas amplifiée. Une longue lecture, quelques signatures et le tout est bien enclenché maintenant. Bizarre la sensation qu'officiellement du moins, la vie se résume, en une certaine manière, à passer le flambeau. Pourtant notre mère était tellement plus que cela... Ce fut tout de même un moment de douceur, l'occasion de resserrer encore nos liens. La petite rencontre qui a suivi chez un de mes frères nous a fait du bien. J'aime beaucoup mes frères. Ils seront chez moi pour Noël avec leur famille et cela me fait bien plaisir. C'est sûr que l'absence de notre mère se fera sentir, mais je ferai tout en mon possible pour que le tout se déroule dans la joie. Je veux que nos liens demeurent forts.

Le temps file à la vitesse Grand V. Et je suis de plus en plus consciente du temps qui passe. Depuis ma dernière entrée, j'ai expérimenté des sensations très diverses et j'ai vécu toute une gamme d'émotions. Je ne puis m'empêcher de dire combien j'aime la vie, combien elle m'est précieuse, combien j'aime les gens qui la meublent. Je me sens privilégiée en ce moment parce que, comme jamais auparavant, je pense la savourer dans son entièreté, avec ses joies et ses peines. Et j'essaie de le faire lucidement. Et comme jamais auparavant je me sens disponible à la vie, avec cette certaine urgence que donne la conscience de la vitesse Grand V. Je sais que ce journal est différent de beaucoup d'autres. Je ne cherche pas spécifiquement à m'analyser, à analyser mes réactions, je veux plutôt les consigner. Pour moi, il ne s'agit plus de faire l'apprentissage d'une manière de vivre, ce temps est passé. Il s'agit plutôt de jouir pleinement de cette vie qui est la mienne, de ce qui en reste, au meilleur des capacités et des moyens qui sont les miens, le plus honnêtement possible. C'est là où j'en suis rendue dans ma vie. En cherchant à m'améliorer, oui, mais en le faisant dans la joie. Je carbure à la joie, je carbure aux petits bonheurs quotidiens. Et je veux me souvenir. Comme le dit si bien Julien Green :

"Un journal est une longue lettre que l'auteur s'écrit à lui-même, et le plus étonnant de l'histoire est qu'il se donne à lui-même de ses propres nouvelles."

Je dois ce beau moment aux deux expressos savourés à la fin d'un agréable repas partagé ce soir, avec des amis, dans un de mes restaurants préférés. Un petit party de Noël. Je le dois aussi à l'Oratorio de Noël de J.-S. Bach, sous la direction de John Eliot Gardiner, avec le Monteverdi Choir et l'English Baroque Soloists, que j'écoute pour la première fois cette année. Quelle joie toujours nouvelle de retrouver ce chef d'oeuvre.

 

 

 

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